Articles Retour

Rubrique nécro #12 : Sulfuric Hatred, Abyssal Rift, Infamovs, Mourning Dawn, Upon Stone...

lundi 5 février 2024
Team Horns Up

Compte groupé de la Team Horns Up, pour les écrits en commun.

L'année 2024 s'annonce une nouvelle fois riche en sorties metal extrême et notamment death metal. Naturellement on n'est que début février, donc les sorties triple A ne sont pas encore légion, mais comme l'underground est foisonnant on vous a quand même fait une petite sélection death metal de ce début 2024. Et puis c'est l'occasion de revenir sur des sorties tardives de 2023 dont on avait envie de vous parler.

Sulfuric Hatred | Abyssal Rift | Infamovs Mourning DawnUpon Stone | Kaunis KuolematonUnderneathTorsionRibspreader

 

Sulfuric Hatred – Sulfuric Hatred
Black death grind – USA (Sentient Ruin Laboratories)

Pingouin : Le premier album de Sulfuric Hatred a fait quelques aller-retours sur les niches numériques des aficionados du metal le plus extrême qui soit, mais la hype est vite retombée : et pour cause, au premier abord, on a affaire à un album monolithique, voire indigeste. Mais l'éponyme du groupe américain regorge en fait de riffs et d'éléments de compos assez impressionnants, en témoigne le morceau incroyable qu'est « Fall Upon Lesser Armies ».

Derrière le mur du son que met en place Sulfuric Hatred, on reconnait rapidement un deathgrind oppressant, à l'ambiance industrielle sombre et froide. Le groupe maîtrise l'agression sonore à la perfection, et l'accroche de chaque titre est impeccable, au même titre que tous les breaks qui ponctuent l'album (« Sanctioned Execution of Profaned Torture »). Le groupe alterne entre un grindcore pataud et des dissonances qui foutent les frissons (« World Fucking Collides »). Les aficionados d'Ulcerate et de Terrorizer apprécieront particulièrement, de même que les amateur-ices de war metal. En ce qui me concerne ça va squatter le haut de la pile quelques semaines encore (notamment pour le solo itératif de « Prostrated Human Race »).

 

Abyssal Rift – Extirpation Dirge
Death doom expérimental – USA (Sentient Ruin Laboratories)

Sleap : Au milieu de l’avalanche de sorties metal extrême de décembre 2023, un disque m’a intrigué : Extirpation Dirge d’Abyssal Rift. Je n’ai jamais entendu ce nom, et les deux musiciens qui composent le groupe me sont également inconnus. Aucune démo à leur actif et un full-length qui déboule comme ça chez Sentient Ruin ? Mais d’où sortent ces types ? Le nom du groupe est totalement dans mes cordes, le titre d’album aussi, le logo et l’esthétique globale me plaisent également beaucoup, le bandcamp cite à la fois de grands noms du death comme influences mais parle aussi d’une passion pour le krautrock et le prog 70’s ? J’en viendrais presque à croire que l’on me fait un cadeau de Noël ! Il ne manquerait plus que le contenu soit à la hauteur du contenant… Alors verdict ?

Eh bien c’est un carton plein ! Abyssal Rift pratique un death doom très atmosphérique mais teinté de nombreuses expérimentations. Tout comme chez les compatriotes de Spectral Voice, l’influence majeure demeure celle de Disembowelment (« The Magister » ; « The Eye »), mais le duo n’hésite pas à incorporer çà et là de longs soli virtuoses sortis de nulle part. Venant du milieu de la musique noise et post-indus, les musiciens incorporent à ce death metal des plans carrément ambiant, parfois teintés de spoken word réverbéré, et même quelques passages bruitistes (« The Eye »). Mais ces diverses originalités ne les empêchent pas de dérouler du blast et du riff accrocheur quand il le faut (« The Mourning »). Mis à part un son de kick assez plat, je suis totalement scotché par le travail d’Abyssal Rift. Un premier full-length de cette qualité sans aucune sortie préalable par seulement deux gars venant d’une toute autre scène… Je dis chapeau bas !

