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Rubrique nécro #4

vendredi 4 mars 2022
Team Horns Up

Compte groupé de la Team Horns Up, pour les écrits en commun.

Il est l'heure pour nous de vous présenter notre sélection d'albums et EP marquants de ce début d'année 2022 dans le merveilleux monde du Death metal et ses sous-genres. Du vieux, du neuf, du court, du long, mais toujours un sens aigu du riff et de la maltraitance des fûts. De quoi vous remettre la tête à l'endroit dans une actualité toujours aussi morose et anxiogène.

Alors rejoignez votre endroit préféré, mettez votre casque ou allumez vos enceintes et laissez vous bercer par ces quelques sonorités que nous vous proposons.

 

Immolation – Acts of God
Death Metal avec un grand D – USA (Nuclear Blast)

Sleap : Au-delà du fait qu’Immolation est l’un de mes groupes préférés, c’est avant tout l’un des rares titans du Death Metal à n’avoir commis aucun faux pas malgré une telle longévité. Tout comme Cannibal Corpse, dont je parlais dans la seconde Rubrique Nécro’, le combo de Yonkers impressionne par la constante qualité de ses sorties. Et ce cru 2022 ne fait pas exception à la règle. Dès la première écoute, on sent que ces cinq longues années d’écriture ont été profitables. Pas moins de 15 titres pour plus de 50 minutes de Death Metal monolithique. En dépit de ses quasi 35 ans de carrière, on sent le quatuor plus inspiré que jamais ! Si vous êtes déjà familiers de la formule si unique du combo New-yorkais, vous ne serez pas dépaysés le moins du monde. D’ailleurs, d’aucuns des plus aigris pourraient leur reprocher cette apparente monotonie, mais dans ce cas précis ça ne marche pas car aucun groupe ne sonne comme Immolation : Ross Dolan et son growl abyssal à la rugosité si particulière (impressionnant sur Shed the Light) ; Bob Vigna et son riffing délicieusement alambiqué sans être trop technique, légèrement dissonant sans tomber dans le discordant ; les intros impériales aux mélodies menaçantes (Abandoned ; Noose of Thorns), etc. Sans parler de ces fameux « riffs tampons » chers à Providence. Ceux-ci n’apparaissent qu’à de brefs moments – souvent soutenus par une rythmique très marquée – mais qui, sans être de véritables breaks, nous restent en tête (An Act of God ; Blooded ; Broken Prey ; Derelict of Spirit ; When Halos Burn et j’en passe).

Dans un immense effort d’objectivité je pourrais affirmer que l’artwork de l’album ne fait pas honneur au contenu du disque. J’aime pourtant beaucoup le style d’Eliran Kantor mais sa surproductivité actuelle le conduit inévitablement à bâcler certaines de ses peintures, et malheureusement il a fallu que ça tombe sur le nouveau Immolation… En outre, je pourrais très éventuellement avoir à redire sur le nombre de morceaux de ce Acts of God. Sans pour autant en réduire la durée globale, le groupe aurait peut-être pu évincer certains titres et en développer d’autres à la manière des longues pièces de 8 minutes qui font aujourd’hui partie des incontournables du groupe. Je pense notamment au final de l’album, à mon sens bien trop abrupt, là où un Close to a World Below ou un Bring them Down avaient le mérite de boucler le tout avec une solennité et une majesté à nulle autre pareille. Mais dans le même temps, quel titre de cet impeccable nouvel album pourrait-on se hasarder à jeter ? La réponse est simple, et elle convient aussi pour la totalité des albums d’Immolation : aucun !


Corpsedrinder – Corpsegrinder
Death – USA (Perseverance Media Groupe)

Malice : J'ai tendance à être sceptique quand un chanteur sort un album solo, mais alors quand il s'agit de Corpsegrinder qui nous prépare un album... de Death metal, la question est : quel intérêt ? Que peut bien avoir à dire le bonhomme qu'il ne grogne pas déjà dans Cannibal Corpse ? D'autant plus si c'est pour s'allier, sur le premier single (et morceau d'ouverture) de l'album à Erik Rutan, maître à trancher de Hate Eternal et ... guitariste de Cannibal Corpse depuis l'année passée et Violence Unimagined.

