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Album

13/12/19 - ZSK

Vessel Of Iniquity

Star Of The Morning

LabelAutoproduction
styleMetal extrême des Enfers
formatAlbum
paysAngleterre
sortienovembre 2019
La note de
ZSK
8.5/10


ZSK

"On est tous le boomer de quelqu'un d'autre."

2019 touchant bientôt à sa fin, il est temps de boucler une boucle. Qui avait d’ailleurs commencé il y a presque un an pile, avec la publication du premier extrait de Void Of Infinite Horror, ce qui allait être le premier « album » de Vessel Of Iniquity sorti en janvier dernier. Une mise en bouche du premier méfait marquant du one-man band anglais, qui allait frapper fort dans le petit monde du Metal le plus extrême, apocalyptique et terrifiant. Déflagration sonore se glissant dans le sillage de Portal, Ævangelist ou Teitanblood, Void Of Infinite Horror, qui suivait l’EP éponyme sorti en 2016, a fait sensation dans le Metal le plus infernal et violent, balayant d’un revers de la main pas mal de formations qui ont essayé maintes fois de pondre le Metal extrême le plus bruitiste et repoussant possible. Des entrailles des enfers, a débarqué Vessel Of Iniquity et il ne demande maintenant qu’à poursuivre son sinistre dessein, sa conquête absolue des âmes. En cela, Vessel Of Iniquity avait pu frustrer de prime abord, son premier manifeste « longue-durée » qu’a été Void Of Infinite Horror n’était en réalité qu’un « mini-album » de 24 minutes, laissant un goût d’inachevé malgré des monstruosités comme "Invocation of the Heart Girt With A Serpent" ou "Mother of Abomination". Après une courte attente, on en attendait déjà plus, le projet de S.P. White devant confirmer son incroyable potentiel. Et l’on a finalement pas du attendre bien longtemps avant que le portail vers les enfers se rouvre. Avec tout d’abord, la sortie de quelques inédits en avril sous la forme de l’EP Conjuration Of The Fire God ainsi qu’une compilation sans nom, présentant essentiellement des morceaux de l’ancien projet de White, Thoraxembalmer, repassés sous la moulinette du style Vessel Of Iniquity. Thoraxembalmer en profitera même pour sortir un EP inédit avec des compositions remontant à 2003. Vessel Of Iniquity, lui, préparera dans l’ombre son retour sur Terre, entre deux posts laconiques sur facebook du style « je vais peut-être faire en sorte que les guitares sonnent de nouveau comme des guitares »… Et surprise, le 2 novembre précisément, Vessel Of Iniquity annoncera sans crier gare, la parution immédiate d’un nouvel album, Star Of The Morning. Sans label derrière (Void Of Infinite Horror étant paru par le biais de Sentient Ruin Laboratories et Xenoglossy Productions), une simple sortie digitale sur Bandcamp comme tant d’autres, mais peu importe le format et tant pis pour l’aura : la Bête est revenue.

