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Rubrique nécro #20 : Qrixkuor, Eximperitus, Omegavortex, Ectovoid...

vendredi 6 février 2026
Team Horns Up

Compte groupé de la Team Horns Up, pour les écrits en commun.

Entre les sorties tardives de 2025 (dont certaines ont totalement bouleversé les tops de fin d’année) et les nouvelles buteries de début 2026, ce numéro 20 de la Rubrique nécro’ est une nouvelle fois chargé en death metal ! Et là encore, il y en a pour tous les goûts : du black death le plus bestial au melodeath le plus raffiné, en passant par du tech death moderne de haute volée ou du old school bien crasseux, il n’y a qu’à se servir !

Groupes évoqués : QrixkuorDepravityEximperitusOmegavortexInnermoonCarrion VaelEverRise | Mutagenic Host Tempest

Qrixkuor – The Womb of the World
Death metal – Royaume Uni (Invictus Productions)

Caacrinolas : Cela fait déjà un petit moment que les Anglais de Qrixkuor se sont imposés comme un nom marquant de la scène underground en matière de death metal oppressant. Dans la lignée des cadors de Portal ou Teitanblood, les Londoniens ont su, au cours de leurs presque 15 ans de carrière, repousser toujours plus leurs limites au fil des sorties. Ainsi, quatre ans après leur premier méfait Poison Palinopsia, véritable ode aux abysses, les voilà de retour sous la forme d'un duo, avec le bien nommé The Womb of the World. Et autant être honnête d'entrée de jeu, cet album ne sonne comme aucun autre. Si ce nouveau brûlot est un tant soit peu plus aéré que son prédécesseur, il n'en reste pas moins moite et étouffant.

Mais là où l'album marque les esprits c'est par la nouveauté apportée, une fraîcheur quasi-paradoxale dans ce genre de son. Ils ont eu l'idée risquée mais réussie de collaborer avec l'Orchestra of the Silent Stars pour des parties symphoniques ! Totalement en adéquation avec l'esprit torturé du groupe, nous avons là une véritable bande originale d'un film malsain à souhait. S'il peut paraître déroutant de prime abord, ce concept n'en est pas moins loin des poncifs du genre. Celui qui pense aux orchestrations grandiloquentes d'un Dimmu Borgir ou autre Nightwish se trompe totalement. Ici, tout n'est que désolation, mécréance et chatiment.

Sentiments clairement renforcés par la participation de Jaded Lungs (chanteuse d'Adorior) sur « And You Shall Know Perdition as Your Shrine » qui, telle l'incarnation d'un succube, vient vous rappeler où vous avez mis les pieds. Et si cela ne suffisait pas, le morceau éponyme, long de quasiment 18 minutes, viendra achever la sale besogne. Si Teitanblood, avec son From The Visceral Abyss, vous avait envoyé en enfer, Qrixkuor s'assurera avec cette infamie que vous y souffriez pour l'éternité, non sans une certaine once de plaisir coupable.

 

Depravity – Bestial Possession
Death metal – Australie (Transcending Obscurity)

Michaël : Avec la sortie de Evil Upheaval en 2018, les Australiens de Depravity ont rapidement attiré les oreilles des fans de death metal. Un premier album puissant, violent et (très) intense qui avait déjà ravi bon nombre de fans du genre. Grand Malevolence, sorti deux ans plus tard, avait non seulement réussi à égaler la puissance et l'énergie du premier opus (pas une mince affaire...), mais il avait également porté le quintet plus haut avec des compositions bien mieux léchées. Un death metal résolument moderne dans l'approche, mais qui s'inspire grandement de ses illustres précédecesseurs ; voyez la musique du groupe comme une version moderne d'un cocktail mélangeant Immolation, pour le côté bagarre musclée, le early Morbid Angel pour la vitesse, et peut-être même un soupçon de Cannibal Corpse pour le côté sans relâche.

Il aura fallu attendre pas moins de cinq ans pour découvrir ce nouvel album, Bestial Possession. L'attente n'aura toutefois pas été vaine ! Porté par des excellents titres comme « Rot in the Pit » (ma préférée !), « Legacy » ou bien encore « Aligned with Satan » (la plus variée, avec des passages mid tempo), les Australiens continuent leur travail de sape en ajoutant toutefois une petite dose de technicité supplémentaire, sans toutefois en faire du tech death. Le résultat est très convaincant, même si je dois admettre que l'album est si intense que l'écoute d'une traite peut être rendue fastidieuse ; difficile en effet de se remettre de cette déferlante continue.

