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Album

26/10/18 - Dolorès

Solar Temple

Fertile Descent

LabelEisenwald
styleBlack Atmosphérique
formatAlbum
paysPays-Bas
sortieoctobre 2018
La note de
Dolorès
8.5/10


Dolorès

Non.

Si la pochette ne m’avait pas immédiatement attirée, je n’aurais sans doute jamais eu l’occasion d’écouter Solar Temple. Et vous de même, peut-être, car on ne peut pas dire que les Néerlandais soient sur le devant de la scène, bien que leur diffusion par Eisenwald leur octroie un certain rayonnement. Le label allemand propose par ailleurs un bon nombre d’albums intéressants en cette année 2018 : Ungfell, Uada, Cantique Lépreux, ou encore le split Fluisteraars & Turia.

On retrouve par ailleurs un membre de Fluisteraars et un membre de Turia (ainsi que d’Iskandr) dans Solar Temple, comme quoi le groupe ne sort pas de nulle part malgré les apparences. Fertile Descent, c’est donc le premier album de ce projet, avec deux morceaux de 15 et 20 minutes respectivement. Juste assez pour créer un instant unique, bien à eux, 35 minutes de boucles malsaines, de spirales hypnotiques, d’atmosphères anxiogènes, spirituelles et intimes.

Il y a définitivement, dans cet album, quelque chose de rituel, de sacré, qui dépasse soi et ce qui nous entoure, tout autant qu’il y a de l’introspection obligatoire et un recentrement sur soi auquel on ne s’attendait pas. Ce n’est finalement pas un album facile à écouter : si l’auditeur rentre dans leur monde, alors l’écoute sera plus éprouvante qu’agréable.

Pour ce faire, Solar Temple s’inspire de ce qui est déjà : des chants torturés, clairs ou déclamés, d’Urfaust, des rythmiques mécaniques et du son moderne de Cult Of Fire, avec de rares riffs plus rentre-dedans qui font écho, entre autres, à Mgła… Mais cela est si bien ramené et homogénéisé que Solar Temple ne sonne pas comme un autre groupe, ou comme l’un de ces groupes.

Les textures sonores et autres mélodies implantées – sonorités étranges, lugubres, inquiétantes – ajoutent une dimension très singulière à Fertile Descent : comme l’introduction du premier titre, qui finit par se fondre dans la dissonance, la saturation et la rythmique qui sonne finalement très peu naturelle, ou comme la partie finale du deuxième titre qui, personnellement, me glace les os.

Incantations ? Bruits étranges ? Expériences sonores ou rituels expérimentaux en faveur d’une divinité solaire ? Un peu de tout à la fois. C’est finalement la petite touche qui fait la différence, car la composition typique Black Atmo, en forme de boucles infinies, est déjà réussie. La première moitié de « Those Who Dwell in the Spiral Dark » s’éternise, ne semble jamais en finir, commence à nous épuiser, pour finalement enchaîner sur une seconde partie plus lourde et bien plus assommante. On peut dire que le titre porte son nom à merveille, car le terme de « spirale » est parfait pour exprimer tant la forme que le fond. Malgré l’ambiance poussiéreuse et étrange, les riffs évoluent peu mais gardent leur puissance, même après avoir tourné un moment, et les mélodies sont assez bien disséminées et discrètes pour valoriser et nuancer l’ensemble.

Etrangement, à chaque fois que débute le second titre, « White Jaw », j’ai l’impression d’avoir déjà entendu cette mélodie. Je n’arrive pas à déterminer d’où sort ce riff, s’il est inspiré d’un titre d’un autre groupe ou non, mais celui-ci sonne familier. Peut-être l’idée générale de la mélodie de guitare, qui s’accompagne progressivement de la batterie, me rappelle-t-elle « With Hearts Toward None VII » de Mgła, mais le parallèle semble s’arrêter là. Toutefois, le morceau tourne vite à la cérémonie ésotérique de cave dans la veine de Cultes des Ghoules, avant de s’éteindre sur ces incantations sinistres.

En bref, Solar Temple a su réutiliser des éléments qui sont loin d’être inédits – empruntés au Black malsain, ésotérique, moderne et rentre-dedans actuel – mais les réadapter si bien que Fertile Descent est une bulle unique, un univers qui leur est propre. De nombreuses images et émotions viennent durant l’écoute, si bien qu’on ne sait plus très bien ce qu’on est venu chercher. En revanche, on y a bien trouvé quelque chose.


1. Those Who Dwell In The Spiral Dark
2. White Jaw