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Album

09 décembre 2014 - U-Zine

Ayreon

01011001

LabelSPV
styleOpéra Metal / Rock progressif
formatAlbum
paysPays-Bas
sortiejanvier 2008
La note de
U-Zine
8.5/10


U-Zine

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Chroniquer un tel album devient une tâche difficile dès que l'on commence à se pencher sur les multiples facettes de cette œuvre aux mensurations hors du commun: 2 CDs, une histoire qui s'enchaîne entre les réalisations, un casting comprenant une petite vingtaine des plus grands noms du métal et une musique qui nécessite de nombreuses écoutes avant même de commencer à en comprendre les tenants et aboutissants. Bien sûr quand on commence une chronique de la sorte, on peut se dire que ce n'est peut-être même pas la peine de se pencher sur le cas de ce groupe qui n'en est pas vraiment un. Mais ce point de vue serait une grave erreur. Lucassen connaît son sujet et montre qu'il sait apprécier les prérogatives de l'écriture de ce qu'il nomme lui-même un « opéra rock ».

Et pour construire un opéra il faut une histoire; et ce concept Lucassen le travaille depuis The Electric Castle, petit à petit il lui donne de la consistance, du relief en dévoilant chaque détail d'un récit alliant technologie, science fiction, interprétation de l'arrivée de la vie sur Terre, et bien sûr les tares tragiques qui mènent les hommes trop sûrs de leurs pouvoirs vers une fin certaine et l'anéantissement de leur monde. Ces tares sont très classiques dans l'écriture classique des tragédies et elles résonnent dans le monde moderne puisqu'on retrouve cette envie d'infini et d'immortalité jusqu'à la déraison voire à l'aveuglement qui n'aura qu'une conséquence pour les personnages: leur disparition, et ceci malgré tous les efforts mis en place pour subsister. Alors je ne dévoilerai rien de plus de cette histoire, le wikipedia du groupe le fait parfaitement. Mais on ne peut pas ignorer ce concept car il oriente la musique et les ambiances, car dans un opéra il y a forcément symbiose entre ces deux aspects. Les dialogues entre chanteurs et musiciens sont poignants et on sent le drame se nouer et leurs voix et donc leurs personnages pleurer, débattre, se désespérer, espérer, et tout simplement vivre. De plus les musiciens soutiennent parfois la performance des vocalistes, comme dans The Fifth Extinction: écoutez cette puissance, cette émotion, ce talent, entre Lande, Englund, Gildenlow et Kusch il n'y a aucune faute de goût ou d'excès, tout est mesuré et en même temps tellement explicite, et surtout tellement métal!

Vous me voyez à ce point à quel degré je m'emballe sur les parties chantées, mais c'est normal puisque dans le concept ce sont les acteurs les plus nombreux et ceux que l'on remarquera en premier. Et cette fois encore Lucassen a effectué un choix judicieux, puisqu'il me semble que deux tendances ressortent chez ces artistes: être capable de faire ressortir le drame qui se noue (après tout on parle d'une race qui inexorablement s'éteint) et on sait que des groupes comme Evergrey, Pain of Salvation, Katatonia et Agua de Annique ont ces talents dans leurs rangs. La deuxième tendance étant de jeter à la face du monde le désespoir des personnages et c'est sur ce point que le chanteur de Blind Guardian ou bien Jorn Lande sont capables de faire des merveilles. On en arrive même jusqu'à l'excès de voix, à une saturation quasi volontaire dans Unnatural Selection, où les chants s'enchaînent, s'entremêlent et se dominent et finissent littéralement par prendre la tête de l'auditeur.

Le truc avec Ayreon, c'est que la musique, bien que très travaillée, passe ouvertement au second plan. Si l'on prend en exemple Beneath the Waves, les instruments ne sont là presque qu'en accompagnement, en ornement, non qu'on s'en plaigne mais on voit déjà l'excès évoqué plus tôt poindre à nouveau. Soit, il y a des passages purement instrumentaux où les mains expertes des stars de l'instrument se révèlent et se font plaisir. Et c'est d'ailleurs sur une chanson comme River of Time que Lucassen a mis à contribution quelques uns de ses invités les plus originaux avec de la flûte et du violon, le tout doublé par la voix de Hansi Kusch, habitué à ce genre de sonorités. Car si on veut repartir sur les innombrables qualités de cet album, on pourrait parler des timbres variés qui le parsèment: flûte, violon mais aussi du synthétique, des claviers et parfois un mélange des deux comme dans The Truth is in here. Quoi de mieux pour parler d'une civilisation engoncée dans son amour immodéré pour la technologie que d'utiliser cette dernière pour peaufiner les ambiances et donner un peu de profondeur aux performances vocales comme sur Waking Dreams.
Je vous vois venir d'ici, et me demander ce qu'il reste de métal dans ces disques? Et bien la réponse est évidente dès la première écoute: ce sont les putains de bons riffs de Liquid Eternity ou de The Fifth Extinction. C'est carré et bien puissant accompagné des soli qui vont bien. Ces morceaux placés dans un océan de finesse et de subtilité viennent à point nommé pour rappeler que la tragédie se joue aussi dans la puissance et le désespoir et la nostalgie peuvent aussi être sonores. Ne vous attendez quand même pas à de grosses explosions car l'ambiance générale de l'album est plutôt posée et calme mais ça on le savait déjà.

Bon je m'aperçois que j'ai tendance à ne plus en finir et à peut-être en dévoiler un peu trop sur un album qui m'a touché, et qui m'a donné envie de découvrir le reste de la discographie d'Ayreon. Ceci m'aidera sûrement à modérer mon jugement mais en attendant si comme moi vous voulez découvrir ce groupe jetez-vous sur cette œuvre fantastique, pour peu que vous aimiez les voix mélodiques du monde du metal !

Disc 1
01. Age of Shadows
02. Comatose
03. Liquid Eternity
04. Connect the Dots
05. Beneath the Waves
06. Newborn Race
07. Web of Lies
Disc 2
01. The Fifth Extinction
02. Waking Dreams
03. The Truth Is Here
04. Unnatural Selection
05. River of Time
06. E=Mc²
07. The Sixth Extinction

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