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lundi 17 mai 2010 - U-Zine

My Own Private Alaska

Tristan / Yohan / Milka

U-Zine

U-zine.org, webzine musical metal actif entre 2004 et 2015. Fermé en 2015 suite à sa fusion avec 2Guys1TV, ses articles (chroniques, live-report, interview, dossiers, ...) sont désormais disponibles directement sur Horns Up via ce compte !

My Own Private Alaska. MOPA. Un ep et déjà une reconnaissance qui ne fait que grandir à l’aube d’un premier album sobrement intitulé « Amen ». Avant-gardiste pour certains, opportunistes pour d’autres, en tout cas sincère et viscéraux avec eux-mêmes, nous avons rencontré le groupe lors de leur passage à Nantes pour le concert du Ferrailleur.
Formation atypique constitué d’un pianiste (Tristan), d’un batteur (Yohan) et d’un chanteur (Milka), MOPA continu sa tournée européenne en ratissant en ce moment la France entière. C’est face à des musiciens plus que passionnés que nous aurons à faire, agréables, affables et disponibles éminemment bavards et heureux de parler de leur art, voici ici les grandes lignes d’un entretien qui aura durer plus d’une heure et qui se sera prolonger tard dans la soirée. Enjoy !

[Par Eternalis]

Vous sortez aujourd’hui votre premier album après un ep qui avait fait énormément de bruit ! « Amen » est composé de nouvelles compo et de 4 morceaux des 6 de l’ep. Comment avez-vous cherché à faire évoluer votre style ?

Tristan : on ne l’a pas forcément pensé de cette manière. Nous n’avons pas travaillé dans une optique de changement, ou d’évolution ou de quelconque révolution. Nous avons simplement joué et ressenti l’instant. L’instant. Je pense que c’est le plus important. On lit un peu partout que nous avons changé, que de l’ep à l’album, il y a un bond incroyable ou une évolution notable dans l’état d’esprit mais ce sont simplement des conneries.
Certes, il y a des morceaux de l’ep sur l’album mais ils sont complètement différents. Et pourquoi ils le sont ? Pas par opportunisme ou par calculs ou je ne sais quoi…je ne sais pas, ça me semble évident personnellement. Il y a deux ans entre les deux, et l’ep était déjà la matérialisation de compositions datant de nos premières heures, et nous évoluons. Je ne parle plus de musique ici, mais d’homme. L’interprétation des morceaux sur « Amen » est celle que nous avons ressenti sur l’instant, il n’était pas question de perfection ou de conneries de ce genre, il fallait simplement capter l’émotion là où elle était, le feeling, se dire que telle chose était bonne une fois entendu et non pas la programmer pour qu’elle sonne ainsi. Je ne sais pas si tu vois ce que je veux dire, tout est d’un naturel extrêmement profond. Si Milka par exemple ne chante pas les morceaux de la même manière, c’est simplement parce qu’il les a ressenti d’une manière différente. Si nous enregistrons les mêmes morceaux dans deux ans, ils sonneront encore différemment. Il y aura une base solide et il y aura nos tripes…nous évoluons chaque jour…notre musique aussi. Chaque jour nous amène à voir nos compos sous un angle différent.

Votre patronyme est assez énigmatique. Personnellement, je trouve que l’Alaska représente une sorte de paradis perdu, un espace emprunt de liberté, beau, désertique, pur, préservé mais fragile. Le « My Own Private » serait ici pour accentuer le côté personnel et viscéral de votre musique, le côté intérieur. Ainsi, MOPA symboliserait notre propre paradis perdu à tous, notre utopie personnelle et intérieure. Qu’en penses-tu ?

Tristan : tu as tout compris. C’est complètement ça. Je ne sais pas si tu as vu Into the Wild mais ce film nous a vraiment traumatisés et c’est par exemple une des bases de notre musique. Un retour à l’homme, à la nature, à la terre, à ce que nous avons et avions de plus pur sur cette planète.

Yohan : le « My Own Private » met également énormément en valeur l’aspect très égoïste de notre musique à la base, composé pour nous libérer avant tout de nos propres douleurs. Lorsque Tristan et Milka ont formé MOPA, il y avait cette volonté de délibérément se jouer des conventions et se foutre de ce qu’on pourrait leur dire, il fallait simplement qu’ils se libèrent de tous leurs maux, de leurs souffrances, de leurs expériences.