 

Infamovs – Stench of the Unholy Graves
Old-school death metal – Chili (Empyrean Collapse)

Pingouin : Après s'être bâti un début de belle réputation avec leur premier album (Under the Seals of Death, 2017), Infamovs tente de rester sur sa lancée avec Stench of the Holy Graves. Si le talent des Chiliens n'est plus à prouver, ce second album n'est, à mon avis, pas au niveau du premier. 

Infamovs s'inscrit toujours dans cette veine caverneuse et occulte du death metal, nous faisant penser par moments à Grave Miasma. Les références à Morbid Angel sont toujours évidentes, et l'évocation de vieilleries plus bestiales comme Angelcorpse ou Order From Chaos font plaisir. Très présente dans le mix, le jeu de batterie, sans nous impressionner par sa complexité, permet quand même un rendu martial et saccadé à la Deeds of Flesh. Misanthropie, satanisme et hygiène cadévérique, les thèmes classiques du death metal de bande dessinée sont présents. Mais quand bien même les riffs ne sont pas dégueulasses, ils ne parviennent pas à me faire lever un sourcil, la faute à une recette éculée, qui ne surprend plus personne si on n'y ajoute pas un minimum d'émotion.

Stench of the Unholy Graves n'est pas un horrible album, mais hormis « Valley of Putrefaction », aucun moment ne surnage dans cet album qui ne devrait pas rester dans les mémoires, sinon pour ajouter à la foison de groupes chiliens qui sortent des albums cools en ce début de décennie.

 

Mourning Dawn – The Foam Of Despair
Doom/black/death dépressif – France (Aesthetic Death)

ZSK : Sixième album pour Mourning Dawn, qui n’est toujours pas là pour rigoler. Depuis ses débuts au cœur des années 2000, le one-man band devenu groupe à part entière s’est fait le chantre d’un metal ultra dépressif, à la croisée des chemins entre du Shining/Forgotten Tomb et un doom/death bien pesant. Son deuxième album sorti en 2009, For The Fallen…, était déjà le pinacle de ce qu’il pouvait produire et probablement un des albums les plus noirs et dépressifs produits par la scène française, hors trucs de black metal bien raw. Si les albums suivants n’ont jamais égalé ce monument neurasthénique, Mourning Dawn a poursuivi une carrière plus qu’honnête.

2024 marque pourtant un léger tournant pour le groupe, qui voit quelques-unes de ses sonorités évoluer. Outre un paysage parfois plus mélodique (« Blue Pain »), des samples remarquables et des incursions assez étonnantes tendant vers des influx un peu electro goth (« Suzerain », « Midnight Sun »), The Foam Of Despair semble être l’album le plus aventureux et le plus ambitieux de la formation. Sans renier son doom/death/black très noir, Mourning Dawn fait un grand pas vers quelque chose de définitivement personnel, et se montre par ailleurs particulièrement inspiré. L’enchaînement entre le très lancinant « Borrowed Skin » et le bien lourd « Apex » est alors le climax de cet album qui est sans conteste la meilleure offrande du groupe depuis For The Fallen…. Un « The Color of Waves » complète encore avec brio le tableau, pour un album finalement assez impressionnant, histoire de convertir ceux qui n’avaient pas encore jeté une oreille au groupe parisien, quitte à sévèrement faire baisser leur moralomètre…

 

Upon Stone – Dead Mother Moon
Death metal mélodique – Allemagne (Century Media Records)

Michaël : On l'a toujours dit, cette Rubrique Necro' n'est pas là uniquement pour faire part de nos coups de coeur, mais aussi pour évoquer des albums qui nous ont marqués, de quelque façon que ce soit. Tel est le cas du premier album des Allemands de Upon Stone intitulé Dead Mother Moon. La vague revival du death metal mélodique des années 90 est en marche depuis quelques temps et a atteint un point d'orgue avec la sortie du Majesties l'an dernier. On continue un peu dans cette veine, dans une certaine mesure, avec ce premier effort des Teutons. Avec une production teintée d'il y a trente ans, le groupe nous emmène dans un death mélo vibrant qui nous laisse entrevoir des possibilités infinies. Ce grain de guitare, ces soli, ces leads, tout porte à croire que le groupe a trouvé les bons ingrédients pour nous faire revivre une décennie riche pour le genre.

