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vendredi 20 janvier 2017 - Di Sab

Black Sabbath + Rival Sons

3Arena - Dublin

Di Sab

Deep Purple cette année, Twisted Sisters l’année dernière, Motley Crüe l’année d’avant, si l’on ajoute à cela les décès de plus en plus nombreux, quiconque constatera que ces dernières années, le monde assez restreint des groupes de metal ayant la stature d’headliner est en train de changer radicalement. Depuis le 11 novembre 2011, la reformation du plus grand groupe de l’Univers a été chaotique : de la tempête médiatique Bill Ward (avec cet échange de vérité et de contre-vérité par interviews) au  lymphome d’Iommi, on sentait un je ne sais quoi de ténu, pressentiment qui n’allait pas durer longtemps.  La rémission de Tony, le plutôt solide 13 et la grande tournée le défendant d’une main de maître (pouvait-il en être autrement ?) m’avait presque fait oublier cette vacuité. Sabbath avait mis du temps à se mettre sur les rails, mais c’est bon là, on en a pour 2 albums et 10 ans minimum. Apparemment pas. Malgré quelques lueurs d’espoirs, des petites bribes d’interviews d’Iommi disant que ce serait juste la dernière tournée de cette envergure, que des dates isolées en festival et un nouvel album restaient de l’ordre du possible, les 7 dates de 2017 semblent être les seules dernières occasions de (re)voir le quatuor devenu trio.  Les deux derniers shows de Birmingham étant largement hors de ma portée d’un point de vue financier, j’ai du me rabattre sur le dernier show hors Royaume Uni, à la 3Arena de Dublin.

En arrivant dans la salle (qui intérieurement ressemble pas mal à Bercy, soit des gradins en C face à la scène, les deux éléments étant séparés par la fosse) plusieurs choses me frappèrent : tout d’abord le public était extrêmement familial et il n’était pas rare de voir 3 générations de la même famille venir une dernière fois applaudir le Sabb, par ailleurs, je ne sais pas si c’est propre aux gros évènements ou à l’Irlande mais ce soir, les cornets de pop corn ont eu autant de succès que les bières. Le tout donnait au concert une ambiance « sortie au parc le Dimanche après-midi » assez déconcertante et assez loin de ce dont je suis habitué mais ce n’était pas désagréable pour autant. Des pubs pour le fameux EP contenant quelques médiocres titres exclusifs issus de l’enregistrement de 13 projetées toute les 5 minutes sur la toile de 10m de haut destinée à cacher le matos de la tête d’affiche sont, elles, en revanche, un peu plus chiantes.

Le thème mythique de Le Bon, la Brute et le Truand (chanté en cœur par tout le public) introduira les californiens de Rival Sons.  J’ai suivi de très très loin la trajectoire ascendante du groupe, assez similaire à celle de Blues Pills si j’ai bien compris, avec un nom de plus en plus gros sur des affiches de fests de plus en plus prestigieux, le tout saupoudrés de passages sur Canal +, rassemblant derrière eux un public metal un peu périphérique, de ceux qui lorgnent vers le rock. Je ne suis pas très sensible à cette mouvance, néanmoins, Rival Sons fait office d’apéritif de qualité. Il n’y a vraiment rien de désagréable dans ce qu’ils ont proposé, vraiment. C’est du Led Zeppelin moderne quoi.  Bonne maîtrise des instruments, un groove assez classique avec des passages un peu plus free au synthé, et, à l’inverse d’Uncle Acid & the Deadbeats (la première partie de Bercy), une bonne appropriation du petit espace scénique alloué (là où Uncle Acid étaient statiques et semblaient effrayés par le gigantisme de Bercy).  La formation délivre un set équilibré, gavé de refrains hyper fédérateurs (Keep on Swinging) et contenant même une sorte de ballade (Fade Out).  Après, il y a toujours un petit quelque chose innommable qui m’empêche d’adhérer corps et âme à tous ces groupes, je ne saurais dire quoi.  Un petit vague sentiment d’être devant quelque chose d’un peu aseptisé, une voix un peu trop parfaite, un son un peu trop clinique même dans sa distorsion, des compos un peu trop calquées, des envolées pas trop timorées ; ce tout ne me permet pas de percevoir totalement les émotions qu’essaie de transmettre le groupe. Et bien que les membres semblent réellement sincères, on sent qu’ils sont honorés d’être ici (qui ne le serait pas ?) j’ai tout de même l’impression d’être devant quelque chose qui s’apparenterait à une sorte de version industrielle de mon plat préféré, pas désagréable sur le moment et meilleur que des tas d’autres choses, mais incomparable avec l’original.  Un bon moment, juste ce qu’il faut, qui ne m’a cependant pas aidé à comprendre ce qui distingue Rival Sons de la pléiade d’autres. D’ailleurs, même si la perf était moins impressionnante, l’ouverture par Uncle Acid à Bercy étaient plus cohérente et plaisante. 

