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Raton et la bagarre #5

samedi 8 août 2020 - Raton
Raton

Amateur de post-musique, de larsens et de gelée de groseilles.

Chères lectrices et chers lecteurs, pour ce numéro, laissez-moi vous régaler. En amont de chaque publication, je note les albums qui me paraissent dignes d'intérêt et au fur et à mesure des écoutes et des actualités, j'affine pour limiter à 8 disques (idéalement 4 par mois). Avec juin et juillet, je me suis retrouvé à noter 8 noms par mois et plutôt que de procéder à un cornélien écrémage, j'ai décidé de tout vous donner quitte à pondre une bagarre encore plus indigeste que les précédentes, constellée de grands noms tels que Boris, Gulch, Ecostrike, Nuvolascura, Acacia Strain, Cro-Mags et même Sunami (!). J'ai essayé de me tenir, mais n'hésitez pas à me faire des retours pour ce numéro qui aura pris encore plus de temps que les précédents.

Pour ce cinquième épisode, je suis également fier d'avoir le soutien de l'excellente chaîne Brutal Youth qui met à disposition (dans le respect du droit d'auteur) une palanquée de nouvelles sorties enthousiasmantes et n'a de cesse de promouvoir les nouvelles initiatives de la scène. J'avoue y passer régulièrement pour faire le plein de disques underground et pertinents à chroniquer. Alors pour les amateurs et amatrices de hardcore sauvage qui veulent se confronter au meilleur de la scène moderne, je ne peux que vous inviter à vous abonner.

 

J U I N

Nuvolascura – As We Suffer From Memory and Imagination
Emoviolence / Screamo – USA (Dog Knights, Zegema Beach)

Je vous parlais déjà de Nuvolascura (ex-Vril) dans mon bilan 2019 tant leur premier album parvenait à atteindre des sommets d'intensité et de force de composition. Avec des membres d'autres groupes majeurs du renouveau skramz/mathcore (SeeYouSpaceCowboy et Letters to Catalonia), Nuvolascura ne passe pas par la case MySpace comme c'est pourtant le cas des projets cités précédemment et de tout un pan de cette nouvelle scène américaine et particulièrement californienne.

Un peu plus d'un an plus tard, le groupe décide de sortir un nouveau disque dont la pochette ne m'avait pas vraiment rassuré. Pourtant, dès que j'en ai lancé l'écoute j'avais envie d'appeler au chef d'œuvre. Alors que l'album éponyme avait déjà été propulsé au panthéon du screamo moderne, celui-ci enfonce le clou en proposant un skramz amer, féroce et habité.
Le groupe innove avec des interludes plus ambient qui permettent très habilement de maîtriser le rythme et la gestion de l'intensité. C'est notamment le cas avec l'enchaînement "Who Knows What You Deserve" et l'étincelant "Apyrexy". Les structures de composition sont également enrichies d'influences mathcore, avec une insistance sur la dissonance et le chaotique qui rapproche le style de l'emoviolence, sur "Pixel Vision Anxiety" notamment où le jeu de guitare est à son paroxysme. La voix de la chanteuse Erica est également à son meilleur, avec une puissance évocatrice affolante.
Rien n'est à jeter sur ce disque et il figure clairement dans mon podium de l'année pour le moment.

 

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END – Splinters From an Ever-Changing Face
Metalcore / Mathcore – USA (Closed Casket Activities)

Alors que j'avais complètement manqué la sortie de son premier EP en 2017, j'ai été surpris par l'apparition de ce supergroupe au CV délirant. Jugez vous-mêmes : Brendan Murphy de Counterparts au chant, aux guitares Will Putney (Fit for an Autopsy) et Greg Thomas (ex-Shai Hulud), Jay Pepito (ex-Blacklisted) à la basse et Andrew McEnaney de Structures à la batterie.
Et c'est assez amusant de voir à quel point les caractéristiques de ces groupes se retrouvent entremêlées dans END : la sauvagerie de Shai Hulud, la lourdeur de Fit for an Autopsy, la complexité de Structures et l'instantanéité de Blacklisted (seule l'influence de Counterparts semble plus lointaine, peut-être quelque chose dans le phrasé). Loin de n'être qu'une addition, END parvient avec brio à créer une atmosphère personnelle et à utiliser aussi bien des vieux clichés que des codes plus modernes pour composer un metalcore fort et original.