Tristan : Se foutre à poil voilà. C’est vraiment ça. Quitte à se confier, autant le faire à fond et se montrer dans sa plus parfaite intimité dans sa musique, avec une certaine impudeur, j’ai même du mal à saisir l’inverse. On ne s’est pas dis qu’on allait supprimer les guitares pour faire cool ou lancer une mode comme on a aussi pu parfois le lire. C’est impressionnant le nombre de conneries qui circule sur nous et les personnes qui nous jugent sans même nous avoir vu ou écouter une seule fois. Il est de bon ton de casser la gueule à MOPA…je peux comprendre, mais je trouve ça navrant également. Nous sommes juste nous, chaque soir nous nous livrons littéralement à la musique, à notre musique, à nos sentiments. Comme disait Yohan, il y a une part d’égoïsme dans l’émotion mais toujours un partage. On ne fait pas de la musique pour la plante verte, le lapin ou la marmotte, ils s’en foutent eux, ils ne comprennent pas. Nous faisons de la musique d’humains en espérant un échange avec d’autres êtres humains dans le public, qu’eux ressentent. Chacun vivra différemment MOPA, mais il y a un échange. Le plus beau cadeau qu’on puisse me faire est de me dire qu’on a ressenti des choses pendant que l’on jouait…
 

Il y a également cette phrase dans le film Insomnia, avec Robin Williams et Al Pacino, où il est dit « Il y a deux types de personnes en Alaska. Ceux qui y naissent et ceux qui viennent y fuir un ailleurs ».

Yohan : Voilà…

Tristan : tu as tout compris MOPA. Comme ceux d’Alaska venant y fuir un ailleurs, je ne suis pas né avec une piano dans les mains ni la capacité de composer ce que je fais aujourd’hui. MOPA est une manière de fuir un ailleurs, de fuir un monde, notre monde, de fuir les préétablis, la normalité qui nous fais gerber, le manque de personnalité. Tout le monde copie tout le monde aujourd’hui, c’est incompréhensible. Il est tellement plus jouissif d’être soi, d’exprimer ce que l’on ressent intérieurement et non pas de donner en pâture ce que l’on pourrait juste attendre de toi. Il ne faut pas se méprendre, moi aussi j’ai eu et ai encore des idoles mais à quoi bon les plagier ? Elles existent, et elles feront toujours ce qu’elles font mieux que je pourrais le faire alors autant créer ma propre page personnelle. Je sais qu’il est plus cool d’être dans le moule mais ce sont des paillettes pour vendre des magazines ça…

Comment avez-vous vécu l’enregistrement avec Ross Robinson ? N’avez-vous pas eu peur qu’un producteur de sa trempe vous fasse perdre une partie de votre identité ?

Yohan : pas du tout. Ce n’est pas parce qu’on a été à Los Angeles que nous avons changé, ça n’a rien à voir. Ross Robinson nous a littéralement poussés dans nos derniers retranchements, ça a été une expérience psychologiquement d’une intensité sans précédents. Nous n’aurions d’ailleurs jamais pensé vivre quelque chose d’aussi fort émotionnellement.
Nous avons tellement parlé…nous nous sommes confiés, nous étions continuellement ensemble…au final, nous avons dis des choses, avouer des choses…des trucs que l’on aurait jamais osé dire aux autres.

Tristan : des choses qu’on se cachait nous même également…

Yohan : Oui complètement. Au final, ça a donné que nous étions plus nu que jamais. Nous parlions parfois pendant plusieurs heures avant les prises pour finalement, lorsque nous commencions à jouer, dégager une furie, une aura, une intensité émotionnelle que nous n’aurions jamais eu et canaliser sans lui.

Tristan : il nous parlait parfois des autres groupes qu’il a produits. Ça a été plus ou moins le même processus aux débuts de Korn, il fallait les pousser au plus loin de ce qu’ils pouvaient, plus loin qu’ils n’imaginaient eux même pouvoir aller. Quand Korn est arrivé, ils étaient les premiers à jouer en survêtements, avec des guitares sept-cordes accordés si bas, avec le fameux chant « pleurant » de Jonathan Davis qui avait tant fait controverse. Mais si justement il avait craqué en studio et avait pleuré (ndlr : ce qui reste audible sur le final de « Daddy » du premier opus éponyme), c’est bel et bien parce que Ross l’avait poussé dans ses derniers retranchements.
Ross avait l’habitude de dire de nous que l’on était comme un verre d’eau frais que l’on proposerait à un métalleux cherchant de la bière. Là où on ne nous attend pas et où on ne nous veut pas forcément. Mais au final, nous sommes plus frais que la bière, plus inattendu, probablement plus pur…Il nous a également appris à suivre notre cœur et à déconnecter notre cerveau qui, au final, est notre pire ennemi pour ce qui est de programmer et de la perfection. Il nous a apporté énormément…

Votre musique est véritablement très chargée émotionnellement. Comment composez-vous pour un tel résultat ?

