Interviews Retour
samedi 22 octobre 2016 - Michael

In Flames (Anders)

Anders Fridèn

Michael

Avocat le jour, rédacteur sur Horns Up la nuit et photographe à mes heures perdues.

C'est dans un hôtel du 9ème arrondissement de la capitale que nous avons retrouvé un Anders calme, reposé et étonnamment prolixe, pour évoquer l'avenir du groupe et son nouvel album, Battles.

L'interview est également disponible en anglais, par ici : English version.

*

Horns Up : Après de très longues tournées à travers l’Europe et l’Amérique du Nord en 2014 et 2015, vous avez enfin pu prendre le temps de vous (re)poser depuis le début d’année. Comment te sens-tu après ces mois intenses ?

Anders : Excellemment bien ! On avait tous besoin de prendre un peu de repos, surtout après le départ de notre batteur. Il voulait se retrouver chez lui et passer du temps avec sa famille. On a passé tous les étés ces dernières années à parcourir les festivals, à être en tournée, si bien qu’on n'a pas vraiment eu de vacances. Tu quittes un festival le mercredi, tu rentres chez toi le dimanche ou le lundi suivant et ainsi de suite. C’était plus que nécessaire pour nous d’avoir un peu de temps en dehors d’In Flames, et d’être juste un père et un mari.

Je sais que tu aimes plaisanter sur la vie en tournée, et plus particulièrement dans les « tour bus ». J’ai souvenir d’avoir croisé Peter (ndr : le bassiste du groupe) devant Bercy lors du Unholy Alliance de 2006 à Paris où il nous avait dit, alors qu’on sollicitait une photo : « Oh, Morning Photo » ! C’était fou pour nous, il était 16h et il avait l’air complètement déconnecté. Vous appréciez toujours ce rythme de vie ?

Oui, sinon je crois que l’on aurait tout arrêté. Tous les gens qui ont quitté le groupe n’aimaient plus ce genre de choses, ce qui n’est pas mon cas. Parfois, on aimerait avoir un téléporteur pour pouvoir rentrer chez soi rapidement, mais j’aime toujours cette façon de vivre, rencontrer les fans, jouer pour eux et voir leurs visages heureux. C’est la même chose que pour n’importe quel autre emploi à vrai dire, c’est mon rêve mais ce n’est au final qu’un job, c’est ce qui paye mon loyer. Donc forcément tu auras des jours avec et des jours sans, quoi que tu fasses. Ça arrive. Mais, au final, c’est le meilleur job que l’on puisse avoir.

Penses-tu qu’un tel rythme de vie, après autant d’années, peut devenir une source de conflit entre les membres du groupe ?

C’est très simple pour moi d’énerver les autres membres du groupe. Je sais exactement comment m’y prendre, et c’est pareil pour eux. Ils savent précisément comment jouer avec mes nerfs. Mais c’est une chose avec laquelle on a appris à vivre. Je crois qu’on a réussi à trouver un équilibre et à essayer d’être les meilleurs possibles dans ce qu’on fait. C’est certain que la vie privée en prend un coup en tournée, il y a toujours des choses à faire, du bruit, du monde autour…

Toujours à la recherché d’un endroit silencieux (ndt : « quiet place » dans le texte)…

Exactement, oui. On a un matelas, un lit, mais c’est bien tout…

Vous sortez un nouveau DVD aujourd’hui (ndr : l’interview a été effectué à Paris le 23 septembre 2016), enregistré à Göteborg en Suède. J’ai eu l’opportunité de l’écouter et j’ai vraiment retrouvé l’intensité de vos prestations à Paris en 2014 et au Hellfest en 2015. Est-ce que tu penses qu’In Flames s’améliore en live avec le temps, comme un bon vin ?

J’espère (rires) ! J’espère qu’on ne devient pas aigre ! Après, j’imagine que cela dépend beaucoup de celui qui nous écoute. Certains pensent que nous étions uniquement bons dans les années 90, d’autres le contraire. Ce que je sais en tout cas, c’est qu’on est devenu de meilleurs musiciens. Je pense également qu’on écrit de bonnes chansons et qu’on est très bons à être In Flames. Mais c’est mon point de vue.

