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REVUE D'ACTU #11 : Svärd, Soilwork, Necrot, Enslaved, etc.

lundi 1 juin 2020 - Team Horns Up
Team Horns Up

Compte groupé de la Team Horns Up, pour les écrits en commun.

Nouvelle revue d'actu, avec pour cette édition pleine d'éclectisme, le retour de quelques gros poissons (Enslaved, Soilwork, Devildriver, Voïvod) et une poignée sorties plus confidentielles (Svärd, Hail Spirit Noir, OHHMS). Bonne lecture et bonne écoute !

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Svärd

S.A.D.E : Durant l'été 2017, des membres de Ahab et In Mourning se paient une petite session de jam en Suède, sans doute à l'occasion de la venue des Allemands pour une tournée ou que sais-je. Et ce qui ne devait rester qu'un après-midi entre musiciens complices et accomplis devient doucement un projet à part entière répondant au nom de Svärd.
L'été 2020 verra donc venir le premier EP de cette nouvelle entité, avec une sortie prévue chez Argonauta Records. Intitulée The Rift, cette première offrande commence d'ors et déjà à se dévoiler avec le titre Palaeocene Flames. Svärd développe avec ce premier extrait un metal assez groovy et efficace, d'où surgissent quelques mélodies bien senties au détour d'un riff. L'ombre de Mastodon plane sur le morceau, aussi bien dans le riffing que dans l'usage de multiples voix, claires ou plus hurlées. Bref, avec ce premier contact, Svärd éveille la curiosité !

 

Necrot

GazaG : La situation sanitaire a totalement bousillé la vélocité de Necrot. Pas moins de 75 dates à la poubelche ! Mais les Américains se sont quand même débrouillés pour boucler les enregistrements de leur nouvel album, Mortal. Avec ce premier titre, Stench of Decay, le groupe continue d’emprunter les sillons du Death Metal Old School avec la recette la plus simple : des riffs saignés et étripés jusqu’à l’os, avec, surprise du chef sur ce premier morceau, un solo ! Dommage, c’est une mauvaise surprise car il casse l’inertie et jure avec l’ambiance mise en place. En espérant que ces pitreries ne soient pas déclinées sur l’ensemble de l’album. Le reste est prometteur. La prod fait les gros bras avec une plus grande place accordée à la basse. Les guitares gagnent du grain, elles cisaillent moins mais ratissent d’avantage. En attendant un nouveau titre, Mortal sort le 28 août prochain toujours chez Tankcrimes.

Soilwork

StorytellerSoilwork se lance dans le cinéma et les histoires alambiquées. Death Diviner est le dernier morceau d'une trilogie nommée The Feverish Trilogy. Les deux premiers morceaux sont Feverish et Desperado. Le concept autour de cette trilogie parle de déesse de la mort à Babylone,de meurtre, de pulsions, de sensations qui nous dépassent, le tout dans une ambiance visuelle carrément rétro. Quelques codes du cinéma sont présents et on sent que le groupe a voulu produire quelque chose d'unique et de cohérent, même si parfois on s'approche de Lynch tant le concept peut être dur à lire. Pour ceux qui veulent en savoir plus ça se passe par ici.

Côté musique, on a une chanson qui part loin dans des directions différentes, avec un refrain et un départ ultra mélodiques, qui rentrent bien dans le crâne, en voix claire. Puis du blast à tout va avec un solo. La production n'est pas vintage comme les images, c'est du pur Soilwork que l'on laisse rentrer dans nos oreilles et qui a tapé assez juste dans leurs riffs. On sent qu'ils ont voulu accompagner leur histoire en profondeur. On ne peut pas aller dans les salles obscures, alors Soilwork les amène à nous. 

