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vendredi 31 mars 2006 - U-Zine

Muse

Dominic Howard

U-Zine

U-zine.org, webzine musical metal actif entre 2004 et 2015. Fermé en 2015 suite à sa fusion avec 2Guys1TV, ses articles (chroniques, live-report, interview, dossiers, ...) sont désormais disponibles directement sur Horns Up via ce compte !

Rencontrer un groupe de renommée mondiale, dépassant même la plus grande renommée que puisse connaître un groupe confiné dans l’univers du metal, ça n’arrive pas tous les jours. Alors lorsque j’ai appris que Muse se rendait à Paris l’espace de deux jours afin de faire la promotion de leur nouvel album toujours sans nom à l’époque, c’est sans hésitation que j’ai accepté l’entretien avec Dominic Howard, le batteur de cette formation qui a bercé ma jeunesse…

U-zine.net : Avant d’embrayer sur votre nouvel album, j’aimerai revenir brièvement sur l’année passée… Vous venez de sortir un DVD sobrement intitulé « Absolution Tour », tu peux nous en dire un peu plus dessus ?
Dominic Howard (Batterie) : Oui, bien sûr. On voulait sortir un DVD qui regrouperait une multitudes de moments cools en tournée, avec en prime un concert afin de montrer ce que nous sommes devenus, car depuis le live Hullabaloo, nous sommes devenus bien plus grands (rires). Nous avons faits de supers festivals, de très grands concerts en tête d’affiche et on voulait pouvoir réunir tous ces moments et offrir un pur moment de live en DVD. On y retrouve différents festivals et plusieurs concerts américains.

En parlant de festivals… Vous avez joué à Paris l’été dernier en faveur du Live8, que retiens-tu de cet événement ?
C’était le chaos ! (rires). C’était génial de pouvoir faire parti d’un événement aussi historique où tant de musiciens ont été réunis pour une cause décente. C’était en plus la première fois qu’un tel rassemblement mondial était effectué, c’était impressionnant de voir tant de gens vibrer en même temps aux quatre coins du monde. Je suis vraiment content d’y avoir participé, même si à côté de ça, le timing était insensé… Tant de groupes se suivaient, tout devait aller très vite ! On pouvait jouer entre 3 et 5 morceaux, puis on passait au groupe suivant. C’était démentiel ! Mais c’était la même chose à Londres, à Hyde Park ! La folie… Mais une bonne folie car les gens ont adoré.

Et pourquoi avoir préféré jouer à Paris au lieu de Londres, justement ?
Paris est une ville vraiment cool (rires) !

Au fil des années s’est créée une certaine alchimie, voire une histoire d’amour entre vous et la France. Comment l’expliques-tu ?
Je ne sais pas trop, on a toujours adoré jouer ici et nous jouons ici depuis notre tout début, à la sortie de notre premier album. Je pense que le fait de beaucoup avoir tourné à nos débuts en France a fait que les français nous ont très vite adoptés. En plus, les français ont très vite compris notre musique au plus profond d’elle-même alors que dans d’autres pays, il a fallut des années pour que notre musique soit comprise et appréciée en tant que telle.
Et puis, notre musique dispose de très nombreuses influences Européennes que ça soit le folk italien, la musique Russe, les parties de piano de Matth’ sont influencées par Berlioz, Chopin et d’autres grands compositeurs européens… On peut entendre toutes ces sonorités européennes dans notre musique et c’est peut-être pour ça que les gens nous aiment tant ici. Mais, je pense que ce qui a le plus marché en notre faveur c’est d’avoir jouer si tôt en France.

