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ALV #1 : 10 "breaks dévastateurs"

mercredi 6 mars 2019 - Sleap
Sleap

Benjamin. Live reporter et chroniqueur occasionnel dans divers genres (principalement extrême).

Apprécie La Violence #1

10 « breaks dévastateurs »

Bienvenue dans ce nouveau cycle d’articles que je vais tenter de vous proposer plus ou moins régulièrement durant cette année 2019. Je l’ai sobrement intitulé « Apprécie La Violence » en hommage au meilleur groupe d’Extrême que la France ait enfanté, puisque, oui, nous allons parler de Metal extrême. Dans ce premier article, nous nous intéresserons aux plus violentes incursions de la musique Punk dans le Metal extrême, à savoir les « breaks » !

Nombre de mes amis – ainsi que certains afficionados du webzine – connaissent la gênante expression qui constitue le titre de cet article. Il s’agit d’une des nombreuses formulations bidons du chroniqueur débutant lambda : « une assise rythmique en béton armé », « une voix d’outre-tombe », « un riffing acéré », « des breaks dévastateurs », et j’en passe… Compilez tout ça et vous obtenez l’archétype parfait de la chronique Metal chiante et sans intérêt. Cependant, même si elle veut à la fois tout dire et rien dire, cette expression sied tout de même à de brefs passages issus de certains morceaux. Le Punk a toujours entretenu de sérieuses relations avec le Metal, et il est même l’un des éléments essentiels dans la création de plusieurs branches du genre. Mais s’il y a bien des moments où il se fait plus que présent dans les compositions Metal, c’est bien lors de ces fameux breaks.

Pour en faire une description sommaire, il s’agit du (ou des) moment(s) où plusieurs musiciens se mettent à jouer une boucle simple en même temps pendant quelques secondes plus ou moins longues. Certains s’arrêtent même carrément de jouer lors de cette sorte de pause, et le chant y est souvent absent – à l’exception parfois d’un chorus ou de quelques lignes répétées. Le dosage est ici très important. En effet, un break qui s’étire trop sur la durée peut s’avérer inefficace, de même qu’un break trop dépouillé peut vite devenir chiant (*clin d’œil* les groupes de deathcore). Ces passages peuvent prendre plusieurs formes – sautillants, en suspens, groovies, pesants voire ultra lourds (dans le bon ou le mauvais sens du terme) –, mais ils n’interviennent que très brièvement dans la structure d’une compo. Et c’est justement leur caractère éphémère et surtout leur placement judicieux qui permet de relancer de plus belle le morceau – du moins lorsque c’est bien fait.

Mais au-delà de leur simple fonction de pause, certains breaks peuvent parfois devenir le point d’orgue d’un morceau, voire d’un album tout entier. Que ce soient les notes jouées ou l’accentuation de la rythmique, il y a des breaks qui dégagent une telle puissance qu’ils nous font tout simplement péter les plombs. Se frapper la tête sur les murs, tout casser dans un rayon de 100 mètres ou, dans le meilleur des cas, exploser la gueule des autres personnes dans le pit… Chacun possède sa propre manière de gérer la chose, mais la sensation est là. Brève mais intense.

Voici donc un assortiment de quelques-uns des nombreux breaks mémorables de l’histoire du Metal extrême. Sans les classer dans un « top » ou une hiérarchie particulière, j’en listerai simplement une dizaine qui, selon moi, constituent des moments marquants de leurs albums respectifs. Je tenterai dans cet article de brasser un maximum de registres différents et d’inclure à la fois des titres « cultes » ou évidents, et d’autres qui le sont beaucoup moins. Faites de la place dans votre chambre, cachez les objets fragiles et montez le son…

Slayer Angel of Death (Reign in Blood)

1:38 – 2:06

Désolé, je suis bien obligé de commencer par un groupe, un album et surtout un titre qui n’ont nul besoin d’introduction. En revanche, le break de ce morceau constitue la parfaite introduction pour un article comme celui-ci. Nous sommes en octobre 1986 et Slayer est ici au sommet de sa carrière. En termes de Thrash Metal dans cette seconde moitié des eighties, ce sont les dieux. Intouchables. Inatteignables. Insurpassables. Même moi qui préfère Hell Awaits ou même Show no Mercy, je suis forcé de reconnaitre que Reign in Blood est vraiment LA définition absolue du Thrash. Le pinacle du genre. Et ce morceau d’ouverture de l’album, qui vaudra à Slayer de nombreuses controverses à l’époque, n’est pas le tube du groupe pour rien.

