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samedi 10 juin 2017

System of a Down @Zénith - Nancy

Amphithéâtre plein air - Maxéville

Hugo

J'avais alors 12 ou 13 ans quand je me décidai à acheter mon premier CD : Toxicity. À peine inséré dans la chaîne Hi-Fi familiale, je me rends compte à l'écoute de l'album qu'aucun autre ne m'avait autant retourné l'esprit et le corps précédemment, moi qui n'était pourtant pas familier avec ce genre de musique. Les années sont passées et, comme beaucoup de gens ayant grandi avec le groupe j'en ai l'impression, je garde un profond respect pour la formation sans l'écouter régulièrement pour autant.
On apprenait la nouvelle il y a quelques mois : System of a Down retournera en tournée, qui succède ainsi à celle de 2015, et comprendra un passage par la Lorraine et le Zénith de Nancy, dont la programmation est d'ordinaire assez maigre. L'idée de retrouver le groupe qui me berça tant plus jeune me séduit et m'effraie en même temps, forcément, à la vue des retours ultra variés auxquels j'ai eu le droit. Mais qu'importe, comment louper cela ? L'opportunité est évidemment saisie (merci à Joseph) et l'on se rend ce mercredi 7 juin à Nancy.

Comme pour Rammstein il y a 4 ans, c'est la configuration d'amphithéâtre en plein air qui est ce soir en place. Pas moins de 25.000 personnes sont donc réunies sous la presque pleine lune de juin pour assister au show. Zénith oblige, les files d'attente sont énormes, qu'il s'agisse de l'accès à l'amphithéâtre ou aux bars (une dizaine de files avec une heure d'attente pour chacune). Fait amusant, des acharnés semblent avoir pris le contrôle d'une buvette dépourvue de serveurs, essayant désespérément de brancher les fûts. Une fois arrivés et positionnés vers les consoles de sonorisation (très bon spot dans ce genre de cadre), on s'attend à voir Code Orange débouler, jusqu'à que l'on se rende compte qu'il s'agit en fait des membres de SOAD qui foulent les planches. Dommage pour cette première partie et son Hardcore qui semble envoyer méchamment en live, et qui aurait sûrement constitué une très bonne entrée en matière (rappelons que Mass Hysteria était sensé ouvrir le bal en plus des deux groupes).

Le concert débuta ainsi sur "Soldier Side", suivi alors de "Suite Pee" (qui ouvre l'album éponyme du combo) et ses riffs psychédéliques qui vont nous fournir très rapidement les premiers frissons de la soirée. L'efficacité est remarquable et, premier gros constat, le son de ce soir est très bon, voire carrément imposant et écrasant lorsque "Prison Song" résonne. Et c'est précisément à ce moment que les mots commencent à me manquer. Comment dire ? Tous les souvenirs du Hugo tout juste adolescent qui se passe le morceau en boucle ressurgissent. Et cela marquera donc le début de la fin, le début d'un concert qui ira crescendo en intensité, au rythme du soleil qui se couche au dessus de nos têtes. Hormis la présence d'un "Aerials" qu'on aurait peut-être préféré être intégré plus tard dans le set, de nuit, le groupe ira d'enchaînements intelligents en enchaînements intelligents. Le tout parsemé de titres plus rares qui font sourire, issus notamment du Steal This Album ("Mr. Jack", "Pictures", "Highway Song") ou encore de la seconde démo du groupe avec "Honey".