Dense, noir et haineux, le metalcore mid-tempo de END nous renvoie à l'époque doré du edge-metal et du metalcore dissonant confinant au mathcore. Loin d'un metalcore à riff et à passages accrocheurs, le groupe se concentre sur la pesanteur de ses guitares pour un son krum-krum du meilleur effet.
Mais vous vous doutez bien qu'avec un tel pedigree, on allait attendre le groupe sur un autre point : leur capacité à être chaotique et particulièrement à faire des gros B R E A K S. Lors de ma première écoute c'est surtout celui de "Evening Arms" qui m'a cueilli, mais l'album est loin de n'avoir que celui-ci ("Pariah", "Sands of Sleep"). Avec une telle concentration sur le mid-tempo, les trois quarts du disque sont un appel au mosh.
Pour clôturer le massacre, le dernier titre est un climax de méchanceté sourde. Alors que la première moitié met en valeur le chant de l'invité Tanner Merritt (O'Brother), la seconde n'est qu'une déflagration aigre et implacable.

 

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The Phantom Carriage – 7-Year Epilogue
Screamo / Black metal / Post-hardcore – France (Throatruiner)

J'ai été très agréablement surpris lorsque j'ai appris la reformation de The Phantom Carriage. Déjà parce qu'ils viennent de ma région d'adoption, le Poitou et que je me rappelle avec beaucoup de nostalgie leur concert de séparation à Poitiers il y a déjà 6 ans, en 2014 à la Maison des étudiants sur le campus, avec Watertank et Throw Me Off the Bridge (le projet folk de Quentin Sauvé de Birds in Row et As We Draw). Il s'agissait de mon tout premier concert, lors de ma toute première année d'études supérieures et c'était un symbole extrêmement fort pour moi. Je me souviens également avoir acheté à prix libre des vinyles, et un t-shirt que j'ai encore aujourd'hui dans ma garde-robe.
Alors je vous avoue qu'à l'époque, leur mélange de post-metal, de screamo et de black metal me paraissait encore bien hermétique, mais il est temps aujourd'hui de prendre ma revanche et de revenir au groupe qui a marqué mes débuts.

Première constatation : la densité et le nihilisme du groupe n'ont pas décru. Mais quelque chose de plus métallique se fait ressentir, comme une urgence acide. Chaque morceau est un chemin de croix, parfois ponctué de chant clair, mais toujours avec la férocité et la noirceur qui caractérisent The Phantom Carriage à mes yeux. La production a nettement changé également : alors que celle de "Falls", assuré par un certain Frank Hueso, plus connu sous son pseudonyme de Carpenter Brut, était volontairement plus compressée et agressive ; celle-ci, avec l'inénarrable Amaury Sauvé (frère de Quentin) au mix et Thibault Chaumont (Poitiers gang) au mastering, est plus ample et permet davantage à la composante black/post-hardcore de se déployer avec fracas. Le jeu sur les guitares, notamment, fait brillamment le pont entre les progressions screamo et les textures black (en même temps c'est Antoine, guitariste chez Worst Doubt et Lodges dont je vous ai déjà parlé). Mais sur ce nouveau disque, le screamo se fait plus discret, préférant des riffs volontiers hardcore et des passages vocaux directement inspirés par le post-hardcore.
Les comebacks sont rarement une bonne chose mais The Phantom Carriage donne tort à cette règle avec une proposition intense et exigeante. Merci pour cet album les gars et merci pour avoir accepté qu'un kid vous achète la moitié du merch avec 7€ il y a quelques années de ça.

