
Tailgunner sort son deuxième album : entretien avec les protégés de K.K Downing
Thomas "Bones" Hewson

L'autre belge de la rédac'. Passé par Spirit of Metal et Shoot Me Again.
Vous le savez, chez Horns Up, il existe un noyau dur de grands fans de heavy metal "à l'ancienne". Un noyau dur parfois malmené par la qualité fort fluctuante des sorties du genre, mais qui est franchement gâté par ce début d'année 2026. Notamment grâce au fantastique deuxième album de Tailgunner, Midnight Blitz, sorti ce 6 février et qui voit les Anglais passer un palier assez phénoménal, bien aidés par un certain K.K Downing à la production.
Comme l'année passée avec Ambush, qui avait également sorti un album constituant un step-up énorme (tous deux sont signés chez Napalm Records, qui a visiblement trouvé un filon !), j'ai donc décidé d'en parler avec la tête pensante du groupe. Clin d'oeil : chez Tailgunner comme chez un certain groupe du nord-est de Londres, le fondateur et cerveau est bassiste. Il s'agit de Thomas Hewson, dit "Bones", avec qui nous avons parlé état de la scène, mais aussi... Stranger Things !
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Salut Bones ! Comme il s'agit, sauf erreur de ma part, d'une des premières longues interviews de Tailgunner pour un média francophone, je vais commencer par simplement te demander de nous raconter la genèse du groupe...
Bien sûr. j'ai lancé Tailgunner aux alentours de 2020, même s'il n'a vraiment pris forme que vers 2022 car ça a vraiment pris longtemps pour trouver les bonnes personnes. L'idée était de mettre sur pied le groupe que j'avais en tête depuis que j'étais gosse : du pur heavy metal old school, sans compromis. La Grande-Bretagne a vu naître le heavy metal avec des groupes comme Black Sabbath, Judas Priest, Iron Maiden... l'idée est de continuer dans cette lignée.
Ca a mis du temps à se mettre sur place, peut-être, mais tout a été très vite par la suite... et ça a évidemment aidé que Tailgunner reçoive le soutien et les louanges de K.K. Downing, une véritable légende.
C'est un véritable honneur pour nous. La première fois que j'ai rencontré K.K., il m'a dit qu'il espérait qu'un groupe comme nous apparaisse en Grande-Bretagne depuis les débuts de Def Leppard, ce qui est un sacré plaidoyer en notre faveur.
Ca a presque dû être surréaliste d'entendre ça venant de lui. Et par la suite, Tailgunner a ouvert pour K.K's Priest...
Le premier concert que nous avons donné était également le premier de K.K.'s Priest, au Steel Mill ! Paul Di'Anno était également à l'affiche. Le groupe a eu un tel momentum après ça, surtout en Grande-Bretagne. Nous étions encore très « underground » et du jour au lendemain, tout le monde avait entendu parler de nous... L'été passé, nous avons continué à tourner avec K.K et ça nous a appris énormément.
C'est assez drôle que Di'Anno ait également été à l'affiche, car beaucoup parlent de Tailgunner comme d'une sorte de mélange entre Iron Maiden et Judas Priest. Fais-tu partie de ceux qui sont plus attachés à l'ère Di'Anno, par exemple ?
Non, pas vraiment, car les albums avec lesquels j'ai grandi et qui restent mes favoris sont ceux de la fin des 80s : Somewhere In Time est l'album dont je tire le plus d'inspiration. C'est mon Iron Maiden favori.
C'est également le mien (rires). Et bien sûr, « Tailgunner » est un morceau d'Iron Maiden... est-ce de là que le nom du groupe vient ?
Oui, ça vient du morceau ! Durant le COVID, je passais mes matinées entières à feuilleter un dictionnaire et à écouter des albums en cherchant l'inspiration pour un nom de groupe. On s'est retrouvé avec une liste d'une centaine de noms. Quatre-vingt-dix d'entre eux étaient horribles, le reste était déjà pris... j'ai donc fini par faire la chose la plus « cheap » possible, à savoir regarder le dos de mes vinyles et éplucher titre par titre. « Tailgunner » m'a sauté aux yeux, j'ai suggéré le nom à plusieurs personnes qui l'ont trouvé cool. Je suis content, car ça colle très bien au groupe.
Je pense qu'on peut aussi dire que c'est un des rares titres de No Prayer For The Dying que la plupart des gens considèrent comme vraiment bon, aussi. Ce n'est pas un album très populaire. Même si j'étais assez surpris qu'ils n'en jouent pas un seul titre lors de leur tournée...
Oui, moi aussi, et « Tailgunner » aurait été un choix assez cool.
