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Album

24/12/18 - ZSK

Bloodbath

The Arrow Of Satan Is Drawn

LabelPeaceville Records
styleDeath Metal GRAS
formatAlbum
paysSuède
sortieoctobre 2018
La note de
ZSK
8/10


ZSK

"On est tous le boomer de quelqu'un d'autre."

Le voilà déjà, le retour de notre « all-star band » préféré. Si beaucoup de regroupements de musiciens connus ont amené à un cassage de gueule en bonne et due forme, surtout au « plus haut niveau », un groupe comme Bloodbath qui regroupe, rappelons-le, du Opeth du Katatonia du Craft et du Paradise Lost depuis le précédent album, mène une véritable carrière et avec les honneurs. Arrivé en 2000 pour l’EP Breeding Death, le collectif suédois n’a cessé d’écumer les planches depuis et de sortir des brûlots. Même si pour beaucoup, leur premier full-length Resurrection Through Carnage (2002) restera intouchable. Le line-up a légèrement bougé au cours des années autour des deux Katatonia Jonas Renske (ici bassiste) et Anders Nyström, et bien sûr ce qui retiendra principalement l’attention est le poste de vocaliste, tenu par le passé par Mikael Åkerfeldt (Opeth) à deux reprises, et Peter Tägtgren (Hypocrisy, Pain) pour Nightmares Made Flesh (2004). Quelle ne fut pas la surprise des fans de découvrir ensuite que le groupe avait embauché en 2014 l’inattendu Nick Holmes de Paradise Lost, qui n’avait pas vraiment « growlé » depuis un bon bout de temps. Bloodbath sait donc surprendre même s’il a dédié son œuvre au Death-Metal old-school suédois le plus cru et sans compromis, malgré le côté plus « moderne » d’un album comme The Fathomless Mastery (2008). Mais pas d’inquiétude, Grand Morbid Funeral (2014), le premier album de Bloodbath sorti avec son troisième vocaliste, tenait le rang. Même si pour cela le groupe a du évoluer, trouver un équilibre entre Resurrection Through Carnage et The Fathomless Mastery, et se forger une nouvelle identité avec un chant légèrement « différent ». Nick Holmes se pose comme le nouveau prêcheur du Death-Metal à l’ancienne de Bloodbath, un Death-Metal toujours morbide et délicieusement râpeux, et 4 années après Grand Morbid Funeral, le all-star band le plus en vogue du Metal extrême suédois poursuit son chemin avec The Arrow Of Satan Is Drawn.

Des questions vont donc se poser. Bloodbath va-t-il vraiment changer des choses ? Que nenni, on est pas là pour faire autre chose que se faire plaisir avec un Death-Metal bien glaireux et boueux. Il faut tout de même assurer la succession de Grand Morbid Funeral, un album qui a toujours décontenancé votre serviteur, qui le juge un peu inégal et retient surtout quelques tueries comme "Famine of God’s Word" ou "Unite in Pain" ainsi que quelques originalités comme "Church of Vasistas Vastisas". Mais un goût de « meh » se faisait parfois sentir, et il fallait aussi s’adapter au chant de Nick Holmes, plus grogné et bien éloigné de celui de Mikael Åkerfeldt qui atteignait une certaine perfection sur The Fathomless Mastery (album que je considère encore aujourd’hui comme le meilleur Bloodbath - et je sais que l’avis n’est pas partagé unanimement). Mais maintenant que l’expérience commune est forgée entre les musiciens suédois et le vocaliste anglais, le Bloodbath post-The Fathomless Mastery ne peut donc qu’être meilleur encore, et se bonifier très vite. Débarque donc The Arrow Of Satan Is Drawn, où tout est à sa place, y compris donc le chant de Nick Holmes parfaitement intégré, très convaincant et donc désormais totalement maîtrisé. Avec sa bure, Holmes se pose comme maître de cérémonie et cela confère à Bloodbath une aura et une originalité qu’il n’avait pas auparavant. Un côté plus malsain se dégage de l’ensemble, là aussi éloigné du côté sanglant d’antan. Bloodbath est donc devenu nettement plus sombre et The Arrow Of Satan Is Drawn va enfoncer le clou. Surtout au niveau sonore où Bloodbath va très loin dans le GRAS. C’est assurément leur album le plus GRAS auquel on a affaire et c’est une véritable déferlante de sonorités hyper graisseuses et râpeuses qui nous attend. Certes, beaucoup de groupes exploitent à fond le côté hyper rasoir du son HM-2, mais avec The Arrow Of Satan Is Drawn, Bloodbath a tout, la lourdeur comme la puissance. Old-school dans tous les coins, le groupe bénéficie tout de même d’un son du feu de Satan et trouve facilement la perfection sonore, avec un son Swedeath définitivement remis au goût du jour. Ce qui va participer à faire de cet album un sacré monstre potentiel en son genre, mais pas seulement.