Mais ce qui fait toute la saveur du break central d’Angel of Death c’est à la fois, 1, son placement, et 2, son développement. Premièrement, il intervient directement après le premier vrai refrain du morceau. Le scream possédé d’Araya suivi du monstrueux fla résonnant de Dave Lombardo sonnent la conclusion de la première partie du morceau. On clôt véritablement un chapitre. Et c’est donc tout naturellement qu’arrive la pause, l’entre-deux, le break. Et quel break, mes aïeux, quel break ! Il s’organise en deux parties bien distinctes. Une première annonce constituée de la seule guitare d’un Jeff Hanneman à son apogée. Puis, cette vicieuse boucle tout en soubresauts est rapidement rejointe par le reste des instruments. Roulement comme seul Lombardo sait les faire, son de ride cristallin, deuxième couche de guitare du King pour le relief, le tout dans une rythmique midtempo propice au « pied -> bouche » le plus violent. Ainsi, l’accélération du couplet qui suit semble arriver comme une évidence. Tout y est. Je n’épilogue pas, nous avons ici LE break de Thrash parfait.

Indice de 11/10 sur l’échelle du pied-bouche : danger de mort !

 

Darkthrone Leave No Cross Unturned (Underground Resistance)

3:53 – 5:24

S’il y a bien une personne qui est en partie responsable de tout un pan de la vague Revival de la dernière décennie, c’est bien Fenriz. Avec son confrère Nocturno Culto, cela faisait déjà une bonne quinzaine d’années qu’il avait choisi de faire régresser son Black Metal seconde vague vers quelque chose de plus « roots ». Ainsi, après l’ère Punk des années 2000, Darkthrone revient en 2013 avec The Underground Resistance qui va mettre absolument tout le monde d’accord. Restant dans cette lancée Punk amorcée depuis un moment, l’infatigable duo choisit également avec cet album de renouer avec les racines Heavy Metal du genre. Et ce petit bijou de Metal Punk se conclut par l’un des plus beaux hommages qui soit à la grande époque. Selon moi, durant les 6 dernières années, aucune autre sortie d’un groupe culte n’est arrivée à la cheville de celle-ci en termes de « retour aux sources ». Et au sein de cet album, les 13 minutes du Leave No Cross Unturned final feront date. C’est déjà pour moi l’un des meilleurs titres de toute la carrière de Darkthrone. Tout y est. Du Mercyful Fate, du Venom, du Celtic Frost, et j’en passe. Pas de doute, Darkthrone est bien revenu à la première vague Black Metal. Et quel retour fracassant ! Mais ce qui fracasse le plus dans ce titre déjà anthologique, je vous le donne en mille… Oui, c’est bien le break central.

Ce qui rend avant tout l’auditeur zinzin à l’arrivée de ce break, c’est le fait qu’il soit judicieusement placé entre les deux parties Celtic Frostiennes du morceau. Le riff tout en descente – introduit par un inévitable « UGH ! » – tourne en boucle avant de laisser place à ce pont à 3:53. Celui-ci commence, comme très souvent, à une seule guitare propice au side-to-side le plus explosif. La tension monte petit à petit jusqu’à son paroxysme à 4:23 (où il aurait fallu un second « UGH ! » pour que ce soit parfait, mais bon je chipote). Et la minute qui suit est tout bonnement grandiose. Que ce soit en soirée chez des amis, chez soi, en festival, ou même au bar, ce passage laisse souvent des traces niveau mobilier ET niveau neuronal. Même si Darkthrone met souvent tout le monde d’accord, ce break est l’un des rares moments où je vois des fans de Hardcore, de Black et de Heavy se mettre sur la gueule (dans le bon sens du terme). J’aurais évidemment pu prendre In the Shadow of the Horns ou autre titre de la grande époque, mais cela aurait été trop évident. Underground Resistance, bien que moins culte que la période 90’s du groupe, est pour moi le climax du Darkthrone post-2000. Ce Leave No Cross Unturned en est évidemment le point d’orgue, et ce break est conséquemment le point d’orgue de ce point d’orgue. Faites-moi confiance !