S’agissant du DVD, je dois remercier Patrick Ullaeus qui a filmé et monté la vidéo. Sa façon de faire a été encore une fois fantastique. La façon dont il arrive à vous plonger dans le concert et vous donner l’impression d’y prendre part. On a eu l’occasion de montrer certaines parties du DVD à des fans lors de notre tournée promotionnelle, et nombre d’entre eux nous ont dit qu’ils avaient eu envie d’applaudir à plusieurs reprises comme s’ils assistaient vraiment au concert, avant de réaliser qu’ils étaient juste en train de regarder un écran (rires).

Et c’est exactement ce que l’on attend d’un DVD live !

Effectivement. Parfois cela peut être trop propre, trop enjolivé. Mais il a réussi à capturer le concert de la plus belle des manières, tout comme Robert qui a enregistré et mixé le son.

C’est en effet toujours difficile de trouver l’équilibre entre un son livre brouillon mais vivant, et un son trop édité qui perd son atmosphère live.

Oui.

Bien qu’en 2014 et 2015 la setlist était principalement orientée pour la promotion de l’album Siren Charms, vous avez récemment ajouté plusieurs titres anciens dans vos setlists. Vous ressentez un plaisir à particulier à rejouer de nouveaux titres ? C’est quelque chose auquel vous pensez lorsque vous élaborez vos setlists ?

Je pense que c’est important d’avoir une dynamique dans le set. Il y a différentes couches d’In Flames que nous voulons apporter et mettre en avant. Ça peut apporter un petit quelque chose en plus à ceux qui préfèrent nos anciens albums, puisqu’ils chérissent le plus cette période. Mais on ne veut certainement pas faire toujours et toujours la même chose. Alors, évidemment, il y a toujours des titres que nous sommes obligés de jouer, sinon les gens seraient déçus. Ils nous diraient « Pourquoi ? Pourquoi ne pas avoir joué cette chanson ? », et bien parce qu’on la joue tous les soirs (rires) ! C’est de plus en plus difficile de créer des setlists cohérentes. A chaque nouvel album, tu as envie de le promouvoir.

En tout cas, on débutera notre tournée en novembre, et on ne va jouer que quelques titres de Battles pour commencer, puis nous en ajouterons au fur et à mesure de la tournée. J’imagine qu’il nous faudrait plus de temps de jeu pour jouer tout ce dont nous avons envie !

J’imagine que tu es au courant, et je suis désolé si cela va te faire ressentir le poids des années, mais l’album The Jester Race fête ses 20 ans cette année.

Oui, je suis au courant de ça… (rires).

Est-ce qu’une tournée où In Flames joue l’intégralité d’un album pourrait être envisagée ?

Non, pas vraiment. De nombreux groupes font ça, mais ça ne m’intéresse pas. C’est un excellent album, et j’imagine que c’est le plus important pour moi d’une certaine façon, puisque c’est le premier après mon intégration dans le groupe. Cela me rappelle de grands moments, quand tout a commencé à aller vite autour de nous, la signature avec Nuclear Blast notamment, ce qui est assez amusant puisqu’après 20 ans on vient de resigner chez eux. La boucle est bouclée en quelque sorte. Quoi qu’il soit, il est possible que l’on joue quelques chansons de cet album. Je ne sais pas. On verra le moment venu, car la tournée va être longue…

Parlons un peu de votre nouvel album intitulé Battles qui sortira en novembre prochain. Est-ce l’album dont tu es le plus fier à ce jour ?

Ce serait la solution de facilité pour moi que de dire oui. Je suis fier de chaque album qui sort, puis je vais de l’avant et pense au suivant. Je ne m’enferme pas dans le passé et j’aime absolument tous les albums d’In Flames. Ils sont tous importants, ils ont tous leur atmosphère, leur son, mais au fond cela reste du In Flames. En tout cas, ce nouvel album est le plus récent, le plus amusant et le plus intéressant que l’on ait eu à enregistrer. Et je pense que c’est le mieux que l’on pouvait faire. C’est ce que nous pensons en tant que groupe, même si d’autres personnes extérieures au groupe ne penseront probablement pas la même chose. En tout cas, je suis très fier de cet album, et il est exactement comme je voulais qu’il soit.

Avant l’enregistrement de Siren Charms, vous aviez vendu votre propre studio et décidé de l’enregistrer au Hansa Studio à Berlin avec le producteur Roberto Laghi. Cette fois, vous avez décidé d’enregistrer Battles à Los Angeles avec le producteur Howard Benson. Pourquoi ces choix ?