Mais au-delà de ce "Acid Vat" aussi efficace que turbo-con, on finit par se prendre au jeu : non, Corpsegrinder ne réinvente pas le fil à couper l'eau chaude, et on peut quand même globalement dire qu'on passe un moment bien régressif sur cet album. Mais Georges Fisher a l'intelligence de parsemer, voire même d'asséner de-ci de-là des influences intéressantes : bien aidé par les frères Charlie et Nick Bellmore (Kingdom Of Sorrow, le supergroupe de Jamey Jasta de Hatebreed et Kirk Windstein de Crowbar, rien que ça), il pose sa voix sur des compos franchement groovy, aux accents clairement hardcore. Les breaks de Bottom Dweller, le mid-tempo absolument dévastateur de Defined By Your Demise ou Death is the Only Key nous font presque quitter la Floride pour NYC, et le phrasé de Corpsegrinder, bien plus intelligible que chez Cannibal Corpse, rend le tout... catchy. Le rythme s'accélère parfois (All Souls Get Torn et son riff dévastateur taillé pour le pit), mais on est loin du monolithe d'agression habituel chez CC.

Alors bien sûr, le personnage de Corpsegrinder et la sympathie qui s'en dégage aident beaucoup à ce qu'on saute tête la première dans ce qui ne sera certainement pas l'album de l'année. Mais il suffit de quelques écoutes pour se retrouver à beugler « THERE'S NO RUNNING FROM THE PUNISHMENT COMING ! » sur cet incroyable Defined By Your Demise qui mélange presque le meilleur des mondes entre Bolt Thrower et Hatebreed. Corpsegrinder est un album taillé pour que vous débranchiez votre cerveau dans l'attente de l'hiver nucléaire qui vient.

 

VoidCeremony– At the Periphery of Human Realms
Death technique – USA (20 Buck Spin)

Pingouin : Moins de 2 ans après leur premier album, les californiens de VoidCeremony font leur retour, avec une démo, toujours chez 20 Buck Spin. Où ils poussent encore d’un cran la démarche entamée avec le premier album.

Il y avait une vraie patte death technique sur le premier album, grâce à la présence de cette basse ronflante. Là les riffs sont toujours tout droits sortis d’un album d’Atheist. Qualité triple A, ce qui n’a rien de surprenant puisque depuis 2020 Garrett Johnson (aka Wandering Mind) est épaulé à la batterie, à la basse et à la guitare, par des vétérans du death technique et du death en général, avec dans les CV du First Fragment, du Funebrarum, du Stargazer et du Incantation.

Entropic Reflections Continuum: Dimensional Unravel était un excellent premier album, où VoidCeremony nous a montré maîtriser à la fois le registre codifié du death technique et l’aspect créatif qui va avec. Ici toutes les ficelles de cette alchimie complexe sont enrobées dans une ambiance beaucoup plus noire, presque occulte, et VoidCeremony lorgne de moins en moins vers Nocturnus que vers Timeghoul.

Certes, ça n’est qu’une démo. Mais si ce trois-pistes (deux titres et un court interlude avec un solo de basse au milieu) annonce la couleur du deuxième album de VoidCeremony, on ne peut que se réjouir de la direction que prennent les californiens : première à gauche après le rond-point d’Alpha du Centaure, dans la galaxie du death hypercosmique sans frioritures.
 

 

Malefic Throne – Malefic Throne
Death Metal – USA (Hells Headbangers)

Sleap : La news était passée quelque peu inaperçue en cette tumultueuse fin d’année 2021 mais l’annonce de ce nouveau projet appelé Malefic Throne m’avait tapé dans l’œil. La raison est simple : les trois musiciens qui se cachent derrière ce « supergroupe » ne sont autre que Steve Tucker (Morbid Angel), Gene Palubicki (AngelCorpse) et John Longstreth (Origin). Si vous êtes friands de Death Metal seconde vague, votre pantalon devrait être inondé à la simple lecture de ces quelques noms. Et pour ma part, ce premier EP éponyme paru fin janvier constituait déjà l’une de mes grosses attentes de cet excellent début d’année 2022.

