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Album

25 mars 2026 - Team Horns Up

Carpenter Brut

Leather Temple

LabelNo Quarter Prod / Virgin Records
styleDarksynth
formatAlbum
paysFrance
sortiefévrier 2026
La note de
Team Horns Up
7/10


Team Horns Up

Compte groupé de la Team Horns Up, pour les écrits en commun.

Simon : Fin d'un cycle. Carpenter Brut clôt sa deuxième trilogie Leather (ou plutôt « Leather Te ») par son protagoniste givré Bret Halford qui se réveille dans un futur cyberpunk (en 2077, ça ne s'invente pas), décryogénisé pour devenir une arme aux mains d'un groupe en rébellion face à un pouvoir autoritaire. Le scénario en pâmoison devant Alita: Battle Angel et la toile de fond sci-fi multiplient les clins d'œil. Le producteur pitchait dans nos lignes un retour à des compositions plus électro sur cet ultime volet du triptyque, en rupture avec son prédécesseur qui tendait vers des sonorités metal et une cascade d'invité.es all-star.

Leather Temple correspond à la description du créateur : « 100 % instrumental, très court, très efficace ». Aucun doute sur ce point. Exit les guitares explosives, chasse gardée pour les sonorités synth qui bouncent. Quant à un retour aux structures de la première trilogie, le débat est ouvert. Certes, « She Rules the Ruins » fait de l'œil à « Turbo Killer », mais plusieurs titres de ce nouvel opus (la chanson-titre, « Speed or Perish », « Iron Sanctuary », « The Misfits/The Rebels ») tournent autour d'un seul motif, ce dont raffolaient les producteurs de synthwave qui pullulaient lors de la vague des années 2010, alors que Trilogy ne s'était pas abaissé à cette facilité et développait des progressions linéaires. L'objectif est clair : être plus direct, simple, tonitruant, flashy et accrocheur, notamment en live avec des formats taillés sur mesure. Carpenter Brut change de peau et épure ses compositions par rapport à un Leather Terror aux atmosphères variées, sans pour autant se répéter entre chaque piste grâce à une myriade de sons distinctifs.

On peut également reprocher à l'album d'être une succession de pistes plutôt que d'offrir une continuité narrative aussi forte que sur les précédentes sorties. Alors qu'il incarne un point d'orgue de l'histoire avec la course décisive, « Speed or Perish » manque de panache pour transmettre à lui-seul le frisson de l'enjeu, malgré un rebondissement somme toute convenu. Sa boucle infernale passe bien en bande-son de jeu, en revanche le titre n'offre guère mieux que le minimum en termes de récit. Heureusement que le clip réalisé par Seth Ickerman (duo de collaborateurs de longue date sur « Turbo Killer », Blood Machines, également avec l'égérie Noémie Stevens) et les illustrations des Fortifem viennent enrichir le lore avec une esthétique toujours parfaite pour l'univers de Carpenter Brut.

 

 

Tout n'est pas si simpliste : « Major Threat » démarre les hostilités avec fracas sur le son épais signature qu'on aime, et s'étend ingénieusement après une ouverture orchestrale épique bien conçue ressortant l'orgue et les cloches pour une nouvelle cérémonie électrisante. Alternant phrasés saturés et mélodies enrobées d'effets savoureux, ce titre d'entrée maîtrise la science de la dynamique sans user des combines appauvries déployées par la suite.

Difficile de résister au charme rétro bien pulsé de « She Rules the Ruins » et du suivant « Start Your Engines ». Ces tubes vont longuement trouver leur place dans mes playlists. Plusieurs sons éculés chez certains artistes du genre sont nouveaux chez Carpenter Brut, et ça fonctionne – question de dosage. Même l'ultime « The End Complete », aux airs de générique de fin comme « End Titles » sur Leather Teeth, apporte son dénouement tragique avec une candeur synthwave à la The Midnight qui évolue davantage vers une conclusion magistrale sublime. L'ambiance est aux antipodes du final apocalyptique darksynth de « Invasion A.D. », mais se savoure pour son développement étoffé par rapport aux précédentes pistes plus décomplexées.

Si l'histoire nous transporte dans le futur, la bande-son nous ramène davantage vers le passé. Pas seulement dans le mirage des eighties, mais aussi dans la fièvre festive des années 90 et surtout dans la décennie 2010, à l'époque où on s'évadait dans les playlists retrowave. Un véritable retour vers le futur. Et si la nostalgie du synthwave consistait désormais en une réminiscence de la propre heure de gloire du style plutôt que des années 80 ?

Égaré dans le temps, « caught somewhere in time » pour citer une œuvre aussi baignée dans l'atmosphère cyber de Blade RunnerLeather Temple s'écoute en assumant plus que jamais son amour pour la culture pop-corn, simplifiant son propos avec le regard dans le rétro. L'avenir nous dira s'il s'agit d'un plateau de confort ou d'un tremplin pour un prochain cycle.

 

Tracklist :

1. Ouverture (Deus Ex Machina) (1:52)
2. Major Threat (4:49)
3. Leather Temple (3:36)
4. She Rules the Ruins (3:27)
5. Start Your Engines (3:53)
6. Neon Requiem (3:24)
7. Iron Sanctuary (3:37)
8. The Misfits/The Rebels (3:32)
9. Speed or Perish (4:30)
10. The End Complete (6:01)

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