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Album

26/03/19 - ZSK

Ævangelist

Heralds Of Nightmare Descending

LabelAutoproduction
styleBlack Metal chaotique
formatAlbum
paysUSA / Finlande
sortieaoût 2018
La note de
ZSK
7.5/10


ZSK

"On est tous le boomer de quelqu'un d'autre."

Qu’on se le dise, 2018 aura été l’année de Matron Thorn. Bien qu’il soit capable de se faire encore plus voir en 2019… Matron Thorn ? L’homme américain qui constitue la moitié d’Ævangelist avec Ascaris (co-vocaliste du combo), exilé depuis peu en Finlande. Pour peu qu’on s’intéresse à la « sphère » autour du multi-instrumentiste floridien, on constate bien vite que l’année 2018 aura été pour lui très chargée et productive. Entre son projet d’origine Benighted In Sodom, le nouveau venu Devil Worshipper, Præternatura, Kadotuksen Portti, Crowhurst auquel il participe et donc Ævangelist, Matron Thorn aura donc participé à pas moins de 10 stuffs sortis cette année. Et Death Fetishist ainsi que le projet qui porte son nom auraient tout à fait pu sortir quelque chose également… sans compter qu’il a aussi rejoint depuis peu un autre groupe, Obscuring Veil. Bref, le musicien infernal a été assez difficile à suivre. Jusque dans son projet le plus en vue actuellement, Ævangelist. Qui a retrouvé son tout premier label I, Voidhanger Records (qui avait sorti le tout premier album du duo, De Masticatione Mortuorum In Tumulis, en 2012), pour ce qui sera son 5ème full-length, Matricide In The Temple Of Omega. Mais, outre la sortie d’une compil (Veneration Of Profane Antiquity) et d’un EP (Aberrant Genesis), Ævangelist avait encore d’autres affaires à sortir de son sac maléfique. Et c’est là que la surprise arrivera. Alors que Matricide In The Temple Of Omega était prévu pour novembre, c’est fin août que le groupe annoncera la sortie de… son 6ème album, Heralds Of Nightmare Descending, immédiatement en autoproduction. Donc, le 6ème album d’Ævangelist sortira avant le 5ème. Vous suivez toujours ? Dans cette bouillie d’hyper-productivité, on y comprend plus rien. Heralds Of Nightmare Descending devrait bénéficier plus tard d’une vraie sortie physique mais il n’empêche que chronologiquement, il sera le premier des deux albums sortis en 2018 par Ævangelist à paraître. C’est un peu le bordel, mais au final, c’est un peu à l’image de la musique du groupe, qui fait partie de la plus chaotique et de la plus étrange du marché.

Alors commençons donc par parler de Heralds Of Nightmare Descending. D’ailleurs, est-ce réellement un « nouvel » album ? Le groupe est finalement flou à ce sujet. Il parle d’un 6ème album « mystérieux » ou d’un inédit. Est-ce un ancien enregistrement qui a été exhumé ? On peut se poser la question quand on essaye de remettre cet album dans le contexte de la discographie du duo américain, enfin de sa dimension maléfique. Après un De Masticatione Mortuorum In Tumulis très obscur qui posait déjà le style du groupe, Black-Metal très bruitiste et terreux au fond d’ambiance des enfers constant et aux vocaux totalement inhumains, Ævangelist avait salement explosé avec Omen Ex Simulacra (2013), album totalement incroyable qui repoussait les limites du BM chaotique. Mais il était déjà allé trop loin et s’était fortement assagi dès Writhes In The Murk (2014), se recentrant sur un Black-Metal plus classiquement dissonant et un peu moins apocalyptique et jusqu’au-boutiste, comme s’il s’était fait peur à lui-même et se contentait de se terrer dans l’ombre. Une impression de sacrifice de l’inspiration sur l’autel de la productivité se faisait ressentir, et ce n’est ni Enthrall To The Void Of Bliss (2015) ni le split avec Blut Aus NordCodex Obscura Nomina (2016) qui lui ont fait retrouver sa superbe (si on peut appeler ça comme ça). Omen Ex Simulacra demeurait intouchable car tellement extrême qu’il était dur de faire « pire ». Mais avec un peu de recul, Ævangelist pourrait retrouver cette intensité, qui a laissé place à quelques expérimentations plus ou moins bienvenues (notamment sur le split avec Blut Aus Nord). Avec cette fois-ci deux ans entre deux vraies sorties, Ævangelist a peut-être eu le temps de regagner des forces. Même si je doute toujours que Heralds Of Nightmare Descending est un album véritablement enregistré récemment, car il semble plutôt être de prime abord le chaînon manquant, dans le fond et la forme, entre De Masticatione Mortuorum In Tumulis et Omen Ex Simulacra, dans l’esprit du split To The Dream Plateau Of Hideous Revelation avec Esoterica sorti en 2013, qui comportait d’ailleurs la composition la plus impressionnante d’Ævangelist, "Omniquity".