Tristan : en vivant, tous les jours, interprétant la vie. Encore une fois, il y a l’idée de se mettre plus qu’à nu devant notre public, devant ceux prenant le temps de s’intéresser à MOPA. Il n’y a jamais eu de formule magique, nous ne nous posons pas de questions. Evidemment, on ne fait pas de l’improvisation, nous travaillons nos morceaux mais l’important est réellement de garder le sentiment qui nous a traversés sur l’instant. Pas forcément le plus parfait, pas forcément le plus juste mais simplement celui que notre instinct et notre cœur a décidé de faire parler sur le moment.

Beaucoup parle de vous comme d’un groupe screamo. Personnellement, je ne suis pas du tout d’accord, tant je penserais plus à des groupes comme Neurosis, comme The End, comme Shining, le vieux Marilyn Manson, notamment pour certaines intonations de Milka. Toute cette scène bouillonnante d’idées, de sincérité…

Tristan : Et bien…(rires). On s’en fout à vrai dire. C’est un truc bien plus de journalistes de coller dans des cases, même si je sais qu’il est presque évident de devoir donner des étiquettes plus ou moins étriqués aux groupes simplement pour donner une vague idée de la musique aux autres. Mais on ne s’intéresse vraiment pas à ça.
Tu parles de sincérité, c’est complètement ça. Je dis des choses connes depuis tout à l’heure, sur la sincérité, le fait d’être soi-même, le plaisir de se livrer plutôt que de copier bêtement ses idoles mais ce sont des choses tellement oubliées qu’il en devient important de les rappeler malheureusement.
Le pire est que tout ceci vient de nous. A la création de notre myspace, il y avait trois cases de dispo, on a mis « classical » machin, piano et il y avait la case « screamo ». On a un chanteur qui varie entre « scream » et « spoken words » donc on ne s’est pas trop posé de questions, on a coché cette merde sans savoir que ça nous harcèlerait plus tard (rires)

On retrouve une touche classique et baroque dans les parties de piano, proche de la période romantique. Ecoutes-tu des compositeurs classiques chez toi ?

Tristan : Pas vraiment. Quelque fois mais ce n’est pas réellement ma tasse de thé. Ma grand-mère est russe donc j’ai grandis enfant avec toute cette musique dite « noble » ou « de la haute », les grands compositeurs russes comme Stravinsky pour ne citer que lui et ça a peut-être influencé ma façon de jouer ou de voir MOPA aujourd’hui mais je n’en suis pas vraiment sur. La musique classique n’a pas que des bons côté, il y a certes la grandeur, la beauté, l’énorme puissance mais aussi un gros côté « pouet pouet coin coin » coincé du cul qui est souvent emplie de clichés et qui s’enferme complètement sur elle-même.

Yohan : Mais c’est clair que la puissance de la musique classique est impressionnante. Plus que la musique, ce qui est fascinant derrière, c’est le rapport à l’homme, à l’humain, à l’artiste. On peut sentir le cœur du compositeur vibrer à travers tout un orchestre, le sentiment est gigantesque, viscéral et quelque part, presque intimiste. C’est un peu tout ce que l’on veut mettre dans MOPA…

Le morceau « I Am an Island » est particulièrement violent et éprouvant, intense et solennel. Ce morceau représente-t-il quelque chose en particulier ? Il semble être comme une apogée de votre style…

Yohan : c’est le morceau qui a fini chacun des concerts de notre tournée. C’est vraiment une épreuve que d’interpréter ce morceau. Il y a une rage, une intensité, un appel à la nature et au large d’une puissance vraiment rare. Une énorme violence mais quelque part je n’y vois pas de la négativité. On en a énormément parlé avec Ross et je pense sincèrement que l’extériorisation de nos sentiments n’est pas quelque chose de négatif, au contraire. On ne veut pas déprimer les gens et les pousser à se suicider. En se mettant à nu, en se livrant autant, en créant une telle intensité dans nos compos, on se libère de tous ce qui nous fait souffrir pour finalement mieux repartir. Pour moi, « Amen » est une célébration de la vie et non de la dépression, c’est un pied au cul pour se défaire des chaines qui nous font souffrir et repartir vers plus de positivité et de bonheur. Et « I Am An Island » c’est ça, après ça tout ne peut qu’aller mieux…c’est aussi pour ça qu’elle finie nos concerts.

