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samedi 10 mars 2018 - Prout

Sadique Master Festival - Jour 2

5 Caumartin, 75009 - Paris

Prout

Chroniqueur musiques du monde. Parfois Brutal Death / Black / Grind mais rien au dessous de 300BPM sinon c'est trop mou et je m'endors.

Sadique Master Festival 2018 – Deuxième journée

 

La seconde journée du Sadique Master Festival a commencé par une performance porno gore de Realistic FX à la Cantada 2, un bar parisien connu pour ses absinthes. En retard dans ma vie, et pour me remettre de mes émotions de la veille, je n'ai malheureusement pas pu assister à la performance. Des échos que j'ai eus, c'était un show porno avec du découpage de peau, de l'ingestion de boyaux, du sexe simulé voire plus ; bref, une bonne tranche de rigolade ; mais a priori pas pour tout le monde puisqu’un malaise a été constaté (ce qui est signe de qualité).

 

 

Donc pour moi la soirée a vraiment débuté avec les premiers films ou plutôt le premier court-métrage intitulé Man Dog Man. Man Dog Man est film australien de Jax McMullin Condo, à la fois comique et malheureux, servi par un excellent jeu d'acteur ; notamment la performance de Julian Adams qui incarne le rôle d'un chien disparu, afin de permettre à son maître et lui-même de passer le cap de la mort tragique du canidé. D'abord grotesque, mais néanmoins étonnant, le film part d'une touche légère vers une note dramatique de l'expérience de vie. En effet, la plupart des gens équilibrés ont tous fait l'expérience un jour de perdre un animal qui leur était cher. Chacun fait son deuil à sa manière, mais dans ce film, c'est la manière brutale. En moins de 12 minutes, on part donc d'un court-métrage rocambolesque, à une surenchère gore et totalement déconnectée de la réalité d'un deuil. C'est pinçant, mais ça part tellement en couille qu’on passe vraiment la deuxième moitié du court à rigoler plus qu'autre chose. Un très bon court qui annonce la couleur du film qui va suivre.

 

 

On reste dans le thème animalier avec Cat Sick Blues de Dave Jackson, encore un Australien, où cette fois-ci ce sera le second meilleur ami de l'homme la star ou plutôt la star d'Internet : le chat. Satire humoristique mais néanmoins gore de la position du chat dans notre société, Cat Sick Blues nous fait déambuler au plus profond du quotidien d'un serial killer dépressif et meurtri par la mort de son animal de compagnie. Dans ce film de société, on se moque de tout. Claire est une pauvre fille qui vit à travers son nombre de vues sur Youtube ou plutôt sur le nombre de vues qu'a son chat. Star d'Internet, son chat aura vite fait d'attirer le serial killer en manque d'affection féline. Ce dernier n'hésitera pas à exploser la tête de celles qui se moquent de nos animaux favoris ni même à faire subir des sévices sexuels et autres non moins outrageux à la maîtresse de son chat virtuel fétiche. Si au départ on se moque d'un peu tout le monde, notre empathie humaine nous ramène très vite à la réalité. On se range alors facilement du côté de la victime sans jamais oublier l'omniprésence du chat dans notre monde actuel. Ce film joue au ping-pong avec nos émotions tant il est facile de passer du rire, au désarroi, à l'étonnement ou même au rejet. Gore, déviant, pourtant réfléchi, Cat Sick Blues a gagné le prix du public et il ne l'a pas volé. Encore un film qui me confirme quelque chose, vous avez tous la toxoplasmose.

 

 

Moins porté sur le gore mais plus sur la violence psychologique, le film italien Torment, d’Adam Ford, s'inspire du célèbre tueur en série homosexuel John Wayne Gacy. Ce film a clairement été fait avec des couilles. En effet, ici aucune place au dialogue, on montre crûment l'humanité, dans ce qu'elle peut avoir de pire : viol, torture, séquestration, seront toute l'illustration du film, servie par des gémissements quasi constants de victimes apeurées, sodomisées, dévitalisées. L'utilisation des couleurs, des gros plans, du huis clos, laisse peser une pression pachydermique sur les victimes tout autant que sur l'audience. Malgré tout, une fois passée la phase de découverte, on s'ennuie très vite. Les gémissements deviennent agaçants, les plans se répètent, et ça manque de nichons. Même quand on regarde du porno on passe très vite aux scènes suivantes pour motiver notre libido, du coup regarder un gars se faire enculer pendant une bonne heure, même si ça peut paraître rigolo et une bonne idée vu comme ça, ça peut vite devenir gonflant, sans homophobie aucune, ce n’est pas un problème de sexe, et c’est d’ailleurs le prochain moyen métrage qui vous le confirmera.

 

 

S’ensuit Autopsy Lights du canadien Pierre-Luc Vaillancourt, qui reste dans le ton de l'introduction, mais plus dans un anus, dans un vagin cette fois-ci. On pourrait voir ce moyen-métrage comme une course à l'orgasme. Ce film est découpé en ce qu'on pourrait appeler plusieurs épisodes, dont chacun arbore une proue stylistique différente, hypnotisante, viscérale mais dont tous suivent une ligne directrice : s'enfoncer des trucs dans la chatte. Donc on commence par des doigts, mais très vite on n'hésitera pas à dévier et à s'enfoncer des yeux, des pieds de porc, des anguilles ou même des fleurs dans la salle de jeux. Finalement, l'intérêt du film sera d'attendre la prochaine scène pour voir avec quelle inventivité, l'auteur a remis en scène son actrice souillée et livrée corps et âme, quoi surtout corps, à la joue du grand écran. Avec ses lasers partout, on se croirait dans une backdoor sale d’une soirée fétiche d’un club underground illégal. C'est totalement pornographique, totalement écœurant, mais totalement dispensable.

 

 

Visions of Suffering, dans sa version Director’s cut de son auteur russe, Andey Iskanov, est le dernier long métrage qu’on pourra voir ce samedi nuit, Deepweb XXX ayant été reprogrammé au lendemain pour une question de timing. Connu pour son désormais culte mais pas toujours compréhensible Philosophy of a Knife, Iskanov traite ici les thèmes du vampirisme, du cauchemar et de l’horreur. Experimental, glauque, ce conte urbain en bicolore gris / bleu et nouvelle mouture de Visions of Suffering fait ses adieux aux effets virtuels pour revenir sur une touche plus DIY et underground. En revisitant le mythe du vampire, Iskanov n'hésite pas à mettre sa patte non sans détruire de nombreux concepts qu'on connait. On est très vite perdu dans le film. On ne sait pas si on vogue dans les rêves ou dans la réalité mais très rapidement ces deux espace-temps entrent en conflit et fusionnent, perdant le spectateur dans sa propre interprétation. Entre légendes urbaines et mythes moyenâgeux, Visions of Suffering aura su ravir les fans du genre, sans doute par son audace stylistique plus que par son talent d'écriture, mais je garde quand même en travers de la gueule ce rythme tellement lent qu'on retrouve très souvent dans les films expérimentaux russes.

***

Une deuxième soirée donc beaucoup plus longue que la précédente, parfois difficile à encaisser, œuvrant entre le gore, la pornographie et l'abstrait, mais mettant la barre un cran au-dessus dans l'absurde et l'empirique. Mention spéciale à Tinam, pour avoir eu les burnes de programmer des films porno en nous faisant croire qu'on allait voir des films gores :D et surtout à No Reason pour tous leurs courts et autres introductions incroyables qui ont parcheminé toutes les séances ou presque.