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Album

20/02/20 - ZSK

Hanging Garden

Into That Good Night

LabelLifeforce Records
styleDoom/Death Metal mélodique
formatAlbum
paysFinlande
sortienovembre 2019
La note de
ZSK
8/10


ZSK

"On est tous le boomer de quelqu'un d'autre."

Hanging Garden a beau être désormais connu comme un nom « classique » du Doom/Death mélodique, il n’empêche que sa carrière nous a réservé quelques menues surprises. Entre les débuts sur Inherit The Eden (2007) et son manifeste qu’était At Every Door (2013), le groupe avait su méchamment nous surprendre, entre un TEOTWAWKI (2009) aux accents Sludge, un Blackout Whiteout (2015) quasi-totalement lavé de la composante « Death » du Doom/Death, et un I Am Become (2017) qui entre deux partitions de mélodoom s’amusait à s’alourdir et à s’industrialiser façon Godflesh. Il faut donc être préparé à tout dès que Hanging Garden repointe le bout de son nez. Et pour une fois, le groupe finlandais ne nous aura pas trop fait attendre, n’aura pas sorti un EP avec des invités divers, rien. Into That Good Night nous est arrivé deux ans après I Am Become le plus simplement du monde. C’est comme si c’était hier que la formation nous avait délivré un album en apparence plus classique mais toujours capable d’étonner. Depuis l’excellent At Every Door, Hanging Garden est en recherche d’une nouvelle référence dans sa discographie, s’éparpiller stylistiquement lui ayant certes permis de se démarquer un peu et de varier les plaisirs (et rien que Blackout Whiteout était très bon, même si à l’époque, on ne s’attendait peut-être pas à ça), mais il lui faut tout de même soit trouver un fil conducteur pour se stabiliser, soit assumer totalement sa démarche imprévisible. On ne savait donc pas trop à quoi s’attendre à l’annonce de Into That Good Night. Même sortir des singles « classiques » n’est gage de rien. Même un morceau d’ouverture sans chichis comme "Of Love and Curses" ne nous dira rien, il faut aller jusqu’au bout et I Am Become l’avait bien montré. Mais cette fois-ci, au bout du compte, il n’y aura rien d’inattendu. Ça en serait presque décevant ? Non, car Hanging Garden, quand il fait simplement du Doom/Death mélodique, il le fait très bien. At Every Door et la majeure partie de I Am Become l’avaient prouvé, donc inutile de souffler d’amertume. Le Hanging Garden « classique » est de retour ici, et il a bien l’intention de faire ce qu’il sait faire le mieux : du Metal extrême mélancolique finlandais.

Into That Good Night s’ouvre ainsi sur "Of Love and Curses", et on retrouve déjà tout ce qu’on peut attendre d’un bon album de Doom/Death mélodique : des riffs râpeux - qui conservent la légère touche industrielle de I Am Become, des growls bien rauques - Toni Toivonen retrouvant ici la forme de compétition qu’il avait sur At Every Door, des leads délicieux, un petit break posé pour retrouver les beaux vocaux clairs de Jussi Hämäläinen, et un refrain déjà bien enlevé avec des vocaux plus arrachés. On a déjà la définition d’un tube et Into That Good Night démarre presque aussi bien que At Every Door avec l’intemporel "Ten Thousand Cranes". Pour une fois, Hanging Garden ne va rien révolutionner, rester dans les clous, mais en en restant à l’essentiel, va gagner en efficacité et en inspiration. Into That Good Night va donc tout simplement enchaîner les morceaux de Doom/Death mélodique de premier choix, qu’ils soient plus lourds ou plus raffinés. "Fear, Longing, Hope and the Night" joue donc déjà une carte plus mélodique, et là aussi nous renvoie aux plus beaux moments de At Every Door, album auquel va finalement bien « succéder » Into That Good Night, 6 ans plus tard et après quelques menues expérimentations. Le morceau-titre confirme déjà définitivement que Hanging Garden est en grande forme, oscillant magistralement entre la lourdeur des riffs et des growls et la magnificence des mélodies, avec à la clé une ambiance envoûtante et même des passages épiques. Le final du morceau est d’ailleurs un transitif qui nous amène au splendide "Rain", jouant aussi avec brio et classe sur les contrastes, entre les mélodies accompagnées d’un subtil synthé et la douce voix de Riikka Hatakka, et la riffaille bien lourde et incisive, à nouveau presque Godfleshienne à certains égards, seule véritable aspérité de cet album qui assume son retour au pur Doom/Death de At Every Door et qui le fait particulièrement bien. On oublie Blackout Whiteout, on reprend I Am Become en ne s’écartant plus trop des fondamentaux, on retrouve la vibe de At Every Door et on obtient ce parfait album qu’est Into That Good Night.

Une moitié d’album est déjà passée et Hanging Garden a déjà jeté une partie de ses forces dans la bataille. Mais il va facilement parvenir à maintenir sa forme dans un album très homogène où il n’y a rien à jeter. Plus classique mais aussi un peu plus sombre, toujours aussi pesant malgré les mélodies qui s’échappent, "Silent Sentinels" assure niveau Doom/Death, avec pas mal de variations au niveau des vocaux. "Anamnesis" est aussi bien croustillante, entre guitares toujours prêtes à s’échapper dans l’industrie et ambiances cotonneuses, et vocaux à l’avenant peu importe qu’ils soient chantés, criés ou growlés. "Navigator" voit Riikka Hatakka remettre un peu de douceur dans ce monde de guitares sous-accordées et de vocaux hyper graves, avant que "Signs of Affection" ne clôture cette Bonne Nuit avec de formidables mélodies nocturnales, mais aussi le Doom/Death bien enlevé que Hanging Garden sait si bien composer et amener sur la table (de nuit, donc). Autant dire qu’au bout, le bilan est plus que satisfaisant et Hanging Garden fait encore mieux que I Am Become qui était déjà très bon, surprises mises à part. Et Into That Good Night de se poser, assez aisément et grâce à une inspiration de tous les instants, comme le meilleur album de la formation depuis At Every Door, dont il se rapproche le plus stylistiquement de toute façon, et jusque dans certaines ambiances. Il le tutoie car à mon sens, At Every Door reste intouchable, était peut-être un peu plus aéré que ce Into That Good Night plus monolithique en comparaison, mais de toute façon seul le temps sera vraiment juge. Hanging Garden, à force d’avoir voulu décontenancer son monde avec des aspérités stylistiques plus ou moins inattendues, ne surprend plus ici (d’autant que I Am Become était déjà majoritairement plus classique), mais outre de petites longueurs ici et là c’est une très bonne chose. Car le groupe finlandais reste une redoutable machine de Doom/Death mélodique, At Every Door l’avait prouvé en son temps et Into The Good Night refranchit la porte. Des bons riffs bien dark et lourds, du growl rauque et méchant, des mélodies scandinaves émotionnelles et des ambiances de cycle jour/nuit de cercle polaire, dans des hits du genre, c’est ce qu’on voulait, c’est ce qu’on n’a pas toujours eu, mais cet album prouve que c’est là que Hanging Garden excelle. Bonne nuitée dans le jardin des pendus !

 

Tracklist de Into That Good Night :

1. Of Love and Curses (4:33)
2. Fear, Longing, Hope and the Night (6:51)
3. Into That Good Night (6:33)
4. Rain (6:44)
5. Silent Sentinels (5:05)
6. Anamnesis (5:48)
7. Navigator (3:57)
8. Signs of Affection (6:24)

 

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