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dimanche 13 avril 2008 - U-Zine

Dylath-Leen

Kathy - Igor - Jérémy

U-Zine

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Après un très bon premier album Insecure, Dylath-Leen revient avec quelque chose d'encore plus fort : Semeïon. C'est à l'occasion du Betizfest à Cambrai (nord) que j'ai rencontré le groupe tandis qu'ils s'y produisaient.

U-zine :Bonjour Kathy (guitare - chant), Igor (guitare - chant) et Jérémy (basse), nous voici réunis en ce très beau dimanche au Betizfest. Tout d’abord, récemment, nous avons appris que Magali (Clavier – présente dans le public) et Arnaud (batteur – qui donnait son dernier concert avec le groupe ce soir-là) quittaient le groupe après de nombreuses années de collaboration. Quel bilan en tirez-vous ?

Kathy : Les 7 années passées ensemble ont été positives, notre musique a bien évolué au fil des années grâce au travail de tout le groupe. Ce furent aussi d’agréables moments passés à travers la France entière et la Belgique à défendre notre musique et aussi des influences diverses très intéressantes.

Igor : Au départ déjà, c’était la résultante d’un mix d’influences. Arnaud avait des influences très différentes des notres (et du batteur précédent … qui revient dans le groupe maintenant) : le black metal. Il apportait sa touche brutale à notre travail.

U-zine :Maintenant nous allons parler de votre album « Semeïon » qui vient de sortir. Tout d’abord, la question que beaucoup de monde a dû vous poser : que signifie « Semeïon » ?

Jérémy : « Semeïon » en grec veut dire « signes », dans le sens de « symptomes ». On a voulu à travers l’album faire apparaître l’influence de différentes maladies mentales, sans les décrire précisément, mais plutôt en essayant de montrer le ressenti des gens atteintes de ces pathologies.

U-zine :Justement, est-ce que l’album renferme des expériences vécues ?

Kathy : Oui, plus ou moins, oui. (Sourire crispé)

U-zine :On n’en parle pas plus ?

Kathy : (décidant finalement d'en parler) En fait, tout est parti d’une de mes amies qui est décédée d’anorexie. Et donc comme le premier titre de l’album, aussi premier titre que l’on a composé abordait ce sujet, on a décidé de poursuivre sur d’autres maladies pour le reste de Semeïon.

Igor : Sachant aussi que Lovecraft et son œuvre (grande source d’inspiration de Dylath-Leen) exploitent un grand nombre de pathologies mentales, nous avons essayé de digresser sur le sujet.

U-zine :Digresser… C’est un terme peu employé dans le metal ça… (Rire général).

U-zine :Par rapport à Insecure (1er album – 2002), on peut constater de nombreuses évolutions, notamment en terme de radicalité dans Semeïon. Vous pouvez nous parler de ces évolutions ?

Jérémy : On a essayé de radicaliser le propos, autant dans les paroles que dans les parties brutales et rapides, sans oublier d’être plus pointu sur les parties ambiantes. Notre but à travers la musique est de montrer en quelques sortes ce paradoxe entre la brutalité des maladies et la faiblesse des gens face à elle.
Aussi, on a essayé d’aller encore plus loin dans notre recherche sur tous les styles de musiques qui sont nos influences.

Igor : Il y a aussi une autre chose importante qui différencie Insecure et Semeïon : c’est le rapport à la souffrance. Semeïon est un album plus mineur, plus sombre dans les ambiances qu’Insecure.

Kathy et Jérémy, se complétant : oui, plus tendu et plus glauque.



U-zine :Par contre, ce qui n’a pas changé, c’est votre collaboration avec Stéphane Buriez (prise de son, mixage – chanteur/guitariste de Loudblast)…

Kathy : Oui, dès notre premier album Insecure, il a vu où on voulait en venir. Nous avons été très satisfait de son travail. On a enregistré nos morceaux au Hangar à sons (Cambrai) que l’on connaît très bien. Pour le mix, on avait plusieurs personnes en tête, mais Stéphane est redevenu notre priorité car on savait que ça s’était bien passé avec lui avant, alors c’était logique de refaire appel à lui.