Seulement voilà, c'est un peu ici que le bon côté de la pièce s'arrête. Car cet album est déroutant ; du fait d'un mix brouillon (certainement volontairement) mais aussi d'une direction artistique que l'on peine parfois à bien saisir. Le groupe part parfois un peu dans tous les sens sans ne rien approfondir. Pour le dire de manière un peu triviale, cet Upon Stone a de toute évidence de très grosses faiblesses. Mais il contient de si bons ingrédients que l'on ne peut que se réjouir de cette scène mélodeath qui continue de grouiller de bonnes idées, et qui nous donne l'espoir d'un second opus qui pourra peut-être corriger le tir de ces quelques errements de la plus belle des manières.

 

Kaunis Kuolematon – Mielenvalta
Doom/death mélodique – Finlande (Noble Demon)

ZSK : Mine de rien, c’est déjà le quatrième album sorti en neuf ans pour la horde finlandaise Kaunis Kuolematon. Après un bon départ sur Kylmä Kaunis Maailma (2014), le groupe s’était un peu tassé sur le fond et la forme sur Vapaus (2017) avant de repartir de plus belle avec Syttyköön Toinen Aurinko (2020). Même s’il est surtout connu des initiés, Kaunis Kuolematon est un fier représentant de cette scène doom/death mélodico-mélancolique 100% finlandaise.

On continue donc le cycle de trois ans (oui cet album est sorti en octobre 2023 j’accuse un peu de retard) avec Mielenvalta, toujours chez Noble Demon. Quelque chose va-t-il changer ? Non, le groupe de Hamina pratique toujours son style de doom/death bien enjoué, alternativement lourd et lumineux, entre growls et chant clair, finnois jusqu’au bout des ongles avec les noms de morceaux qui vont bien. Cependant, Mielenvalta remet en exergue deux choses : pas mal de noirceur et une vibe plus proche du premier album Kylmä Kaunis Maailma.

Ce sont donc les compos les plus pesantes et les growls bien profonds qui tirent ici leur épingle du jeu, même si Kaunis Kuolematon n’est pas un groupe qui joue à deux à l’heure et reste suffisamment dynamique en toutes circonstances. Doté en sus d’une excellente prod' pour le genre, Mielenvalta est-il le meilleur album du groupe ? Difficile à dire car même son prédécesseur Syttyköön Toinen Aurinko était pas mal achalandé. Toujours est-il que ce 4ème opus est très constant et homogène, voire même un peu trop, sans vrai hit pour porter l’ensemble. Mais inutile de dire que pour tout amateur de finlandaiseries, c’est encore une fois du miel. A ranger aux côtés des meilleurs disques de Hanging Garden et des deux dernières offrandes de Vorna, en version plus dark.

 

Underneath– From the Cut of Gaia
Deathcore – USA (Syrup Moose Records)

