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samedi 23 mai 2026

WE Metal Fest 2026 - Jour 2

Le Plan - Ris-Orangis

Team Horns Up

Compte groupé de la Team Horns Up, pour les écrits en commun.

Aurélie Jungle : Deuxième jour de cette troisième édition du WE Metal Fest (le J1 est là) ! La journée démarre cette fois-ci à 15h30. Un peu moins de monde que la veille à l’ouverture (la gueule de bois tmtc) et une journée qui s’annonce un peu plus éclectique que la veille. Un peu moins core et un peu moins électro donc. Le WE Metal Fest est toujours diffusé sur leTwitch de L’Empreinte (partenaire du fest), animé par l'équipe d'Outcasts (Mymetalunicorn, Bakared et Dealer2metal). 
Et si le festival doit démarrer ce deuxième jour par Septaria, ce ne sont pas des guitares électriques qui accueillent le public mais une chorale, celle du Plan ! Si j’avais encore la tête dans le cul à l’arrivée, entrer dans le hall du festival sur un «Stairway to Heaven» en chœur, c’est peut-être le meilleur réveil au monde.    

Dimanche 5 avril - Jour 2

SeptariaPërl | LocoMuerte | Kill The Princess | Shaârghot | Furies | Lofofora

 

Septaria
Grande Salle

Septaria c’est un peu les descendants de Gojira. Des enfants sauvages qui ont sorti leur premier album en 2024 (y’a la chronique là) et dont les sonorités se rapprochent évidemment beaucoup du quatuor landais. La différence, c’est qu’il y a du saxo (assuré par le bassiste) et deux chanteurs (qui sont aussi guitaristes). Un qui growle (Maxime) et un avec un chant plus clair (Hugo).  

C’est le début de la journée, la fosse se remet de la veille et Septaria débarque avec «Moment Présent». Ça ne suffit pas à animer le public mais l’ambiance est plutôt à la concentration, à la découverte, motivé par une scénographie hypnotisante voire épileptique. Le groupe enchaîne plusieurs titres de son album avec des petites faiblesses sur le chant d’Hugo qui semble timide sur les parties les plus mélodiques. Résultat : il est quasi inaudible voire faux. Dommage ! Malgré ça, le set est d’une puissance folle. La claque se fera évidemment sur l’enchaînement «Centaure» et «Psyché», celui qui laissera quelques bouches bées jusqu’à la catharsis provoquée par l’arrivée du saxo. 

 

 

Përl
Club

Direction la petite salle pour Përl, groupe de post formé en 2008. Je ne sais pas ce que je vais voir mais la salle est blindée, il y a même une file d’attente pour pouvoir y accéder. Une nana débarque alors avec une veste bleue pailletée et part dans un espèce de slam, en français, accompagnée d’une basse très chaude et de guitares un peu plus aigües. Y’a un côté black, doom, post dans l’histoire. Je fais vraiment face à un OVNI. Je ne comprends pas ce que j’écoute et pourtant je reste. Aline (au chant) et sa poésie m’embarquent. Elle paraît possédée, elle vit absolument chaque note qui sort de sa gorge ou de sa guitare et elle ensorcelle le public.

Elle avoue pourtant quelques problèmes de voix et s’excuse. La néophyte que je suis ne les entends pas. Pire, je suis subjuguée par sa puissance cristalline. Pour parer à ses difficultés, elle enchaîne les feats : Antoine de Witchorious d’abord puis Faustine de la Nébuleuse d’Hima viendra s’ajouter. Ça en fera du monde sur la petite scène mais ce trio envoûtant aura un effet massif, venant soutenir la partie lyrique avec rage. Ah et on en parle du saxophoniste sauvage qui est apparu dans le public ? Yannick c’était vraiment la cerise sur le gâteau. 

 

 

LocoMuerte
Grande Salle

“¡Ay ay, mi morena de mi corazón!” - est-ce que LocoMuerte démarre son live sur «Canción Del Mariachi», le feat de Los Lobos et d’Antonio Banderas (oui t’as bien lu, je parle bien de Antonio Banderas) ? Oui. Est-ce que ça met le public en joie ? Oui. L’heure est à la révision de ton espagnol, dans une salle pleine à craquer. 
LocoMuerte c’est un peu le truc qui fonctionne à tous les coups. Certains diront «cringe», je réponds «fun». On peut leur reprocher quoi à LocoMuerte ? Ça fout l’ambiance, c’est drôle, c’est efficace, musicalement c’est une teuf, le délire hispanique se tient et pour l’heure de l’apéro : c’est un choix pertinent.

On passe donc sur du thrash / punk / «crossover chicano» (pas moi qui le dit), avec des larges influences d’Anthrax et de Suicidal Tendencies. Comme prévu, comme t’as pu le comprendre avec cette courte introduction, c’est évidemment absolument n’importe quoi. C’est aussi le début des hostilités dans la fosse.