Igor : Il nous connaît bien, c’est formidable de travailler avec lui car il nous laisse la liberté nécessaire tout en essayant de nous devancer pour trouver les bons choix.

U-zine :Je vais parler de l’artwork de l’album maintenant. D’où vient-il ? Quelle image voulez vous faire véhiculer avec ? Je vois un œil par exemple sous le logo…

Kathy : Ce choix tribal est en fait une recherche de quelque chose qui est notre propre identité, à travers des lignes agressives et des courbes.

Igor : Il y a les arrondis de la féminité, la douceur et ces lignes agressives que l’on pourrait assimiler à la masculinité. Ce qui reflète bien ce mix qu’on a essayé de refléter à travers notre musique, et aussi la dualité hommes – femmes présente même dans la composition du groupe.

U-zine : Je vais maintenant parler des concerts et des festivals. Vous étiez l’année dernière en 2007 à l’affiche du Hellfest à Clisson. Je fais partie des nombreuses personnes qui n’ont pas pu venir vous voir car bloquées à l’entrée. Quel a été votre vécu de tout le week end ?

Kathy : Haha, et quel vécu ! (Rire)
Humide, boueux, fatiguant, tout ce que tu veux. (Rire numéro 2)
Sérieusement, ce fut un super souvenir ! C’est vrai que sur le coup, c’était un petit peu la guerre

Jérémy : Un peu Verdun (gros rire général)

Puis Kathy reprenant son sérieux : On n’avait pas dormi après des heures de route. Le timing avait été juste pile poil pour nous monter sur scène. A peine le temps de poser les instruments qu'on devait monter sur scène. Malheureusement, on n’a pu jouer que 20 minutes.

Igor : Une certaine frustration…

Kathy : On avait eu à peine le temps de nous mettre dedans. Mais au final, on était frustré et en même temps super content.

Igor : Oui, c’était un bon public, une très belle ambiance. On a été accueilli de bon cœur, par des gens qui ne nous connaissaient pas forcément car on n’est pas de la même région. On n’était pas si connu du public que ça, mais on a été très bien reçu.

U-zine :Lorsque je regarde votre agenda pour cette année, je constate que la majorité de vos prochains concerts se dérouleront dans le Benelux (Belgique + Pays-Bas – sans le Luxembourg car pas de date). Vous avez une fan base là-bas ?

Jérémy et Igor : Oui !
Jérémy : Pour être tout à fait franc, notre fan base est surtout là-bas.

Kathy : Là-bas nous n’avons pas le même accueil et les mêmes réactions qu’en France. Ils portent vraiment leurs groupes sous le bras et c’est vrai qu’à chaque date au Benelux, l’accueil est magique et le soutien aussi.

Igor : Aussi, ce n’est pas la galère pour se faire programmer comme en France. Par contre, c’est quitte ou double là-bas à la première prestation : soit ça plait et c’est gagné, ou soit c’est le contraire et ce n’est même plus la peine d’espérer revenir en Belgique. Pour nous, ça se passe très bien et on cultive ça, car nous aussi on se plaît là-bas. On a y gagné de la confiance et c’est de mieux en mieux à chaque fois.

Kathy : Et même à Cambrai, notre fief, nous n’avons pas un accueil aussi chaleureux.

U-zine :Hier (ndlr : le 12 avril) on devait tous être en Belgique au Pestpop. Malheureusement, il n’a pas eu lieu et on ne sait pas s’il est annulé ou reporté. Vous pouvez m’en dire plus à ce sujet ?