 

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Sunami – Sunami
Beatdown / Metalcore – USA (auto-production)

Alors, avant de vous escagasser sur ma personne, laissez-moi vous assurer que je n'ai rien ni contre le hardcore humoristique ni contre le beatdown. Mais alors du beatdown parodique qui se prend au sérieux, franchement faut pas être un génie pour se rendre compte que ça sent mauvais.
Sunami s'est fait connaître extrêmement rapidement dans la scène californienne et sur les interwebs en adoptant une attitude de véritable gangster beatdown à l'ancienne. Formé par des membres de Gulch, Spinebreaker et Hands of God, ils adoptent tout l'attirail : logo graffiti, look hood, breaks ultra violents et sourds, insultes à l'auditeur (avec leur fameuse catchphrase "YOUR A BITCH" et la version longue "There's two kind of people in the world: you're either from the Bay or you're a bitch" c'est à dire "Il y a deux types de personne dans ce monde : soit tu viens de la Bay Area soit t'es une salope") et emprunts omniprésents à la culture gangsta/banditisme californienne. On relèvera notamment leur grande prose : "Feel high and mighty just a fucking snitch / See how you feel when you end up in a ditch".

Ça fera sans doute beaucoup rire celles et ceux qui ont connu la grande époque du beatdown (avec sur le sol européen les fiers représentants allemands) et qui aimeront une réminiscence gonflée d'une ironie caractéristique de l'ère digitale ; mais le reste - et moi le premier - trouvera cet EP à la limite permanente du douteux (s'approprier une culture aussi codifiée que la culture gangsta californienne dans un side-project blague, ça me dérange toujours). Ça sonne beaucoup trop try-hard à mes oreilles, voire complètement poussif avec une approche edgy qui m'exaspère plus qu'elle ne m'amuse.
Ce tweet concluera mieux que moi.

 

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Cavalerie – Spectral Rage (démo)
Crust blackisant – France (auto-production)

C'est dégueulasse, c'est sordide, c'est vicelard et c'est que du bonheur crasseux. À l'image du break à la fin du morceau "Napalm Death", cette démo est un affront éhonté de sournoiserie.
Au crust instantané, propulsé brûlant et affûté, s'ajoute la couche promise de black metal première vague ; celui qui évoque Hellhammer, Bathory ou les pitreries de Darkthrone.
La reprise de Discharge poursuit cette même démarche : chaque coup de caisse claire est un coup de bélier sur les parois du crâne, le solo évolue entre un hurlement de chien blessé et une démo de Kerry King tandis que le chanteur vocifère sans se soucier du rythme ni de la mélodie.
Une proposition brute et râpeuse, qui revient à une source fantasmée du hardcore viscéral, peuplée de perfectos bardés de clous, de nihilisme stupide et de rats courant entre deux canettes de bière écrasées.

Ne vous y méprenez pas, malgré le nombre inhabituel d'adjectifs péjoratifs dans cette chronique, la première démo de Cavalerie est une grande réussite qui se termine bien trop vite et nous laisse en attente du prochain attentat sonore.

 

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Cro-Mags – In the Beginning
New York hardcore / Crossover – USA (Arising Empire, sous-label metalcore de Nuclear Blast)

J'aimerais pouvoir vous en parler davantage de cet album. J'aimerais pouvoir vous tirer des parallèles avec "The Age of Quarrel" ou "Best Wishes" ou analyser subtilement l'évolution du son des Cro-Mags. Mais vous savez pertinemment comment vieillissent les groupes de hardcore et sans nécessairement tomber dans l'abominable, ça reste rarissime de tomber sur un disque qui vaut ne serait-ce qu'un détour de 30 minutes.

