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Album

29/01/19 - ZSK

Vessel Of Iniquity

Void Of Infinite Horror

LabelXenoglossy Productions / Sentient Ruin Laboratories
styleBlack/Death Metal infernal
formatAlbum
paysAngleterre
sortiejanvier 2019
La note de
ZSK
8/10


ZSK

"On est tous le boomer de quelqu'un d'autre."

Au fil de son existence, et même depuis qu’il existe d’une certaine manière, le Metal extrême est un genre qui s’est échiné à repousser les limites. Vous allez me dire, c’est la définition même du mot « extrême » après tout. Mais avec le temps, certains ont voulu aller toujours plus loin dans l’explosion des codes musicaux. Le Black et le Death Metal en particulier, et forcément. Il n’a d’ailleurs pas fallu beaucoup de temps pour qu’apparaisse la forme la plus inhumaine et la plus violente du Black/Death, le War Metal, avec notamment Blasphemy qui est apparu dès 1990 avec Fallen Angel Of Doom, suivi dix ans plus tard de son plus célèbre disciple qu’est Revenge, encore bien actif aujourd’hui. Mais bon, le War-Metal est généralement un style assez refermé sur lui-même et n’a pas généré d’énorme ébullition autre que chez les mordus du style. D’autres formations ont donc fini par explorer une autre voie, préférant l’ambiance à la plus pure violence metallique pour mettre en forme leurs abominations sonores. Sont donc apparus au cœur des années 2000 des groupes intrigants comme Portal et Impetuous Ritual, baignant un Metal très extrême dans une technique déstructurée allant presque à l’opposé du côté très primitif et anti-musical du War-Metal, et introduisant une autre forme d’apocalypse plus musicale, mettant en forme une atmosphère de chaos permanente. Le courant du Metal « Chaos » était vraiment né, enfantant dans son sillage les Grave Upheaval ou autre Mitochondrion qui - surprise - a des liens avec la scène War-Metal canadienne. D’autres atrocités sont apparues au fur et à mesure, comme encore Ævangelist ou pour l’Europe Teitanblood, lui aussi ayant quelques liens musicaux avec le War-Metal. On ne va pas énumérer tous ces groupes particulièrement chaotiques et apocalyptiques dans leur manière de distiller un Metal extrême très noir et terrifiant, abstrait et brutal, surtout que chacun aura ses favoris. Toujours est-il que de nombreux mini-courants sont apparus dans le Black/Death et c’est parfois la course à celui qui fera le plus peur, qui mettra le mieux en musique une certaine représentation des enfers.

Pour ma part, si les Mitochondrion et Ævangelist ont pu me retourner le cerveau en leurs temps, depuis un petit moment tout ce qui sort en étant estampillé « chaos » ne me convainc guère, à l’image de la carrière d’Ævangelist passé Omen Ex Simulacra d’ailleurs, album qui fait encore figure de référence en Metal chaotique dans ma discothèque. A force de baigner dans les pires horreurs du Metal extrême, tout ceci n’est plus vraiment effrayant, peut-être à cause d’une certaine forme de désensibilisation latente. Cloner Portal, c’est devenu un peu facile et il faudrait vraiment quelque chose de neuf pour rouvrir le portail vers les dimensions maléfiques. Et donc, peut-être que le miracle va se produire à force de rituels occultes proposés par des musiciens dérangés. C’est en 2015 qu’apparaît donc Vessel Of Iniquity, one-man band anglais du mystérieux S.P. White qui officie ou officiait dans des projets déjà ténébreux comme Thoraxembalmer ou le prolifique Uncertainty Principle (qui évolue dans une sorte de Funeral Doom drony et noisy), ainsi que dans The Nulll Collective avec notamment Stijn Van Cauter de Until Death Overtakes Me, maître du Funeral Doom ultra lourd et primitif. Un EP 3 titres éponyme débarquera en 2016 et là, la révolution est en marche. Voilà un genre de groupe jusqu’au-boutiste qui propose un Black/Death hyper méchant et totalement apocalyptique, noisy à sa manière, terriblement violent et de ce fait, extrêmement chaotique. Comme si un portail s’ouvrait et vous dégueulait illico de la matière noire à la tronche, ne vous laissant d’autre choix que de pousser des cris stridents de panique. Quelque chose de violemment extrême qui n’est pas sans rappeler certains travaux des Indiens de Tetragrammacide, même si pour le coup ce groupe évolue dans du War-Metal à 100%. Le pont entre le Metal sombre et chaotique d’Impetuous Ritual et Grave Upheaval et le War-Metal de Tetragrammacide et Teitanblood, c’est ce que semble nous proposer Vessel Of Iniquity, et c’est déjà une performance. Nous sommes donc au début de l’année 2019 et Vessel Of Iniquity nous balance son premier album, Void Of Infinite Horror, et l’impatience grandit pour savoir si nous avons affaire, enfin, à un véritable renouveau dans le Metal le plus chaotique.

