
"On est tous le boomer de quelqu'un d'autre."
J’ai peut-être beaucoup insisté avec ce groupe ici bas, sachant que 1. je ne sais pas s’il y a un vraiment un public pour ce genre parmi nos lecteurs et 2. ce n’est pas un groupe extrêmement populaire même dans sa propre scène. Mais Hanging Garden est pour moi un nom qui compte quand même un minimum, ou qui devrait compter. Déjà, on ne peut que saluer sa longévité (formé en 2004) et surtout sa productivité, lui qui aligne tout de même neuf albums sur son tableau désormais (et un bon paquet d’EPs). On peut aussi saluer sa prise de risque, lui qui était parti d’un doom/death très scandinave sur Inherit the Eden (2007) avant de surprendre régulièrement son monde (le côté sludge de TEOTWAWKI (2009), le très épuré Blackout Whiteout (2015), les riffs indus de I Am Become (2017)…). Pourtant, dans le sillage de son meilleur album At Every Door (2013), Hanging Garden avait fini par se (re)fixer sur un doom mélodique plus classique, qui marchait finalement très bien sur Into That Good Night (2019). Mais Skeleton Lake (2021) avait fini par rapidement montrer les limites de la démarche, notamment avec un côté « gothique » un peu trop envahissant porté par les vocaux de Riikka Hatakka. C’est ainsi que The Garden (2023) avait malheureusement enfoncé le clou, les vrais moments de doom/death bien lourds devenant trop rares, au profit d’un metal mélancolique un brin gnangnan (c’est sûr que commencer son album par des chants de mésanges, je sais pas, ça a donné un peu le ton). J’avais donc zappé le huitième album du groupe finlandais sur ces pages web, et ma modeste propagande pour promouvoir la plus qu’honnête formation de doom mélodique semblait toucher à sa fin. Mais finalement les choses vont changer.
L’EP The Unending (2025) montrait déjà que Hanging Garden avait retrouvé un peu d’inspiration et Isle of Bliss va se situer dans cette continuité encourageante. Pour cela, le groupe ne va cette fois-ci absolument rien révolutionner et il semble bien qu’à part tenter des virées acoustiques pour d’autres EPs, il ne va plus dévier de sa ligne mélodoom et de toute façon les marges de variations semblent épuisées. Sur la forme, la production a aussi atteint son extremum, bien claire et pesante pour le genre. Non, Hanging Garden va tout simplement revenir avec un très bon neuvième album. Le chant de Riikka Hatakka, qui était pour moi un point de crispation sur les deux précédents albums, est ici bien mieux intégré que des simples lignes en voix claires, elle passe même assez souvent dans un registre crié. Et l’alchimie est parfaite avec Toni Hatakka – son mari – qui reprend d’ailleurs tout le reste du registre clair comme growlé. Cela nous donne donc une valse à quatre voix très maîtrisée, qui se fait remarquer dès le single « Eternal Trees of Turquoise » particulièrement enlevé et envoûtant, aussi porté par une partie instrumentale plus épique qu’à l’accoutumée. Hanging Garden est en grande forme, et va pour une fois publier de vrais morceaux forts, ce qui lui manquait depuis At Every Door même si un Skeleton Lake possédait quelques vrais tubes. On se laissera donc emporter en milieu d’album par l’enchaînement de deux pistes assez formidables que sont « To the Gates of Hel » et « The Death Upon Our Shoulders » ; la première voit des mélodies épiques briller très fort tandis que la seconde nous abreuve de riffs ciselés très efficaces, le tout étant sublimé par les performances vocales du couple Hatakka à chaque instant – Toni régalant vraiment avec ses growls. Et quand il y a toujours cette ambiance très hivernale… on va finir par booker un voyage en Finlande sans s’en être rendu compte.
Mais on connaît la carrière de Hanging Garden et on va tout de même devoir questionner l’originalité de l’ensemble, même si au final les meilleurs albums du groupe ont toujours été les plus classiques (Inherit the Eden, At Every Door, Into That Good Night). A vrai dire, le seul moment « surprenant » de Isle of Bliss sera le départ de « Blights of the Nine », où des mélodies à la Septic Flesh sont accompagnées de vocaux à la Samael, avant que les chants du couple Hatakka ne prennent des accents à la Arch Enemy et Amorphis. D’ailleurs puisqu’on évoque le nom d’Amorphis, on pourra noter que Hanging Garden commence plus à ressembler à certains égards à la formation menée par Tomi Joutsen (jusque dans le registre vocal de Toni Hatakka d’ailleurs), plutôt que le doom/death plus râpeux d’antan. Mais tout cela fonctionne bien mieux que sur le sirupeux The Garden, à l’image des certes plus classiques mais bien menés « Isle of Bliss », « Arise, Black Sun » ; ou encore « Her Waning Light » avec ses riffs et mélodies de premier ordre et une ambiance mélancolique languissante. Toutefois, quand on entérine la qualité des « Eternal Trees of Turquoise », « To the Gates of Hel » et « The Death Upon Our Shoulders », Isle of Bliss apparaît légèrement hétérogène. Il démarre d’ailleurs tout autant timidement sur le trop long « To Outlive the Nine Ravens » qu’il se finit assez mal sur l’anecdotique « Beneath the Fallen Sky » (avec un refrain en chant féminin à nouveau trop sucré…). Tout n’est donc pas parfait mais Hanging Garden revient finalement de loin après la pente dangereuse qu’il arpentait avec Skeleton Lake et The Garden qu’on ne peut que saluer ce redressement spectaculaire sur Isle of Bliss. Qui parvient donc sans mal à se hisser un peu au-delà de Into That Good Night avec des morceaux vraiment mémorables, et ainsi tutoyer un At Every Door, et ça on y croyait plus. S’il est toujours réservé aux plus indécrottables amateurs de mélodoom finlandais, Hanging Garden est toujours là et continue du haut de sa carrière bien charnue de nous donner notre dose de mélancolie metallique somme toute automnale. A la prochaine…
Tracklist de Isle of Bliss :
1. To Outlive the Nine Ravens (6:42)
2. Eternal Trees of Turquoise (5:32)
3. Isle of Bliss (4:21)
4. To the Gates of Hel (6:35)
5. The Death Upon Our Shoulders (4:21)
6. The Blights Nine (4:16)
7. Arise, Black Sun (4:14)
8. Her Waning Light (4:31)
9. Beneath the Fallen Sky (6:03)


