Les tubes sont légion et j'ai vite fait de me rendre compte que je connais encore les paroles de quasiment tous les titres par cœur. Quel plaisir que d'avoir le droit à "Needles" et "Deer Dance" où l'on crie à s'en déchirer la gorge, le tout suivi d'un "Radio/Video" et de ses "Lalala" frénétiques que le public semble chanter sans rechigner quand, dans le même temps, chacun saute sans contrôler ses jambes. En tout cas c'est comme ça que j'ai vécu la chose. Car comment ne pas devenir fou quand le groupe nous balance un "Bounce" ou un "Psycho" qui donnent envie de tracer dans les premiers rangs s'en donner à cœur-joie tels les gosses énervés que nous fûmes lors de nos premiers concerts Punk ? Simplement se laisser emporter par la musique sans s'arrêter. Ou alors s'accorder un instant de pause marqué par "Question!" ou "Kill Rock 'n Roll" dont les interprétations sont tout bonnement à la hauteur de nos attentes, et nous permettent ainsi de reprendre les paroles de vive-voix.
On danse avec les uns, on monte sur les épaules des autres pour apprécier le spectacle d'en haut, et l'on se rend simplement compte que le tout est emprunt d'une magie incroyable. L'alchimie fonctionne à merveille, tant les musiciens semblent sincèrement heureux d'être là, et qu'il est impossible de résister à la joie communicative d'un Serj Tankian particulièrement en forme vocalement, dont le sourire est largement discernable même quand on se situe à plusieurs mètres de lui.

Retour à la réalité avec un "B.Y.O.B." qui se faisait attendre ("Why do they always send the poor?" !!!) et qui nous démontre à quel point le groupe est professionnel et ne joue aucune note de travers. Car c'est aussi sûrement ce qui fait que le tout est ultra solide et fédérateur : SOAD a sa personnalité et demeure indéniablement un groupe unique qui interprète ses morceaux à la perfection.
L'immersion est d'autant plus réelle avec tous ces jeux de lumières impressionnants, et le fond de scène pour le moins original (genre de gros triangles d'écrans mouvants) qui tantôt projette des couleurs chaudes, tantôt des images psychédéliques délirantes. Alors lorsque "Cigaro" arrive, précédé d'une intro pour le moins amusante ("can't you see, how stupid this song is ?"), c'en est véritablement fini. Le titre est jouissif, et sera le dernier des extraits de l'album Mesmerize qui a eu une très bonne place dans la setlist de ce soir (8 titres joués au total, ex-æquo avec Toxicity). Et ce n'est pas fini, car le groupe terminera son concert par la traditionnelle doublette "Toxicity"/"Sugar" tant attendue. Les musiciens quittent la scène, après plusieurs photos et lancers de baguettes et médiators dans le public. Pas de rappel, malgré l'absence d'un "I-E-A-I-A-I-O" qu'une partie de la foule réclame. Il est un peu plus de 23h, et le groupe semble avoir joué si peu de temps. Mais non, on a bien eu le droit à 1h45 de show ultra intense, qui semble en avoir duré le tiers.

Résumer l'expérience paraît compliqué. SOAD version 2017 en concert, c'est un pur enchaînement de hits sans temps de pause, tels les Ramones du Metal, qui saura réveiller en chacun l'adolescent qui écoutait le groupe sur la route de son collège. Ou plus simplement, c'est un sourire aux lèvres constant et des étoiles dans les yeux qui vous suivront même en quittant les lieux. Comprenez, il est difficile de trouver des choses à redire sur le show, et dieu sait que si j'avais été déçu le ton du report aurait été plus amer. Alors certes, certains titres sont un peu ralentis par moments, et d'autres fonctionnent moins bien en concert. Mais force est de constater que le tout est ultra-carré du début à la fin, et que je ne vois guère l'intérêt donc de ne pas en retirer que du positif. Retour sur la route, et toute la galère que quitter Nancy implique. Certes, tout le monde est fatigué, mais on se demanderait presque si claquer 50 balles pour voir le combo à nouveau ne serait pas une bonne idée...

Setlist :

1. Soldier Side - Intro
2. Suite-Pee
3. Prison Song
4. Violent Pornography
5. Aerials
6. Mind (extrait)
7. Mr. Jack
8. DDevil
9. Needles
10. Deer Dance
11. Radio/Video
12. Hypnotize
13. Dreaming (extrait)
14. Pictures
15. Highway Song
16. Darts
17. Bounce
18. Suggestions
19. Psycho
20. Chop Suey!
21. Lost in Hollywood
22. Question!
23. Lonely Day
24. Kill Rock 'n Roll
25. War?
26. B.Y.O.B.
27. Honey
28. This Cocaine Makes Me Feel Like I'm on This Song
29. Cigaro
30. Toxicity
31. Sugar