Pour continuer dans ce sens-là, vous avez poussé le vice jusqu’à enregistrer votre nouvel album en… France !
Oui, nous aimons la France (rires) ! Vraiment, j’adore ce pays. On voulait trouver un endroit isolé afin de pouvoir nous focaliser uniquement sur notre musique. On a donc trouvé ce vieux château dans le sud de la France « Chateau Miraval » (avec un superbe accent british), éloigné de toute civilisation mais ô combien magnifique, comme tout château français ! Il y avait des vignes à n’en plus finir qui produisaient un vin délicieux. Mais c’était vraiment très loin de toute civilisation, ça nous a vraiment permis de ne penser qu’à notre objectif. Ce fut un très bon moment. Par contre, on n’a pas beaucoup enregistré là-bas, on a passé beaucoup de temps à définir la direction que devait prendre notre musique. On a certes un peu enregistré, mais nous avons passé bien plus de temps en studio à New-York, juste après notre passage en France.
A New-York, ce fut littéralement le contraire du lieu isolé. Ca grouillait de monde partout, c’était cool. On avait également besoin de cette injection d’énergie afin de nous speeder dans l’enregistrement de l’album. Ce fut deux lieux extrêmes qui nous ont tout le temps inspirés grandement et ça se ressent fortement sur l’album. On y retrouve à la fois, un sentiment d’isolement, de sécurité mélangé avec celui d’une perte de contrôle, d’une activité débordante. A New-York, on passait notre temps dans les clubs, et on s’éclatait… Différemment par rapport à la France, mais on y passait du bon temps également ! Ces deux voyages ont eu des influences très positives sur notre musique comme pour le morceau « Supermassive Black Hole ». C’était vraiment exaltant ces deux sentiments opposés.
Par contre, je pense que ça nous aurait pris des siècles de composer tout notre album en France, car c’était très reposant là-bas.

Et comment s’est passé l’enregistrement de ce nouvel opus ? L’avez-vous enregistré tous en même temps comme la dernière fois ?
Chaque morceau a reçu une approche très différente. Chaque titre a été écrit différemment, enregistré différemment, dans des lieux et pièces différentes, avec des instruments différents… On a la fois enregistré des morceaux chacun à son tour, et à la fois tous ensemble car c’est toujours agréable de pouvoir capter notre performance au moment même. On l’a fait pour certains bons morceaux tels que Invincible ou A Soldier’s Poem, qui est l’une de mes chansons favorites. On a obtenu un son très organique et spatial, c’est très agréable ! On a essayé de jouer ensemble autant que possible.

A l’écoute de votre nouvel album, j’ai été très surpris par le fait qu’aucun titre ne sort véritablement du lot, il n’y a pas de véritable single…
Ce fut très dur d’enregistrer quelque chose qui sonne comme un groupe, qui ait une certaine homogénéité (rires). Comme je l’ai dit, il y a des influences extrêmement diverses, chaque morceau sonne différemment par rapport aux autres. Ce ne fut pas facile de tout faire coïncider ensemble. On a enregistré près de 20 morceaux, on a du choisir les meilleurs afin de sonner comme un groupe tout en montrant nos nombreuses facettes, nos nombreuses influences. Ce fut donc très dur de tout mettre en place, mais ce fut une très bonne expérience. Nous n’avions aucune restriction cette fois-ci en studio, si on voulait mettre tel ou tel morceau ou sonorité inédite, on le faisait sans penser aux contraintes. Cette fois-ci, on ne s’est pas demandé comment allons-nous jouer ce titre en concert ? Là, on s’est fait plaisir et on ne s’est imposé aucune limite. Je pense que c’est cette liberté en studio qui a fait que notre album sonne si différemment.

Et quel sera alors votre premier single ?
Probablement Supermassive Black Hole, avec ces influences Prince (rires) !

J’ai été frappé également par le côté « voyage musical » de cet album également. En effet, l’album commence très fort avant que le tempo ne se ralentisse, puis petit à petit le rythme repart… Comment expliques-tu cette progression musicale ? Est-ce du fait de votre passage à la fois à New-York et en France où univers chaotique et relaxant se sont succédés ?
(il réfléchit longuement) Oui (rire général) !
Ca commence très rapidement puis ça se ralentit… Lorsque tu compiles les morceaux les uns à la suite, tu veux qu’il y ait une sorte d’écoulement paisible qui te transporte dans une forte dynamique. Les morceaux issus de New-York sont les plus funs comme Supermassive Black Hole ou Starlight alors, que oui, les morceaux enregistrés en France sont plus posés… Quoique… Invincible est un morceau très positif et vient pourtant de New-York comme pour A Soldier’s Poem.
Mais, il est vrai qu’on a mis beaucoup de temps à orchestrer les morceaux pour qu’ils parcourent l’esprit agréablement sans la moindre césure choquante.