Ce qui est déjà sûr, c’est que Ævangelist ne va pas retrouver ce niveau, loin de là. Ni celui d’Omen Ex Simulacra, on en est pas encore là non plus. Mais Heralds Of Nightmare Descending va néanmoins redonner un coup de peps à la discographie d’Ævangelist, et c’est toujours ça de pris. Après, que ça soit un album « inédit » ou quoi que ce soit d’autre, c’est de la littérature et ça restera le petit mystère. Ævangelist retrouve pour moi une chose fondamentale, c’est le chant glaireux et inhumain qui est ici particulièrement rauque et se rapproche en cela des heures de gloire du combo. L’ambiance de fond n’est pas aussi aboutie que celle d’Omen Ex Simulacra (encore une fois, c’est une gageure) mais se retrouve dans la bonne moyenne, plus prégnante que sur les deux précédents albums et revenant donc un peu à l’esprit de De Masticatione Mortuorum In Tumulis. Ajoutez à cela des guitares majoritairement dissonantes (en plus de la bouillie de riffs habituelle, mais aussi plus dans l'esprit des deux premiers albums) et quelques expérimentations comme des passages en chant clair théâtral, et on se retrouve finalement avec l’album le plus équilibré et complet d’Ævangelist à ce jour. Comme un résumé de tout ce qu’il a fait jusque-là, finalement. Et ce regain de « violence » fait que Heralds Of Nightmare Descending fait déjà nettement mieux que Writhes In The Murk et Enthrall To The Void Of Bliss. Après, je sais que je fais une fixette sur Omen Ex Simulacra qui était vraiment ultime en son genre, mais je ne suis vraiment pas impressionné par ce qu’avait fait Ævangelist par la suite. A force de baigner dans le Metal le plus extrême possible - ce qui était la définition même d’Ævangelist à ses débuts - on se retrouve désensibilisé, on a déjà vu l’Enfer et l’Apocalypse, alors quelques rites démoniaques et cosmiques, ça ne fait plus peur. Mais Heralds Of Nightmare Descending a le mérite de faire revivre quelques sensations cauchemardesques. La Bête vit encore…

Dès le morceau-titre ouvrant l’album, on se retrouve de suite en terrain connu. Les éléments mystiques de la musique d’Ævangelist se remettent en place, fond d’ambiance apocalyptique, riffs très graves et ténébreux, puis vocaux archi-rauques, accompagnés de vocalises plus tarées ici et là. L’art d’Ævangelist est toujours aussi sombre et on se laisse vite emporter. Certes, il n’y a aucune surprise, le duo a déjà fait la même chose par le passé, privilégiant encore une fois ici les riffs traînants plutôt que la violence blastante d’antan. Mais le « charme » opère, l’ambiance morbide et anti-cosmique est toujours au rendez-vous. En 44 minutes, Ævangelist nous emmène à nouveau faire une ballade dans les Enfers. Heralds Of Nightmare Descending est assez homogène et s’encaisse d’une traite (avec des transitions sans temps mort), et il n’y aura pas grand-chose de vraiment particulier à signaler ; tout au plus quelques passages très chaotiques et irréels sur "Deluge" qui minute après minute s’enfonce dans le registre occulte et aliénant, les growls plus glauques que jamais de "Resurrection of the Godhead Sinister" (qui finissent par dévier sur des vocaux théâtraux), ou encore les dissonances bizarroïdes de "Narcissus". Mais ce n’est que la partie émergée de Heralds Of Nightmare Descending, qui se termine par l’étouffe-chrétien "Arcane Flesh Revelation" de près de 19 minutes. Un véritable catalogue d’insanités abyssales 100% Ævangelistisques que je vous laisserai découvrir par vous-mêmes en détail, ce qui est sûr c’est que Ævangelist a toujours excellé sur les très longs morceaux et cette pièce ne déroge pas à la règle, donnant une belle plus-value à Heralds Of Nightmare Descending d’ailleurs. Du reste, on déplorera encore quelques petites longueurs, et des riffs sonnant plus fainéants que lancinants par moments ("Resurrection of the Godhead Sinister" par exemple), mais malgré tout cet album « inédit » demeure un bon album d’Ævangelist, dépassant d’une tête ses deux prédécesseurs (enfin, Writhes In The Murk et Enthrall To The Void Of Bliss, histoire d’être précis). Après, ce n’est toujours pas le nouvel Omen Ex Simulacra, et c’est toujours dommage, mais au moins Ascaris pose ici sa meilleure voix Death et l’aspect très noir de cet album assez inspiré fonctionne un minimum. Maintenant, reste donc à tout remettre en ordre et savoir si l’album suiv… enfin, l’album précédent qui sortira après, Matricide In The Temple Of Omega, sera de cette trempe. (Spoiler : non).

 

Tracklist de Heralds Of Nightmare Descending :

1. Heralds of Nightmare Descending (7:48)
2. Deluge (7:28)
3. Resurrection of the Godhead Sinister (5:42)
4. Narcissus (4:32)
5. Arcane Flesh Revelation (18:42)

 

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