Indice de 10/10 sur l’échelle du cassage de meubles : retour à IKEA dans la semaine…

 

Cannibal Corpse Icepick Lobotomy (A Skeletal Domain)

1:37 – 2:01

Après des morceaux évidents, passons à quelque chose de plus inattendu. De toute la carrière de Cannibal Corpse, avouez que vous n’auriez pas pensé à ce break en particulier. Et pourtant. Je vous laisse vous en faire une idée en cliquant sur « play » ci-dessus… Alors ?

En effet, après un début de morceau très convenu – CC années 2000 qui fait du CC années 2000 –, ce passage arrive d’une manière si abrupte qu’il nous apparaît comme une illumination. 1:37 : les poils se hérissent, 1:43 les poings se ferment, 1:48 les muscles se crispent, et lorsque que ça part à 1:50 on ne répond plus de rien. Ce riffing à la Slayer intervient en deux temps, comme pour le légendaire morceau dudit groupe vu plus haut. Une guitare, quelques à-coups, puis deux guitares et une rythmique plus marquée, tout est prêt pour l’arrivée du chorus ultra fédérateur. Même si Cannibal Corpse a tendance à se reposer sur ses lauriers depuis de nombreuses années – on ne lui demande pas grand-chose d’autre à vrai dire –, la bande à Alex Webster nous prouve qu’elle est toujours capable de nous pondre quelques passages à faire pâlir bien d’autres musiciens de Death Metal, si chevronnés soient-ils !

Indice de 8/10 sur l’échelle de la crampe idiopathique : prévoir un RDV chez le kiné.

 

Archgoat Lord of the Void (Whore of Bethlehem)

1:10 – 1:44

Même si Lord of the Void n’est pas mon titre préféré d’Archgoat, je comprends tout à fait pourquoi il est si populaire auprès des fans. Toute la méthode de composition du groupe est synthétisée dans ce morceau. Pour vous en faire un résumé à la manière de mon ex-collègue DarkMorue : « TAK TAK TAK TAK TATATATATATATA BOM BOM BOM ». C’est très souvent le même schéma, et c’est pour ça qu’on aime le groupe. Si Archgoat est déjà connu pour la lourdeur de ses breaks, celui de Lord of the Void fait office de figure de proue.

Bien qu’il ne bénéficie pas des effets de cloche comme sur l’énorme Rise of the Black Moon, le break de Lord of the Void est introduit par ces coups sentencieux de cymbale china qui donnent tout de suite le ton. On sait qu’il va se passer quelque chose dans les secondes à venir. Et lorsque le tout déboule, accompagné d’un « EUAAAARGH » comme seul Rainer sait les faire, je ne donne pas cher des cervicales de l’audience. Bref, même si je préfère ceux de Dawn of the Black Light ou Luciferian Darkness, les breaks les plus lourds d’Archgoat ne sont finalement que des variantes de celui-ci. Archétypique au possible, mais ô combien « dévastateur » !

Indice de 9/10 sur l’échelle de la hernie cervicale : achat d’une minerve plus que nécessaire.

 

Candlemass At the Gallows End (Nightfall)

4:34 – 4:51

Eh oui, un groupe de Doom trad’. Qui l’eut cru ! À mon sens, lorsqu’on parle de Metal extrême, en plus du Black et du Death, le spectre va du Speed Thrash jusqu’au Doom Metal, qui sont justement deux extrémités du genre, que ce soit en termes de vitesse ou de lourdeur. Et lorsqu’on aborde un morceau aussi iconique qu’At the Gallows End, on comprend pourquoi ! Quelques membres d’Horns Up se souviennent peut-être de la phrase « Candlemass = meilleur groupe de Hardcore du monde » prononcée lors de certaines soirées alcoolisées. Eh bien lorsqu’on s’attarde un peu plus longuement sur les breaks de certains morceaux de Nightfall, cette affirmation farfelue n’est pas tout à fait dénuée de sens. At the Gallows End en est l’un des exemples parfaits. Tout ce qui fait l’intérêt de ce morceau en studio comme en live réside dans la dualité entre les passages mélancoliques (toute la première minute notamment) et les passages menaçants (seconde minute, entre autres), le tout merveilleusement articulé par les envolées vocales de Messiah.