Dans la seconde partie de l’album, on peut entendre de plus en plus d’influences latines et notamment des sonorités flamenco (rires de sa part). Tu peux me dire d’où vous vient cette idée ?
Oui, les trois derniers morceaux ont des influences spéciales. On y retrouve des influences tirées des films de Western avec ses cow-boys, de très nombreuses idées latines comme sur City Of Delusion. On a enregistré une partie de ces morceaux en Italie, il y a des influences à la fois folks italienne, mais aussi nord africaines… On a rencontré un homme qui était capable de jouer superbement des musiques orientales au violon, on a pensé que ce serait génial de l’avoir sur notre album. On a donc décidé de le faire jouer sur City Of Delusion, pour ajouter un côté bizarre (rires). Je trouve ça excellent d’inclure tant d’influences du monde entier. Par ailleurs, lorsque nous avons débuté l’enregistrement en France, nous avons passé beaucoup de temps à surfer sur Internet pour écouter des musiques Pakistanaise, Indienne à la radio… Toutes ces percutions nous ont beaucoup inspiré. Cet album est truffé de sources… Il est bizarre ! (rires)

En parlant de City Of Delusion, vous incluez de la trompette, chose inédite !
A la base cette idée vient du morceau Knights Of Cydonia avec sa partie aux trompettes, et ses chevaux galopants. On a voulu exploiter les influences de ce morceau pour les inclure ailleurs. On n’avait jamais utilisé de tels instruments, mais cette fois-ci, on se sentait d’humeur à le faire. On va même le jouer en live ! Il ne nous reste plus qu’à trouver un trompettiste.
Sur City Of Delusion aussi donc… Nous avons regroupé les trois derniers morceaux ensemble car ils ont les mêmes influences… Mais, pour en revenir à la trompette, j’ai trouvé ça génial d’inclure de nouveaux instruments sur notre album.

J’ai lu que vous aviez pensé à Flea des Red Hot Chili Peppers pour enregistrer ces parties de trompette… Est-ce vrai ?
Oui, mais il ne pouvait pas le faire (rires). Il était trop occupé. Ca aurait pu se faire, mais nous n’étions pas aux mêmes endroits au même moment.

Pour revenir sur Knights Of Cydonia, on peut entendre au début du morceau des bruits de chevaux, des pistolets lasers, des sortes d’OVNI (il rit à chaque énumération)… Qui est l’instigateur de ce délire ?
Ce morceau dépeint une véritable image, tu peux voir ces chevaux galoper sur Mars en écoutant l’album. Ce voyage sur Mars est étrange et bizarre comme tu peux l’entendre avec les bruits d’OVNI et l’arrivée des chevaliers de Cydonia représente le point d’orgue du morceau. On a voulu détailler au maximum la scène à l’aide petits bruits (rires).

J’ai remarqué qu’on entendait moins le piano qu’auparavant. Etait-ce une volonté de mettre l’emphase sur les autres instruments & influences ?
C’est venu naturellement. On a toujours jonglé entre les deux côtés très différents du groupe soit la guitare pour le côté rock et le piano pour le côté plus classique. Cette fois, on s’est détaché de cette dualité pour laisser une plus grande place aux guitares ainsi qu’à de nombreuses influences nouvelles. Voilà pourquoi il n’y a pas tant de piano que ça, même s’il y en a quand même un peu.
Surtout qu’à la base, il y avait beaucoup de piano sur chaque titre lors de la phase écriture, mais il nous a semblé plus important d’attirer l’attention ailleurs. C’est un album bien plus « guitares » !


Cet album se fait attendre… Pourquoi avez-vous repoussé la sortie de ce nouvel album de Mai à Juillet ?
Il n’était pas fini (rires) ! Tout simplement. D’ailleurs, on n’en a toujours pas fini, on veut encore quelques changements infimes. Au final, ce sera donc quelque peu différent de ce que tu as pu entendre. On hésite à mettre un titre de plus.

Vraiment ?
Oui… Peut-être.