Nous avions envie de changement. Nous étions très contents de Robert et de tout ce que nous avons fait avec lui, mais nous avions l’impression qu’il était temps de passer à autre chose. J’ai toujours voulu travailler avec ces producteurs qui travaillent aux côtés de très grands groupes et qui ont collaboré à l’enregistrement de mes albums préférés. Et il s’avère que la plupart d’entre eux sont nord-américains (rire). Nous avons donc demandé à notre management d’organiser des rencontres avec 7 ou 8 producteurs différents. Ils ont tous été très bons, mais nous avons fini par choisir Howard Benson parce qu’il nous a dit les bonnes choses. Il est situé à Los Angeles et nous a dit de venir profiter un peu des alentours avant l’enregistrement de l’album pour se relaxer et nous avons évidemment dit oui !

Los Angeles n’est effectivement pas le pire endroit sur Terre (ndt : pour les musiciens).

Non, c’est même l’inverse. J’ai aimé enregistrer nos précédents albums, mais quand je repense à l’enregistrement de Siren Charms à Berlin en novembre… Ici il faisait beau et chaud.

Comment s’est passé l’enregistrement ? Vous avez changé votre approche et vos habitudes d’écriture et d’enregistrement ?

Il y a eu beaucoup de changements, je dirais. Avec Bjorn on a essayé d’avoir l’esprit le plus ouvert possible par rapport à ce que l’on avait fait auparavant. La musique a été composée séparément de l’écriture des paroles, puis le tout a été arrangé ensemble par la suite. Howard voulait toujours écouter des extraits de nos compositions pour voir ce vers quoi les chansons tendaient. Avec Bjorn, on a dû collaborer ensemble d’une manière inédite, en écrivant nos propres démos et en enregistrant des éléments, et ce même si toutes les chansons étaient déjà connues des membres du groupe en arrivant à Los Angeles. Cela nous a pris beaucoup de temps pour tout mettre en place, mais nous avons passé un excellent moment à écrire et enregistrer cet album. Au final, on s’est demandé pourquoi on n’avait pas procédé de cette façon par le passé ! Avoir quelqu’un comme Howard pour écouter nos démos et nous donner son avis, c’était très important. « Avez-vous pensé à ça ? », « on a besoin d’une chanson rapide là », « comment voulez-vous que les fans appréhendent votre message à cet endroit ? » etc. Il nous a apporté une vision profonde de la façon d'enregistrer cet album, alors même qu’il est toujours resté en dehors du process d’écriture et qu’il ne nous a jamais imposé quoi que ce soit, si ce n’est d’être et de rester In Flames. Il voulait jusque qu’on apprécie vraiment cet album, et qu’il soit le meilleur et le plus cohérent possible.

L’album aborde-t-il des thèmes particuliers ?

Battles évoque principalement les combats intérieurs que tout le monde peut rencontrer. Du premier jour où vous commencez à réfléchir et à ressentir ce qui se passe autour de vous, jusqu’au jour où vous mourez, tout le monde fait face à ce genre de luttes internes. Sur la façon de gérer ses sentiments tout en essayant de leur échapper, par moments. Comme lorsque vous essayez de digérer votre passé, vos souvenirs, en gardant néanmoins un œil sur le futur que vous devez accueillir du mieux possible. Sinon vous seriez bloqué, à ressasser vos opportunités manquées.

Après une brève écoute de l’album, je n’ai pas ressenti l’atmosphère mélancolique des précédents albums. Même si vos derniers albums contenaient de plus en plus de passage en voix claire, il y avait toujours ce sentiment général de tristesse qui les irriguait. Battles me semble plus joyeux et plein d’espoir. Tu es d’accord avec ça ? Est-ce que cela à quelque chose à voir avec le fait qu’il a été enregistré sous le soleil de Los Angeles et non dans le froid polaire de Berlin (rires)?

Je pense que ton observation est 100% exacte. L’environnement dans lequel on a enregistré l’album se retrouve vraiment lorsqu’on l’écoute. Mais je pense que Siren Charms était un album important à faire, et nous sommes très fiers de la façon dont il sonne, qui était probablement due au fait que nous étions à Berlin pour l’enregistrer. Mais maintenant nous avons ce nouvel album qui, effectivement, est bien différent.

Comme par le passé, vous avez utilisé dans ce nouvel album des sons électroniques et même des chœurs. J’imagine que le tout sera joué en live par des samples. Avez-vous déjà réfléchi à intégrer un claviériste au groupe ou des chœurs sur scène ?