Revenons à K.K. Downing : la collaboration ne s'arrête pas là puisqu'il a également produit votre deuxième album. Le premier avait été produit par Olof Wikstrand d'Enforcer, une autre légende du style même si c'est dans un registre plus underground. Quelles différences y avait-il entre leurs méthodes de travail ?
La principale différence, c'est que K.K... était en studio avec nous ! Nous n'avons pas travaillé en studio avec Olof, nous lui envoyions nos morceaux et il travaillait depuis la Suède. K.K était avec nous en studio chaque jour et ça fait beaucoup.
En effet. En a-t-il profité pour vous donner des conseils, vous guider ?
Tout à fait. La première chose à préciser est qu'il n'a rien écrit sur cet album, mais il a fait ce que tout bon producteur doit faire : nous faire réfléchir à chaque détail et tirer le meilleur de chaque morceau. Il a vraiment contribué à l'atmosphère et au style de Midnight Blitz.
Beaucoup disent que le deuxième album est plus difficile que le premier, avec notamment des attentes plus élevées. K.K a-t-il rendu cette étape... plus facile, au final ?
Oui, nous n'avons pas eu ce problème. Le premier album, je l'ai écrit principalement tout seul en cherchant des membres de groupe. Mais je n'avais pas spécialement « envie » d'être le seul compositeur du groupe, je m'y suis juste forcé pour avoir quelque chose à présenter aux gens, leur exposer le style de groupe que je voulais fonder. Pour ce deuxième opus, nous avions le line-up, nous avions tourné en Europe et donné une centaine de concerts... C'était une œuvre collaborative et à titre personnel, j'avais également pris confiance. Ca a facilité le tout, même si nous avons travaillé très dur et je crois que ça s'entend. Pas que nous nous soucions de la pression extérieure, mais nous avons été très exigeants les uns envers les autres, comme il se doit, et si le résultat nous plaisait, il y avait de grandes chances que ça plaise aux auditeurs.
J'espère que tu le prends dans le bon sens, mais je trouve en effet que ce deuxième album est infiniment supérieur au premier, que je trouve assez bon... mais Midnight Blitz est un step-up assez incroyable.
Nous sommes d'accord (rires).
Il y a tellement de sorties dans ce genre, mais tellement peu qui arrivent à marquer l'auditeur. Qu'est-ce qui fait la différence et permet de passer un palier ? Est-ce que tout se met en place à un moment donné pour sortir « l'album » qu'il fallait ?
En fait, je pense qu'il y a un peu une culture dans cette « New Wave of Traditional Heavy Metal » (NWOTHM)... Beaucoup de groupes veulent sonner comme ces albums obscurs de 1982. Que j'adore, bien sûr, mais ce n'est pas notre objectif. Les gens oublient qu'à l'époque, il y avait énormément d'innovation ! Un groupe comme Judas Priest passait de Sad Wings of Destiny à British Steel, Defenders of the Faith, Turbo, Painkiller... sans qu'il y ait beaucoup en commun. Une telle carrière ne se construit pas sans essayer d'aller de l'avant, comme Iron Maiden l'a fait entre ses débuts et des albums comme Powerslave. Ils dépassent leurs limites. Même les groupes comme Motörhead et Venom l'ont fait en amenant des éléments plus extrêmes et rapides à leur musique. Bien sûr, nous voulons jouer du heavy metal, mais je ne crois pas que ce soit juste une adoration des idoles – peut-être sur le premier album mais pas sur Midnight Blitz.
Tu as récemment posé un constat assez dur sur l'état de la scène heavy metal « traditionnel » en Grande-Bretagne, en disant que d'autres pays menaient désormais la danse dans le genre – tu cites la Suède, j'y ajouterais la Grèce, par exemple. Mais qu'est-ce qui explique ce déclin en UK, selon toi ?
J'y ai beaucoup réfléchi et je crois que parce que la Grande-Bretagne est à la base de tant de styles de musique au fil des décennies, je pense qu'on y valorise parfois un peu plus l'innovation. Parfois au détriment de la qualité. Notamment dans les médias, où ils cherchent un peu trop souvent à aller voir ce qui est nouveau, ce qui est différent, sans se soucier de savoir si c'est bon. L'innovation est importante mais je préfère écouter quelque chose de déjà fait et réussi que du « neuf » pour dire d'écouter du neuf si c'est mauvais. Et c'est un phénomène fréquent en Grande-Bretagne à mes yeux.
Le nom qui me vient en tête quand tu dis ça est évidemment Sleep Token, qui headline des festivals et est indéniablement innovant, mais... (je grimace).
Ouais... C'est tellement loin de tout ce que j'apprécie que je n'ai pas vraiment de commentaire à te donner, vraiment (rires).
Est-ce que tu apprécies cependant d'autres styles, ou vous êtes vraiment une bande de metalheads assez traditionnels ?