Quoi qu'il en soit, ce Bestial Possession est un très (très) bon album, que tous les fans de Death metal plutôt moderne se doivent d'écouter.

 

Eximperitus – Meritoriousness of Equanimity
Brutal death metal – Bélarus (Willowtip)

ZSK : Non, je ne vais pas faire une énième remarque sur le nom complet de ce groupe bélarusse ni rappeler le nom improbable et interminable de son premier album et les pistes le composant. Place au sérieux et définitivement pour le troisième album d’Eximperitus, arrivant cinq ans pile après Šahrartu. Quoique… le groupe s’amuse à nouveau avec des noms de morceaux à rallonge énigmatiques, entre les facéties de Nile et Tetragrammacide. Ce qui va de toute façon bien aller avec le brutal toujours aussi ésotérique et sumérien pratiqué par Eximperitus sur Meritoriousness of Equanimity (le « mérite de l’équanimité » ? bon…).

Depuis… son premier album, Eximperitus nous balance un brutal death des familles pas spécialement original mais qui fonctionne un minimum, et il reste parfois cantonné à ses influences. « One Step Long Inifinity » ouvre l’album façon « Slaves Shall Serve » de Behemoth avant que « Contemplation of the Plastic Fibers of Perfection at the Second Level of Reality » (kamoulox), plus mid-tempo, ne vogue entre Morbid Angel et certaines œuvres de Nile. Mais Šahrartu avait montré certaines pistes d’évolution pour Eximperitus et c’est ainsi que Meritoriousness of Equanimity va surprendre.

Déjà grâce à « Finding Consistency in the Fourth Quadrant of Eternity », morceau plus atmosphérique qui dénote par la présence d’un passage en chant clair ; puis par « The Untimely Fruit of the Unsaid » où le groupe développe des sonorités orientales du plus bel effet, ponctuées par des leads gracieux et des rythmiques rouleau-compresseur. Si le reste de l’album est plus classique malgré la présence d’interludes à la Blood Incantation et des passages mélodiques remarquables, Eximperitus est quand même plutôt inspiré jusque dans son versant le plus brutal (« Chalkionic Wandering Among the Wreckage of the Future » dépote pas mal). Et s’il n’est ni le premier ni le dernier à partir dans un délire sumérien et compagnie, il se débrouille plus que bien.

 

Omegavortex – Diabolic Messiah of the New World Order
Death metal – Allemagne (Third Eye Temple)

Sleap : Après la séparation de Beyond, qui avaient ébloui la scène death underground avec leur incroyable Fatal Power of Death, le bassiste Rob lance Omegavortex, passant cette fois au poste de guitariste-hurleur. Et tous ceux qui ont écouté le premier album Black Abomination Spawn savent que le terme « hurleur » n’est pas usurpé. Les Allemands reviennent donc en cette fin 2025 avec leur second full-length au doux sobriquet de Diabolic Messiah of the New World Order. Ce nouvel effort pousse encore plus loin la recette miracle du précédent : un véritable maelstrom de death metal ultra-bestial et hystérique. Mis à part le dernier titre et sa légère accalmie d’après tempête, nous sommes projetés au cœur d’un ouragan inarrêtable montant en puissance pendant près d’une demi-heure.

L’intense crescendo d’« Unidentified Evil », les soli ultra-expéditifs de « Whirlwinds of directed Sadism », les hurlements possédés qui ponctuent les nombreuses accélérations (« Hypnotic Abuse »), autant d’arguments pour définir toute la sauvagerie de ce power trio. Omegavortex n’a jamais aussi bien porté son nom ! Les cascades de riffs hyper denses restent très influencées par le boulot de Gene Palubicki ; on comprend d’ailleurs pourquoi le riffeur d’AngelCorpse les a rejoints comme guitariste live aux US. En revanche, l’atmosphère totalement chaotique rappelle plutôt la folie de leurs compatriotes de (feu) Katharsis, mais en version death metal. Un haut fait qui n’avait été accompli jusqu’alors que par quelques rares groupes (Teitanblood, Black Curse…). Ainsi, bien que paru en décembre, ce nouvel album s’est hissé sans problème dans mon top 5 de l’année. Une claque !