Tristan : On ne peut plus rien dire ou jouer après ça, c’est la fin, irrémédiablement. Comme le dit Yohan, il ne faut voir en nous des gros tarés suicidaires, ce n’est pas ça. Nos textes parlent de choses très simples, que tous ont connues. Le décès d’une personne proche, d’un être cher, la rupture amoureuse, les questions existentielles, sa place dans la vie…nous n’inventons rien, nous ne faisons que parler de ce qui touche à tout le monde, à l’universel. « I Am An Island » symbolise ce retour à la terre, à la pureté absolue. L’homme n’est plus fait de chair et de sang mais redevient un bloc de terre, un roc, une pierre. Le retour à ça…la fin de tout et le commencement de tout…donc une apogée je ne sais pas. Une forme d’apogée oui, l’apogée d’un aspect de MOPA, mais chaque morceau est l’apogée d’une face différente du groupe.

Comment développez-vous votre atmosphère en live ?

Tristan : on joue. Aucun concert n’est identique, la journée, l’humeur, l’intention, le sentiment, le lieu, l’environnement…tout ça sont des facteurs qui feront que la prestation sera différente ainsi que, fatalement, l’atmosphère.
Je vais encore te dire un truc con, j’aime enfoncer des portes ouvertes aujourd’hui (rires), mais je joue chaque soir comme si c’était mon dernier concert. Quoi de tel pour l’intensité que de se dire que l’on joue la dernière fois de sa vie ?
C’est pour ça que chaque soir, je suis dans une sorte de transe, que je vis et transpire ma musique, que je détruis mon piano en me disant à chaque instant qu’il va s’effondrer la seconde suivante…
Par exemple hier soir, nous étions à Paris au Nouveau Casino et j’ai eu le sentiment d’avoir vraiment joué l’un des meilleurs concerts de ma vie. Et quand on est rentré et qu’on a vu certains nous défoncer sur Facebook, disant que tout était trafiqué, programmé, prévisible et mécanique, franchement, je n’y comprends rien. Je me demande si on a vécu le même concert. Ce n’est pas pour leur lancer la pierre mais de tous ceux qui nous ont défoncés jusqu’alors, je n’ai jamais vu d’arguments construits, de critiques intelligentes. On casse MOPA parce que c’est plus cool que de simplement avouer que nous touchons des gens…ce genre de conneries me dépassent.

En parlant de live, vous avez ouvert pour Metallica dans les arènes de Nîmes ! Comment ça c’est passé ?

Tristan : immense. Je ne sais pas quoi dire d’autres. C’était tellement beau, le cadre était somptueux, tellement magnifique. Jouer devant 15 000 personnes, dans ses arènes ayant des centaines d’années et ayant été le théâtre de temps d’évènements historiques, c’était immense. Faire résonner une note de piano dans cet espace gigantesque, ça m’a pris à la gorge pendant toute la prestation…
Quand au public, même si nous avons eu évidemment pas mal de critiques, avec les « fans warriors » ne daignaient même pas nous écouter, l’ensemble a été respectueux et nous avons eu le mérite de ne pas nous faire sortir par des œufs dès le second morceau.

Yohan : ça reste un énorme rêve de gosse en plus. Tout le monde a de toute façon été un jour fan ou influencé par Metallica. Jouer pour eux, avoir la chance d’avoir eu le même tourneur, c’est vraiment énorme.
Après évidemment, on a eu énormément de critiques disant que nous n’avions rien à foutre là, notamment par les fans de Metallica. Mais c’est probablement quand Metallica dit qu’ils aiment notre musique que ça refout les choses à leur place…ou alors il faut être juste d’une énorme mauvaise foi.