Et 10 mois après la demi-portion d’apocalypse qu’était Void Of Infinite Horror, Vessel Of Iniquity a vu les choses en grand, et va en quelque sorte livrer son premier, véritable, « album », sans prétention et en se suffisant à lui-même, pour ses fans qui ne se comptent hélas pas en masse sur les réseaux sociaux. Void Of Infinite Horror avait montré que, peut-être, le style si violent et bruitiste de Vessel Of Iniquity n’était probablement pas fait pour être exécuté sur de longs morceaux et des albums à rallonge, de peur de devenir indigeste, lassant ou vraiment trop inécoutable. Star Of The Morning va tenter de démonter cette théorie vu que cette fois-ci, ce n’est pas 24 minutes de musique des enfers que nous allons devoir nous farcir, c’est 47, près du double donc. Ceci pour un seul morceau supplémentaire sur la tracklist et avec pas moins de… 4 pistes approchant ou dépassant les 7 minutes, même allègrement pour le final "Descende" qui va tutoyer le quart d’heure. Vessel Of Iniquity va donc opter pour un moyen d’expression un tantinet différent. Et pourtant, le style ne va pas changer. Le projet britannique évolue toujours dans ce Black/Death (S.P. White rejetant l’étiquette de « War Metal ») ultra massif, avec des assauts salvateurs et cette tension apocalyptique permanente, portée par des sonorités de « guitares » et de « batterie » totalement inhumaines qui ne ressemblent à rien d’autre qu’un bruit provenant des abysses des enfers, avec des râles déchirants que l’on distingue tant bien que mal par au-dessus. La rencontre entre Impetuous Ritual et le Ævangelist de Omen Ex Simulacra, qui a vu le visage du Malin et a sombré dans la folie. Et si Void Of Infinite Horror bénéficiait d’une puissance bruitiste presque jusqu’au-boutiste à tel point qu’on entendait carrément pas la même chose selon les conditions d’écoute (entre déluge de cymbales et mélasse informe de « guitares »), Star Of The Morning va lui opter pour un son un chouïa plus rêche, plus abrasif, plus « raw » en un sens mais rien n’agresse les tympans avec trop de saturation, moins qu’un Tetragrammacide en tout cas (bien moins d’ailleurs). C’est qu’on distinguerait presque des vraies guitares, comme le désirait White, mais attention, c’est encore une fois à des instruments maudits par l’Enfer auxquels nous allons avoir affaire. Difficile de dire si la production de Void Of Infinite Horror était « meilleure », en tout cas elle est ici un peu différente, moins « Death » par endroits (jusqu’au « chant »), mais toujours au service d’une seule chose : l’apocalypse musicale absolue, l’expérience presque ultime du soundtrack des enfers.

Star Of The Morning va donc relever le défi d’un album véritablement « longue-durée », ce qui est un exercice ardu avec une musique aussi agressive et sans compromis. Et pourtant, Vessel Of Iniquity va réussir son entreprise. Car la structuration de Star Of The Morning est pertinente, logique finalement, pour apporter un soupçon d’accessibilité, pas trop rassurez-vous mais il faut bien caresser un peu l’auditeur dans le sens du poil pour l’attirer vers les dimensions maléfiques. C’est ainsi que, contrairement à Void Of Infinite Horror qui démarrait direct par de la Violence, Star Of The Morning s’ouvre avec une véritable « intro », "Maledictum", où l’on oscille entre un Black-Metal dronesque au tempo soutenu et du Dark Ambient noisy, rappelant aussi les moments plus ambiants de Void Of Infinite Horror. Une parfaite plongée dans l’ambiance si particulière et si noire du projet, avec déjà des cris pour nous accueillir en Enfer et y suggérer toute la souffrance inhérente, et une batterie presque tribale qui nous laisse imaginer des rituels ténébreux. Vessel Of Iniquity montre tout de même qu’il a de l’ambition et travaille son art, plutôt que de céder au bourrinage bête et méchant, même si ça reste son essence. Une essence que l’on retrouve de toute façon dès les premières secondes de "Deo Non Estis", lançant vraiment Star Of The Morning dans le style Vessel Of Iniquity, avec des compos archi sombres et lourdes dans la lignée de Void Of Infinite Horror mais avec un son tout de même plus malléable. Mais pas trop car bien évidemment, c’est le plus pur Enfer qui nous attend, avec ces cris de damnés et ces « guitares » chaudes comme des effluves de lave en fusion. Sans être trop violent, c’est-à-dire sans encore blaster à tout va même si de légers accès se font déjà remarquer, Vessel Of Iniquity instaure à nouveau sa terreur sonore, et la prolonge de manière lancinante sur plus de 7 minutes avec même des variations d’ambiance en bout de course, ce qui était impensable sur l’opus précédent. Et pourtant, ça marche, donnant encore plus de regret vis-à-vis du potentiel immédiat dépeint sur Void Of Infinite Horror en l’état, regrets qui vont être ici comblés. Avec la dose d’agression nécessaire vu que "Stella Matutinam" revient aux « fondamentaux » : mur de guitares étouffant, batterie atomique, ambiance de fin du monde avec envahissement de la surface de la Terre par les forces des enfers, engloutissant les damnés qui hurlent à la mort, et ainsi de suite. Et "Deserta", le morceau le plus court de Star Of The Morning, assène déjà le coup de grâce, au firmament de l’inhumanité du projet. Pourtant, c’est loin d’être terminé. Argh !