Appel au slam pour «submerger la sécu», bouées crocodiles, dédicaces à Ozzy et à Chuck Norris, klaxon de reggaeton/dancehall à chaque fin de morceau (qui font marrer la fosse à chaque fois), public invité à monter sur la scène le temps d’un morceau… Vêtu d’une chemise à fleurs et d’un short à l’effigie du groupe, El Termito (au chant) court partout avec son micro machete, réclame des circle pit avec des panneaux, tape ses meilleurs pas de danse, un grand écart du démon, une rondade… C’est tellement le bordel que j’arrive à peine à suivre les morceaux. Le set se termine sur «La Vida Loca» avec El Mitcho (guitariste) dans la fosse, encerclé par un circle pit et le public qui gueule «AHUEVO». Je l’ai dit, LocoMuerte c’est une recette infaillible. 

   

 

Kill The Princess
Club

Avant d’entrer dans la salle, je croise quelques personnes avec de la peinture noire sur le visage. Shaârghot n’est donc pas loin et commence à faire son office : shaârghoter le public.

On passe sur du rock teinté de metal, de punk et de pop avec Kill The Princess. Créé en 2019, Kill The Princess c'est un groupe de quatre nanas qui ne sont pas là pour enfiler des perles. C’est brut, sincère et engagé : «More women on stage». Au-delà du message féministe porté par Ornella (chant et guitare), Céline (basse), Emilie (guitare) et Eva (batterie), y’a un côté très intime quand Ornella t’invite à la reflexion dans ses prises de paroles. T’as un peu une impression de te retrouver à discuter avec des potes alors que t’es uniquement en train d’assister à leur concert. On est pas sur des sujets «simples», on parle de se reconstruire, d'essayer d'être soi-même, de traverser les épreuves, de comprendre ses erreurs....
Le set est foutrement bon (mention spéciale pour «Grim Survival»), oscillant entre parties rock voire carrément pop, pour monter crescendo vers des parties plus metal, plus viscérales. En somme, Kill The Princess c'est un peu un mix de Foo Fighters, Paramore, Alanis Morissette ou encore Fall Out Boys. Si la fosse est restée timide tout le long, elle finit par tout donner sur le dernier morceau. 

 

Shaârghot
Grande Salle

C’est Pâques, baptême à la peinture noire et ils sont nombreux dans la fosse à avoir été ondoyés. C’est donc au tour de Shaârghot, groupe de metal industriel avec quelques touches de dark wave. Shaârghot a bien grandi depuis son passage en 2019 au Petit Bain, puis au Plane’r’Fest 2022 où tu sentais que le groupe rêvait grand, plus grand. La scénographie a pris une sacrée ampleur et tout est ultra millimétré. 
Ambiance post-apocalyptique et cyberpunk à renfort de pyrotechnie. Etienne Bianchi, chanteur à l’origine du groupe (2011), a une imagination sans fin et il est fort à parier que l'ensemble évoluera encore dans les années à venir.  
Un concert de Shaârghot c’est à boire et à manger. Il y en a pour les yeux et les oreilles. On entend souvent que c’est un «Rammstein lowcost» - mouais pas d’accord. Shaârghot c’est un (jeune) Rammstein pour les yeux, mais un Combichrist pour les oreilles. Et contrairement à un concert de Rammstein, la fosse y est plus active, moins dans la contemplation.  

Après une intro apocalyptique orchestrée par un claviériste plutôt agile, le temps que les autres membres se placent, le show démarre avec le classique «Let me out». La fosse s’embrase instantanément et les guitares suivent. C’est un concentré chaotique avec une fosse qui hurle à l’unisson. Le titre «Shaârghot», avec son refrain torturé, se transforme en hymne en live et les infra-basses qui l’accompagnent viennent presque te défier. Chaque morceau de la setlist a droit à son petit détail : un jumpdafuckup, une lanterne verte passée de mains en mains, des tours de fumigènes, des lasers, un décor qui évolue, un shadow déguisé en majorette… On a même un mini solo de batterie pour enchainer sur le tube du groupe : «Break your body» qui n’est pas, à ma grande surprise, le dernier morceau. Non non. Après un rappel assez original (dont je vais taire le contenu), Shaârghot revient pour jouer «Something in my head», dont la mélodie et le refrain nous font perdre nos dernières cordes vocales. Le set se termine sous des applaudissements qui ont du mal à se tarir et un groupe qui a du mal à quitter la scène.  

   

 

Furies
Club

On repasse dans la petite salle. Le décor est planté et je sais immédiatement, avant que les premiers riffs arrivent, qu’on sera sur du heavy metal classique. Le logo de Furies, posé au fond de la scène, est clair. Mon amour pour ce style l’est aussi : il est proche du zéro absolu. Vraiment. Mais allez, on est là, j’ai une bière et rien d’autre à faire. Spoiler alert : j’ai bien fait de rester.