On en a souvent discuté et cela arrivera peut-être un jour. Mais le fait est que c’est beaucoup plus simple de rester à cinq membres (rires). Mais nous verrons bien.

Pour promouvoir Siren Charms et Battles, vous avez fait plusieurs clips et autres lyric videos. Aimeriez-vous aller plus loin et, pourquoi pas, réaliser un court-métrage ?

Ça ne me dérangerait pas du tout. Un jour, j’aimerais beaucoup enregistrer la bande originale d’un film. Pas nécessairement de notre film ou pas forcément une bande son enregistrée par In Flames mais juste moi. J’aimerais composer des titres pour un film, donc, qui sait ? Mais, pour le moment, je suis pleinement concentré sur le groupe.

Vous travaillez avec le même producteur vidéo, Patrick Ulleaus, depuis 2006. Peux-tu m’en dire plus sur votre collaboration et les raisons qui font que cela dure?

Il est juste exceptionnel, voilà pourquoi ! C’est aussi simple que à ça. Non seulement c’est un très bon ami, il est le parrain de ma fille et je l’adore, mais c’est quelqu’un qui va de l’avant et qui tente beaucoup. Lorsqu’on lui demande quelque chose, il ne dit jamais non et tente tout ce qui est possible pour y parvenir. Parfois cela ne fonctionne pas, mais il fait toujours de son mieux. Il parvient également toujours à mettre dans ses films ou ses vidéos la vision que nous avons de notre musique. Et en plus de cela et des excellentes idées qu’il a, c’est un excellent photographe. La relation fonctionne.

Après 17 ans dans le groupe, Daniel (ndr : Daniel Svensson, le batteur du groupe) a décidé de quitter In Flames. Ce fut une surprise où vous sentiez déjà que c’était inévitable ?

Il ne nous a pas dit qu’il réfléchissait à quitter le groupe, mais je crois qu’on l’a tous senti venir progressivement. On avait juste peur d’en parler, parce que c’était une réalité difficile pour nous que de l’imaginer partir. Il a commencé à prendre un peu ses distances avec le groupe. Non pas que chaque membre du groupe doit être là en permanence, mais on pouvait sentir qu’il n’était pas aussi fou et heureux que par le passé. Ce fut donc triste, mais pas vraiment une surprise. Et je ne suis pas sûr de m’être réellement préparé à son annonce, même si je finissais par penser que ça allait arriver. Et quand il nous l’a dit, j’ai été attristé, parce qu’il est non seulement un ami très proche mais un excellent batteur. C’était simple et rassurant d’être sur scène avec lui. Il ne faisait quasiment aucune erreur et il formait une base rythmique très solide avec Peter. Mais son départ est légitime, il voulait simplement être plus souvent à la maison avec sa famille et on ne peut pas lutter contre ça.

Daniel a toujours eu une grosse empreinte sur votre musique. Il jouait simplement, mais de manière très efficace, comme on peut l’entendre sur des albums comme Soundtrack To Your Escape par exeple. Est-ce que tu penses que cela va affecter le son du groupe à l’avenir ?

Seul le temps nous le dira. Peut-être qu’il y aura un impact, parce que nous avons un nouveau batteur maintenant. Mais pour être honnête, c’est assez incroyable la façon avec laquelle la transition avec Joe s’est faite après l’avoir rencontré en studio. Il me fait penser à une version plus jeune de Daniel. Il a la même attitude face à son instrument : il frappe fort, il est dédié à la batterie. Surtout, il joue juste sans trop en faire.

Souvent, je me sentais un peu mal pour Daniel, parce que beaucoup de batteurs très démonstratifs sont reconnus sur la scène internationale. Et Daniel n’était pas une grande gueule, ni quelqu’un de particulièrement vivant. Il jouait bien, proprement et il a été incroyable pour le groupe, mais le public ne l’a jamais vraiment reconnu parce qu’il ne faisait pas assez de bruit dans le milieu.

Aujourd’hui on se retrouve avec un type qui nous fait penser à Daniel. C’est assez amusant car nous sommes arrivés à Los Angeles sans avoir l’idée de la personne qui enregistrerait la batterie. On s’était dit que l’on trouverait bien un musicien pour s’en occuper et que l’on envisagerait d’embaucher un batteur plus tard. Mais Joe était là.

Vous l’avez donc rencontré directement dans le studio.