Car si la violence metallique absolue fonctionne sur un morceau de 4 minutes, peut-elle encore fonctionner sur un morceau de neuf unités ? Oui ! C’est ainsi que "Claves Inferni", qui démarre pourtant avec un peu de lumière (j’ai bien dit un peu), joue la carte de l’ultraviolence tout du long. Alors oui, c’est peut-être trop, mais Vessel Of Iniquity semble avoir trouvé comment entraîner l’auditoire dans sa maléfique entreprise, et on se laisse envoûter et emporter par cette déferlante infernale qui semble sans fin et sans limites. Des variations sont certes présentes, avec une batterie qui se « calme » de temps à autres et deux dernières minutes plus noisy, on ne se lasse donc pas mais il faut quand même encaisser cette violence, parfois presque insoutenable même si on ne vire jamais dans le gros bordel. Certains ont essayé, Vessel Of Iniquity est en passe de réussir. Et ne s’arrête pas là car Star Of The Morning va s’offrir un final en beauté avec les 15 minutes de "Descende". On voit le truc venir, un final 100% ambiant histoire de terminer l’album sur une note résolument apocalyptique ? Que nenni ! De l’ambiant, il y en a oui, mais seulement pendant les 3 premières minutes. Ensuite, après une transition ritualistique de 2 minutes, c’est à nouveau de la VIOLENCE et qui va même encore plus loin que celle de "Deserta" et "Claves Inferni", une conclusion absolument extrême, implacable, infernale et j’en passe, et ce donc pendant une dizaine de minutes sans baisser le pied, pire encore l’intensité augmente au fil des « compositions » d’une inhumanité jusqu’au-boutiste. Vessel Of Iniquity est en train de devenir un des projets qui va le plus loin en termes de violence metallique tendance Enfer et Apocalypse, sans déstructurer au max sa musique, sans faire de bordel inécoutable, sans faire un truc ultra-bruitiste, juste en poussant au bout des choses simples avec ses propres choix sonores. Void Of Infinite Horror n’était bien qu’un galop d’essai, qu’un « mini-album » pour ne pas faire trop peur et rester sur un label, le vrai Vessel Of Iniquity, il est là et il fait très, très mal. Il aura fallu attendre 10 mois et cet album surprise pour que Vessel Of Iniquity confirme le potentiel fou que l’on avait pu déceler en lui après la parution des premiers extraits de Void Of Infinite Horror, et le résultat est sensationnel. Certes, c’est tellement apocalyptique que beaucoup trouveront que ce n’est que du « bruit », et Vessel Of Iniquity est maintenant un projet clairement underground destiné à un cercle d’initiés, prêts à affronter cet Enfer sonore absolu. Mais le jeu en vaut la chandelle et Star Of The Morning confirme l’incroyable potentiel du projet de S.P. White, amenant un souffle frais dans la scène du Metal extrême le plus infernal et repoussant, traçant sa route en marge de Portal et consorts et avec de la réussite. Violent et implacable mais suffisamment varié pour ne pas lasser, Star Of The Morning confirme que Vessel Of Iniquity peut faire du format long et y distiller savamment son apocalypse et sa vision des enfers. Et ça ne fait que commencer, le projet se montrant déjà prolifique en sortant ensuite deux EPs, Imitator Of Miracles et Isolation, coup sur coup à la mi-novembre. Le portail vers la dimension des enfers est ouvert et il ne se refermera pas aussi facilement… fuyez, pauvres fous !

 

Tracklist de Star Of The Morning :

1. Maledictum (5:00)
2. Deo Non Estis (7:35)
3. Stella Matutinam (6:54)
4. Deserta (3:28)
5. Claves Inferni (9:00)
6. Descende (14:52)

 

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