"In the Beginning" se positionne inconfortablement par rapport à cet état de fait. C'est pas particulièrement mauvais, ce n'est jamais vraiment excellent non plus, j'ai surtout l'impression d'entendre un auto-pastiche à la production trop compressée. Les riffs sont patauds et mollassons (impossible de ne pas ressentir une influence stoner) alors pourtant que c'est Rocky George de Suicidal Tendencies aux commandes. Ni aussi inspiré que les albums cultes, ni suffisamment différent pour s'intéresser à la nouvelle démarche, j'avoue avoir écouté ce "In the Beginning" comme je mange un plat réchauffé, péniblement et sans enthousiasme.

 

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Make Them Suffer – How to Survive a Funeral
Metalcore mélodique – Australie (Rise Records
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Make Them Suffer s'est fait connaître avec la sortie de son premier album, "Neverbloom" en 2012, avec une recette deathcore aux arrangements empruntés aux scènes symphoniques. Après de nombreux changements de line-up, le groupe a fait basculer son identité sonore vers le metalcore en purgeant petit à petit les éléments death. Tant et si bien que leur troisième album, "Worlds Apart" en 2017 se situait déjà à la frontière entre metalcore et metalcore mélodique. Avec ce quatrième album, les Australiens confirment la tendance. Malgré les breaks et les appels au mosh, le tout reste très orienté mélodique. À un tel point qu'on croirait parfois être revenu 10 ans en arrière à l'apogée du metalcore ultra-accrocheur aux refrains en voix claire flirtant avec les sonorités pop. Le groupe conserve quand même plusieurs éléments deathcore et djent sur quelques morceaux ("Step One" ou "Fake Your Own Death").

Si vous lisez régulièrement "Raton et la bagarre" vous saurez que c'est très loin d'être ma tasse de thé. Make Them Suffer compile même tout ce que je déteste dans le metalcore mélodique. Avec une tracklist complètement hétérogène et décousue, le groupe nous offre tout les clichés : les refrains choraux, les "bleuargh", les ponts susurrés, les refrains avec chant féminin pop, les breakdowns faciles et syncopés, les phrasés clichés, etc. En revanche, la production et l'interprétation sont impeccables et il ne fait aucun doute que le disque ravira celles et ceux dont c'est le péché mignon.

À ne réserver donc qu'aux nostalgiques de l'âge d'or des BMTH et consors (j'aimerais vous sortir d'autres exemples, mais je confesse me tenir éloigné de ces scènes, alors n'hésitez pas à me reprendre là-dessus).

 

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Trash Talk & Kenny Beats – Squalor
Hardcore – USA (auto-production)

Kenny Beats, le beatmaker rockstar depuis son album avec Denzel Curry, varie les plaisirs et s'essaie à un EP de hardcore avec les Californiens de Trash Talk.
Je n'ai jamais adhéré au hardcore de ces derniers, trop plat et trop facile dans la démarche et cet EP ne va pas changer mon avis. Cinq morceaux classiques et sans grande excitation (exception faite peut-être du single "Something Wicked"), à la batterie désagréable, qui s'écoutent vite et s'oublient aussi rapidement.
Alors ne vous y méprenez pas, je ne vais pas vous dire que les Trash Talk ne savent pas faire du hardcore, mais juste qu'ils ne savent pas le faire avec l'entrain nécessaire. Et pour finir, la collaboration avec Kenny Beats n'est ni vraiment perceptible, ni vraiment utile.

 

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J U I L L E T

Boris – NO
Crust / Sludge – Japon (auto-production)