Car bien sûr, l’inspiration est toujours au rendez-vous et Bloodbath ne fera jamais vraiment d’albums à la chaîne, chacune de ses œuvres sera toujours plutôt travaillée. The Arrow Of Satan Is Drawn nous propose déjà un bel artwork qui tranche avec certains visuels propres au Death old-school, mais l’esprit morbide est toujours là, ici plus pernicieux et plus glauque, comme la musique d’ailleurs. The Arrow Of Satan Is Drawn n’est pas un album qui rigole, et fait preuve d’une certaine noirceur et d’une brutalité de tous les instants. Si Grand Morbid Funeral était relativement varié et souvent groovy, son successeur est un poil plus direct et surtout bien plus vicieux, quitte à même redevenir plus primitif par moments. "Fleischmann" introduit bien l’œuvre dans sa globalité, faisant preuve à la fois de lourdeur et d’un côté rentre-dedans évident, se montrant à la fois hyper gras mais aussi très sinistre dans les ambiances. Un côté donc noir et malsain que l’on retrouve souvent dans les leads, comme le témoigne déjà bien "Bloodicide", qui pendant ce temps du côté des riffs      appuie déjà bien un style bien crunchy et particulièrement râpeux. The Arrow Of Satan Is Drawn ratiboise les tympans avec des grattes archi grasses et cela nous donne un Death-Metal abrasif comme jamais et surtout d’une puissance folle. Bloodbath se permet donc de se lâcher avec notamment les gros brûlots que sont "Wayward Samaritain" et "Warhead Ritual" aux accents carrément Rock’n’Roll à leur manière, ce qui nous donne deux bonnes tueries de Death old-school qui dégomment. Bloodbath n’a presque jamais été aussi efficace, et un "Deader" avec ses compos très remuantes n’est pas en reste, on y trouve même une certaine urgence, en plus d’un package complet avec des riffs assez variés en seulement 4 minutes. C’est dit, Bloodbath est en grande forme et semble capitaliser sur ce qu’il a introduit avec Grand Morbid Funeral pour aller plus loin et surtout plus fort. Et plus GRAS.

Et bien sûr, quand on parle de Death suédois old-school et quand un groupe comme Bloodbath rend honneur à chaque instant au genre, on trouvera aussi de la plus stricte lourdeur dans The Arrow Of Satan Is Drawn. Pas de la « lenteur » comme certains peuvent le faire (Grave ?), mais des abaissements de tempo salutaires qui rendent l’ensemble encore plus GRAS qu’il ne l’est déjà. Un "Levitator" est par exemple très rampant mais est relevé par de savantes accélérations. "March of the Crucifiers" demeure très rythmé et bénéficie de riffs chaloupés du plus bel effet. "Morbid Antichrist" fait aussi un éloge de la lourdeur mais tout en restant bien tranchant, avec également un Nick Holmes qui se fait plaisir le temps d’un petit passage en voix théâtrales. Bloodbath assure donc sur tous les tableaux, même si pour ma part l’album se termine sur deux morceaux « lents » un peu fausse note, alors que jusque-là il n’y avait vraiment rien à jeter : "Only the Dead Survive" est certes puissant mais un peu vain et longuet, et je n’arrive pas à être convaincu par le plus original single de clôture "Chainsaw Lullaby", même si c’était bien essayé. Après, il n’y a finalement pas de surprise, The Arrow Of Satan Is Drawn montrant surtout un Bloodbath version Nick Holmes avec plus de maîtrise et plus d’efficacité générale que pour Grand Morbid Funeral, donc un poil meilleur et éminemment plus GRAS. Mais le jeu en vaut la chandelle et il y a une bonne grosse poignée de tueries là-dedans, Bloodbath faisant une revue du genre pratiquement sans faille, que ce soit pour les ambiances et les rythmes. Malgré son côté direct, il faut du temps pour apprécier The Arrow Of Satan Is Drawn qui est peut-être un peu trop linéaire au premier abord, mais une fois qu’on se laisse embarquer dans ce déluge jouissif de graisse, c’est un véritable bonheur. « Le gras, c’est la vie » comme le disait Karadoc, et Bloodbath l’applique bien ici. Peut-être que certains regretteront éternellement le strict Death old-school de Resurrection Through Carnage et trouveront le all-star band trop « bombastic » actuellement, mais dans ce qu’il fait désormais avec Nick Holmes, Bloodbath est un beau monstre. Il cède parfois à la facilité, certes, ne proposant pas encore une œuvre parfaite mais quand on retient les grosses tueries inspirées et puissantes de ce disque, il y a de quoi faire un beau plongeon la tête première dans le GRAS.

 

Tracklist de The Arrow Of Satan Is Drawn :

1. Fleischmann (3:38)
2. Bloodicide (4:56)
3. Wayward Samaritan (3:39)
4. Levitator (4:37)
5. Deader (4:05)
6. March of the Crucifiers (4:04)
7. Morbid Antichrist (4:04)
8. Warhead Ritual (3:38)
9. Only the Dead Survive (5:06)
10. Chainsaw Lullaby (3:20)

 

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