Setlist :

Hollow Bones Pt. 1
Electric Man
Secret
Pressure and Time
Open My Eyes
Fade Out
Torture
Keep On Swinging

 J’ai une frustration incommensurable au moment d’écrire ces lignes car je sais, au fond de moi, que jamais plus je ne ressentirai cette espèce  d’excitation qui précède tout juste l’entrée en scène de Black Sabbath. Quand le temps s’allonge de plus en plus à mesure que les minutes s’égrainent. Comme le matin de Noël où tu ne peux pas réveiller tes parents avant une certaine heure pour descendre voir si le Père Noël est passé. Ce sentiment s’accroît et s’accroît, à mesure que leur espèce de film d’introduction défile (un truc absolument affreux, un Satan tout en image de synthèse dégueulasses qui se la joue dragon de Game of Thrones et fait exploser le monde en mode Hiroshima et à la fin il y a marqué Black Sabbath en flamme : du meilleur goût vous en conviendrez), et hop, bruit d’orage, cloche, levée de rideau, chape de plomb, triton, Black Sabbath. 15 000 irlandais se demandent ce qui se tient derrière eux,  avant de supplier le Seigneur de leur venir en aide alors qu’Ozzy mime un Christ absurde. Le top. Alors que War Pigs faisait démarrer le tout sur les chapeaux de roue, Black Sabbath est un immense crescendo, suffocant jusqu’à la délivrance Iommi, où tout le monde est autorisé à devenir dingue, pour citer en VOSTFR le maître de cérémonie.

 Fairies Wear Boots et l’étouffant Under the Sun (absent au Hellfest 2016) succèderont, incroyables, comme à l’accoutumée. Ozzy, maillon faible de l’actuel Sabbath, sera phénoménal tout le set, à l’exception d’After Forever. Je me demande d’ailleurs pourquoi ils ont inclu ce titre, pas le plus simple à interpréter. Sweet Leaf aurait peut être été plus adéquat (si on décide de rester sur Master Of Reality), sinon, Electric Funeral se serait imposée d’emblée, étant donné qu’ils privilégient depuis la reformation les chansons les plus graves, afin de permettre à Ozzy d’avoir une chance d’être juste.  La doublette Into the Void/Snowblind me laisse sur les rotules, deux de mes 3 titres préférés. On embraye sur War Pigs, qui me fait pleinement prendre conscience de l’intérêt de voir Black Sabbath face à un public anglophone. Ca ne cafouille pas sur les paroles, pas de yaourt sur Just like witches at black masses et suivants. Par ailleurs, on sent la dimension « supporter » dans ce public irlandais. Moins violents que les français (je me souviendrai toujours de ces énormes poussées en avant et de ces incalculables crowd surfing), ils sont néanmoins très motivés lorsqu’il s’agit de chanter, de crier et de taper dans les mains, une foule parfaite pour Ozzy et ses Come onclap your hands