Et si ces fameux passages « menaçants » joués en aller puis en aller-retour donnent déjà envie de partir en side-to-side, le pont du morceau à 4:34, lui, écrase littéralement l’auditeur par sa lourdeur pachydermique. Moins iconique que ceux de Bewitched ou de Well of Souls, ce break n’en est pas moins l’un des nombreux exemples du savoir-faire de Candlemass lorsqu’il s’agit de rompre l’apparente monotonie du Doom Metal par quelque chose d’encore plus lent. Et ça marche ! Situé après l’énorme solo de Lasse, ce pont ne dure que quelques secondes et pourtant il est en grande partie responsable de la puissance de cette fin de morceau. Réutilisant en fin de pattern la mélodie du refrain, il participe à relancer encore plus énergiquement le riff principal qui conclut à merveille le titre. Candlemass est encore aujourd’hui l’un des grands groupes de Doom trad’ a avoir gardé ce sens de la lourdeur, même sur les albums plus récents. Et certains de leurs breaks mettent bien souvent au tapis ceux d’autres groupes pourtant estampillés « extrême ».

Indice de 7/10 sur l’échelle du stomp : gare au carrelage du salon !

 

Terrorizer Fear of Napalm (World Downfall)

2:09 – 2:25

Oui, je sais, on franchit un peu la limite du Punk avec un groupe comme Terrorizer. Mais à mon sens, leur Grindcore reste toujours très ancré dans le Death Metal, donc on fera abstraction, au moins pour cette fois. Peut-être moins iconique qu’un Dead shall Rise ou qu’un After World Obliteration, la troisième piste est néanmoins l’une des meilleures de Terrorizer. En même temps, y a-t-il un seul mauvais morceau sur World Downfall ? Je ne pense pas... Toujours est-il que Fear of Napalm, divisé en trois parties bien précises, est certainement l’un des titres qui prend le plus d’ampleur en live. Dès l’ouverture ride’n’bass, le groupe nous donne déjà envie de danser, et ce sera le cas durant toute la première minute. Après quoi, le stop-and-go transforme n’importe quel circle pit d’attardé en mosh pit ultra violent, et ce durant toute la seconde minute.

Mais c’est bien la troisième et dernière partie de Fear of Napalm qui nous intéresse. En effet, contrairement au stop-and-go précédent, la cassure se fait ici tout en groove et en roulements. On est clairement dans du Dying Fetus avant l’heure. Et le D-beat suivant ferait se lever de son fauteuil n’importe quel tétraplégique pour aller casser tous les membres valides de son voisin de fosse. Je sais que c’est un peu de la triche de mettre un groupe de ce style dans cette liste, mais promis c’est la dernière fois.

Indice de 9/10 sur l’échelle du groove : une course de demi-fond en moins de 3 minutes !

 

Sodom Christ Passion (Persecution Mania)

3:01 – 4:01

Si je devais ne retenir qu’un seul album de Thrash allemand à breaks, ce serait sans conteste Persecution Mania. Pour ce qui est du morceau, j’ai longuement hésité avec le pont d’Enchanted Lands, mais Christ Passion est vraiment mon titre favori de Sodom, et son break en est l’une des principales raisons.