Je ne vous fais pas l'affront de vous présenter Boris, alors que le groupe japonais a révolutionné plusieurs genres à lui tout seul, du stoner avec son exceptionnel "Pink" jusqu'au drone metal et au post-metal avec le culte "Boris at Last -Feedbacker-".
Cependant, depuis des années, sans détester leurs nouvelles sorties, je peinais davantage à adhérer à leur proposition musicale. Mais avec leur frénésie et leur hyperactivité naturelles, les Japonais ont décidé de sortir un album complètement en indé, sur leur Bandcamp et puis c'est tout. Si on leur connaît surtout ce goût pour la construction d'atmosphères pesantes, d'une saturation millimétrée qu'ils étirent sur des longues pistes, "No" va dans la direction opposée.
Instantané et énergique, l'album ne comporte que 3 morceaux au-dessus de la barre des 5 minutes. Le registre musical a lui aussi été bouleversé pour l'occasion. Si la musique de Boris peine à être rangée dans des chapelles définies, on sent clairement sur ce disque la patte crust punk, mais également leur passion pour les musiques lourdes et saturées, sludge en premier lieu. Rien que le premier titre annonce la couleur avec un son de guitare à l'épaisseur indécente.
Alors que certains morceaux paissent dans les pâturages punk comme le bien-nommé "HxCxHxC -Perforation Line-", d'autres n'hésitent pas à pousser les potards de la lourdeur à fond comme le démentiel "Zerkalo". Une proposition extrêmement bien sentie qui rejoindra sans mal les meilleurs albums du groupe (et probablement les albums de l'année) tant l'hybridation est fine et maîtrisée.

 

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Gulch – Impenetrable Cerebral Fortress

Metalcore – USA (Closed Casket Activities)

Ce n'est pas abusé que de dire que Gulch est un des groupes dont la hype a été la plus conséquente dans le hardcore moderne. Après une flopée d'EPs efficaces (dont le déjà culte "Burning Desire to Draw Last Breath") mais auxquels il manquait un petit quelque chose, le premier long format des Californiens était attendu comme le Messie du mosh pit.
Conjuguant des sonorités old-school à une fougue juvénile, Gulch a réussi à se positionner au carrefour des scènes hardcore traditionnelles et des scènes extrêmes. En effet, si la base musicale du groupe reste le metalcore nerveux et nihiliste, le groupe n'a jamais hésité à y insérer des lourdes références au deathcore à l'ancienne (vous savez, celui que Fuming Mouth avait déjà remis au goût du jour l'année dernière). Et comme si ce n'était pas suffisant, l'ombre de Discharge et du D-beat plane sur le disque à de nombreuses reprises (les inévitables patterns de batterie).
Ce que j'aime dans ce disque c'est qu'il ne joue pas à la course à la vitesse. Alors que beaucoup de metalcore récent se lance dans une compétition de rapidité et d'explosivité, Gulch se concentre sur des riffs plus groovy et des textures plus old-school pour privilégier l'efficacité et l'énergie sourde à la tempête de notes. Il sera compliqué de faire mieux en metalcore cette année.

 

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Skeleton – Skeleton

Hardcore / Black – USA/Kazakhstan (?) (20 Buck Spin)

À la première écoute et lors des premières recherches, on pourrait s'émouvoir du fait que Skeleton vienne du Kazakhstan. C'est du moins ce que leur Bandcamp indique : Atbasar, petite ville de 30,000 habitants au nord du pays. Pourtant, il semblerait que cette nationalité soit complètement factice, l'url même du Bandcamp indiquant "skeletonatx", soit Skeleton, Austin, Texas. De plus, le nom des deux membres principaux (semble-t-il) du groupe, Ziolkowski, sonne bien plus polonais que kazakh (dont les noms finissent généralement en "ev" ou "ov").

Ce travail de détective du dimanche terminé, concentrons-nous sur la musique qu'offrent les baroudeurs sombres de Skeleton. Un hardcore primitif et crasseux aux accents black metal ("Catacombs") et speed/thrash ("Taste of Blood") qui sent le renfermé. Sont convoqués Hellhammer, Motörhead, Venom ou Darkthrone dans une moindre mesure, pour un espèce de grand boxon sans queue ni tête où le groove caverneux l'emporte sur tout le reste. On comprend très vite pourquoi le groupe est signé chez 20 Buck Spin qui aime tout particulièrement ces propositions hybrides et personnelles, mais qui ne sacrifient pas l'efficacité au profit de l'étrange.
Un disque singulier à mettre entre les mains des passionné·e·s de musique souterraine et grognonne.

