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Album

22/09/17 - ZSK

Archspire

Relentless Mutation

LabelSeason of Mist
styleUltratechnicaldeathmetal
formatAlbum
paysCanada
sortieseptembre 2017
La note de
ZSK
8/10


ZSK

"On est tous le boomer de quelqu'un d'autre."

C’est parti, ressortez vos cachets d’Ibuprofène les plus concentrés, le groupe de Death-Metal technique le plus taré et le plus rapide de la galaxie est de retour. A coups de teasers, de lyrics video impossibles à suivre et de vidéos marrantes, Season of Mist remet en scène l’inénarrable Oliver Rae Aleron et son débit supersonique qui font passer Francesco Paoli et Dallas Toler-Wade pour des chanteurs de Funeral Doom. Un phénomène qui a propulsé les Canadiens d’Archspire sur le devant de la scène, quitte à récolter quelques moqueries de certains qui ne veulent pas que le Death technique tourne au phénomène de foire. Mais au pays de Cryptopsy, Beyond Creation, Quo Vadis, Augury, Beneath The Massacre et consorts, les zicos gèrent pas mal. Et « Oli Peters » est un moteur pour le Death ultra-technique et ultra-rapide du groupe. Les amateurs de Tech-Death les plus aguerris se seront déjà entichés d’Archspire dès ses premières démos parues sur myspace, qui aboutiront au premier full-length All Shall Align (2011) certes pas abouti et même « exagéré » sur certains points mais qui mettait déjà en lumière les capacités du groupe sur des tueries comme "Ascendance to the Summoning". Et ainsi, au-delà du déluge de sweepings, de blasts, de rythmiques assassines et de subtiles lignes de basse que le groupe propose, il y a ce chant au phrasé ultrarapide et inimitable, qui mine de rien est parfaitement géré, et saura même évoluer avec le temps (parti d’un chant très hargneux, Oliver utilise désormais des vocaux plus graves et Death). Certes, on a l’impression d’avoir affaire à un groupe de Death technique lambda qui aurait été accéléré 3 fois, mais qu’est-ce que c’est jouissif ! Archspire réussissant finalement là où des groupes comme Brain Drill ou Rings Of Saturn ont échoué. Alors on s’accroche devant la nouvelle production des Canadiens car encore une fois la vitesse se présentera à la manière « autoroute allemande » : illimitée.

Si The Lucid Collective (2014) avait permis à Archspire de faire évoluer son style, le groupe n’avait pas encore pondu son mètre-étalon, l’ensemble était relativement linéaire et la production peut-être un peu trop synthétique pour convaincre entièrement. Toutefois, il y a eu pire, et avec le recul on peut quand même dégager quelques morceaux de référence comme "Fathom Infinite Death" ou "Seven Crows and the Oblivion Chain". Relentless Mutation va nous confirmer tout ça et Archspire va en profiter pour améliorer et affiner son style. Fini le son de batterie très claquant et les leads à la limite du MIDI, Archspire livre avec Relentless Mutation sa production la plus équilibrée et la plus « digeste », même le chant d’Oliver n’est pas spécialement surmixé, on reste dans les carcans du Death technique moderne avec ses exagérations mais sur ce point, Relentless Mutation vous fera réduire le dosage d’Ibuprofène par rapport à All Shall Align et The Lucid Collective. Bon progrès sur la forme donc, qui s’accompagnent de progrès sur le fond également. Archspire semble un peu tempérer son côté « tout à fond la caisse » pour proposer des morceaux plus construits, plus réfléchis, plus variés, plus accessibles (quel gros mot) et accrocheurs même. Alors certes, quand Archspire bourre et appuie sur l’accélérateur, il se cambre et nous envoie toujours un déluge très bavard en pleine poire. On continue donc à bien taper du pied devant ces blasts rangés, à opiner avec les rythmiques bien tranchantes, à suivre façon air-guitar master level ces leads et sweepings exécutés de main de maître. Et bien sûr, se retrouver à la limite de la folie à l’écoute des lignes vocales de cinglé d’Oliver Rae Aleron. Mais avec Relentless Mutation, Archspire est en train de devenir un groupe complet, bien loin de son simple statut de curiosité Tech-Death dans le genre « je joue à 1000 à l’heure et gros nawak ».