Bien qu’il soit le titre le plus long de l’album – ce qui n’est pas souvent gage de qualité pour du Thrash Metal 80’s –, Christ Passion n’en est pas moins ultra expéditif du début à la fin. En plus de son riff d’intro typiquement Heavy et de son titre scandé en guise de refrain, c’est en particulier la quatrième minute du morceau qui donne envie de tout casser. Après la première conclusion à 2:58, un nouveau build-up se met en place. Annonce caisse claire / tom basse, montée en puissance, et explosion Punk Hardcore à 3:07. Je n’ai pour l’instant eu la chance d’entendre ce titre en live qu’une seule fois, mais c’est bien l’unique fois de ma vie où j’ai mis une patate à une autre festivalière dans le pit. Je m’en excuse encore, mais la puissance de ce break rendrait fou jusqu’au moine le plus zen de tout le Tibet. Ça continue en plus uptempo derrière, et ce pendant près d’une minute. Ce groupe veut vraiment notre mort ! Je vais m’arrêter là, je pense que vous m’aurez compris, le break de Christ Passion est pour moi l’un des meilleurs sursauts Punks dans un morceau de Thrash Metal. Pas étonnant que les paroles qui sont scandées durant ce passage aient carrément servi de titre à l’album Mortal way of Live un an plus tard – l’un des meilleurs live albums de toute l’histoire du Thrash, au passage…

Indice de 10/10 sur l’échelle du fulguropoing : port du casque obligatoire !

 

Infernal War Spill the Dirty Blood of Jesus (Redesekration)

2:23 – 2:41

Revenons un instant au Black Metal avec ce qui est de très loin l’un de mes groupes préférés du genre. Je ne vais pas revenir sur ce qui fait tout l’intérêt d’Infernal War ; les deux premiers albums et l’EP de 2009 sont les meilleures indications que je puisse donner dans cet article. Mais en plus des inévitables qualificatifs « brutal », « bourrin » ou « ultraviolent » que se coltine le groupe, l’élément Punk n’est pas à oublier lorsqu’on parle des structures de morceaux d’Infernal War. En effet, on a ici affaire à un groupe qui ne lésine pas sur les cassures, breaks et autres stop-and-go. Et quoi de mieux qu’un Spill the Dirty Blood of Jesus pour illustrer mes propos ! Ce n’est pas un hasard si c’est l’un des titres les plus connus du groupe. Bien que, pour ma part, je serais incapable de choisir un morceau favori au sein des deux albums ou de l’EP, je reconnais que Spill… est clairement un exemple du travail de composition des Polonais.

Bien que la majorité du morceau soit, comme très souvent, dominée par un déluge de blasts supersoniques, il subsiste cependant quelques décélérations fort bien placées. En plus du passage D-beat très groovy qui intervient durant la seconde minute, c’est évidemment le mini-chorus « Die, son of God ! » qui constitue LE moment le plus mémorable du morceau, et assurément de l’album tout entier. Intervenant à 2:23, il s’agit là du seul passage en skank beat midtempo de tout le morceau. Et, seigneur dieu, que c’est bien amené. Après avoir été matraqués sans répit par Stormblast et sa bande, ce passage nous permet, à notre tour, de nous défouler. Rythmique Punk, cascade de riffs imparables, chorus scandé le poing levé avant de faire repartir le tout à coup de D-beat. Il est tout simplement im-pos-sible de rester de marbre à l’écoute de ce break monstrueux. Amen ! Si j’ose dire…

Indice de 10/10 sur l’échelle du tapage nocturne : explication requise auprès des voisins demain matin…

 

Bolt Thrower Powder Burns (Mercenary)

2:37 – fin

Avec un sujet tel que celui-ci, il serait criminel de passer à côté de Bolt Thrower, tant la discographie de ces monstres est parsemée de passages d’une lourdeur sans égal. Cependant, j’ai toujours trouvé Mercenary assez mésestimé auprès des fans du combo anglais. Bien qu’il ne soit évidemment pas au niveau des terribles premiers efforts, cet album comporte tout de même son lot de tueries. Mais malgré les évidences évoquées ci-dessus, ce ne sont pas les raisons qui m’ont conduit au choix de Powder Burns pour cet article.

