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Album

22/05/18 - ZSK

At The Gates

To Drink From The Night Itself

LabelCentury Media Records
styleMélodeath
formatAlbum
paysSuède
sortiemai 2018
La note de
ZSK
7.5/10


ZSK

"On est tous le boomer de quelqu'un d'autre."

Depuis sa reformation en 2010, tout le monde s’est fait son petit avis sur At The Gates et son retour sur le devant de la scène. Si tout était presque dit avec ses 4 premiers albums qui appartiennent à l’âge d’or du Metal suédois et du Mélodeath en particulier, il est quand même intéressant de savoir ce que la formation peut apporter dans les années 2010, en ayant suivi le chemin de beaucoup de ses compatriotes qui ont rechaussé les cordes et les baguettes lorsque le Death-Metal scandinave est redevenu tendance. Après une exclusivité Live, At The Gates a finalement cédé à l’appel des fans et est retourné en studio. Ceci pour pondre At War With Reality (2014), cinquième album du groupe qui débarquera 19 ans après Slaughter At The Soul (1995). Pour un résultat qui aura quelque peu divisé les fans, certains l’ayant trouvé trop mou, trop mélo, sans conviction… Et ceux qui voyaient dans le retour d’At The Gates l’occasion d’avoir entre les feuilles un groupe de Mélodeath 90’s, un vrai, qui sait faire le job mieux que quiconque vu qu’il a participé à la genèse et à la popularisation du style. Et près de 20 ans après son apogée (avec notamment mon stuff favori d’époque, Terminal Spirit Disease (1994)), At The Gates a montré qu’il fallait encore compter sur lui, avec un pur album de Mélodeath fait par des patrons et des experts du style. Cela n’aura pas suffi à certains fans qui restaient sur les derniers albums des années 90 plus remuants, mais qu’importe. At The Gates a rouvert les portes avec un formidable At War With Reality. Et maintenant, comme si de rien n’était, il va donc poursuivre sa carrière. Avec des rebondissements vu que la suite se fera sans Anders Björler, qui ne poursuivra pas l’aventure, laissant son frère Jonas (basse) avec le reste du line-up classique dont l’inévitable Tomas « Tompa » Lindberg et sa casquette. Ce qui, déjà, provoquera d’autres remous chez les fans et d’autant plus de division quant à la suite à venir. Et To Drink From The Night Itself d’être autant craint qu’attendu.

Anders a donc été bien évidemment remplacé, par un proche du groupe en la personne de Jonas Stålhammar, qui a accompagné Lindberg et Adrian Erlandsson sur le dispensable premier album de The Lurking Fear sorti l’an dernier. Cela n’est déjà pas un choix spécialement encourageant, bien que Stålhammar soit un des routards du Death-Metal suédois, avec notamment Utumno dès le début des années 90 et on ne peut que respecter sa longévité. Après, je n’ai pas été convaincu par sa contribution (en tant que chanteur certes) à The Crown, et son autre groupe principal Bombs Of Hades ne m’a jamais retourné non plus. Ajoutez à ça l’anecdotique Out Of The Voiceless Grave de The Lurking Fear et on comprend que la succession de Anders Björler, qui avait composé avec son frère l’intégralité de At War With Reality, sera plutôt compliquée. Mais At The Gates peut toujours faire le taf avec des musiciens de renom de la scène suédoise, et la sortie de To Drink From The Night Itself demeure un évènement. Pour le coup, pas grand-chose ne va changer, et si ce nouvel album était parfois annoncé comme un retour à la période The Red In The Sky Is Ours / With Fear I Kiss The Burning Darkness, on se situe sans surprise dans la lignée de At War With Reality malgré le nom d’album à rallonge et l’utilisation de la vieille typo. La production est juste plus rustre que pour At War With Reality, ce qui est à la fois dommage mais bien vu, At The Gates semblant déterminé à continuer à livrer un Mélodeath « old-school » dans l’esprit. Nous avons donc affaire à du At The Gates v.2010 mais sans Anders Björler, ce qui est assez réducteur mais tellement parlant. Après une intro quelque peu symphonique, To Drink From The Night Itself est lancé par son morceau-titre et les constats sont simples. Nous avons donc toujours devant nous un At The Gates très mélodique, qui ne revient pas le moins du monde aux compos plus thrashy d’un Slaughter Of The Soul. Tompa est toujours très en voix et reste une valeur sûre, maintenant, pour les compos, eh bien c’est du très classique, les mélodies sont même très faciles… et les riffs restent efficaces. Un départ qui nous plonge surtout dans une certaine satisfaction de retrouver du pur At The Gates, mais après un skeud de la trempe de At War With Reality, il va falloir en montrer plus.

