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Album

21/05/20 - ZSK

Temnein

Tales: Of Humanity And Greed

LabelAutoproduction / Blood Blast Distribution
styleDeath Metal mélodique
formatAlbum
paysFrance
sortiemai 2020
La note de
ZSK
8/10


ZSK

"On est tous le boomer de quelqu'un d'autre."

C’est en train de se confirmer, en France il y a vraiment une petite niche pour faire du bon Mélodeath old-school, rétro ou nineties. Il y a quelques formations Mélodeath de grande qualité, j’en veux encore pour preuve Fractal Gates cité dans notre top décennal grâce à son magnifique Beyond The Self (2013). Mais Fractal Gates n’est pas le groupe le plus « old-school » du lot, même s’il distille lui aussi de nombreuses influences des 90’s. Sinon, nous avons des groupes comme Fallen Joy (dont un second album est très attendu…), Innermoon ou, plus récemment, Aesmah et son excellent second album qu’est Walking Off The Horizon. Et un groupe va s’ajouter à cette liste qui s’allonge doucement mais sûrement. Certes, Temnein n’est pas né de la dernière pluie, lui qui existe maintenant depuis 11 ans. Mais au départ, il officiait plutôt dans des eaux progressives. Son premier album, 404 B.C. (2014), lui avait déjà permis d’affiner sa personnalité autour d’un Death Metal progressif et technique mais tout de même assez mélodique, sans pour autant faire du « Mélodeath » en tant que tel. Cependant, au fil des sorties, le groupe lorrain semble se recentrer autour d’un son bien plus ancré Mélodeath, avec toujours quelques aspérités progressives, mais qui essaye de se fixer sur certains fondamentaux. White Stained Inferno (2017) s’inscrivait dans cette optique, avec beaucoup de caractéristiques propres au Mélodeath 90’s mais toujours avec quelques touches personnelles. Trois ans plus tard, et alors qu’un peu d’eau a coulé sous les ponts surplombant la Moselle et ses affluents - le guitariste James Camozzi ayant laissé sa place à Morgan Rappe ; et le groupe est reparti dans l’autoproduction après un passage chez Massacre Records, s’assurant juste une distribution digitale par Blood Blast - Temnein semble donc être en passe d’entériner l’évolution qu’on avait clairement perçue avec White Stained Inferno. La formation s’assume maintenant comme pratiquant du Mélodeath « traditionnel », avec des morceaux plus courts et moins progressifs. Avec bien sûr des influences qui se situent dans les racines du genre, Temnein va donc définitivement entrer dans la cour des groupes qui nous abreuvent d’un Mélodeath résolument 90’s, avec son troisième album prometteur qu’est Tales: Of Humanity And Greed.

Sur la forme, peu de choses changent par rapport à White Stained Inferno de prime abord, entre le chant bien rocailleux de Jocelyn et la production toute en finesse et puissance de El Mooooooboooooo. Mais, et pour présenter les choses simplement, Tales: Of Humanity And Greed sera un album très mélodique, bien plus que les deux disques précédents. Il se dégage maintenant de ce Mélodeath souvent voire totalement mid-tempo - il n’y a plus vraiment ici d’agressions à la "Ataxia" - une certaine mélancolie, là aussi encore plus que sur l’opus précédent. On ressent de nouveau un petit ou même parfois un gros côté Insomnium, notablement appuyé par des claviers, de même qu’un aspect toujours « chaleureux » à la Amon Amarth (dans une hypothétique version mid-90’s et bien sûr sans les drakkars en plastique) dans certaines rythmiques mélodiques, avec toujours ces influences At The Gates et Dark Tranquillity évidentes, dans une version old-school de leurs deux derniers albums pour les premiers, et plutôt un retour à la période The Mind’s I pour les seconds (ce qui est d’ailleurs assez frappant à certains moments). On s’attend donc à avoir la blinde de mélodies couplée à un Metal extrême 90’s, et on va vite être servis. Après l’intro "The Storyteller", introduisant déjà tout en jolies mélodies un album aux thèmes variés (entre contes… et pop-culture), "The Blind and the Greedy" pose déjà ce qu’on va trouver sur Tales: Of Humanity And Greed. Des riffs quasi-constamment mélodiques, des leads qui s’échappent à tout moment, un chant extrême plutôt prenant, une ambiance mélancolique et surtout des compos facilement accrocheuses qui baignent dans un esprit Mélodeath 90’s toujours gracieux et efficace. Les musiciens sont inspirés, l’enrobage de fond et de forme est bien réglé (jusqu'à la belle pochette) et on va vite se délecter des 52 minutes de Tales: Of Humanity And Greed, qui révèlent leur richesse écoutes après écoutes et passée cette adaptation au fait que Temnein n’est plus vraiment un groupe « prog ».