Malheureusement, après de nombreuses écoutes attentives, force est de constater que les trois compos qui constituent ce premier essai ne sont guère convaincantes. Alors, j’apprécie beaucoup les vocaux de Tucker, qui sont ici doublés à la manière d’un early-Deicide pour leur donner une dimension plus démoniaque. J’apprécie également le jeu épileptique de Longstreth – dont l’essentiel du CV est constitué de mes groupes favoris (Hate Eternal, AngelCorpse, Origin, Dying Fetus, Gorguts, etc.), mais la prod’ ne leur fait clairement pas honneur. Et que dire du style de Palubicki ? Le compositeur principal d’AngelCorpse est pourtant l’un des maitres artisans en matière de riffing morbidangelien, mais ici c’est le néant. Un comble vu qu’il est justement accompagné à la basse par le frontman du Morbid Angel seconde période… Même la pâlotte reprise de Nuclear Winter en clôture de disque ne me fait aucun effet, alors que je ne suis pourtant pas difficile dès que l’on reprend du Sodom. Cela me fait vraiment mal de l’écrire mais : gros pétard mouillé…

 

Hollow Decay – The Frozen Trail
Death mélodique – Australie (Indépendant)

Michaël : Hollow Decay est un one-man band (Daniel Lovriha) - également membre de Upon A Falling Empire - qui constitue le chaînon manquant entre Be'lakor et Omnium Gatherum. C'est en tout cas comme ça que je définirai au mieux leur musique : beaucoup d'émotions, jamais trop de technicité ou de rapidité (il y a quand même du blast, de la double et quelques riffs bien rapides, mais ce n'est jamais le but) mais une subtile combinaison de puissance et de musicalité. Musicalité au demeurant portée par des compositions très riches où l'on retrouve des passages de basse presque jazzy, de la guitare acoustique et pas mal d'orchestrations. Rien ne sonne cheesy, rien n'est trop alambiqué, tout s'écoute facilement en dépit d'une richesse de composition. Et quel plaisir d'entendre enfin la basse comme sur Regain ou Lucid !

Sans tout renverser le genre ou apporter un album qui serait une révolution en soi, Hollow Decay nous offre ici un album riche, complet, bien structuré, bien composé et qui s'écoute très facilement. Un petit bonbon à consommer sans modération, qui nous rappelle à quel point le Death mélo est universel et qu'il ne suffit pas d'être finlandais ou suédois pour en maîtriser les codes et les rouages.

 

Sarcasm – Stellar Stream Obscured
Death/Black Metal mélodique – Suède (Hammerheart Records)

ZSK : Groupe éphémère de la première vague du Death suédois dont le nom a été repopularisé par le livre « Swedish Death Metal » et sa compil qui allait avec, Sarcasm s’est reformé en 2015 après un parcours atypique. Surtout que sur sa « deuxième » période des 90’s (et malgré le fait qu’il n’ait existé que pendant 4 ans…) était nettement plus axée Black mélo, à la Dissection, Sacramentum et Dawn. Un style qu’il repratiquera ainsi dès son album de reformation, Within The Sphere Of Ethereal Minds (2017). Ultra 90’s dans le fond comme dans la forme, Sarcasm enfoncera d’ailleurs le clou sur l’album suivant, Esoteric Tales Of The Unserene (2019), repoussant les limites de l’anachronisme musical comme un Nocturnus AD avait pu le faire la même année avec son Paradox.

Trois ans plus tard, le jeune vieux groupe (ou vieux jeune groupe, allez savoir) est toujours là et nous propose un nouvel album, le 3ème enregistré après sa reformation, Stellar Stream Obscured. Qui après le sacré retour vers le passé qu’était Esoteric Tales Of The Unserene, va remettre un peu les choses à plat. Sarcasm lorgne toujours vers le Black mélodique typique de son pays et de nombreuses mélodies sont là pour le prouver. Toutefois, Stellar Stream Obscured va rééquilibrer pas mal de choses. La sonorisation est toujours archi 90’s, mais regagne un peu en puissance et en modernité. Et les compos, quand elles ne lâchent pas des trémolos mélodiques et autres leads, partent tout de même dans un registre un peu plus Death que les deux albums précédents. Le tout est aussi appuyé par le chant un peu plus rocailleux de Heval Bozarslan. Bref, Sarcasm reprend ici une plus grosse partie du spectre de la scène extrême suédoise.