Que dire du groupe ? Je vous ai dit qu’Ozzy était juste. Les deux autres sont des valeurs sûres. Iommi, étrangement, a fait quelques pains en tentant de rallonger ses soli, mais je ne pourrai jamais lui reprocher quoi que ce soit tant la moindre objectivité n’est pas concevable face à lui. Geezer, comme d’habitude, force le respect. Sa main toute blanche qui contraste sur son habit noir me fascine. Lignes impériales,  Basically un poil rallongé et toujours aussi jouissif, aw ! <3.  Quant à Clufetos, je continue de ne pas y arriver. Il se pourrait que ce soit parce qu’il est trop influencé par le jeu de Bonzo, en démontre son look, son gong et sa fascination pour la grosse caisse. Là où le jeu de Bonham alourdi Led Zeppelin à grand renfort de grosses caisses justement, le jeu de Bill Ward faisaitt respirer Sabbath par ses plans tout en subtilité, un peu jazzy. Les deux équilibraient leurs groupes respectifs Le jeu de Clufetos convient à la limite au répertoire solo d’Osbourne, mais là, ça ne va pas. Je préfère également gommer de ma mémoire son putain de solo aussi long que chiant (mais qui a le mérite de bien introduire Iron Man).

Qu’importe, tout le reste est parfait. Setlist Best Of axée sur les 4 Premiers albums (à l’exception de Dirty Women), avec  en supplément par rapport à la dernière fois Hand of Doom et ce medley Supernaut/Sabbath Bloody Sabbath sorti de nulle part. L’incontestable point fort de ce concert vient du fait que l’on ressent une certaine forme de spontanéité de la part du groupe, ce qui est aussi rare qu’agréable. Ozzy est beaucoup moins statique qu’à l’accoutumée, tente des excursions sur le côté de la scène, montre ses tétons sans raisons apparentes, met le bonnet qu’un fan lui envoie sur scène et abuse un peu moins des sempiternels et téléphonés God bless you all ou autres You’re number one ! tout en continuant ses petits gimmicks (les petites foulées sur place). Excusez du lieu commun, mais on sent un réel plaisir entre les 3 de jouer ensemble, se rapprochant fréquemment entre les morceaux, s’échangeant des petites tapes sur les épaules etc.  Scéniquement, les projections sur les écrans n’ont pas changé : filtres psychédéliques, explosions, flammes, le tout pour un résultat un peu kitch et moins travaillé que sur le 13 Tour. Au rayon des nouveautés, on notera la pyrotechnie et le lâché de ballons géants sur Children of the Grave, et des confettis sur Paranoid, le reste du concert étant comme à l’accoutumée esthétiquement sobre.

  Après ce Paranoid final justement repris par l’ensemble de la foule, un énorme The End enflammé est projeté sur l’écran. Le groupe reste de bien longues minutes sur scène, alors que Zeitgeist résonne dans la sono. Pendant qu’Iommi distribue ses médiators, je m’interroge sur le futur du groupe, qui officiellement ne sera plus après le 4 février : la santé d’Iommi et l’âge d’Ozzy me laissent à penser que nous serons épargnés d’une pantalonnade Judas Priest ou d’un cas Scorpions. Néanmoins, justement cette proximité entre les membres du groupe, ces petites bribes dans la presse ou encore le fait de rallonger un peu les soli peuvent laisser entrevoir un hypothétique futur. Je ne saurais même pas dire si j’ai envie d’un avenir pour eux, étant donné que je sors d’un des meilleurs concerts auquel il m’a été donné d’assister, et que je ne reverrai jamais le groupe dans des conditions aussi optimales. A l’inverse de Motörhead, Black Sabbath a su s’arrêter à temps et vient de tirer sa révérence dans la dignité qui incombe au plus grand groupe de l’univers (oui, rien que ça). Si vous décidez de revenir messieurs, j’espère que vous ne gâcherez pas tout. Et si c’est réellement la fin, merci, merci, merci. Pour tout. God bless you all!       

Setlist : 

Black Sabbath
Fairies Wear Boots
Under the Sun/Every Day Comes and Goes
After Forever
Into the Void
Snowblind
War Pigs
Behind the Wall of Sleep
N.I.B.
Hand of Doom
Rat Salad (Medley Supernaut/Sabbath Bloody Sabbath + Solo de Tommy Clufetos)
Iron Man
Dirty Women
Children of the Grave

Encore:

Paranoid