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dimanche 11 février 2018

Brutus + Dragunov @Paris

L'Olympic Café - Paris

Lactance

Dimanche dernier, Kongfuzi Booking proposait un nouveau rendez-vous en très bonne compagnie, avec le trio belge Brutus et Dragunov. Gros plan sur cette affiche post-hardcore/post-metal parisienne, qu'il aurait été sacrément triste de rater à cause de dix centimètres de neige...

 

Dragunov

Lactance : 21h et quelques, il est temps de bouger au sous-sol de l’Olympic Café pour suivre le premier groupe de la soirée. Désormais familier des planches parisiennes depuis la sortie de Korolev, premier album auto-produit, Dragunov officie sous la forme d’un tandem guitare/batterie, dans un registre post-metal purement instrumental. Rien de nouveau à l’Ouest - ou plutôt à l’Est - excepté que le duo s’est construit une identité plutôt sympa en réalité, en faisant cohabiter des ambiances soviético/post-apo/indus dans ses morceaux (et ses visuels).

Absolument rien à redire donc sur la scéno’ de ce soir, qui se montre totalement raccord avec ces thématiques lâchées pêle-mêle. Lumières rouges tamisées, masques anti-bactériologiques sur le visage, un peu de fumigènes et même une ampoule à filament géante qui grésille sinistrement en arrière-fond… Pendant une micro-seconde, on jurerait que l’Olympic Café est en réalité une map cachée du jeu-vidéo S.T.A.L.K.E.R..

Pour ce qui est du concert en lui-même, Dragunov s’applique à nous retranscrire son univers angoissant et souterrain, à coup de progressions happantes, échaffaudées strate par strate (à l’aide de pédales loopers et autres effets). Autrement dit, un jeu instrumental très didactique à suivre pour le public, même si je constate que les moments plus spontanés fonctionnent souvent avec plus de naturel. En particulier lorsque les nappes de guitare massives investissent complètement notre champ sonore, en marchant lentement vers les plate-bandes d'un Godflesh (ou d'une sorte de Cult Of Luna bionique).

Derrière leur instrument respectif, les deux musiciens restent alertes et concentrés, en tentant quelques interactions avec les spectateurs ponctuellement. Sur une grosse heure de set, j'ai toutefois le sentiment que la setlist aurait gagné à être élaguée de trois-quatre morceaux facile, aux évolutions trop linéaires et prévisibles à mon goût. À part ça, Dragunov délivre un set exécuté avec soin et qui fait sens.

 

Brutus

Lactance : On passe à la suite du programme avec la tête d’affiche de la soirée. Si 2017 était clairement l’année de la Belgique en matière de rap (ne serait-ce qu'avec Damso), le post-hardcore noir-jaune-rouge n'a pas non plus déçu l'an passé en trouvant sa nouvelle égérie : Brutus. Après avoir écouté en boucle et en boucle Burst, première petite merveille délivrée par le trio, j'avais vraiment hâte de découvrir le combo en chair et en os à Paris, moins d’un an après son escale au Supersonic.

 

 

Comme sur l’album, les trois musiciens se pointent en attaquant d'emblée par le morceau d'ouverture March. Dès les premières notes de l'intro, le charme se met à opérer grâce aux riffs euphorisants du guitariste Stijn, propulsés par les lignes de basse généreuses de Peter. En un clin d'oeil, le groupe parvient à mettre les spectateurs de l'Olympic dans l'ambiance, en nous gratifiant au passage d'une acoustique parfaite, fidèle à ce son chaleureux obtenu en studio.

 

                    

 

Bien que la base post-hardcore reste caractéristique et prédominante, les trois membres multiplient également les va-et-vient vers d’autres styles complémentaires, comme pour mieux affiner leur marque de fabrique. Refrains lancinants façon rock alternatif, nappes shoegaze éthérées et même quelques blast-beasts viennent parsemer ainsi les titres de la setlist à intervalle régulier. Chaque passage trouvant sa propre cohérence et apportant sa propre richesse à l'univers du groupe, à l'image du morceau Baby Seal (aussi choupi que son titre), qui rappelle en même temps Refused, At The Drive In, Savages et Fugazi.

 

                    

 

Côté scénographie, Brutus aime aussi bousculer les repères du public. Comme le duo allemand Mantar, le trio préfère se montrer inventif en mettant complètement en avant la batterie, installée perpendiculairement à la scène. Plutôt cool pour les premiers rangs, mais pas de chance pour les spectateurs au fond qui, comme moi, doivent se dresser sur la pointe des pieds pour suivre les faits et gestes de Stéfanie, présente derrière les futs et le micro.

 

                                 

 

Pour autant, même si je n'aperçois pas grand chose de son jeu de batterie, la performance vocale de la leadeuse convainc presque à elle seule. Tout au long du concert, la chanteuse belge a le don de provoquer plein de frissons avec son timbre spontané si particulier, limite juvénile dans son approche, mais aussi très touchant de sincérité. Comme prévu, c’est All Along qui marque enfin le point d'orgue du set. En troisième position sur la tracklist de Burst, le titre en question confirme son statut de véritable tube en live, avec ses montées en puissance mélodiques et ses refrains poignants.

 

Irréprochable techniquement et artistiquement, Brutus aura donc dépassé beaucoup d'attentes ce soir, dans ce cadre intimiste qui apporte un cachet supplémentaire. Premier coup de coeur live de 2018 en ce qui me concerne, j'espère que le deuxième album arrivera vite pour remettre le couvert.
 

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Un grand merci à Kongfuzi Booking pour la soirée et à Ronan Thenadey pour ses clichés !