Le résultat ? Il est sympathique, même si moins marquant que les deux précédents albums, qui auraient pu sortir parmi les albums de Dissection et Sacramentum au milieu des 90’s qu’on y aurait vu que du feu. Sarcasm gagne un peu en efficacité ce qu’il perd en souffle particulier du Black mélo des 90’s. On s’attardera tout de même sur ces envolées épiques, comme le fleuve "Ancient Visitors" ou l’intro atmosphérique inattendue de "Let Us Descend". Sarcasm rentre un peu dans le rang malgré tout, mais il possède toujours ce côté anachronique si particulier qui fait son charme. Du Black/Death mélo de boomers, bien que pas forcément fait par des « vieux » (rappelons que le seul membre fondateur présent est le chanteur Heval Bozarslan), mais qui fonctionne du moment qu’on sait ce qu’on est venu chercher. Malgré quelques signes de faiblesse, Sarcasm continue de faire vivre l’esprit d’une certaine époque, pas si révolue que ça…

 

Hath – All That Was Promised
Death/Black Metal progressif – USA (Willowtip Records)

ZSK : En étant niché aux Etats-Unis (au New Jersey plus précisément), on pourrait croire que Hath est un énième représentant du Death typique américain, entre Morbid Angel, Immolation et consorts. Tout faux. Sa présence chez Willowtip donne déjà un autre indice : on aura probablement le droit à du Death brutal ou technique, si ce n’est les deux. On est déjà pas loin du résultat… Mais pour une fois, ça sera un peu plus compliqué que ça. Hath n’est pas facile à situer précisément car il possède un spectre tout de même assez large, avec son Death légèrement blackisé, un brin technique, quelque peu progressif mais surtout aventureux.

Suivant le déjà excellent premier jet qu’était Of Rot And Ruin (2019), All That Was Promised entérine donc le Death plutôt complexe de Hath. Qui, pour faire une comparaison un peu pétée, me semble parfois se présenter comme une version moins avant-gardiste et barrée de Slugdge, le son est comparable de même que la voix de Frank Albanese, et même certaines atmosphères ou passages plus mélodiques. Le gros son est également au rendez-vous et on a rarement vu du Death aussi moderne nous parvenir des States récemment. All That Was Promised sera-t-il donc déjà l’album de la confirmation pour Hath ? En tout cas cela commence bien avec le trio d’entrée qu’est "The Million Violations" (qui surprend déjà avec quelques chants clairs) suivi des deux vibrants et puissants singles que sont "Kenosis"et "Lithopaedic", avec déjà quelques compos franchement savoureuses.

Poussant encore plus les curseurs de son côté progressif par rapport à Of Rot And Ruin, Hath risquera d’en perdre plus d’un en chemin. S’adonnant à des morceaux qui flirtent avec un certaine forme d’« atmosphérique » (comme par exemple "Decollation"), Hath perd un peu en efficacité alors que c’est finalement là qu’il est le meilleur. All That Was Promised se tasse donc un peu au fil des compositions puis des écoutes, mais n’en reste pas moins intéressant au minimum. Livrant une version somme toute singulière d’un Death progressif - bien plus proche de l’école européenne qu’américaine - Hath offre une variation bienvenue sur base de pas mal d’influences. Même si on peut trouver pas mal de formations qui brassent les sous-genres du style comme lui, Hath nous propose ici une belle performance, qui plaira sans mal à ceux qui aiment le Death très moderne qui sort un peu des sentiers battus.

 

Self-Loathing / Mudlung – Malefic Hallucinations
Death – USA (Life After Death)

Pingouin : C’est jamais du temps perdu que de guetter les petites sorties Death metal, une démo, un EP ou un split, même si c’est le genre de production pour lequel on fait normalement assez peu de promo. Mais c’est incontournable pour rester au fait de ce à quoi ressemble un genre comme le Death metal, où l’underground fait la loi pour pas mal de fans. Et puis un EP, une démo, un split, c’est souvent la chance d’assister à l’éclosion de futurs talents. Pour ce 4-pistes partagé entre Self-Loathing et Mudlung, on se permet d’espérer qu’il prenne de la valeur dans les années qui viennent.