 

Voïvod

S.A.D.E : Loin d'être un fin connaisseur de la discographie touffue des Canadiens, je reste néanmoins fasciné par l'univers developpé par Voïvod au fil des décennies. Et cette année, le groupe revient avec un nouvel EP : The End of Dormancy. Difficile d'aborder le premier extrait proposé. Comme souvent avec Voïvod, ça part un peu dans tous les sens et rien n'est tout à fait simple. On entre dans le morceau avec des cuivres avant qu'une guitare ne viennent poser un riff voïvodien à 1000% : tordu et bizarre. Et plus on avance dans le morceau, plus c'est l'éclate : un espèce de marche militaire futuriste se déroule sur une bonne partie du titre, avant qu'une explosion plus thrashy ne prenne la suite pour elle même laisser la place à une montée en puissance assez cinématographique. Les cuivres restent présents, vont et viennent entre les instruments plus conventionnels, renforçant encore l'aspect B.O. Toujours aussi iconoclaste et inclassable, Voïvod parvient à surprendre sans même sembler le faire exprès. The End of Dormancy sortira le 10 juillet chez Century Media.

 

Enslaved

Circé : Après avoir repoussé la sortie de leur nouvel album, Utgard, à cet automne en raison du virus, les Norvégiens d'Enslaved nous en donnent enfin en avant-goût ! Alors que des rumeurs avaient couru que ce quinzième (!) opus pouvait être un nouveau chapitre dans leur carrière, la recette de base reste sur ce morceau celle qu'on connaît : un équilibre assez parfait entre riffs typiques black metal et prog 70s, alternance entre growls et chant clair, production moderne offrant un son vaste et clair – on est toujours dans cet entre-deux styles si bien maîtrisé par le groupe. Globalement, une première écoute rappelle un peu le son de Vertebrae repris dans la continuité de E. Seulement, une écoute plus attentive révèle bien vite des rythmiques assez peu exploitées par le groupe jusque là, fruit de l'arrivée d'Iver Sandøy suite au départ de Cato Bekkevold. Et si Enslaved a toujours brillé par ses mélodies et la richesse de ses arrangements, ceux-ci sont sur "Homebound" plus travaillés que jamais, avec une composition qui n'a eu cesse de s'enrichir au fil des années – et qui continue ici en se déployant sur plusieurs niveaux. Ivar Bjørnson se surpasse, comme toujours. Le son lui aussi semble plus dense, pour donner à la musique un côté encore plus vaste et imposant. Et bien sûr, la nouveauté la plus audible se situe au niveau du chant clair, repris sur ce morceau par le nouveau batteur. Même si les lignes douces et progressives d'Håkon Vinje me manquent un peu, je reconnais que les avoir délégués à Iver Sandøy apporte un vrai vent de fraîcheur, alors que ceux du claviériste restaient tout de même dans le même registre que son prédécesseur, Herbrand Larsen. Iver apporte une vraie puissance au chant, dans des tons moins progressifs mais capable de tenir tête aux growls de Grutle, faisant émerger deux vraies forces qui s'affrontent ou se complètent sur les vocaux. Je suis curieuse de voir comment ce duo vocal va être exploité sur l'album !

Entre avancée et recette connue, Homebound a de quoi rassurer les fans peu avides de changement tout en proposant assez de nouveauté pour ne pas lasser après une si longue carrière. Et je me dois également de saluer le magnifique artwork du single, compilant les motifs d'anciens albums.

OHHMS

S.A.D.E : Quintet anglais en activité depuis 2014, OHHMS annonce pour cette année son troisième album, Close (prévu pour le 26 juin chez Holy Roar Records). Dans un registre entre doom, stoner et post-metal, OHHMS s'est montré capable de composer aussi bien des morceaux fleuves (avec ses deux premiers EP, notamment) que des titres plus concis et immédiats. Et c'est dans cette seconde catégorie que se range Destroyer. En trois minutes et des brouettes, OHHMS dévoile avec facilité et cohérence sa large palette stylistque, allant d'ambiances assez planantes à un final bien lourd et écrasant. Une nouvelle fois, Paul Waller use de tout son spectre vocal, allant du chant clair beau et puissant aux cris plus rugueux et plein de colère. La production de l'album s'annonce une nouvelle fois bien équilibrée, assez chaude et ronde tout en gardant un je-ne-sais-quoi de distant. On en redemande !