Igor : On est toujours sur l’affiche (Celtic Frost, et pour cause…, Finntroll avaient annulé) mais on ne sait pas aujourd’hui si le festival est reporté ou annulé…

U-zine :Bon, on a beaucoup parlé de la Belgique et de la Hollande, mais est-ce que vous avez des projets pour la France d’ici la fin de l’année ?

(Rire de Kathy)

Igor : On a pour l’instant une date qui pourrait se confirmer à Amiens pour jouer à la Lune des pirates. La date n’est pas posée.

U-zine :Et à part les concerts, avez-vous d’autres projets pour promouvoir votre nouvel album ?

Kathy : Oui ! Nous avons un clip en préparation ainsi qu’un DVD qui va sortir prochainement, tiré du live au Metal Female Voices Festival (WiezeBelgique) en 2007. Actuellement, on est en cours de montage, mais il sera rapidement disponible.
C’est important pour nous d’avoir des supports visuels tels que ceux-là.

U-zine :Je connais quelques groupes (dont mon groupe préféré, youpi !! Oups, je suis en interview…) qui proposent des partitions de leurs albums aux fans. Est-ce que vous envisagez de faire la même chose ?

Igor : Ces partitions existent actuellement. On l’a déjà fait en fait sur notre premier site internet. On avait mis en ligne quelques morceaux en partitions complètes. On peut éventuellement recommencer l’expérience, à nous de discuter de ça, pourquoi pas ! Elles sont faites.

D’ailleurs, un de nos fans avait tablé chez lui 3 morceaux différents d’Insecure du début à la fin et me les avait envoyé par mail pour que je les relise. Je lui ai alors dit qu’elles étaient déjà faites et il était dégoûté d’avoir perdu autant de temps. Mais au final, sa passion et sa fierté d’avoir réussi ont pris le dessus.

U-zine :Alors, ça va peut-être vous paraître prématuré de parler de ça aussi tôt, mais l’année prochaine en Septembre, vous allez fêter les 10 ans du groupe. Vous envisagez déjà quelque chose pour l’occasion ?

Kathy : Houla ! C’est vrai, le temps passe vite… (Pensive). On admet qu’on n’y a pas encore pensé.

Jérémy : Mais par contre, c’est une superbe idée, une bonne perche. On va garder ça sous le coude et mijoter le tout dès le début de l’année prochaine avec notre manager.

Igor : Une frite – concert party (rire général).

Jérémy : Déjà fait ça hahaha ! (C’est le délire à la table)

U-zine :Maintenant, voici venue l’heure des questions qui fâchent. J’enfile mes gants, mon cuir et prends mon couteau, c’est l’heure de devenir méchant ! Vous pouvez répondre en toute honnêteté, ou pas du tout, répondre rapidement ou pas, c’est comme vous voulez.

Jérémy : Et on a le droit à un Joker ? (rire).

U-zine :9 ans d’existence, et seulement 2 albums… Déjà, pourquoi n’avez-vous pas fait de démo ?

Kathy : On voulait passer par la case professionnelle tout de suite.

Igor : On ne voulait pas sacrifier des morceaux à une démo et une petite prod, pour le regretter ensuite. On voulait le son qui tue dès le départ, un peu égoïstement…
Au sujet de l’espacement entre les 2 albums, c’est davantage dû à des problèmes de moyens qu’autre chose, et puis on avait envie de satisfaire nos fans avec un beau produit, un beau packaging, etc.

U-zine :Dylath-Leen est une ville fictive dans l’univers de Lovecraft. Est-ce que votre rêve de succès est aussi fictif que cette ville ?

Kathy : (déterminée) On fait les choses sans se poser de questions et surtout sans trop rêver. On se donne les moyens pour ce que l’on entreprend et on joue aussi pour notre propre plaisir et notre épanouissement.

Soudain, 3 gendarmes et des hommes qui paraissent être des conseillers municipaux font irruption dans la salle. Ils nous demandent (pas de façon courtoise) de quitter les lieux pour les laisser discuter ici.
On s’est exécuté, pour aller finir l’interview au beau milieu des membres de Lofofora, The Arrs, etc.