To Drink From The Night Itself va alors se poursuivre pépère. Les mélodies un brin convenues se multiplient sur "A Stare Bound in Stone" et le sympathique "Palace of Lepers", au milieu de quelques rythmiques légèrement old-school plus ou moins nerveuses. "Daggers of Black Haze" nous fait le coup du morceau plus aéré et mélodique avec un peu d’acoustique et s’en sort bien. C’est bien beau mais ça ne va pas pisser très loin. Où sont les riffs mortels de "The Circular Ruins" et "Order from Chaos" ? Les mélodies imparables de "At War With Reality" et "The Conspiracy of the Blind" ? Inutile de chercher bien loin, elles étaient dans les doigts d’Anders Björler… qui n’est pas au générique ici, faut-il le rappeler, pas la peine car on le sent bien. At The Gates fait un peu du sous-At The Gates, ça se laisse certes écouter mais la formation était autrement plus inspirée il y a 4 ans, et Stålhammar n’apporte pas de plus-value. La cruelle déception, bien qu’un peu prévisible, est donc en marche… Mais à vrai dire, cela ne dure qu’un temps. La faute à un départ d’album un peu poussif avec le recul, et surtout le fait qu’il faille passer le cap en se disant oui, cet album sera moins bon que At War With Reality, mais faisons avec et voyons ce qu’on peut en tirer. Au fil des écoutes, To Drink From The Night Itself finit donc par passer mieux et révéler un peu plus le meilleur de son contenu. Surtout qu’à vrai dire, cet album se réveille un tantinet à partir de "The Chasm", un des morceaux les plus couillus de l’album avec un refrain crunchy, les mélodies sont toujours là mais d’un coup l’inspiration revient, avec un super solo à la clé. Et à partir de là, les bons morceaux finissent par s’enchaîner et To Drink From The Night Itself trouve sa vitesse de croisière. "In Nameless Sleep" aligne de bonnes compos et de belles mélodies, "A Labyrinth of Tombs" est bien troussé même si les mélodies ne crèvent pas l’écran, "Seas of Starvation" est très bien aussi, les riffs cartonnent et on flirte même avec le registre épique. Et Tompa est toujours en forme avec son chant éraillé toujours aussi efficace, mention spéciale à "In Nameless Sleep" et aussi le plus lourd et rampant "The Colours of the Beast".

Très homogène sur le fond (et donc peu varié et un brin linéaire, quand même…), To Drink From The Night Itself prend donc un certain temps pour être apprécié à sa juste valeur et en tirer des morceaux de premier choix, alors que c’était plus évident sur At War With Reality qui avait de vraies bonnes tueries au menu. Il faut lui consacrer du temps, mais au final le bilan sera satisfaisant, supérieur à celui de l’album de The Lurking Fear en tout cas même si le registre est un petit peu différent. To Drink From The Night Itself est aussi un album plus sombre que son prédécesseur, même si les mélodies se taillent la part du lion, mais la plupart du temps on bascule dans un registre assez désenchanté, en témoignent des morceaux comme "A Stare Bound in Stone", "The Colours of the Beast", ou encore le plus classique "In Death They Shall Burn" et le final "The Mirror Black" qui clôt l’album de manière bien épique avec quelques violons. Dommage que cet album prenne un faux départ et que le meilleur se situe clairement en deuxième partie de disque. Et dommage, bien évidemment, qu’Anders Björler ait mis les voiles car les compos de Stålhammar ne sont pas à la hauteur, même si je ne saurais vous dire quel est son pourcentage de contribution par rapport à Jonas Björler voire l’autre guitariste Martin Larsson. En tout cas, Anders apportait beaucoup… Et At The Gates perd du coup une partie de son inspiration et de sa superbe. Alors certes, At War With Reality était vraiment fantastique (un des albums de l’année 2014 pour ma part, et alors que je n’en attendais rien), le principal crime de To Drink From The Night Itself est donc d’être moins bon. Bien moins bon, ou juste un peu en-dessous, c’est une jauge que chacun doit faire, et je pense que ceux qui n’avaient déjà pas aimé At War With Reality peuvent fuir, car sans Anders Björler c’est encore plus difficile. Mais si l’on oublie tout ça, To Drink From The Night Itself remplit aisément une autre mission, celle de livrer un très bon album de Mélodeath suédois 90’s, une denrée devenue rare et d’autant plus appréciable. C’est surtout ça qu’il faut retenir, on sait qu’At The Gates est capable de mieux, l’a montré il y a quatre ans et bien évidemment deux décennies en arrière, mais passées les déceptions de rigueur To Drink From The Night Itself arrive à convaincre grâce à de bonnes compos ici et là, bien sûr un Tompa toujours aussi mordant, et un style traditionnel qui fonctionne malgré tout, malgré le temps qui passe et les line-ups qui évoluent…

 

Tracklist de To Drink From The Night Itself :

1. Der Widerstand (1:28)
2. To Drink from the Night Itself (3:30)
3. A Stare Bound in Stone (4:08)
4. Palace of Lepers (4:05)
5. Daggers of Black Haze (4:42)
6. The Chasm (3:21)
7. In Nameless Sleep (3:37)
8. The Colours of the Beast (3:50)
9. A Labyrinth of Tombs (3:30)
10. Seas of Starvation (3:56)
11. In Death They Shall Burn (3:59)
12. The Mirror Black (4:42)

 

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