Et le moins qu’on puisse dire c’est que Vessel Of Iniquity ne fait pas dans la dentelle. "Invocation of the Heart Girt With A Serpent" ouvre les hostilités et directement, montre un projet qui ne fera preuve d’aucune concession ni de la moindre pitié. Pas d’intro, pas de mise en bouche ambiante, rien du tout, c’est direct un gros blast dans ta gueule. Extrême, violent, brutal, le départ de Void Of Infinite Horror est totalement dévastateur. Tellement qu’il est même difficile de comprendre à quoi on a affaire. Si l’EP éponyme bénéficiait d’une production très bruitiste et abrasive, ici le son est nettement plus lourd et bouillonnant. Il faut s’adapter aux bruits que fait la Bête et autant dire que c’est presque même le gros bordel, selon les conditions d’écoute - et sachant que Void Of Infinite Horror ne sortira qu’aux formats vinyle et cassette - on entend guère qu’un mur informe de guitares ou un gros matraquage de cymbales. Un chaos sonore rarement atteint, mais pourtant l’enchevêtrement de l’ensemble est finalement assez parfait pour le genre, car une nouvelle fois c’est une vraie ambiance d’Enfer sur Terre qui nous est proposée, qui n’est pas sans rappeler les débuts d’Ævangelist. Et alors qu’un chant criard se faisait entendre sur Vessel Of Iniquity, ici on ne distingue que quelques râles tout au fond, renforçant encore cet atmosphère de fin du monde. Un assaut totalement jouissif qui nous plonge dans un délicieux chaos que l’on avait pas dégusté de cette manière depuis un moment. Terrassant, implacable, monumental, Vessel Of Iniquity dynamite les codes du Metal chaotique et les repousse à son extremum, ne s’aérant qu’en toute fin de morceau avec des trémolos laissant fumer toute la chaleur de l’ensemble. Une violence devenue plutôt rare dans le milieu, qui arrive malgré tout à poser une ambiance. Et d’ailleurs Vessel Of Iniquity va déjà re-surprendre, car Void Of Infinite Horror ne va pas non plus égrener infiniment de la brutalité metallique, mais bien proposer une revue complète de ce qui se fait en matière de Metal chaotique.