Situé en début de face B, ce morceau est en effet lui-même un break tout entier au sein de l’album. Avec ses nombreuses parties midtempi et sa mélodie principale très nostalgique, ce titre fait office de véritable pause au sein de Mercenary. Un moment d’introspection et de calme avant le retour de la tempête ; à l’image du personnage sur l’artwork de l’album. Introduit par LE « riff Bolt Thrower » – que l’on retrouve tout au long de la carrière du groupe (World Eater, Cenotaph, Embers ou The Killchain) –, ce morceau se fait pourtant très lancinant, presque mélancolique. Et son break final nous emmène définitivement six pieds sous terre. Celui-ci arrive très tôt dans le morceau, pour ainsi dire à la moitié, et s’étire jusqu’à la toute fin du titre en fed out. À l’instar de ce que font certains groupes de Crossover – dans un tout autre registre –, Bolt Thrower ralentit encore une fois le tempo de manière à écraser littéralement l’auditeur. Comme si Powder Burns n’était pas déjà assez lent, le groupe alourdit à nouveau la cadence. Nous finissons ainsi aplatis par terre avant de se relever dans un dernier effort pour la glorieuse fin d’album. Comme pour ceux des deux full-lengths précédents, Powder Burns est l’un des titres qui nous mettrait presque la larme à l’œil l’espace de quelques boucles, mais qui finit par nous broyer sous son ralentissement ultra massif.

Indice de 7/10 sur l’échelle de la ceinture poids-lourds : port de charges limité à 7kg désormais…

 

Suffocation Liege of Inveracity (Effigy of the Forgotten)

2:52 – 3:13

Quoi de plus iconique pour terminer cet article que LE break de Suffocation. LE break qui enfantera tout un style. Marque déposée (mais bien souvent contrefaite). C’est l’évidence absolue me direz-vous, mais il convient tout de même d’insister une fois de plus sur l’importance de ce bref passage dans l’histoire du Death Metal.

D’une part, Suffocation sortent ici un album si extrême dans le paysage Death Metal américain, que beaucoup de critiques et d’auditeurs le descendront à sa sortie en 1991. Un album où « on ne comprend rien », où tout n’est que « bordel sonore », bref, un album qui va trop loin pour le fan de DM de l’époque. Ce nouveau sous-genre qu’est le Brutal Death Metal semble donc être très mal accueilli dès sa naissance, un peu comme l’enfant adultère dont personne ne veut. Mais Suffocation n’en a que faire. Et, non content de proposer quelque chose d’extrêmement bourrin mais aussi d’extrêmement technique, le groupe nous gratifie dès l’ouverture de l’album de ce fameux break de Liege of Inveracity. Car oui, ce passage est censé n’être qu’un break. Du moins à la base…

Vous l’aurez compris, ces quelques riffs groovies aux cordes étouffées vont, quelques temps plus tard, se révéler être les composantes essentielles d’une toute nouvelle frange du Brutal Death Metal : le Slam Death. Et, pour couronner le tout, ce passage intervient pile lors du dernier couplet que chante Frank Mullen, et qui commence justement par la phrase « A new race I will now create ». Tu ne crois pas si bien dire Franky ! Suffocation vient en effet de créer, avec ce simple break, une nouvelle race de Death Metal. Pour le meilleur et pour le pire…

Indice de 11/10 sur l’échelle du handchop : toujours imité, jamais égalé !

 

***

Alors oui, j’aurais pu évidemment inclure les colosses Carcass, Napalm Death Repulsion ou les plus récents Insect Warfare, Death Toll et consorts, mais cela aurait été trop facile tant le Grindcore est bien plus influencé par le Punk que par le Metal à proprement parler. Terrorizer est déjà en soi une entorse à la règle. Pareil pour le Crossover avec des groupes comme Suicidal Tendencies, DRI, Cro-Mags ou plus récemment Power Trip. Toute cette frange du Thrash emprunte bien plus au Punk qu’au Metal, et la liste n’aurait alors comporté que des groupes du genre tant leurs breaks sont monstrueux.

Cependant, bien que j’aie pu parler à la fois de morceaux assez évidents, et de certains autres qui le sont un peu moins, je n’ai évidemment pas pu tout inclure dans un article de seulement dix exemples. C’est donc le moment de vous demander à vous, lecteurs, quels sont les breaks de Metal extrême les plus marquants de votre parcours musical. Ne soyez pas timides, il me reste encore pleins d’objets à fracasser !