Tristan : Oui c’est clair. Je pense qu’il faut avancer à un moment. Metallica a été l’idole des années 80, ils ont quand même un guitar hero dans leur line-up…prendre MOPA en première partie, un groupe sans grattes, c’est finalement un énorme pied-de-nez à tout ceux qui ne voient rien d’autre en nous qu’une bande de poseurs.
On est en 2010, il faudrait arrêter de penser que les choses sont figées. Evidemment, je ne dis pas que nous serons les prochains Metallica mais au final, j’ai été très fier de cette date simplement pour tous ceux qui plagient allègrement Metallica et qui se sont dit quand on jouait « merde, ça aurait dû être nous là ! » (rires). Je voudrais tellement que les gens s’enlèvent les barrières de leurs têtes…

Avez-vous pu les rencontrer ?

Tristan : Oh non impossible. Yohan a pu discuter un tout petit peu avec Lars Ulrich mais ils sont littéralement inapprochables. Ils ont un emploi du temps ultra serré, des tonnes d’interviews, c’est impressionnant.

Yohan : Il faut imaginer en fait comme un mini village qui serait uniquement le staff de Metallica. Je n’avais jamais vu ça et il faut vraiment le voir pour le croire.

Tristan : Ils en sont à un niveau où ce ne sont plus des hommes mais des icones. Ils n’ont pas décemment de vie, ils sont épiés, ils sont surveillés…ça doit être un véritable enfer.

Comment compter-vous faire évoluer votre musique ? Pensez-vous introduire d’autres instruments un jour ?

Tristan : on y pense effectivement. Tiens, c’est le genre de déclarations qui va faire jaser ça (rires). Il est clair que jamais rien n’est figé, et qu’il serait idiot de s’enfermer dans notre schéma actuel. Cela viendra selon ce que la musique exige et demande. J’adorerais personnellement ajouté des cuivres dans MOPA, ce son si grave, oppressant, lourd. Encore une fois, pas le côté « pouet pouet coin coin » des cuivres mais réellement l’aspect dramatique de la chose, le côté massif qui se voudra aussi intimiste si tu vois ce que je veux dire.
Qui peut savoir comment sonnera MOPA à son quatrième album ? Personne. Même pas nous même donc il ne faut surtout pas dire que l’on restera toujours avec l’unique base piano/batterie/chant. Nous verrons ce que nous ressentons sur l’instant, ce que nous nous ferons instinctivement. Comme je te disais, les morceaux d’« Amen » enregistrés dans deux ans n’auraient rien à voir avec ceux qui sont dans l’album actuellement. Il y aura probablement de nouveaux instruments, ce ne sera juste probablement pas ceux que l’on attend… (grand sourire).

Pas de guitare donc ? (rires)

Tristan : on se comprend (rires)

Penses-tu qu’on puisse faire le parallèle entre vous et Apocalyptica pour l’absence de guitare ?

Tristan : mouais…je ne pense pas non. Eux jouent comme s’ils avaient des guitares mais avec des violoncelles.

Milka (qui arrive des loges avec quatre margarita) : Et surtout Apocalyptica a commencé en faisant des reprises de Metallica, on ne peut pas dire que ce soit personnel tout ça…

MOPA vit une sorte de buzz actuellement. On vous voit dans énormément de magazines, de websites, sur le net, on vous idolâtre et vous déteste. Qu’est-ce que tout ceci vous fait ?

Milka : ah bon on nous voit partout ? (rires)

Tristan : Ouais, on parle pas mal de nous mais je ne sais pas si nous sommes réellement plus exposés que les autres. Le fait que l’on aille chez Ross Robinson nous aussi probablement mis en avant mais je ne suis pas sur.

Milka : Ce qui est sur en revanche c’est le regard qu’on porte sur nous. Parce que nous avons été enregistré deux semaines à Los Angeles, on entend partout que nous avons changé, qu’on est devenu prétentieux, riches aussi (rires). Le gros problème de la France est l’énorme jugement qu’elle impose constamment à ses groupes.
Quand on va aux Pays-Bas par exemple, ou lorsque nous sommes allés en Russie où l’accueil a été phénoménal, on nous juge uniquement sur notre musique. On ne nous aime pas, on ne vient pas nous voir et puis c’est tout ! Ici, on juge l’individu, la personne sans même la connaitre et parfois sans même avoir jeté une oreille sur l’artiste. C’est invraisemblable. Qu’on juge l’artiste, qu’on ne nous aime pas je conçois parfaitement, le comprend et le respecte…le reste beaucoup moins…on dit que les français sont en retard mais quand je vois ça, je me dis que ce n’est pas pour rien.
Perso, j’adore Nantes, j’adore cette ville, le port (ndlr : Le Ferrailleur est au bord de l’Erdre), nous y avons joué il y a un an au Metalorgie et on revient aujourd’hui.