 

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Bombardement – EP.

Crust / D-beat – France (Destructure / Kick Rock / Symphony of Destruction)

Je vous le disais dans l'épisode précédent, le D-beat n'a pas vraiment la côte à l'international, alors imaginez un peu l'état de la scène hexagonal. Ça, c'était sans compter sur les Bordelais de Bombardement. (Erratum : on m'a fait remarquer à très juste titre, qu'un bastion d-beat existe bien à Bordeaux / dans le Sud-Ouest avec notamment Gasmask Terrör, Dead Toys ou même Monarch qui ne cache pas ses influences Discore, merci Fabien pour la précision)

En moins de dix minutes, les cinq membres du groupe parviennent à redonner espoir dans une scène quasi-moribonde. Les riffs de cochon s'enchaînent à fond les ballons et même si la voix d'Oriane pourra déplaire à certains, elle me paraît parfaitement raccord avec ce que le groupe propose, un crust acéré et virulent ni vraiment moderne ni vraiment old-school.
En lançant l'EP, vous savez où vous mettez les pieds ; dans une cave où l'odeur du cuir rance se mêle à la bière chaude et où le grain des guitares crustille sous la dent. 

 

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Ecostrike – A Truth We Still Believe

Hardcore – USA (Triple B Records)

Ecostrike est un groupe floridien et fait partie de cette vague de revival straight edge / xVx du sud de la Floride avec des groupes comme xELEGYx (chaudement recommandé), Seed of PainBlistered ou Envision (si vous aimez les riffs). Le groupe avait reçu un bon succès d'estime avec la sortie de leur premier "Time Is Now", un premier essai environnementaliste et fermement vegan staight edge.
La proposition était solide, sauf qu'Ecostrike n'a pas vraiment choisi la voie de l'originalité. Leur metalcore aux accents saccadés et groovy est complètement adossé à l'influence de Earth Crisis ; sauf que si je veux du Earth Crisis, je vais aller le chercher à la source et pas dans une copie carbone floridienne.

Bonne (?) nouvelle, avec ce nouvel album le groupe s'éloigne de l'influence des darons du xVx. Les influences metal et groove se font moins sentir pour se concentrer davantage sur un hardcore toujours aussi old-school et référentiel. Référentiel est peu dire, tant le disque peut évoquer la quasi intégralité du hardcore. Rajoutons à cela des paroles éculées sur l'engagement et l'unité qui feraient passer Manowar pour du Baudelaire : "But we're still here and un-afraid standing side by side / And we've gotta fight together cause together is how we win".
21 minutes de poncifs pour un album aux allures de hardcore libre de droit, ça fait toujours trop long.

 

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Sharptooth – Transitional Forms

Metalcore – USA (Pure Noise)

Musicalement, ne vous attendez pas à être surpris par Sharptooth. C'est du metalcore moderne classique, avec ce qu'il faut de breakdowns, de réponses de guitares et de couplets scandés. Mais l'intérêt du groupe réside plutôt dans sa posture et dans les thématiques abordées par sa chanteuse Lauren Kashan, probablement parmi les meilleures chanteuses de metalcore actuel avec Jess Nyx de Mortality Rate ou Djamila Yasmin Azzouz d'Ithaca.
Lauren Kashan utilise le metalcore comme thérapie et l'intensité de son propos donne une autre dimension à Sharptooth. Après des années d'addiction et de traumatismes qu'elle explique dans cette excellente interview, Lauren exprime le viol, la manipulation et les abus dans ses chansons. Ainsi dans "Hirudinea" : "You’re always silent / When there’s work to be done; / You’re not a feminist / Just because you fucked one". Avec des paroles clairement mieux écrites que 90% de la scène et une instrumentation incisive et féroce, Sharptooth parvient à livrer un album solide, peu surprenant mais indéniablement efficace et qui j'espère pourra contribuer à renforcer l'inclusivité d'une scène qui s'est trop longtemps bâtie sur une masculinité toxique.