Dès "Involuntary Doppelgänger", le morceau le plus court de l’album (3 minutes trois quarts), on sent que Archspire veut toujours nous en mettre plein la vue, mais aussi construire quelque chose qui ressemble vraiment à un hit, qui soit immédiatement assimilable contrairement aux morceaux très touffus de The Lucid Collective. Entre riffs bien mordants, solos bien amenés, petit break acoustique et surtout le chant parfaitement placé sur l’ensemble, Archspire se transforme très vite en une machine de Death ultratechnique irrésistible. Le groupe a vraiment travaillé ses morceaux pour faire quelque chose de plus grand et cela se ressent sur ce qui est pour moi la grosse tuerie de Relentless Mutation, le génial "Human Murmuration", où tout est parfait : structures, enchaînements de riffs, enchevêtrement de rythmiques et de leads, jeu de batterie, basse qui n’en fait pas des tonnes (jurisprudence Canada), bien sûr et encore le chant parfaitement dosé, et surtout le groupe nous réserve quelques inoubliables moments de folie furieuse avec ces savants changements de rythmes inopinés. Relentless Mutation semble être l’album de la maturité pour Archspire, en témoigne aussi son morceau-titre où pour une fois et même s’il l’avait déjà un peu fait sur ses deux précédents albums, le groupe aère clairement son propos, avec une vraie intro un vrai break et une vraie outro, le tout pour mieux mettre en valeur la brutalité du reste de son propos, qui encore une fois atteint des records de vitesse, mais on sent que le groupe a vraiment fait un vrai effort de construction avec de subtils ralentissements. Le final "A Dark Horizontal", soit le morceau le plus long composé par Archspire à ce jour (plus de 6 minutes), le prouve encore avec un travail conséquent sur les mélodies et les structures rythmiques pour faire quelque chose d’expéditif mais très réfléchi, agrémenté de jolis breaks (le passage électro est savoureux) et d’une conclusion épique tout à fait logique.

Pour le reste, nous avons affaire à du Archspire classique mais qui demeure inspiré. "Calamus Will Animate" est aussi un sacré hit avec un Oli qui se lâche complètement et nous livre une démonstration en règle de ses capacités. En revanche, je suis moins convaincu par "Remote Tumour Seeker", qui bourre sec avec des accélérations mortelles mais qui est un peu desservi par son refrain simpliste et répétitif, prouvant que Archspire ne réussit pas forcément son coup quand il essaie d’être un peu plus accrocheur. "The Mimic Well" m’apparaît aussi quelque peu anecdotique, ce n’est donc pas cette fois-ci que Archspire livrera un vrai chef-d’œuvre mais ses progrès de fond comme de forme sont évidents et des morceaux comme "Human Murmuration", "Calamus Will Animate" et "A Dark Horizontal" prouvent qu’il est en plein dans son apogée artistique et n’est pas loin de pondre un truc qui fera vraiment date. Relentless Mutation est son album le plus court (même pas 31 minutes), pas le plus dense ni le plus brutal, mais le plus riche et le plus construit c’est une certitude. Et mine de rien, on retient surtout la performance de l’ensemble plutôt que la seule performance d’Oliver Rae Aleron, et Archspire est bien plus qu’une curiosité dans le domaine du Death-Metal technique. Le meilleur groupe de Death technique moderne de l’école nord-américaine, c’est à chacun de juger, mais le plus fou et le plus rapide, c’est presque une certitude, et avec ce Relentless Mutation beaucoup plus subtil et travaillé qu’il n’y paraît, Archspire peut marquer des points dans l’esprit de chacun. Pas encore parfait de A à Z, ce troisième album d’Archspire est tout de même un nouveau défouloir jouissif, pour s’essayer au karaoké de la mort sur "Involuntary Doppelgänger" ou "Calamus Will Animate" si cela vous amuse, ou pour apprécier le touché ultratechnique d’un des groupes les plus excitants et remuants de ces dernières années en matière de Metal moderne hyper touffu.

 

Tracklist de Relentless Mutation :

1. Involuntary Doppelgänger (3:46)
2. Human Murmuration (4:13)
3. Remote Tumour Seeker (4:01)
4. Relentless Mutation (4:35)
5. The Mimic Well (4:05)
6. Calamus Will Animate (3:50)
7. A Dark Horizontal (6:10)

 

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