Tristan : On est toujours très toulousain dans l’âme c’est sur. On aime dire des conneries, mon mot préféré c’est « je t’emmerde » et on est toujours devant le multiplex le samedi soir. Rien a changé pour nous, nous sommes les même, juste grandi par plusieurs expériences enrichissantes. Comme chacun au final, grandi par la vie elle-même…

Votre musique s’apparenterait facilement à une Bande Originale de film. Est-ce un exercice qui vous tenterait si vous en aviez l’occasion ?

Tristan : Evidemment. C’est quelque chose qui serait très intéressant et enrichissant sur le plan personnel.

Yohan : on a déjà plus ou moins fait ça avec un réalisateur qui est venu nous voir quand on était à Los Angeles pour enregistrer quelques trucs pour lui. Mais on ne peut pas vraiment parler de BO, c’est bien plus underground.

Tristan : Après, je ne sais pas si j’en serais capable. Il faut forcément s’enfermer, on ne peut plus être libre, ni sincère puisqu’il faudra composer en fonction de quelque chose, en l’occurrence des images, et du coup, j’aurais peur de perdre toute ma spontanéité et ma sincérité dans la musique que je proposerais.
Je sais que l’on peut toujours travailler en collaboration et que si ça venait à se faire un jour, ce serait forcément pour quelqu’un chose de non formaté mais il y aurait toujours cette barrière de l’image. Après, il est clair que la musique de My Own Private Alaska évoque des images, des émotions, des ressenti…les deux mondes ne sont finalement pas si éloignés.

Si chacun de vous avait un rêve avec MOPA ?

Yohan : Si déjà nous avions le luxe de pouvoir vivre décemment de notre art, ce serait un cadeau génial. Mais nous en sommes encore loin…

Milka : un smic avec MOPA (rires). Ouais, ça ce serait le rêve ! Mais remarque, certains pensent bien que nous sommes pourri de fric depuis que nous avons été aux States. Nous galérons comme tout le monde et la vie sur la route n’est vraiment pas toujours facile. La récompense est toujours le public devant nous…

Tristan : Si j’avais un rêve moi, ce serait peut-être moins matériel. Je dirais simplement de donner du bonheur aux gens. On a tous notre degré de bonheur et d’amour. Pour un enfant, ce seront leurs parents. Un garçon aimera sa mère, une fille son père. Pour un ado, il aimera ses idoles, pire, il voudra être eux. Quand j’avais 15 ans, je voulais être Kurt Cobain, ou Slash, c’était mon rêve et mon bonheur…et ces gars là m’apportaient du bonheur sans le savoir, tous les jours, quand je regardais mes posters ou écoutaient leur musique. Et si je pouvais faire ça à des gens avec MOPA, alors je crois qu’un de mes rêves les plus chers serait accompli, l’un des plus beaux. La musique est une chose magnifique, il faut la vivre, la ressentir, la laisser respirer. Elle est là pour nous rendre heureux et nous donner du plaisir.

Merci beaucoup à vous !! Je vous laisse conclure…

Yohan : merci à toi déjà de prendre de ton temps pour nous.

Milka : la même chose…en espérant que tu aimeras le concert !

Tristan : Merci beaucoup à toi et à ceux qui nous soutiennent. Il faut vraiment savoir que sans eux et sans ceux qui prennent le temps de nous écouter, nous ne sommes rien. Nous faisons de la musique pour un public, sans lui, nous ne servons à rien. C’est aussi pour ça que je suis très fier du produit fini, ce double vinyle avec le cd et un dvd de deux heures, ainsi que tous les textes. C’est vraiment un objet de collection, très beau, travaillé, dans lequel on a mis tout ce qu’on avait.
Donc un immense merci à ceux qui prendront la peine de se le procurer…merci à tous !

Un énorme merci à Tristan, adorable, ouvert, généreux, bavard (que de souffrances pour retranscrire) et sincère, Yohan également pour toutes ses super réponses et sa sympathie, Milka pour être arrivé avec de la boisson et Alex pour la promo ainsi que tout les gars du Ferrailleur !!!