Oui, il travaillait dans le studio pour Howard, à faire de la programmation. A un moment, il nous a demandé s’il pouvait essayer et jouer quelques-uns de nos morceaux. Howard nous l’a recommandé donc on a évidemment accepté. On voulait avoir une vraie batterie sur le cd donc il fallait bien que quelqu’un s’y colle (rires) ! Et après l’avoir vu jouer, on s’est tous dit que ça sonnait très bien. Tu sais, si Daniel n’avait pas quitté le groupe ou s’il avait quitté le groupe sans le dire publiquement et que personne n’était au courant, personne ne dirait aujourd’hui que la batterie sur le nouvel album sonne différemment de Daniel. Joe me fait vraiment penser à lui.

Pour finir cette interview, j’ai plusieurs questions à te poser qui partent un peu dans tous les sens.

Allons-y.

Que penses-tu du public français ? Vous a-t-il supporté toutes ces années ?

Oui. Même si, pour être honnête, on ne se focalise pas sur un pays en particulier. On a toujours essayé d’être un groupe qui va un peu partout. Mais le fait est qu’on a toujours eu beaucoup de soutien en France et que l’on sait que les français aiment le Metal et que certains des meilleurs groupes sont français, comme Gojira. Ces mecs sont géniaux, ils ont des albums incroyables et ce fut un plaisir d’être à leur côté en tournée. La France est très importante pour nous, en effet.

J’étais supposé vous interviewer le 14 décembre dernier à Nancy, le lendemain des attaques terroristes à Paris. Est-ce que ces évènements ont affecté votre façon d’appréhender la scène ?

C’était iréel. C’était évidemment quelque chose qui n’était pas supposé arriver. Nous sommes des artistes, nous sommes là pour vous divertir et… (pause) Je hais la violence, je déteste tout ce que l’on peut se faire les uns aux autres. Et même si je ne connaissais pas Eagles of Death Metal et que je ne connais pas personnellement les gens qui étaient présents ce soir-là au Bataclan, j’ai l’impression qu’ils ont attaqué ma famille. Cela fait partie de notre monde, donc cela m’a nécessairement affecté. Nous n’avons pas joué le lendemain, mais je crois que nous avons joué deux jours plus tard en Suisse. Je n’ai pas pu parler au public. J’avais l’impression que tout ce que je dirais ne servirait à rien. J’ai juste laissé notre musique parler d’elle-même. Mais cela m’a beaucoup affecté et je n’étais jamais très loin de pleurer.

Le problème est que nous avons montré sur le reste de la tournée le drapeau français à la fin de nos concerts en mémoire des victimes, mais que des voix se sont élevées pour nous dire que l’on ne montrait pas d’empathie quand d’autres mourraient dans le monde. Et le fait qu’ils ont raison : on ne reconnait pas tout ce qui se passe chaque jour sur Terre, alors même qu’il y a des troubles partout.

Je crois que c’est le message qu’essaie de faire passer la chanson The Truth : comment des êtres humains peuvent-ils faire ce genre de choses autour de nous pendant que l’on essaye, à notre niveau, d’être de bons humains et de bons parents. Il y a tellement de merde autour de nous, c’est écrasant.

Sur une note plus joyeuse, j’ai une question fondamentale à te poser. A plusieurs reprises, je t’ai entendu faire des blagues sur Scorpions en concert (ndr : au Bataclan en 2009 et au Unholy en 2006, notamment). Pourquoi ?

J’adore Scorpions, c’est mon premier amour dans le heavy metal ! Je suis un immense fan et je n’ai pas la moindre chose de mal à dire sur le groupe.

Un dernier mot pour vos fans français ?

Ecoutez plus de Scorpions (rires) ! Et votre journée sera meilleure.

 

*     *     *

*

English Version

 

Horns Up : You’ve been touring a lot across Europe and North America in 2014 and 2015. How do you feel now, after a few months of rest?

Anders : Just excellent! It was really needed for us to take some time, especially after we parted ways with our drummer. He wanted to be home and spend some time with his family. I think we’ve spent every summer doing festivals and it’s really caught up because you can’t really have vacations. You leave a festival on Wednesday, come home on Sunday or Monday and it goes on and on. So it was nice to have that time where you know you don’t have to be In Flames and just be daddy or husband.

I know that you like to joke about the whole life in tour bus. I remember one time, at the Unholy Alliance event back in 2006 in Paris, I was waiting near your tourbus to get an autograph and I saw Peter leaving the tour bus at around 4pm, and he told me in a very tired way “Oh, Morning Photo”. It was crazy to me, at 4pm! Do you still enjoy this lifestyle?

