Live reports Retour
samedi 18 juin 2016

Unsane + Victims + Warsaw Was Raw + Cocaine Piss + Verbal Razors + Sofy Major + Bain de Sang

Mains d'Oeuvres - Saint-Ouen

S.A.D.E

Chroniqueur doom, black, postcore, stoner, death, indus, expérimental et avant-garde. Podcast : Apocalypse

Après quelques dates en province en compagnie de Sofy Major, et avant un passage au Hellfest, Unsane passait par Paris, ou plutôt Saint-Ouen, en ce samedi 18 juin. Et pour cette date, le label SK Records, l'asso Rouge Vinyl et Mains d'Oeuvres (salle de concert et bien plus encore), ont mis les petits plats dans les grands en proposant rien de moins qu'un plateau de sept groupes pour un goûter/soirée dans la fange et la disto.

L'orga accusant un peu de retard sur le lancement, je profite de ce temps pour jeter un oeil aux stands de merch installés dans la cantine de Mains d'Oeuvres, stands sur lesquels on trouve vinyls, T-Shirts et K-7. Un DJ animera la salle tout au long de la journée/soirée, à base de son gras et suitant, à l'image de ce qui nous sera proposé sur scène. Une bonne ambiance DIY plane sur les lieux, ça sent l'orga de passionnés et le public de connaisseurs, toujours agréable comme configuration.

Une demi-heure après l'heure prévue, retentit dans la salle un réjouissant "Le concert de Sofy Major va commencer !". Le public est encore clairsemé, ce qui n'empêche pas les Clermontois de balancer leur noise hargneuse et ronflante. Le son est très bon, grosse basse, batterie qui cogne, seule la guitare souffrira sur quelques morceaux d'un larsen mal venu, mais le problème sera réglé. Le set se déroule dans la puissance et la lourdeur, les zicos déroulent, à l'aise, et le public reçoit mandales et grosses baffes avec le sourire. Le set est relativement court (pour rattraper le retard ?) mais intense, et quand Sofy Major quitte la scène, on sait déjà que la journée sera massive.

Changement de plateau, place à Verbal Razors et son thrash crossover de très bonne facture. Je découvre le groupe sur scène et c'est vraiment un plaisir : riffing nerveux, véloce et rentre-dedans, chant colèreux, batterie qui butte, tout est là pour passer un bon moment. Encore une fois, et ce sera une constante, le son est au poil, aussi puissant que précis. Le groupe de Tours s'éclate sur scène, ça se voit, ça se sent et ça s'entend dans les prises de paroles du chanteur qui a toujours une vanne à balancer.

Débarque ensuite le groupe WTF du jour : Cocaine Piss. Alors autant j'aime bien les trucs barrés, à la limite de la musique et tout et tout, mais là... Si l'instru n'est pas mal, noise rock un peu déconstruite, le chant est juste horrible. Une voix féminine haut perchée, inarticulée, et tellement désagréable que je ne trouve même pas les mots pour vous le faire sentir. Heureusement que le set était court...

Passé ce point noir de la prog, on revient sur des choses solides, méchantes et prêtes à vous briser nuque, genoux et machoire simultanément, j'ai nommé Bain de Sang. Le combo parisien vomit un grindcore/powerviolence dévastateur qui explose tout sur son passage. Déluge de blast, de riffs assassins, le tout portant un chant inhumain et complétement excessif pour un résultat qui agresse les tympans comme pas permis. Bain de Sang te prend à la gorge en début de set et ne te relâche qu'à contre-coeur à la fin. Un pur exutoire qui fait du bien là où ça passe.

Et tant qu'on est dans la séquence exutoire, autant y rester, avec l'arrivée sur scène du duo Warsaw Was Raw. Et là, c'est encore un autre degré de la violence qu'on explore : celle qui n'a ni forme, ni repère. Ici tout est imprevisible, le duo propose une sorte de mathcore/noisecore chaotique au possible, toujours au bord de la rupture. Si les mecs ne jouaient pas aussi carré, on pourrait croire qu'ils font n'importe quoi. Mais bien sûr, tout est parfaitement en place, chaque accent tombe là où il faut et quand il faut, les riffs incroyablement tordus sont maîtrisés d'un bout à l'autre. Malgré le fait que l'on ait à faire à un duo, le son est sur-puissant, la guitare est épaisse bien comme il faut et la batterie tape bien dur. Intense.

Avant que les patrons d'Unsane n'investissent la scène, petit détour par la Suède avec Victims. Ici on retrouve une certaine stabilité avec un crust/hardcore bien violent, sans concession et sans pitié. Les riffs envoient du bois, la rythmique, simple mais complètement efficace, martèle sans répis. Côté chant, on a le droit à un beuglement qui n'est pas sans rappeler Barney de chez Napalm Death. Et si c'est la violence et la brutalité qui dominent le set, Victims place quand même quelques moments légèrement plus mélodiques, sur quelques riffs et certains soli, juste histoire qu'on puisse émerger. La salle étant maintenant bien remplie, on assiste aux premiers mosh-pit à la dure et aux premiers slams. Après un set court mais ravageur, les Suèdois laissent la place à Unsane.

Chris Spencer et sa bande font leurs balances devant un public qui les attend de pied ferme, et, sans même quitter la scène, les voilà qui démarrent le concert. Cette entrée en matière résume à elle seule ce que sera le concert : brut et sans fioritures. Le son est dantesque, la basse de Dave Curran est grumeleuse au possible, lourde, poisseuse, tandis que la guitare de Spencer lâche ses mélodies qui n'en sont pas. Le tout est soutenu par le jeu tout en mouvance de Vinnie Sigorelli qui maltraite ses fûts et ses cymbales. Le groupe nous fait un méga best-of de ses quasi trente ans de carrière : Against The Grain, Committed, Scrape, tous les tubes y passent. Côté public, c'est la transe, la salle est maintenant surchauffée, ce qui n'empêche bien évidemment pas les agités de s'agiter. La musique d'Unsane écrase inexorablement la foule, rouleau compresseur à la force tranquille, tout en lourdeur et en puissance. Aucune doute, Unsane restent les patrons.

SK Records et ses comparses nous ont bien gâtés en ce week-end de Hellfest. Un plateau varié et de qualité, avec une tête d'affiche calibre légende, que demander de plus ? Merci à eux tous !