 

Hail Spirit Noir

Circé : Les Grecs continuent de dévoiler leur nouvel album avec le morceau Crossroads. Comme le premier single, celui-ci nous confirme la direction complètement prog de ce nouvel album, délaissant presque définitivement les aspects Black Metal déjà peu majoritaires dans Mayhem in Blue. A vrai dire, seules les dernières secondes rappellent une batterie et un riffing vaguement metal extrême : le reste n'est que claviers rétro, riffs prog, rythmiques changeantes et chant clair fort accrocheur. Celui-ci est d'ailleurs assuré en grande partie par Lars Nedland (Borknagar, Solefald...) en invité spécial. Sa voix si particulière se trouve mise à l'honneur avec des lignes de chant assez originales sur les couplets, lui permettant de faire une rapide démonstration de son talent de chanteur. Cette intervention apportera certainement un peu de fraîcheur au sein de l'album, et les timbres des deux chanteurs se combinent en tout cas parfaitement. Crossroads manque peut-être un peu de vrai temps fort, mais a tout de même un petit côté tubesque, limite pop, qui lui sauve largement la mise.

 

Eyes of Another

S.A.D.E : Colin van Eeckhout et Lennart Bossu (Amenra) ont récemment collaboré avec le DJ Cellini. Sans que cela n'annonce clairement un album ou une autre forme de support, un premier morceau (ainsi qu'un documentaire que je n'ai pas eu le temps de regarder) est sorti il y a quelques jours. D'abord sous forme d'une longue montée toute en nappes et en beats calmes et profonds, le tout porté par le chant clair toujours aussi juste et émotif de CHVE, le morceau se transforme sur sa dernière partie, quand entre la guitare, en quelque chose de plus grave et ténebreux. Le clip est également très réussi, enchevêtrement d'images dont se dégage une mélancolie un peu inconfortable. Pour l'instant pas beaucoup plus d'infos sur le devenir de Eyes of Another n'ont été dévoilées (à moins que le docu réponde à cette question), mais ce premier extrait est tout à fait alléchant.

Devildriver

Michaël : Après avoir pondu il y a deux ans un album de reprises country pas très folichon malgré une pluie de guests (Outlaws ’til the End: Vol. 1), les Américains de DevilDriver sortiront leur nouvel album, intitulé Dealing With Demons I, le 9 octobre 2020 via Napalm Records. Des dires de Dez Fafara, le thème de cet album est la façon dont chacun gère ses démons et apprend à les surmonter. Le premier extrait de cet album, intitulé Keep Away From Me, a trait à l'agoraphobie dont Dez souffre, qu'il met en perspective avec la crise sanitaire actuelle et le confinement dans lequel une partie des Etats-Unis (et, plus largement, du Monde) a été plongée. Musicalement, ce titre a de quoi laisser circonspect. Si le groupe conserve son groove légendaire, la musique y est plus froide, plus lente, assurément cathartique. Exit les leads, juste des riffs puissants et un Dez qui hurle des paroles assez entêtantes. DevilDriver n'étant pas vraiment un groupe réputé pour les prises de risque et, plus généralement, pour pondre des albums osés, on a hâte d'entendre ce nouvel opus qui pourrait finalement nous faire mentir.

 

Bob Kulick - Hommage 

Florent : Dans l'actualité cette semaine se trouvait également une mauvaise nouvelle : la disparition de Bob Kulick. Et si je me charge de ce bref hommage, ce n'est pas pour rappeler le travail du frère de Bruce au sein de Kiss : la bande à Gene Simmons m'a toujours insupporté au plus haut point. Mais au-delà de son travail de producteur (et de ses quelques participations, donc, à Kiss, un peu dans l'ombre), Bob Kulick est surtout l'homme derrière les lead guitars d'un des albums les plus importants de la carrière de W.A.S.P. : l'incroyable Crimson Idol
Probablement parmi mes albums cultes, The Crimson Idol n'est pas porté que par la voix éraillée et puissante de Blackie Lawless mais aussi par le génie de composition de Kulick, auquel Lawless lui-même rend hommage via les réseaux sociaux : "Un talent extraordinaire s'est tu. J'ai une grande dette et une grande gratitude envers Bob et je ne suis pas sûr qu'il se serait douté d'à quel point son talent serait salué par ses pairs à travers le monde (...) Si vous voulez savoir qui il était, écoutez la musique qu'il a composé. Peu, et je dis bien peu, étaient capables de faire ce que cet homme faisait avec un instrument. J'ai utilisé le mot, je dois le répéter : EXTRAORDINAIRE". 

I don't wanna be, I don't wanna be, I don't wanna be 
The Crimson Idol of a million eyes ...