U-zine :Bon, reprenons le fil de notre interview : les questions qui fâchent.

Kathy, tu as parlé du Metal Female Voices Festival précédemment. Justement, que dis-tu à tous les metalleux qui viennent voir un concert de groupe à chanteuse pour son physique ?

Kathy : (qui éclate de rire, elle ne s’attendait pas à cette question)
Je pense que ça arrive très rarement et on ne le voit pas quand on se produit sur scène.
Cette minorité a bien raison de venir d’ailleurs, ça fait plus de fans pour nous voir. Et merci pour le compliment au passage.

Jérémy : On peut voir ça comme du bonus pour les fans qui viennent nous voir. Notre musique saupoudrée de paillettes sur scène…

U-zine :Mais par exemple, un groupe comme Hydrogyn, c’est carrément ça !

(rire général)

U-zine :Bon, j’enchaîne sur toi Jérémy, vu que tu m’as l’air en forme. Il paraît que tu es grand fan de Tool.

Jérémy : Le plus grand fan ! (ferme, qui ne laisse aucun doute)

U-zine :Alors, quand j’écoute Dylath-Leen, je ne perçois pas cette influence…

Jérémy : Il suffit juste que tu changes d’oreilles quoi ! (bam, le chroniqueur renvoyé à ses études. C’est ça que je recherche, bien joué).
Non, écoutes la ligne de basse seule et réécoutes bien Tool, tu te rendras compte de certaines choses… Il y a des clins d’œil. (Sourires mutuels)

U-zine :Igor, ne serais-tu pas la réincarnation d’un des monstres de Lovecraft ?

Igor : Huhuumm, j’aimerais bien. J’adore les tentacules…
Aujourd’hui, il s’est créé une intimité avec Lovecraft qui se renforce au fil du temps. Il a construit toute mon adolescence, a contribué à m’extraire de mon milieu et a pris énormément de décisions dans ma vie.
Curieusement, outre sa présence à travers l’œuvre de Dylath-Leen, il y a beaucoup de choses que je fais instinctivement par vénération pour son œuvre.



U-zine :J’ai aussi appris il y a moins de 2 heures que tu étais dans un autre projet black metal…

Igor : Pas vraiment black. Je dirais plutôt acoustique, avec 2 guitares, où je chante sans voix death à la Alice In Chains (grunge) et teinté d’influences de S.U.P. (death / doom) .
Je joue avec l’un des membres de Syn.
C’est vraiment particulier, ça ne ressemble à rien d’autre, et ça ne respire pas la joie de vivre… (rire).
J’espère un jour avoir l’opportunité de le produire comme pour Dylath-Leen.

U-zine :Dernière question pour toi Kathy : la semaine prochaine (ndlr : le 20 avril) je vais voir Angela Gossow se produire avec Arch Enemy.
Pour moi, il n’y a pas photo entre elle et toi. Tu es largement au dessus au niveau vocal, et en plus tu joues de la guitare sur scène. Qu’est-ce que je vais bien pouvoir lui dire pour la consoler ?


Kathy : D’abord merci ! (rire).
C’est vrai que sa voix colle bien à Arch Enemy, mais par rapport à moi…

U-zine :Il paraît que c’est elle qui, dans une interview, a parlé de Dylath-Leen...

Kathy : Oui et même mieux que ça !
Elle devait écrire un bouquin sur les femmes dans le Metal et elle m’avait fait l’honneur de me choisir ainsi que Dylath-Leen pour la France. Je l’en remercie. On était rentré en contact avec elle il y a quelques années, mais apparemment, ce projet a pris beaucoup de retard… (rire).

Voilà, je vous remercie pour cette interview ainsi que vos côtés un peu plus personnels dévoilés. Je vous souhaite beaucoup de réussite avec Semeïon, qui sera chroniqué sur U-zine dans quelques semaines.