Les deux pistes de Self-Loathing font dans le Death metal old-school et gore à souhait. De facture plus qu’honorable, le trio de l’Ohio incorpore une vraie vibe hardcore, notamment dans les breaks, qui aujourd’hui les rapprochent plus de Xibalba que de Tomb Mold.

Les deux dernières pistes du split sont signées Mudlung. Groupe encore plus récent que Self-Loathing (première démo sortie en 2019), avec un son saturé qui les confine au sludge. Ca se marie super bien aux riffs old school de Mudlung

Jusqu’à présent Self-Loathing c’était deux EPs en quatre ans, Mudlung une démo et trois EPs. Et on ne peut que souhaiter à ces deux groupes de s’épanouir pleinement dans ce nouveau sillage du Death metal creusé depuis quelques mois par Muscipula et Dypigus, aux frontières du Doom et du Sludge.

 

Godless Truth – Goldless Truth
Death technique mais pas trop – République Tchèque (Transcending Obscurity)

Storyteller : Prenez vos valises, Godless Truth vous emmène en voyage. Les Tchèques vont bientôt fêter leur trentième bougie et ils nous proposent un cinquième album dont le titre n’est pas le plus recherché. Il s’agit d’un album éponyme qui sort chez Transcending Obscurity. La promo soignée et les nombreuses déclinaisons de cet album prouvent que le groupe a une résonance indiscutable. Et si je vous ai parlé de voyage c’est que le groupe, sûr de son identité Death européen, n’hésite pas à lorgner de l’autre côté de l’Atlantique aussi.

Dix titres, dont deux transitions, trente-deux minutes, pas le temps de s’apesantir. Beaucoup de blasts et pourtant, on lit bien l’étiquette Death Technique sur leur présentation. C’est vrai que vous aurez de belles opportunités d’entendre des soli qui raviront vos oreilles d’esthètes.

On se rapproche des sensibilités américaines, voire d’une influence Death assez forte sur Scissors, titre bien découpé, bien syncopé dans ses riffs mais qui va gagner en brutalité rapidement. D’ailleurs cet aspect très direct rapproche Godless Truth du voisinage polonais. Le son est vraiment bien gras et on pourrait penser au son de batterie de Trauma par exemple comme sur Breathe Fire. On ne parle pas d’innovation ou de révolution, mais bien d’une bonne machine de guerre, type rouleau compresseur qui va écraser vos tympas à coups de blasts et de growls. Alors l’avantage c’est que vous ne croisez pas deux fois le même morceau et on sent l’expérience du groupe qui a su varier les plaisirs pour accrocher l’oreille. Une bonne découverte de ce début d’année.

 

Winter's Gate - The Voyage in Becoming
Death mélodique / Metalcore - USA (Indépendant)

Michaël : Aux frontières entre le Death mélodique et le metalcore, Winter’s Gate nous offre un deuxième EP assez court - quatre titres - mais d’une qualité vraiment exceptionnelle. On y retrouve tous les codes du genre : des leads hyper mélodiques saupoudrés un peu partout, de l’orchestration, un mood empli de spleen et de la double en veux-tu en voilà. L’atmosphère de cet EP est sincèrement prenante, surtout sur Preordained et The Voyage, qui constituent certainement les deux meilleurs titres de l’EP. On retrouve un peu une vibe à la Mors Principium Est, qui est certainement la raison pour laquelle je suis resté autant accroché à cet EP.

Il est toujours agréable, qui plus est, de voir un jeune groupe balancer un EP self-released aussi bon que celui-ci. En progression du reste par rapport au précédent EP sorti en 2018 (Between lifetimes). La composition est juste, les vocals sont vraiment adaptés à l’atmosphère et suffisamment variés pour nourrir les compositions. Tout au plus peut-on regretter parfois le manque de densité du son (où est la basse ?). En tous cas, du bon Death mélodique comme on l’aime ou, en tous cas, comme je l’aime. A recommander chaudement.

