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Album

01/10/20 - Circé

Enslaved

Utgard

LabelNuclear Blast
styleBlack Metal Progressif
formatAlbum
paysNorvège
sortieoctobre 2020
La note de
Circé
8.5/10


Circé

Sudiste du nord

Après 29 ans de carrière et quinze albums, je ne pense pas avoir besoin de commencer cette chronique en présentant Enslaved. Les norvégiens sortent donc leur quinzième album, oui. Encore un. Lassitude pour certains, il n'en reste pas moins qu'une large partie des amateurs du groupe demeurent tout de même très enthousiastes à l'approche d'une nouvelle sortie. Les dix derniers albums, ce qui regroupe tout de même les deux-tiers de leur discographie, ils ont établi et perfectionné leur fameux mélange de black metal mélodique et de rock progressif 70's, la main plutôt généreuse sur l'un ou l'autre selon les albums mais sans changer fondamentalement la recette. On allait et on revenait, d'un côté ou de l'autre de la frontière metal extrême/rock progressif, sans jamais passer complètement d'un côté comme Opeth a pu le faire, pour utiliser encore une fois la comparaison la plus usée à propos d'Enslaved. Chaque album a eu ses points forts, ses surprises, ses morceaux mémorables, et vers les derniers, on commençait à clairement sentir la tendance prog prendre le dessus avec des morceaux toujours plus longs et lumineux (en témoignent également les pochettes de Riitiir ou E), les growls tortueux résonnant au loin.

Cette partielle inversion de la tendance est l'une des premières choses qui m'a frappé sur Utgard. Enslaved joue sur un registre beaucoup plus varié, sûrement même le plus varié de tous les albums. Certes, on retrouve ces envolées célestes, passages de pure lumière et de paix (« Distant seasons »...), mais on voit aussi le retour en force de riffs bien plus agressifs (« Jettegryta » en exemple parfait), la voix de Grutle se fait percutante, quasi belliqueuse comme elle ne l'avait plus été depuis un bon moment. Au delà de ce duel paix/violence assez binaire, Utgard propose aussi des ambiances plus intringuantes, mystiques, en clair-obscur. « Utjotun » lui, continue l'exploration 70s en partant dans une direction plus Krautrock tout en rappelant les essais de Monumension avec une production plus propre, tandis qu'« Homebound » par exemple prend rapidement la place de morceau phare avec sa douce mélodie bien identifiable.

Le fait qu'il s'agisse d'un concept album y joue sûrement, on peut sentir que l'histoire a poussé, ou au moins aidé Ivar Bjørnson à travailler encore plus les compositions, à varier et éviter les morceaux trop linéaires en mettant l'écriture au service de la narration. Si j'avoue ne m'être penchée que très rapidement sur ledit concept, il est clair qu'un tel exercice leur a été bénéfique. En revanche, pas sûr que faire plus de pistes que d'habitudes mais plus courtes ait été mieux réussi : Utgard donne parfois l'impression d'un album un peu hétérogène, où certains morceaux semblent bien moins marquants que d'autres.

On retrouve bien sûr la patte Enslaved, ce son caractéristique et la recette de composition habituelle. Mais justement, en parlant de composition, celles-ci sont encore plus chiadées que d'habitude et les arrangements travaillés, inventifs. Les claviers ont rarement été aussi bien exploités, que ce soit en accompagnement, en mélodie ou afin de porter les longues boucles progressives. Enslaved s'est clairement fait plaisir sur les expérimentations, comme en témoigne « Utjotun » déjà cité, mais aussi le passage très chaotique de « Sequence » (ou son petit côté « noël » sur la fin que je ne m'explique toujours pas).

Enfin, pour revenir à l'oeuvre d'ensemble du groupe... 15 albums, ça commence à faire. Et si il n'y en a pas un de franchement mauvais, il est par contre facile de tourner en rond, de les trouver quelque peu interchangeables. Utgard semble se dégager de la masse en proposant donc un tout plus varié que jamais, chaque aspect de la musique du groupe plus recherché... Mais aussi un renouveau sur les chants clairs. C'est vraiment ce qui donne à l'album une fraîcheur, un petit quelque chose qui fait que j'y reviendrai peut être à l'avenir plus que sur d'autres opus. Les avoir partagés entre Iver, le nouveau batteur, Håkon, qui avait remplacé Herbrand Larsen au clavier depuis E, et même Grutle permet là aussi une plus grande diversité. Tout en conservant les lignes plus douces et prog du claviériste, Iver apporte une vraie puissance vocale bienvenue, plus accrocheuse, limite « pop » qui en tout cas permet des moments poignants tout comme des contrastes intéréssants avec le reste des parties vocales. Le jeu entre chant clair/growl a toujours été quelque chose que je trouve particulièrement réussi chez Enslaved, et le groupe démontre encore sa maîtrise et sa capacité à surprendre alors qu'on commençait à se dire qu'ils allaient se contenter de garder la même rengaine.

Pari réussi pour Enslaved donc, qui innove un peu plus que d'habitude sans non plus révolutionner complètement leur musique. Les Norvégiens ne semblent pas prêts à faire du 100% prog, ou en tout cas bouger un peu du point d'équilibre sur lequel ils se sont installés... Mais rien ne permet non plus de spéculer sur l'avenir, et la prochaine étape reste le cap des 30 ans de carrière.

Tracklist :

1. Fires in the dark
2. Jettegryta
3. Sequence
4. Homebound
5. Utgardr
6. Utjotun
7. Flight of thought and memory
8. Storms of Utgard
9. Distant Seasons

 

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