Yes, otherwise we wouldn’t do it. I mean, everyone who left the band didn’t enjoy that anymore. I sure enjoy it. Sometimes it feels like you want a teleporter to go home quick, but I Still enjoy that lifestyle, meeting with the fans, playing our songs and see happy faces. Basically it’s the same with all other jobs. This is my job, this is my dream, but in the end it’s just a job, it is what pays my rent. So of course you have bad days, whatever you do, wherever you work. It happens. But all in all, it’s the greatest job we can have.

Do you think that it creates a greater cohesion between the band members or, after all this years, it is more a source of tension?

It’s easy for me to get the other guys upset. I know exactly how to do it. And it’s the same with them. They know how to fuck with my nerves. But it’s something that we learn to live with, and something that we can do. I believe we’ve got a good balance to be as good as possible in what we do. Of course the private life suffers a lot when you are on tour. There’s always stuff around, people around, sound, whatever.

You are always looking for a quiet place…

Yeah, exactly. You have your bunk, your bed, but that’s it…

You released a new live DVD today (ed: the interview was made on September 26th), recorded in Gothenburg. I had the opportunity to listen to it and it left me the exact feeling that I had when I saw you in Paris in 2014 and at Hellfest in 2015: great vocals, good sound and pure intensity. Do you think In Flames live is like a good wine, becoming better year after year?

I hope so (laughs). I hope we don’t turn sour. I mean, it depends on the listener, the viewer. Some people think we were only good back in the 90s. So it depends, I can’t say. I know that we are becoming better at our instruments, just taking care of them. I think we are good songwriters and we’re extremely good at being In Flames, but that’s my point of view.

With the live DVD, I think I have to credit Patrick Ullaeus who shot and edited the video. His way of doing it is just fantastic. The way it makes you feel that you are almost a part of it. We did some live screening of the video this Sunday and this Monday before prom tour, and a lot of fans told us that while watching they wanted to applaud at the end of the songs as if they were there, before they realized they were just watching a screen (laughs).

And that’s what every band wants in a live DVD!

Definitely. Sometime it can be too slick, too nice. But he captured it really well and, obviously, Robert who mixed and recorded the night did a very good job.

That’s always the balance to find, not sounding too raw but not too edited too, so you can feel the audience and the whole atmosphere.

Yeah.

Even though the setlist in the 2014 tour were mostly oriented to Siren Charms, you recently added some less frequently played titles. What does it feel like to be playing songs that you hadn’t played in a long time on stage? Is this something you think about when you create your setlists?

I think that’s important to have a dynamic within the set. You have different layers of In Flames that we want to come out. It may give something extra to the ones that really want to her something from back then, as they treasure that period the most. But, we don’t want to stand still and always do the same thing. There’s always some song that you have to play, because otherwise people get disappointed. They say “Why? Why didn’t you play that song?” Because we played all the other nights! (laughs) It gets more and more difficult to create setlists, you know. Every time you release a new album you want to promote that one.

We will start playing soon in November and we’re going to start playing only a few songs of Battles, and after a while we will add more and more stuff in there. I guess we will have to play longer to get more stuff in setlists!

You may know, and I’m sorry if it makes you feel a bit older (laughs), that we are celebrating this year the 20nd anniversary of The Jester Race album.

Yeah, I’m aware of that… (laughs).

Is a celebration tour where you play entirely one of your old album something that you’d like to do?

No, not really. A lot of other bands do that, but I’m not really interested in that. It’s a great album, and for me, I guess it’s the most important one in a way. Because that’s when I joined the band, it is my first album. It reminds me great high memories, when everything started to happen around us, we got to sign with Nuclear Blast, which is kind of funny because 20 years after we are back with them again. In a way it’s a full circle, and maybe we will play a few more songs of that album. I don’t know. We’ll see what happens, because it’s going to be a long tour, so…

Now let’s talk a little about your last album, called “Battles” that will go out in November. Is this the album you’re the most proud of to date?

It would be so easy to say yes. I’m proud of every album and then I move forward and think about the next one. I don’t dwell in the past, I love every single album that we made. I think that everything is important, they all have their feel, their sound, but overall it’s In Flames. But this right now feels the freshest, it was the funniest to record and the greatest feeling to record. And it’s the best that we can do, according to me, right now. But it’s just what we think as a band, even other people don’t think the same way. But I’m super proud of it, and this album is exactly what I want it to be.