Ça discute beaucoup dans la fosse, j’entends du «Bathory». Je me suis plantée et on va voir du black là ? Presque.   
Créé en 2013 par Zaza Bathory (à la batterie - et ça explique aussi le pourquoi du comment), Furies c’est bien du heavy metal, deux guitaristes, un bassiste et une voix, celle de Cheyenne. Et quelle voix… Je suis sur le cul. C’est doux, molletonné, sensuel, presque irréel. Côté musique, on est sur du heavy metal traditionnel avec quelques touches de speed voire de thrash. De quoi finalement taper du pied et remuer les cervicales. Le tout est assuré sans fioritures, sans trop de surjeu - comme les groupes du genre ont un peu trop tendance à le faire. 
Les solos sont évidemment légion et franchement le groupe méritait une fosse un peu plus active mais il semblerait que la fatigue ait pris le dessus. Il n’empêche que chaque élévation de voix est acclamée, tout comme chaque solo, chaque partie plus thrash, et même chaque moment laissé à la batterie seule. Et me voilà bouche bée, les yeux grands ouverts, sur le morceau “Stars Of Burning Lands”. Euh.. Bravo ? Putain oui : BRAVO ! 

 

 

Lofofora
Grande Salle

L’auditoire a un peu fondu pour la dernière tête d’affiche. Je suis toujours passée à côté de Lofofora. C’est le moment de prendre le temps de se forger une opinion. Formé en 89, Lofofora est encore très actif. Un dernier album en 2024 et de ce que j’observe dans la fosse, les fans des premières heures sont là, se mêlant à un public un peu plus jeune. Preuve que le groupe fait encore des adeptes.

Le show démarre par un avertissement de deux bonnes minutes sur fond de «Rumble» de Link Wray. Un peu de prévention côté pogo, harcèlement et autres sujets, sans langue de bois. Le groupe annonce également qu’il ne fera pas de rappel, considérant que la pratique du « faire semblant qu’on va partir alors que tout le monde sait qu’on va revenir, tout ça pour se faire acclamer » est dénuée de sens. Alors. Oui. OK. Je commence à capter dans quoi je m’embarque.

Pour la faire simple, Lofofora mêle punk, thrash-core, rock, metal... Un style unique qu’on ne peut que ranger dans le vaste tiroir du crossover. Si musicalement c’est riche, ça l’est tout autant sur le plan lyrique. Les textes sont engagés et loin d’une pensée qu’on pourrait qualifier de simple (ça chante évidemment en français). Pendant une bonne heure, Reuno (chanteur) vient souligner l’absurdité de notre société sur différentes thématiques : écologie, politique, conventions… La plume est cinglante et s’accompagne d’une prestation énergique, crue et de riffs assassins face à une fosse qui lui rend bien.

Il y a beaucoup de moments où t’es invité à la réflexion, beaucoup d’échanges avec le public et pas mal de punchlines. «Dans le milieu du metal on a un peu du mal à dissocier l’homme de l’artiste, ouais c’est vrai, Emile Louis avait 12 points sur son permis, on oublie trop souvent de dire que c’était un bon chauffeur de bus, pour moi y’a qu’une façon de dissocier l’homme de l’artiste : c’est avec un sécateur ou une tronçonneuse [...] dans le metal vaut mieux être violeur que queer [...] arrêtez de dépenser des sous pour aller voir Rammstein et Manson [...] vous connaissez tous une meuf qui a subi une agression sexuelle. Ben vous connaissez forcément un mec aussi qui en a commis des agressions [...] nous les mecs, en tant que partie du problème, est-ce qu’on prendrait pas aussi une part de la solution ?”. Une intro parfaite pour le morceau «Maladie mortelle» qui traite de la violence et place à un pogo 100% meufs. Le break punk de «Justice pour tous» déchainera la fosse et le festival se clôturera par «La Machette» et son «je suis encore fâché» hurlé par le public.

Est-ce que j’ai aimé Lofofora : non. Définitivement pas mon style musicalement. Par contre : je suis assez impressionnée par la qualité des textes et leur intemporalité (c'est pas forcément positif) - mention spéciale pour «Autopilote» - et par l'énergie déployée. Je salue donc la prestation du groupe qui a magistralement clôturé cette édition.   

 

 

*

Et c’est la fin ! Un grand bravo à toute l’organisation pour cette superbe nouvelle édition ! Ce fût intense, quasi sans fautes (cf les stands de nourriture) et je pense pouvoir déclarer sans me tromper : le WE Metal Fest est désormais un rendez-vous annuel incontournable pour le metal en région parisienne, au même titre que l’est le Mennecy Metal Fest. 

Et un grand merci à la talentueuse Sonia Sicard - Metal In Paname pour ces superbes photos. 

Et si t'as loupé le report du J1, il est là !