 

Innermoon – Burning Empire
Death metal melodique – France (Autoproduction)

ZSK : Vous saviez qu’on a une bonne scène underground mélodeath française ? Il y a quelques bons petits groupes qui ont émergé au fil des années et qui ont toujours fait de bonnes choses, à leur niveau. Innermoon, duo Grenoblois, s’était fait remarquer en 2017 avec Cloud Walkers, son premier album qui sentait bon le mélodeath 90’s. Alors que ses (relativement) proches voisins de Destinity ont poursuivi dans cette voie, le duo d’Adrien évolue un tantinet avec son deuxième opus, Burning Empire.

Si la pochette de Burning Empire laisse à penser que le duo – cette fois-ci accompagné d’un vrai batteur – va prendre une direction plus futuriste, le résultat sera plus surprenant. Innermoon prend les bases de Cloud Walkers mais plutôt que de poursuivre dans un mélodeath assez traditionnel, va davantage pousser le curseur mélodique de sa musique. Sans se moderniser à outrance, le groupe va surtout multiplier les envolées de claviers et les passage en chant clair très poussé. En posant du coup une ambiance très épique qui atteindra d’ailleurs son paroxysme sur « Exode », morceau entièrement atmosphérique chanté en français ma foi assez formidable.

Pour le reste, Burning Empire se prend d’une traite, Innermoon ayant fait l’effort de proposer un bloc cohérent plutôt que de chercher le tube à tout prix, ce qui est tout à son honneur. Du morceau-titre fleuve en passant par le très efficace « Golden Calf » jusqu’au beau final qu’est « Sixth Sun », le combo se montre inspiré et nous propose des compos mélodiques entraînantes à foison. Restant traditionnel dans certains éléments comme le chant extrême, Innermoon a choisi pour le reste de progresser dans un champ épique qui lui va à ravir. Cela ne révolutionne rien et sera peut-être trop mélodique pour certains (« Shepherds & Sheeps » va assez loin), mais le duo livre ici un deuxième album gracieux et finalement assez frais pour du mélodeath traditionnel, sans jamais être passéiste.

 

Carrion Vael – Slay Utterly
Death metal mélodique – USA (Unique Leader)

Michaël : Quand de bons groupes passent injustement sous les radars des médias metal, on se doit de leur faire la part belle. Comment ne pas parler, en ce début d'année 2026, des Américains de Carrion Vael qui viennent de sortir un nouvel opus, Slay Utterly ? Ce quatrième album - en 8 ans ! - continue le bonhomme de chemin que trace le groupe depuis quelques années dans un death metal mélodique que l'on pourrait qualifier de moderne.

Après un début de carrière parfois un peu brouillon, le groupe originaire de Virginie a redressé la barre à l'occasion de la sortie du très bon Abhorrent Obsessions en 2022 et semble avoir trouvé la bonne formule. Si, par nature, le groupe n'échappera pas aux comparaisons avec The Black Dahlia Murder dont il emprunte certains artifices et quelques sonorités - voire avec Inferi, l'alternance de voix claire et de growls sur des riffs rapides et techniques est du plus bel effet, comme sur le titre « 1912 » dont vous pouvez retrouver l'extrait ci-dessous. Une belle sortie de ce début d'année !

 

EverRise – Lost
Death metal mélodique – France (Autoproduction)

ZSK : Vous saviez qu’on a une bonne scène underground mélodeath française ? Oui vous le savez parce que je viens de vous le dire plus haut. Outre Innermoon, nous avons aussi EverRise, toulousain de son état et qui existe depuis 2013. Et alors que Fallen Joy a hélas annoncé son split il y a quelques temps, une place est à prendre dans le giron du mélodeath 90’s français. EverRise a toujours eu un touché légèrement plus moderne, mais possède bien les bases du metal extrême mélodique d’il y a une trentaine d’années (ça ne nous rajeunit pas tout ça).

Après Dawnlight (2015) et After the Eclipse (2018), EverRise ne va pas se perdre avec Lost, mais va faire un peu le chemin inverse d’Innermmon évoqué plus haut : un retour vers un mélodeath plus simple et plus traditionnel. Si « Seas » ouvre l’album sur des sonorités à la Hypocrisy qui était une des influences notables du groupe sur les précédents albums, il va pourtant s’orienter vers un mélodeath là aussi très mélodique mais aussi diablement efficace, parfois proche d'un Carcass (à l'instar d'un Pictured). Ce qu’on remarque dès « Invisible » dont les passages rapides semblent composés pour faire bien tourner et pogoter le public en Live, et la suite de l’album ne sera parfois pas en reste de ce côté (« Cowards », « Melody of Death »…).