Non, nous écoutons d'autres styles. Je suis un énorme fan des Smiths, de post-punk et de shoegaze également. Je suis un énorme fan de punk, l'un de mes groupes favoris est les Misfits. Et j'aime beaucoup ABBA, c'est l'un des meilleurs groupes de l'histoire de la musique à mes oreilles. En tant que compositeur, tu ne peux pas écrire de bonne musique si tu n'apprécies pas au moins un peu ABBA !
Parlons un peu de Midnight Blitz. C'est effectivement un album plus varié que le premier, il y a même une ballade (« War in Heaven »), du synthé... Tu as déjà un peu répondu à cette question, mais j'imagine que c'était l'idée : varier le ton.
Clairement. Inclure une ballade était en réalité une idée de K.K. ! Nous n'étions pas trop chauds, je ne savais pas si j'étais capable d'en écrire une. Mais K.K nous a dit que nous ne pouvions pas être un groupe de heavy à l'ancienne sans ballade (rires). Mais c'est difficile d'en écrire une sans que ça sonne cheesy. Puis, Zach a commencé à jouer cette intro acoustique en studio. J'ai immédiatement dit que nous devions enregistrer ça, et c'était un point de départ.
Ca ne m'étonne pas que K.K vous l'ait suggéré car s'il y a bien un point où j'ai toujours trouvé Judas Priest supérieur à Iron Maiden, ce sont les ballades. Peut-être est-ce lié à la voix de Rob Halford, qui a plus de nuances et d'émotion...
« War in Heaven » est en réalité inspirée par une ballade de Judas Priest : « Before the Dawn », que K.K.'s Priest jouait chaque soir en live lors de notre tournée commune.
Oh, ils jouent « Before the Dawn » ? Je n'ai jamais eu l'occasion de les voir, mais c'est un choix étonnant. Ce n'est pas une chanson très populaire !
C'est clairement un « deep cut », oui ! C'était vraiment cool, et la voir en live lui amène une autre dimension.
Si je devais te demander de choisir : Judas Priest ou Iron Maiden... Est-ce que c'est un peu comme choisir entre papa et maman ? (rires)
(Il rit). Le truc, c'est que je retire quelque chose de différent de chacun des deux groupes. J'ai la sensation que Maiden est plus brillant, propre... Nous avons le même album favori, donc tu sais ce que j'aime chez Iron Maiden. Avec le Priest, c'est plutôt l'énergie que je recherche, ce côté direct. Ce côté « poing brandi »... Je ne sais pas si tu vois ce que je veux dire.
Tant qu'à parler de Somewhere In Time... Blade Runner est évidemment une de tes influences, avec « Tears in the Rain »... ces classiques des 80s font partie de ton univers ?
Oui, évidemment, il y a Blade Runner, il y a aussi The Lost Boys auquel je fais référence sur « Dead Until Dark ». Je crois que c'est une super source d'inspiration.
C'est d'ailleurs plus souvent les films de cette époque qui servent de source d'inspiration au heavy metal et pas les sorties des années 2010-2020. Il y a toujours cet aspect nostalgique, même si tu dis vouloir sonner moderne...
C'est vrai, même si sur Midnight Blitz, le titre « Follow me in Death » vient d'une phrase prononcée dans la dernière saison de Stranger Things ! Je ne sais pas si tu es familier avec la série, mais c'est une phrase que Vecna prononce dans l'un des derniers épisodes. Dès que je l'ai entendue, je me suis dit que ça sonnait très metal (rires).
J'hésitais justement à mentionner Stranger Things durant notre interview. C'est l'un des phénomènes de pop culture récents qui ont contribué à remettre le metal sous les feux de la rampe « grand public », avec le personnage de Eddie dans la Saison 4, plusieurs chansons de hard rock ou de metal dans la bande-son...
Il faut que ça redevienne fréquent (rires).
Malheureusement, j'ai été assez déçu par cette saison finale...
Je suis d'accord avec toi. Ça a un peu perdu cette atmosphère des premières saisons... Comment dire ? Je ne suis pas très fan des films de super-héros comme les Avengers, tout ça, et c'était un peu devenu comme ça. C'était beaucoup plus plastique, surtout la bataille finale. Je préférais l'époque plus « small town horror » des débuts.
La dernière chanson de l'album, « Eulogy », est fort différente du reste. Elle a un énorme côté power metal à la Helloween, Gamma Ray... C'est voulu ?
Oui ! L'une des raisons pour lesquelles j'ai voulu lancer Tailgunner est parce que j'écoutais en boucle les trois premiers Helloween, Walls of Jericho et les deux Keeper of the Seven Keys. Ils m'ont totalement cloué, ont changé ma vie, et c'est la raison pour laquelle j'ai fondé ce groupe. J'adore Gamma Ray, Blind Guardian aussi... Je me suis donc dit que c'était normal de leur rendre hommage avec un morceau très « Helloweenesque ». On ne va pas devenir un groupe de power metal, mais c'est un monde dans lequel on a notre place. Nous tournons avec Hammerfall en ce moment, et leurs fans sont très ouverts au heavy traditionnel, bien sûr.