On va donc bien vite partir à la chasse de moments forts, à défaut de trouver un hit absolu au sein de cet album plutôt linéaire mais du coup homogène et constant en qualité, même si "I Am Davy Jones", "A Few Drops of Blood" ou encore "Yuki Onna" se défendent bien en tant que tubes potentiels pour du Temnein. On s’accroche donc bien vite sur l’inspiration du groupe, avec à la clé d’excellents rythmiques et riffs mélodiques, dès "The Knotted Bag" mais surtout pour "Dirge for Termina" par exemple, autre tube potentiel. A part peut-être le plus convenu "Rise of the Sontarans", rien ne dénote tout au long de Tales: Of Humanity And Greed, et l’on commence bien vite à trouver quelques passages formidables, qui se matérialisent notamment par de splendides leads mélodiques dans la plus pure tradition du genre ("The Knotted Bag", "I Am Davy Jones", "A Few Drops of Blood", "Yuki Onna"… pour ne citer qu’eux). Bien qu’ancré dans des racines extrêmes, ce troisième album de Temnein ne s’excite jamais plus que de raison, est particulièrement aéré et laisse donc les mélodies s’exprimer, dans une atmosphère assez lumineuse mais qui ne part jamais dans du cotonneux. On se laisse donc emporter par la mélancolie omniprésente, à défaut de vraiment chercher des aspérités même si Temnein rend subtilement hommage à ses influences variées (de Dark Tranquillity notamment pour un morceau comme "City of Gold" à In Mourning ou Opeth par moments), s’autorise des aérations plus marquantes (le départ acoustique de "I Am Davy Jones", le beau final épique de "Dirge for Termina", l’intervention d’une chanteuse à voix criarde sur "Yuki Onna") ; et surtout laisse toujours entrevoir ses racines progressives qui seront ici vraiment matérialisées par le final-fleuve qu’est "Scums of Hamelin", une pièce de 10 minutes hyper inspirée et complète et qui balance une dernière fois de fantastiques mélodies. Rien de révolutionnaire au final, pour un Tales: Of Humanity And Greed qui ne dépasse pas son prédécesseur dans l’absolu, mais les équilibrages ont changé, la direction musicale s’affine, et Temnein s’assume avec brio dans la cour des groupes 100% orientés Mélodeath 90’s. Et avec la qualité de composition du groupe, sa volonté de forger un univers et une atmosphère particulière tout en respectant à la lettre les traditions, Tales: Of Humanity And Greed est un très beau manifeste de Mélodeath « old-school » qui fonctionne à merveille. A ranger, pour l’année 2020, aux côtés de Walking Off The Horizon de Aesmah (et en attendant Fallen Joy ?) ; et Temnein de se poser définitivement dans ce délicieux microcosme de Mélodeath traditionnel français, qui est toujours si plaisant pour tout amateur de mélodies mariées à du Metal extrême à l’ancienne.

 

Tracklist de Tales: Of Humanity And Greed :

1. The Storyteller (1:58)
2. The Blind and the Greedy (4:57)
3. The Knotted Bag (5:28)
4. I Am Davy Jones (5:38)
5. Rise of the Sontarans (3:52)
6. A Few Drops of Blood (5:49)
7. City of Gold (4:04)
8. Dirge for Termina (5:34)
9. Yuki Onna (4:37)
10. Scums of Hamelin (10:07)

 

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