 

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Acacia Strain – Slow Decay

Deathcore / Metalcore – USA (Rise Records)

Je vous parlais déjà d'Acacia Strain en fin d'année dernière pour la sortie de leur surprenant "It Comes in Waves" qui avait créé une petite révolution dans le deathcore en y incorporant une sacrée dose de post-metal et de musiques lourdes. Après ce tour de force qui les éloignait de leurs racines deathcore/metalcore très classiques, leur prochain disque était attendu avec curiosité.
Le groupe a dévoilé la sortie de ce nouveau disque avec la parution progressive de singles deux pistes nommés d'une seule lettre. D, E, C, A et Y ont donc formé DECAY. Ils y ont rajouté deux titres, portant l'album à 12 titres et près de 45 minutes.

Alors que le premier morceau promet un gros morceau de bravoure deathcore, la suite paraît bien pâle et convenue. L'apparition d'Aaron Heard, chanteur de Jesus Piece, n'est pas follement convaincante tandis que celle de Jess Nyx, chanteuse de Mortality Rate, est clairement de meilleure facture. Certaines pistes proposent des pistes atmo intéressantes (comme sur "I Breathed in..."), mais le reste sonne soit trop classique soit trop chute de studio. À n'écouter que si vous êtes fan du groupe ou de deathcore (et donc que vous avez l'habitude d'écouter souvent la même chose).

 

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Entry – Detriment

Hardcore – USA (Southern Lord)

Entry est un groupe formé par des membres de Touché Amoré (guitariste et bassiste) et autres groupes gravitant dans les musiques connexes (stoner, midwest emo, post-hardcore et même nintendocore). Le groupe annonce vouloir faire du hardcore plus violent et instantané que leurs autres projets musicaux, quelque chose inspiré notamment par Converge ou Discharge. Malgré cette démarche honorable, le résultat est plutôt plat, très bien interprété et avec des morceaux tout à fait énergiques mais sans créer de véritable intensité avec des variations. Ça touka touka du début à la fin sur des riffs plus que corrects mais avec des enchaînements immédiats et une interprétation trop monotone. Le dernier morceau fait office d'exception en suivant une tradition récurrente dans les sphères -core, qui consiste à étirer la durée du morceau et d'explorer des contrées plus mid-tempo dans une démarche plus sludge.
Alors même si "Detriment" n'a pas le temps de lasser du haut de son petit quart d'heure, l'absence absolue de progressions intéressantes et la platitude du chant hurlé envoient le disque dans la pile des "mwerf" sans grand relief et sans véritable enthousiasme.

 

 

Et même si ce numéro a déjà des allures de gavage, voici les quelques recommandations et autres observations de fin d'article pour les plus extrêmes et insatiables. Bonne écoute et n'hésitez pas à me faire parvenir vos impressions :

  • Mortality Rate a sorti la réédition de son banger de 2016 "Sleep Deprivation" avec plusieurs morceaux bonus issus du split coriace avec Judiciary.
  • Pour les fans de hardcore première vague, je vous conseille de vous pencher sur le nouvel EP de Classics of Love.
  • Vein, après avoir remué tout le monde avec le fantastique "Errorzone" il y a déjà 2 ans, publie "Old Data in a New Machine, Vol. 1", une sorte de compilation de démos ré-enregistrées ou non publiées ainsi que des remixes du dernier album.
  • Par honnêteté pseudo-journalistique, j'ai aussi essayé d'écouter le dernier Emmure. Il m'a fallu trois morceaux pour me rendre compte de mon erreur. Après, j'ai vu passer beaucoup de retours comme quoi c'était moins pire qu'avant, donc on sait jamais, peut-être y trouverez vous quelque chose à mâchouiller.