C'est un morceau qui doit très bien donner en live.
Nous la jouons tous les soirs ! C'est l'une de nos favorites, même si elle est très difficile à jouer (rires).
Actuellement, on a l'impression que les groupes de heavy/power qui remplissent des grandes salles voire des stades le font avec un style beaucoup plus moderne qu'avant – je pense bien sûr à Sabaton, Powerwolf... On a presque l'impression qu'il faut choisir son école, entre les groupes « old school » et ces machines mainstream.
En effet, et pourtant, je n'ai pas trop de fierté que pour le reconnaître clairement : je serais partant pour ouvrir pour l'un de ces groupes, les Sabaton, Powerwolf, Ghost, Avenged Sevenfold... Il y en a dont j'apprécie la musique. C'est aussi l'occasion d'exposer leur public à un metal plus traditionnel et old school, car certains sont peut-être jeunes et ne connaissent pas cette scène, le Keep It True, tout ça... J'aime l'idée qu'on puisse aimer Tailgunner sans connaître Grim Reaper, Angel Witch, Demon, tu vois ? C'est important, je trouve, et je pense que certains ont un peu perdu ça de vue. Je ne veux pas jouer seulement pour ceux qui ont le premier album de Bathory en version « Yellow Goat » (rires) (nda : une version collector du tout premier album de Bathory, très recherchée des collectionneurs). Non, je veux jouer devant le plus de gens possible. Et c'est ce que ce deuxième album cherche à faire. Nous allons jouer le Download, qui est vraiment devenu extrêmement mainstream. Mais nous jouons quand même au Keep It True ! Et tant qu'on pourra faire les deux, on continuera.
Vous avez joué sur une compile dont les bénéfices allaient en faveur de l'Ukraine. Peux-tu m'en parler un peu ? La plupart des groupes du genre, de nos jours, restent très apolitiques.
Oui, nous avons aussi cette approche un peu « à la AC/DC » vis-à-vis de la musique, c'est-à-dire que nous voulons rester hors de tout positionnement politique. Nous n'avons pas tous les mêmes idées au sein du groupe, ce qui est naturel. Mais dans ce cas-là, c'était notre première sortie physique, et je suis un énorme fan de Demon qui y figure également... On nous l'a proposé et je trouvais ça cool que notre première apparition soit sur une compilation, ce qui a été le cas de pas mal de groupes cultes à l'époque. Et c'est plutôt une sortie « humanitaire » que politique, quoi qu'il en soit.
Et vous figurez sur une autre compilation, No Life 'til Leather, un tribute à Kill'Em All, où vous reprenez « Hit The Lights ».
Nous avons joué à l'Underworld de Camden en 2024, et le label mettant en place ce cover album était présent, nous a remarqué et proposé de jouer ce morceau sur la compilation, tout simplement. C'était difficile de dire non, car on figure aux côtés de groupes comme Saxon, Diamond Head, Motörhead... Qui plus est, c'est le titre d'ouverture, bien sûr : comment refuser ?
Terminons en prenant des nouvelles de Rhea, votre guitariste, qui a dû déclarer forfait pour la tournée à venir en raison de soucis de santé ; comment va-t-elle ?
Elle va bien, merci beaucoup ! Ce n'est pas un problème de santé qui met sa vie en danger, mais ça affecte clairement sa capacité à tourner. Jara (Solis), guitariste de Hunger(et ex-Cobra Spell, nda) la remplace pour la tournée à venir, mais quand nous reviendrons en Grande-Bretagne à la fin du mois, Rhea jouera des concerts par-ci par-là car elle peut jouer, elle ne peut juste pas prendre part aux déplacements répétés. Puis, après février, tout rentrera dans l'ordre.
Enfin, comme c'est l'une de nos premières interviews en 2026, la tradition est de demander quel était ton album de l'année précédente, et ce que tu attends avec impatience cette année !
Mon album de l'année 2025 n'était pas un album de metal, figure-toi, mais le premier album d'un groupe appelé Brigitte Calls Me Baby. C'est un groupe de post-punk/indie et leur album m'a totalement pris par surprise, ça fait longtemps que je n'avais pas entendu un premier album de ce niveau (nda : c'est bien beau, Bones, mais c'est un album de 2024!). Et concernant 2026, je suis intrigué d'à quoi va ressembler le dernier album de Megadeth. Ca, et je sais qu'un Hellripper est prévu, je suis un grand fan !
Merci, Bones, pour ton temps, et à la prochaine !