"Babalon" poursuit alors Void Of Infinite Horror avec… de la lourdeur et du tempo plus soutenu. Vessel Of Iniquity laisse alors ses ambiances s’exprimer, avec notamment une tonne de vocaux bizarroïdes et apocalyptiques en fond, comme un chœur de damnés brûlant au centre des enfers sous les acclamations des démons et autres diablotins, tandis que les riffs se font globalement plus traînants même si les blasts reviendront vite dans la partie histoire d’achever les derniers survivants. Et Vessel Of Iniquity de déjà démontrer qu’il a une certaine palette et sait poser un équilibre dans son chaos. "Void of Infinite Sorrow" va alors voir le projet basculer dans la plus absolue lourdeur, avec des riffs plus distinguables et plus occultes, histoire de totalement mettre en avant l’atmosphère résolument apocalyptique et infernale de Void Of Infinite Horror. Une atmosphère vraiment très noire, et particulièrement flippante, nous laissant imaginer à quoi peuvent ressembler les enfers. Et si Vessel Of Iniquity nous fait visiter ces profondeurs abstraites, il va vite reprendre du poil de la bête pour revenir aux « fondamentaux » avec le bien nommé "Mother of Abomination". Si "Invocation of the Heart Girt With A Serpent" ne vous avait pas suffi, eh bien voilà, c’est déjà le retour de l’extrême violence blastante sur fond d’ambiance de désolation. Une nouvelle déferlante absolument monstrueuse de Black/Death brutal sans compromis, juste encore aéré par un break central très noisy, mais sinon c’est du pur chaos d’une rare intensité qui nous est envoyé dans les oreilles, ne nous laissant aucun espoir de réchapper à la faim de chair des démons. On est détruits de l’intérieur mais on en redemande encore. Mais ça ne sera pas pour tout de suite vu que Vessel Of Iniquity continue d’explorer cette dimension maléfique avec le bien nommé (encore) "Once More Into the Abyss" 100% ambiant et noisy, mystique et inquiétant, et toujours totalement chaotique et apocalyptique.

Et puis… ben c’est tout vu que Void Of Infinite Horror s’arrête avec ces 5 compositions, pour une durée totale de… 24 minutes ! Bon ok, ça fait presque deux albums de Nails, mais quand même. Les deux labels du projet présentent ça comme un « mini-album », mais on attendait un « full-length » à la base, même si avec une tracklist à 5 morceaux, il aurait été étonnant que Vessel Of Iniquity parte dans de longs morceaux alors que ceux du premier EP ne s’allongeaient pas plus que de raison. C’est qu’on aurait repris encore et encore des assauts infernaux à la "Invocation of the Heart Girt With A Serpent" et "Mother of Abomination", on se demande même si on aurait pas déjà eu affaire à un album assez ultime avec 5 compositions dans la même veine, où pour le coup la durée totale aurait pu être parfaite (plus d’une demi-heure de pareille violence, c’eût été trop probablement). Vessel Of Iniquity a choisi d’autres voies histoire d’explorer tous les recoins du monde chaotique qu’il a imaginé, et Void Of Infinite Horror est malgré tout un album réussi et cohérent, complet à sa manière. Mais alors que l’attente était très grande avec le premier EP et les premiers extraits dévoilés, cet « album » est légèrement frustrant et laisse un goût d’inachevé, Vessel Of Iniquity semble déjà capable de faire un peu plus de matière. Il va donc falloir que l’essai soit réellement transformé, Void Of Infinite Horror sonnant presque comme un avant-goût de luxe, peut-être que S.P. White voulait rester à l’essentiel, sur ce qu’il a pu produire sur le moment, plutôt que de s’éparpiller ou de prendre le risque de trop en faire, de lasser trop vite avec ce style jusqu’au-boutiste et éprouvant même pour le musicien. Mais ce qu’on va retenir, c’est que la confirmation est bien là, Vessel Of Iniquity est bel et bien le newcomer que l’on attendait tant pour réinventer un peu le Metal extrême chaotique et le bousculer un tantinet. Un terrible potentiel est en train de naître ici, il est même déjà né vu ce qu’il est déjà capable de faire en termes de pure brutalité Black/Death et d’ambiances apocalyptiques assez succulentes, ramenant déjà au court âge d’or du genre, à l’époque où il faisait vraiment peur. Vessel Of Iniquity est un nom à pointer du doigt, c’est lui qui a rouvert les portes de la dimension des Enfers avec ce premier « album », et j’ai envie de croire que l’apocalypse sonore qu’il nous promet ne fait que commencer.

 

Tracklist de Void Of Infinite Horror :

1. Invocation of the Heart Girt With A Serpent (3:50)
2. Babalon (4:26)
3. Void of Infinite Sorrow (4:59)
4. Mother of Abomination (4:55)
5. Once More Into the Abyss (6:07)

 

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