Before recording Siren Charms, you sold your own studio and decided to record your new album at Hansa Studio in Berlin, with producer Roberto Laghi. This time, you decided to record Battles in Los Angeles with producer Howard Benson. What led you to these choices?

We wanted to change a little bit. We were super happy with Roberto and what he did with us, but we all feel like it was times to do something else, to move on. I wanted to work with some of those guys that worked with big bands, who participated in some of the albums that I love the most. And a lot of them happen to be American or Canadian (laughs). So we asked our management to set up phone meetings with 7 or 8 different producers. They were all good in their ways, but we ended up with Howard Benson because he said the right things to us. He happened to be situated in Los Angeles, and he told us that we should come over not only to record but prior to the album just to relax and be here, and we said “yeah, sounds cool”.

L.A. is not the worst place to be, indeed.

No, it’s like the opposite! I loved our previous albums, but that was recorded in Berlin and it was way colder in November. Here it was hot and sunny…

How did the recording go this time? Did you change your habits as far as the writing or recording process are concerned?

Lots of change, I would say. Because Bjorn and I went in a bigger open mind that we have done in the past. We sort of have the music done and the lyrics written separately, and then we would mix it. Howard always wanted to hear some demo to know where we were heading, so Bjorn and I always had to collaborate in ways we have never done before. We were writing our proper demos, even though we knew all the songs going into the recording process, there were no surprises for anyone in the band. It took us a lot of time to get to this place, but we had such a good time writing it and recording it. It’s like: “Why haven’t we been doing this in the past?” It’s amazing. Having someone like Howard coming and listening to the demos and give us some advice. “You guys should think about this”, “Now we need a faster song”, “How do you want the fan to hear what you have to say”, etc. His in-depth looking at our album was great, but in the meantime, he was an outside guy and never got into the composition and told us that we should sound like this or that, and wanted us to be In Flames. He just wanted us to really feel what we wrote and be as good as possible.

Are there any running themes throughout the album or things you wanted to express in your lyrics?

The overall theme of Battles would be the inner struggles, the inner battles that everyone has. From the day you start to think and feel about what is around you, up until the day you die, we all have these battles. How important it is for us to deal with those feelings, and try to escape from then. Like you need to deal with your past but be able to embrace the future at the same time. Otherwise you will be stuck somewhere, thinking about missed opportunities. That’s the overall theme of the album and all the lyrics deal with that inner battles.

After a quick hear at “Battles”, I really felt that the album was less melancholic than the previous albums. Even though there were more and more clean vocals, In Flames always had this gloomy atmosphere. This album seems more hopeful and joyful. Do you agree with that? Is this change explained by the fact that you were not recording in cold winter in Berlin but happy summer in L.A. (laughs)?

I think your observation is 100% accurate. The environment definitely got into the album. With that being said, I want Siren Charms to be accepted the way it turned out: I think it was an important album to make and the way it sounds, and the way we made it was because we were in Berlin to record it, and we were proud of it. And now we did this and it was indeed way different.

Like in the past, this album you have used some electronic sounds and even choirs.  I guess that you will use samples to play live? Have you ever thought of bringing a keyboardist in the band or a real choir?

We talked about it and it might happen in the future. But the fact is that’s so much easier to be only five people here (laughs). We’ll see.

To promote both Siren Charms and Battles, you did a few lyrics video and video clips. Would you mind going further and maybe do a short film?

I wouldn’t mind at all! One day I would love to record a soundtrack to a movie. It doesn’t have to be our movie, it doesn’t have to be In Flames but just me. I would love to create songs to a motion picture, absolutely. So, maybe, who knows? But, right now, I’m 100% focused on the band.

You’ve continued to work with the same video producer (Patrick Ulleaus) for most if not all your video clips. Can you tell me more about your work together since 2006?

Because he is fucking amazing, that’s why! It’s nothing harder than that. Not only he is a good friend, he is the godfather to my daughter and we’ve been friends for a long time, I love the guy! But he is a doer, if you know what I mean. When we ask him something he never says no, and he goes at it. If it doesn’t work then it doesn’t work, but he will always keep trying and do his best. He is very good at getting the vision I have onto the movie picture. And he has a lot of ideas on his own, he is a great photographer. It just works!