Ce serait bien car j’ai trouvé cet album plus court que d’habitude.
Tu sais, à la base, il devait n’y avoir que 10 morceaux. On est monté à 11, là et on en a donc un 12ème dans le collimateur. Comme tu vois, on doit donc prendre encore pas mal de décisions clés avant de sortir l’album.

Avez-vous arrêté un titre ?
Non, pas encore, mais nous avons quelques idées… Vu que ce n’est pas fini, nous ne préférons pas déterminer de titre. Ce sera fait une fois que tout sera bouclé !

Et, tu peux me donner ces quelques idées ?
Non (rire général) !
(ndr : ce sera finalement Black Holes and Revelations )

Bon, je n’insisterai pas, je vais enchaîner sur les tournées alors. Hors festival, vous ne faites qu’une date en France cet été, à Arras… Pourquoi seulement une date et pourquoi pas sur la capitale ?
Car nous allons venir jouer à Paris en Novembre. L’été est réservé aux festivals et non pas aux concerts dans les clubs. Tout le monde est dehors, personne ne veut s’enfermer et transpirer tant il fait chaud dans une salle de concert ! (rires) Mais nous ferons une grosse tournée Européenne vers Octobre / Novembre, et là, nous jouerons à Paris !

Vous avez mis beaucoup de temps à vous faire accepter aux Etats-Unis, même si aujourd’hui c’est chose faite ! Avez-vous du batailler bien plus ferme là-bas pour obtenir cette reconnaissance du public ou avez-vous laissé les choses aller ?
C’est un problème de tournée, nous avons commencé à vraiment tourner là-bas très tard, en 2004. Notre album est sorti 6 mois après le reste du monde là-bas. Ce fut dur de se faire accepter là-bas vu que notre second album n’est même pas sorti aux USA. Et vu qu’il n’est pas sorti là-bas, nous n’avons pas eu l’opportunité de tourner là-bas et donc de montrer aux gens ce que nous valions vraiment. Nous avons joué là-bas pour la tournée promotionnelle de notre premier album, mais nous étions un groupe totalement différent à l’époque (rires). Tout ce que nous avions besoin de faire c’était jouer en live outre-Atlantique et leur montrer ce que c’était Muse en concert ! Et ça a marché ! On a passé de bons moments. On a commencé par de toutes petites salles parce que personne ne nous connaissait et petit à petit on est passé à des salles plus grandes, ce qui nous a donné une seconde jeunesse. On s’est senti pousser des ailes comme un tout nouveau groupe, à nouveau !
On avait les mêmes sentiments que lorsque nous avons joué à Paris il y a 6 / 7 ans. C’était génial car on savait que personne n’avait encore vu ça auparavant. On a gardé de bons souvenirs là-bas !

Et penses-tu que ce soudain accroissement de popularité est du à votre deal avec Warner ?
Non (rires). Enfin, si en un sens oui, car ils ont sorti notre album alors que Maverick ne l’avait même pas fait. Au moins, eux, ils l’ont sorti ! (rires)

Penses-tu que le concert d’Atlanta où Matthew s’est coupé la lèvre avec sa guitare a crée un buzz autour de vous aux USA ?
Je ne sais pas (rires). C’était une chose très bizarre, c’était l’un de nos premiers concerts depuis 5 ans aux Etats-Unis, on était extrêmement excité de rejouer là-bas. Il y a avait pleins de fans dans la salle alors qu’on ne s’y attendait pas du tout… S’en doute l’effet Internet ! On était encore plus surexcité donc de jouer devant ces 400 personnes. Et très vite, Matth s’est ouvert la lèvre, on a du annuler un concert derrière. On s’est dit qu’on était poursuivi par la poisse américaine (rires) ! Mais il y avait une véritable attente des fans de notre passage par chez eux. Notre prochaine tournée américaine sera encore plus grosse !

Pour finir, dernière question non-musicale… Penses-tu que l’Angleterre va gagner la Coupe du Monde ?
Non (rires) ! Bien sûr que non ! (rires)

Tu veux rajouter quelque chose ?
Non c’est bon mis à part merci toi et à cet été !

Un grand merci à Dominic pour ce moment très plaisant ainsi (et surtout) à Amaël sans qui l'interview n'aurait jamais eu lieu !