 

Near Death Condition – Ascent From The Mundane
Death metal Morbid Angelien – Suisse (Unique Leader Records)

ZSK : Les Suisses de Near Death Condition aiment bien Morbid Angel. On avait déjà pu le constater sur leurs précédents albums, mais les musiciens ont pu tout de même apporter leur propre patte - plus technique et moderne sur The Disembodied - In Spiritual Spheres (2011), plus massive et brutale sur Evolving Towards Extinction (2014). Huit ans à peine coupés par… une reprise de… Army of Me de Björk (2018), et Near Death Condition est enfin de retour. Et pas mal de choses ont changé, ou paradoxalement, rien n’a finalement changé car le groupe est toujours aussi proche de Morbid Angel. Et même encore plus qu’avant. Ascent From The Mundane va alors être un album étrange qui va quelque peu trancher avec ses deux illustres et efficaces prédécesseurs.

Notons tout de même un changement important, au poste de micro. Stéphane, au chant rauque et glaireux, a laissé sa place à Magnus (Calcined), qui opte pour des vocalises très particulières, plus criardes et grognées. Le changement est radical mais cela va de pair avec la musique de Near Death Condition qui prend ici une tournure plus chaotique et torturée. Les accès techniques et brutaux ne sont plus de mise ici, le son est beaucoup plus terreux, les compos et les changements de rythmes imprévisibles. On sent toujours l’influence de Morbid Angel à 666%, mais cette fois-ci celui de Formulas Fatal To The Flesh et Heretic (plutôt que Gateways To Annihilation). Ascent From The Mundane sera donc un album plus mystique, plus ésotérique, Patrick multipliant les leads à la Azagtoth qui impriment des symboles et images étranges dans votre cerveau tel un clip de "Where the Slime Live".

Le résultat est, disons-le, très difficile à assimiler et il va déjà falloir passer outre la déception de ne pas se retrouver avec un nouveau The Disembodied - In Spiritual Spheres et Evolving Towards Extinction. La magie opère donc de manière disparate et aléatoire. Outre quelques facéties (comme le final à claviers de "The Bridal Chamber"), il faut vraiment se laisser porter par ces compos volontairement traînardes. Near Death Condition est malgré tout inspiré et tente de faire quelque chose, avec quelques partitions intéressantes ("Wisdom of Meaningless", "Astral Journey", le morceau-titre), et on ne peut que saluer l’essai. Mais cela ne tient que peu sur la durée, d’autant que le chant de Magnus est vraiment, par moments… repoussant ? Les limites de sa bizarrerie étant déjà dépassées dès l’ouverture sur "Witness of the Martyr". Bref, un album différent, décevant ? Difficile à dire tant Near Death Condition est parti dans un autre délire sur la base, indéfectible, de Morbid Angel. Quitte à pousser jusqu’à copier son goût discutable pour les doubles outros…

 

Également dans le radar de la Rubrique Nécro :

  • C’est la curiosité DM de début 2022 : première sortie d’Urushiol, projet death expérimental… du bassiste de Yellow Eyes. C’est brouillon et on comprend pas toujours tout ce qu’il se passe, mais il s’en dégage une jolie ambiance. 

  • On a beaucoup aimé le split entre Trench Foot et Body Asphyxiation, chez Stump Grinder Records. Deux titres remplis à ras bords de riffs bas du front mais hauts en couleurs. On attend maintenant les albums pour ces deux (très) jeunes groupes anglais.

  • On valide également le premier album des chiliens de Rotten Tomb, chez Death Division Rituals : c’est sombre, il y a de jolis synthés sur les breaks, et les riffs sont trempés dans la plus pure tradition du death chilien : si vous aimez ce que fait Nar-Mattaru depuis leurs deuxième album, foncez.

  • Petit rattrapage de 2021 avec le deuxième album d'Organic, Where Graves Abound, sorti chez Testimony Records. Du pur Swedeath fait par des italiens, c'est possible? Oui, ça n'invente pas la poudre, mais c'est efficace, tranchant comme c'est pas permis et même légèrement punk. Ugh!

  • On vous conseille également de jeter une oreille à l'album Rex Mortem de Burned in Effigy qui a une vibe assez The Black Dahlia Murder hyper appréciable, bien qu'étant beaucoup plus mélodique. On vous conseille notamment le titre Doomsayer.