Très inspiré du côté mélodique, porté par du chant extrême à l’ancienne, EverRise propose avec Lost un bon petit album de mélodeath extrême mais enlevé, pas avare en morceaux bien conduits comme par exemple « One Sword Two Sides », parfaitement équilibré entre agression et mélodie. Mais là aussi, il n’y a rien de révolutionnaire, pour un album assez linéaire qui se finit d’ailleurs avec deux morceaux plus longs. On notera toutefois des moments plus originaux comme le début un brin symphonique de « The Darkest Evolution » ou le départ étonnant de « My Shelter » avec un chant féminin orientalisant. Mais Lost est un album de mélodeath bien senti et c’est tout ce qui compte.

 

Mutagenic Host – Grotesque Union/Chimeric Vestige
Death metal – Royaume-Uni (Church Road)

Pingouin : Deux titres, ça n'a l'air de rien et c'est vrai que ça passe vite … Et pourtant ce double single de Mutagenic Host a une vertu importante : celle d'augurer de très belles choses pour la suite de la carrière des Londoniens, après un super premier album sorti au printemps 2025, The Diseased Machine.

« Grotesque Union » et « Chimeric Vestige » sont deux superbes morceaux de death metal moderne, où sont aussi bien référencées les années 90 (Nile, Suffocation, Deeds of Flesh), que certains succès critiques plus récents dans le genre ; on pense notamment à Unfathomable Ruination, groupe londonien également. Bien que les deux formations ne partagent aucun membre, le death de Mutagenic Host rappelle fortement les envolées méchantes et alambiquées d'Unfathomable Ruination.

Le growl versatile d'Ash Moore est un point supplémentaire à mettre au crédit du groupe, de même que le break final de « Chimeric Vestige », à l'écoute duquel vos bras doivent normalement commencer à mouliner de manière automatique.

 

Tempest – Obscure Hallucinations
Death metal – Mexique (Chaos Records)

Sleap : Bien que Tempest n’ait même pas trois ans d’existence, les Mexicains n’en sont pas à leur coup d’essai. En effet, le line up est quasi-entièrement constitué des musiciens de Question. Mais là où ces derniers évoluaient dans un death metal classique de fort bonne facture, Tempest saute à pieds joints dans la seconde vague du genre (fin 90s / début 2000s). La barbarie rythmique de l’ouverture rappelle celle de leurs compatriotes de Ravager ou Hacavitz, mais c’est plus largement la scène brutal death latino-américaine dans son ensemble qui vient à l’esprit (Krisiun, Rebaelliun, Mental Horror, etc.).

Au-delà de ces avalanches de blasts ternaires si caractéristiques de cette région, c’est bien évidemment l’influence d’AngelCorpse qui prédomine du début à la fin. Des hurlements bestiaux quasi-shrieks, des soli tourbillonnants (« Stele of the Vultures »), des riffs en cascade avec ce son de guitare si particulier, tous les ingrédients sont là. Et j’irais même jusqu’à dire qu’un titre comme « Unholy Rapture » n’aurait pas dépareillé sur l’album Exterminate des dieux susnommés ! En à peine trois titres, ce second EP de Tempest se fait encore plus violent que le précédent. De quoi nous mettre en jambe pour un potentiel full-length qui s’annonce déjà anthologique. Vous êtes prévenus !

 

Également dans le radar de la Rubrique Nécro :

  • L'eau est bleue, les roses sont roses, Rogga Johansson fait du Rogga Johansson et le 11ème album de Ribspreader, As Gods Devour, est bien. Tout va bien.

  • On oublie pas la Finlande avec le groupe 100% finno-finlandais qu'est Kaunis Kuolematon. Mais son dernier album qu'est Kun valo minussa kuoli fait un peu dans la redite doomdeathmélo. Ma foi, ça ira encore avec l'ambiance s'il reneige dans les prochaines semaines.

  • Eternel second (voire troisième) couteau du mélodeath allemand, Kadavrik a choisi de poursuivre l'évolution entamée avec Grimm I & II vers un death plus « atmosphérique » ; et c'est ainsi que Erde 666 lorgne presque vers du Chapel of Disease. Pourquoi pas...