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samedi 27 février 2016 - Dolorès

Primordial + Mgła + Urfaust

The Academy - Dublin

Dolorès

Non.

On remercie RyanAir de proposer des vols abordables entre Nantes et Dublin, car c'est ce qui m'a décidée à changer de pays le temps d'un petit weekend. Première fois l'avion, première fois l'Irlande, première fois une traversée de mer juste pour voir un concert.
On s'y rend, après une journée dans Dublin, entre le Musée d'Archéologie, d'Histoire Naturelle, et le Foggy Dew (pub entre Temple Bar et la salle où on n'a croisé presque que des vestes à patch quelques heures avant le concert). N'étant pas habituée aux concerts qui débutent avant 20h (province oblige), cela paraît très étrange d'arriver devant The Academy à 17h, heure d'ouverture des portes, pour un début des hostilités à 18h. Ça vaut le coup d'arriver une heure en avance, le temps de faire la queue, et surtout pour être sûre d'avoir une place à peu près correcte puisque The Academy, c'est environ 800 personnes, entre fosse et balcon. Eh oui, ils ont changé de salle car la première choisie, The Button Factory, ne contenait que 200 places de moins, le sold out ayant été annoncé très tôt. J'ai pris l'avion pour voir trois de mes groupes favoris, dont deux que je n'ai encore jamais vus, je refuse d'être à plus de 3 rangs de la scène, et je resterai d'ailleurs fixée à mon second rang toute la soirée, têtue et déterminée.


Urfaust

En attendant Urfaust, retentit dans la salle un air à la fois solennel et intense, une œuvre d'Arvo Pärt il semblerait, bien que je sois la première déçue de ne pas pouvoir retrouver le nom exact. Sans aucun retard, le duo entre sur scène et prend place dans cette atmosphère particulière qui fait honneur à leur place d'ouverture. Le concert sonne presque intimiste, pourtant dans une salle de 800 personnes (bien que pas encore entièrement complète à cette heure-ci), sous ces rares rayons de lumière bleutée qui donnent un caractère mystique à ce qui se passe sur scène. Quarante minutes de live, c'est incroyablement court, à la fois quand Urfaust réussit à être aussi prenant, mais aussi quand on sait que Primordial va jouer deux heures ensuite. En si peu de temps, le duo réussit à créer une bulle hors du temps, entre l'hypnose et le rituel.

Bien que j'apprécie à peu près toute leur discographie, je dois avouer que j'ai eu peur qu'ils se concentrent sur leur dernier EP « The Healer », décevant selon moi. Heureusement, ils basent leur concert sur leurs morceaux taillés pour le live ou les plus appréciés par leur public, en débutant notamment par l'enchaînement majestueux de « Die Kalte Teufelsfaust » et « Auszug Aller Tödlich Seinen Krafte », comme ils le font sur leur album live « Trúbadóirí Ólta an Diabhail » (le second titre étant, à ce jour, mon favori dans sa version live).

J'avais été prévenue, il y a un certain temps, que les performances d'Urfaust dépendaient beaucoup de leur humeur, leur état, etc... Je ne sais pas s'ils se sont stabilisés sur ce plan-là ou si j'ai eu de la chance, mais les quarante minutes étaient extrêmement carrées, propres, et même pro. J'ai été surprise de la justesse du chant clair, de sa fidélité aux titres originaux bien que quelques écarts absolument pas gênants soient faits. Le passage du studio au live est réussi sur ce point. Cependant, le plus fascinant et étonnant reste le jeu du batteur : entre l'énorme brute, le mec complètement illuminé et une sorte de précision sortie de nulle part qui reste incompréhensible tant le batteur semble en colère contre ses fûts. Il hurle les paroles en même temps, plus à fond dans l'instant que n'importe quel autre musicien de la soirée. Ajoutons à cela que le son est plus qu'excellent dans cette salle, la batterie étant la première concernée en prenant une ampleur complètement massive dans ces conditions. On est une bonne majorité à entrer en transe sous la rythmique de « Unter Töchtern Der Wüste ». Un beau contraste quand on se retrouve à discuter avec lui à la sortie du concert, le mec ayant l'air aussi calme et sympathique qu'il est charismatique.

Trop court, bien évidemment. A revoir, donc.


 

Mgła

J'avais complètement oublié ce qu'on m'avait raconté de leurs concerts : tous encagoulés, perfecto, sans trop de jeu de scène, c'est assez déroutant les premières minutes, puis on s'y habitue, bien que ça reste ridicule selon moi. Certes, le côté musiciens anonymes & « s'il te plaît concentre-toi sur la musique et pas sur notre tête » a un certain intérêt, mais niveau esthétique on aura vu mieux.

Je suis étonnée de voir que les Polonais n'articulent pas leur live uniquement autour de leur dernière sortie, « Exercises in Futility », bien que celle-ci ait eu l'effet d'une bombe dans les sorties Black de 2015. Ils continuent donc, malgré les quarante-cinq minutes de live, de jouer leurs habituels « Further Down The Nest I » ou « With Hearts Towards None VII », laissant donc quelques abandonnés dans le dernier album en date pour compenser.

Après le côté très intimiste et étrange d'Urfaust, Mgła change totalement d'atmosphère. Les lumières fusent, les dynamiques sont tout à fait différentes et les morceaux beaucoup plus rentre-dedans (ou en tout cas, d'une autre manière). Si j'ai trouvé la prestation assez inégale, notamment à cause du côté un peu montagnes russes de la setlist, il faut avouer qu'ils ont fini par m'avoir. On se laisse totalement aller, entre le son presque parfait, et la partie finale (que je croyais qu'ils ne joueraient pas, vu que l'heure tournait) d'une de ces forces, sur « Exercises In Futility VI ». Ce dernier était le titre que j'attendais le plus vu l'intensité qu'il véhicule déjà en studio, et bien qu'il soit amputé de son intro en live, je n'ai ressenti absolument aucune déception. Il s'agit bien là du morceau parfait pour boucler la boucle, le riff final pouvant, après tout, ne jamais se terminer tant il ne fait que gagner en intensité à chaque nouvel élan. « Self crucified » !