After 17 years in the band, Daniel decided to close his chapter with In Flames. Was this news a surprise or did he tell you in the past that retiring from the band was something he had in mind?

He didn’t tell us but I think we all saw it coming slowly. We were just afraid to talk about it, because it was such a hard reality, him leaving. He started to sort of distant himself from the band. Not that you have to be part of everything all the time, but we could feel that he was not as happy and crazy as he was in the past. It was sad, but it was not a surprise. And I don’t think I ever set myself up for being ready for when he said it, even though I knew it would come. So when he said it, I got really sad because he is not only a friend but a part of us for such a long time, and a great drummer. You know, it was so easy to go on stage with him, knowing you had him behind you. He hardly played wrong, and he and Peter were an awesome rhythm team. But that happened and he had legitimate reasons, he wanted to be home with his family, and you can’t argue with that.

Daniel always had a great footprint on your music. I always thought he was doing some things that other drummers would not have done. Simple yet effective, especially on albums like Soundtrack To Your Escape. Do you think his absence will affect how In Flames sounds or your compositions?

Time will tell. May be it will, because it’s a different drummer now. But to be honest, finding Joe or him finding us in the studio, it was just amazing how smooth the transition was and how this guy reminded me of a younger version of Daniel. He has the same attitude on his instruments: he hits hard, he is super dedicated. He doesn’t play like difficult but he plays right. Sometimes I felt bad for Daniel because I’ve seen drummers of other bands getting so much more recognition. Daniel was not a lively drummer; he didn’t make much sound for himself. He was consistent, he played his stuff perfectly and he’s been amazing, but people didn’t recognize it because he is not loud enough.

But now we have a guy that is sort of the same. And It iss fun how it played out because we went to L.A. without having a drummer in mind. We said back then that we were going to find a studio musician to do the drum parts and see what happens next, find a permanent drummer afterwards. But Joe was there.

So you met with Joe Rickard in the studio.

He was working in the studio for Howard, doing some programming. And one time he said, “Can I try, can I play?”. Howard recommended it and we said “Sure, of course”. We wanted to have real drums in the album so someone got to do it (laughs). And after we saw him play, it was like “It sounds great, amazing’”.

You know, if Daniel would not have quit the band or if he would have but that no one said it publicly, and nobody knew that we have a new drummer when we recorded this album, nobody would say right now that it sounds so different and doesn’t sound like Daniel. Joe really reminds me the way of Daniel.

To finish this interview, I have a few questions that will go in a lot of different directions.

What do you think the French Audience? Do French people have been supportive through the years?

Yes. But, the fact is we never really focus on one territory. We have always been a band that went everywhere. But we definitely have great support there. We know that French people have their love for Metal and that some of the greatest bands are from France, like Gojira. These guys are cool, they have amazing albums and it was a pleasure to be with them on the road. France is important to us, of course.

I was supposed to interview you in Nancy, on November 14th, the day after the terror attacks in Paris. Is this something that affected you as a musician for the next times you got back on stage?

It was unreal. It was something that was not supposed to happen, of course. We are entertainers, we are only here to entertain and… I hate violence, I hate all what we can do to each other. Even though I don’t know Eagles of Death metal and I don’t know every single person that went at Bataclan that night, it still feels like they attacked my family. It’s part of our world, so it really affected me. We didn’t play the day after, but I guess we played the next day in Switzerland. I couldn’t speak to the audience; I felt that whatever I said, it would mean shit. Si I just let the music talk. I was really affected and I was this close to cry all the time.

There’s a problem though because we kind of show our support by showing the French flag at the end of our shows, then obviously some people complained that we didn’t care about others that die. And the fact is that they are right: we don’t recognize every things that happen on Earth, and there’s trouble everywhere all the time. But I think that’s what the song like “The Truth” is all about: how can we be these people doing what we do to each other, and still look into our kids eyes and tells them things like “stay in school”, “eat your breakfast”, “be good to your next man”. There is so much shit around us, it’s overwhelming.

On a more joyful note, I remember hearing you letting go some jokes on Scorpions. So I need to know: why do you like to pick on them?

I love Scorpions! It’s like my first heavy metal love. I’m a huge fan of Scorpions! I have nothing bad to say about that band.

Do you have one last word for your French fans?

Listen to more Scorpions! (laughs),  and it will make your day better!

 

*     *     *

*

 

Merci à Anders d’In Flames, à Nuclear Blast et à Valérie de JMT Consulting.