Michaël : Le deathcore a-t-il sa place dans la Rubrique Necro' ? Ne devrait-il pas être dans la Bagarre de Raton ? C'est toujours l'éternel débat, pour ce genre entre deux univers. Il me semblait toutefois utile de le présenter car, aujourd'hui, le death metal est un genre très riche qui irrigue de nombreux genres et sous-genres, de manière plus ou moins évidente. Et Underneath le démontre bien ! Après un premier EP vraiment solide sorti début 2023, les natifs de Pennsylvanie reviennent en janvier 2024 avec un premier LP intitulé From the Cut of Gaia. Porté par une production moins synthétique que la majeure partie de la concurrence côté deathcore, l'album oscille entre des terrains très connus (de bons breakdowns bien bas, des passages plus grindy comme sur « BOMBS », etc.) et des passages qui tentent des choses différentes pour le genre : titre instrumental avec du spoken word, interludes très calmes avant d'envoyer un mur de son et des pig squeals.. Underneath ne se contente pas de nous réchauffer des titres deathcore et apporte sans conteste une sauce, une patte particulière qui attire clairement l'attention dans un genre qui s'autopompe souvent. Tout ne marche pas forcément, tout n'est pas forcément révolutionnaire, mais pour un premier album complet... Il faudrait faire la fine bouche pour ne pas y voir un groupe à surveiller de très près à l'avenir.

 

 

Torsion – Suspended In Darkness
Genre – USA (indépendant)

Pingouin : C'est le genre de petite sortie cool dont on profite quand on râcle un peu les fonds de tiroirs des sorties récentes sur Bandcamp. Une snare stupide et simplette, des riffs OSDM au ras des pâquerettes, et paf : du death metal dissonant qui worshippe les années 90, à commencer par Obituary et Sodom. Ce second EP de Torsion est bourré de références au metal extrême le plus dégoulinant, et parvient dans le même temps à nous faire bouger la nuque et les clavicules comme il faut. Rien d'étonnant, puisque deux des trois gaziers font dans la powerviolence et le grindcore chez Knuckle Dragger et Knoll (qui viennent d'ailleurs de sortir leur troisième album). Ca ne réinvente rien, mais une track comme « Innards of the Oligarch » nous rappelle quand même que ce ne sont pas ignares qui jouent, et qu'il y a quand même pas mal de créativité dans ce groupe, et que ce serait bête de se priver d'un bon moment comme ça.

 

Ribspreader – Reap Humanity
Rogga death metal – Suède (Xtreem Music)

ZSK : Je crois qu’on peut déjà se poser une question. Qui en 2024 est encore intéressé par les 867 projets de Rogga Johansson ? Probablement plus grand monde, mais comme je vais dès à présent écrire sur une de ses rondelles, je dois quelque part faire encore partie du fan club. Enfin, c’est surtout le trio « historique » Paganizer-Revolting-Ribspreader que je suis à peu près (et dommage que Demiurg n’existe plus). Cette fois-ci c’est Ribspreader qui s’y colle avec un… dixième album, tout de même.

Après, force est d’avouer qu’à part peut-être Congregating The Sick (2005), Ribspreader n’a jamais sorti d’album vraiment mémorable. Il faut dire que c’est un projet assez « primitif » qui a toujours fait du swedeath de base, sans chichis, ni trop rapide ni trop lent. Le groupe (puisque oui c’est un groupe) n’a jamais dévié de cette ligne, quitte à parfois sortir des albums franchement anecdotiques. Sortant en moyenne un album tous les deux ans, Ribspreader traverse les âges avec son death forcément old-school, mais qui sait vivre avec son temps grâce à une sonorisation certes « HM-2 » mais relativement puissante et moderne.

Avec Reap Humanity, on sait donc à quoi s’attendre. Et si le dernier bon album « récent » de Ribspreader était Suicide Gate - A Bridge To Death (2016), cette nouvelle offrande est dans la bonne moyenne, remontant un peu l’intérêt du groupe après les moyens Crawl And Slither (2019) et Crypt World (2022). Le chant de Rogga est d’ailleurs ici moins glaireux que sur l’album précédent, reprenant un ton rauque plus efficace. Pour le reste, bah c’est du swedeath somme toute commun, mais qui fonctionne un minimum, même si on a souvent l’impression d’avoir affaire à un disciple de Bloodbath, (pas trop) bête et (suffisamment) méchant. Donc bon, si vous aviez loupé l’info, Rogga est toujours là et sort un nouvel album tout à fait correct, et je pense que tout est dit.

 

Également dans le radar de la Rubrique Nécro