On les revoit bientôt à Nantes, pour un set plus long je suppose, l'occasion de mieux juger peut-être.

Une gommette à la sécurité de la salle et son petit roux pas content qui n'a pas hésité à braver la frontière de la barrière pour sortir une demoiselle légèrement insupportable, et lancer des regards noirs aux slammeurs et pousseurs un peu trop violents.



Primordial

La bière n'étant pas aussi bonne et peu chère que dans les pubs, je reste encore et toujours fidèle au poste, deuxième rang, en attendant le groupe de Metal le plus connu d'Irlande, revenant jouer en sa terre natale pour deux heures de show. Impossible de rater ça, j'attends ce moment depuis des mois, et bien qu'Urfaust et Mgła aient été plus qu'excellents, peuvent-ils vraiment rivaliser avec le spectacle qui s'annonce ?



Les musiciens se montrent au compte-goutte, acclamés par la salle entièrement blindée, les voix s'élevant de la fosse et du balcon, jusqu'à redoubler d'intensité à l'arrivée d'Alan Averill, fidèle à lui-même. Le concert démarre de la même manière que l'unique fois où je les ai vus, à Bruxelles il y a un peu plus d'un an (c'est à dire l'enregistrement de « Dark Horse On The Wind » suivi du très fédérateur tube de leur dernier album, « Where Greater Men Have Fallen »). Ce qui change, c'est que cette fois, Alan a sorti le grand jeu, niveau costume et maquillage qui lui donnent à la fois une esthétique presque post-apocalyptique, et un regard encore plus inquisiteur.

Ce à quoi je m'attendais, c'était une salle remplie de fans, d'Irlande et d'ailleurs (nous sommes nombreux à venir d'autres pays ce soir, beaucoup de francophones d'ailleurs mais pas seulement). Un show un peu plus spécial que d'habitude, les tubes habituels complétés de vieux morceaux dans l'idée de faire plaisir aux fans pour leur offrir quelque chose d'inhabituel, eux et notamment les Irlandais, qui ont vus Primordial des dizaines de fois.

Sans être déçue, j'ai été complètement surprise par les choix effectués pour la setlist. Un concert de Primordial n'en serait pas un sans un « As Rome Burns » ou le final sur « Empire Falls », et depuis la sortie du dernier album sans « Babel's Tower ». Mais je m'attendais à ce qu'ils jouent « Bloodied Yet Unbowed », « Come The Flood », « Wield Lightning To Split the Sun », alors que ces titres ont été complètement laissés de côté.

Primordial a choisi de jouer des titres un peu moins souvent représentés. Pour les plus vieux, j'ai été surprise qu'ils choisissent « The Calling », ou encore qu'ils jouent « Graven Idol » au lieu du plus habituel « Autumn's Ablaze » (pour représenter « The Journey's End »). Ce dernier était, selon moi, un peu trop à l'écart dans la setlist, pas trop dans la continuité des autres choix effectués, et peu adapté au live. J'ai aussi été étonnée qu'ils piochent « Traitors Gate » dans « To The Nameless Dead », plutôt que « Heathen Tribes » par exemple, mais c'était tout à fait inattendu, dans le bon sens du terme ! En ce jour d'élection en Irlande, les rues de Dublin étant monopolisées par des affiches de candidats, Primordial dédie « The Seed of Tyrants » au peuple irlandais. Avec toutes ces surprises, peut-être ont-ils voulu se faire plaisir, également.

Si les deux heures sont passées très vite, il est indéniable qu'il y a eu des moments plus forts que d'autres. J'étais plus qu'heureuse de les entendre jouer « The Mouth Of Judas », un de mes titres favoris, où Alan Averill n'a pas hésité à modifier les lignes de chant, sans les faciliter au contraire, et il m'a d'ailleurs complètement étonnée dans sa capacité à garder un chant irréprochable sur cette longueur. Parmi les titres les plus marquants, il y a eu « Gods To The Godless », « Death Of The Gods » et « No Grave Deep Enough » notamment (les titres de « To The Nameless Dead » sont hors-jeu, ça compte même pas le final sur « Empire Falls », sérieusement).

Mais, l'instant qui a fait monter les larmes aux yeux, c'était bien évidemment d'entendre « The Coffin Ships » chanté par un Alan complètement ému, repris en choeur par la salle entière. Un chant si noble, par des Irlandais, pour des Irlandais, on se retrouve, nous les étrangers, au milieu de cette émotion sans précédent dans la soirée et c'est une sensation plus forte que les mots pourraient le décrire. Pourtant, le titre ne faisait pas spécialement partie de mes favoris de Primordial, mais il en fait maintenant partie depuis cette expérience.

On aura rarement vu un frontman aussi talentueux, communicatif et charismatique, cela ne change pas et ne changera sans doute jamais. Il n'hésite pas à poser pour les photos, pour les souvenirs qu'on gardera de cette soirée, à demander à se faire acclamer, et il oublie même quelques paroles au passage, mais cela n'enlève rien à la qualité du groupe et il est difficile de leur reprocher cela quand cette soirée leur est entièrement dédiée.






Dublin, on reviendra. Merci DME Productions, merci RyanAir, merci la Guinness et le Buckfast, merci les copains et merci tous les plus-que-fans présents qui ont rendu la soirée inoubliable.