Chronique Retour

Album

13/10/15 - Lactance

Trivium

Silence In The Snow

LabelRoadrunner Records
styleHeavy Metal
formatAlbum
paysUSA
sortieoctobre 2015
La note de
Lactance
6.5/10


Lactance

Sept albums au compteur, Heafy qui souffle bientôt ses trente bougies... Daaaaamn ça fait drôle... C'est que Trivium en a parcouru du chemin du haut de ses quinze ans d'existence. Et c'est pas faute d'avoir tenté d'évoluer même après Shogun et le départ de Travis Smith, le batteur emblématique du groupe parti depuis quelques temps maintenant. Toutefois, malgré son succès commercial, Vengeance Falls a un peu sonné pour ma part comme la petite erreur d'un parcours qui s'annonçait encore prometteur depuis l'accouchement d'In Waves (produit final nettement moins recherché il va sans dire). Mais bon réjouissons-nous, Trivium est de retour en cet automne 2015, l'occasion rêvée peut-être de faire un petit nettoyage de printemps avec la sortie de Silence In The Snow.

Je vais pas faire mon gros niais en vous racontant que si vous vous attendiez à un Shogun-like, c'est raté, puisque en bons élèves vous avez sûrement déjà jeté un œil aux morceaux teasés. Non, pour le coup Silence In The Snow est bel et bien l'héritier de Vengeance Falls, lui-même héritier d'In Waves. C'est sur ce dernier que Trivium avait en réalité tenté d'amorcer une transition en passant d'un Metalcore sobre, brut et assez classe à un Heavy hybride aux relents 'core toujours bien distincts (sur quelques rares titres comme Of All These Yesterday, A Grey So Dark) ; tâche poursuivie ensuite plus assidûment par Vengeance Falls grâce à la présence de David Draiman à la production notamment.

Et c'est donc en toute logique que Silence In The Snow marque un peu la fin de ce cycle car si Heafy il y a toujours eu dans Trivium, encore plus de Heavy il y a sur cet album. Déjà ça gueule pas, on aura beau chercher : pas un petit scream à se mettre sous la dent, que dalle, niet. Après est-ce un problème pour autant, j'en suis pas persuadé, dans la mesure où la voix claire de Heafy, de mieux en mieux travaillée j'ai l'impression, colle parfaitement à la personnalité plus délicate dirons-nous de l'album.

Car si ça pousse beaucoup moins la gueulante que par le passé, réciproquement ça baisse aussi en testostérone côté instru. Je crois pas risquer ma peau en précisant que le dernier album est pour ainsi dire le plus posé des sept. Pour grossir le trait les titres jonglent principalement entre d'une part un Heavy moderne bien rythmé sur ses chorus (Dead And Gone) avec des phases mélodiques plutôt entraînantes (la piste éponyme), qui a toutefois la fâcheuse tendance à renchérir sur des refrains mélo-épiques trop sages selon moi ; tout en rappelant de temps à autres The Crusade et Shogun (l'opening de Blind Leading The Blind fait vachement écho à celui d'Anthem et Pull Me From The Void aurait carrément pu trouver sa place entre un He Who Spawned The Fury et un Like Callisto A Star In Heaven).

D'autre part on obtient en contrepartie des morceaux moins rentre-dedans aux mélodies plus suaves, plus entêtantes, qu'on serait tenté de qualifier de radio-friendly en étant méchant. Je vous arrête tout de suite, c'est pas près de passer sur RFM bien sûr, mais un morceau comme Until The World Goes Cold m'a un peu fait penser à du Linkin Park sous stéroïdes.

Perso j'ai été beaucoup moins réceptif à ce genre de titres comme The God That's Hunting You ou Beneath The Sun justement, trop mièvres sur leurs refrains, trop formatés sur leurs riffs. Pourtant Trivium a toujours su calmer le jeu en proposant des pistes plus aérées sur les précédents opus (Dying In Your Arms restant un peu le Saint Graal en la matière), mais là je sais pas, je suis beaucoup moins adepte vu que Silence In The Snow décélère déjà pas mal en lui-même... Simple problème de rythme sur la longueur finalement.

Donc ça flirte avec le Heavy comme une groupie en backstage, c'est vrai, mais ça ne dépasse pas non plus la troisième base si ça peut rassurer certains. Bien qu'elle soit plus estompée l'identité 'core du groupe prend tout de même le dessus sur de nombreux passages centraux. Ce qui démontre que le groupe reste en partie fidèle à ses origines. Je dois avouer d'ailleurs qu'à part le break bien laid de Breathe In Flames, les passages 'core plus agressifs sont en général bien intégrés aux motifs principaux (Rise Above The Tides restant peut-être l'un des meilleurs compromis). On se tape finalement un « Heavycore » assez cohérent dans l'ensemble qui dose habilement ses influences classiques et récentes.

Le groupe tombe pas non plus les pieds dedans mais après le danger c'était justement de faire trop de Heavy pour faire du Heavy. C'est assez triste de se dire que les solos manquent vraiment de saveur sur cet opus tellement ils semblent vouloir coller aux canons du genre. Comme les structures graduelles qui commencent vraiment à péter les couilles au bout de cinq pistes, chose à laquelle ne remédie absolument pas le jeu du nouveau batteur qui ne sort pas de ses sentiers battus.

Il va sans dire que si The Crusade ou Shogun ont toujours été vos péchés mignons Silence In The Snow ne va pas forcément vous enthousiasmer au plus haut point derrière ses petits airs proprets. Toutefois j'ai l'intime conviction que le tour de force de cet opus réside dans sa capacité à parachever la transformation du groupe tout en glissant avec parcimonie des réminiscences du reste de la disco'. Silence In The Snow n'est donc certainement pas le meilleur album que Trivium ait pondu mais possède certains atouts indéniables lui permettant d'être moins bancal que Vengeance Falls notamment.

Je serais ainsi tenté de dire que Trivium arrive un peu à une période charnière de son existence en se voulant résolument plus matures, plus clairvoyants quant à leur avenir. D'ailleurs ce cas de figure ne touche pas forcément que les Floridiens. Aussi méprisable que peut sembler être ce virage pour certains fans, jouer la carte d'un retour aux sources pour fédérer le public n'a absolument rien de con dans l'idée quand on voit que les mastodontes du genre commencent légèrement à se faire vieux et qu'il y a plus de styles dans le Metal que d'espèces Pokémon. C'est pas pour rien que Sevenfold et que Bullet For My Valentine ont sorti leur Hail To The King et Temper Temper j'ai envie de dire (d'ailleurs même les Australiens de Parkway Drive surfent légèrement sur cette vague avec leur petit dernier, Ire). De toute évidence il y a un gros potentiel à exploiter pour ces groupes. Et apercevoir chaque année ces noms de plus en plus en haut sur les affiches ne me le fait que confirmer davantage.


Tracklist :

1.     "Snøfall"       
2.     "Silence in the Snow"       
3.     "Blind Leading the Blind"       
4.     "Dead and Gone"       
5.     "The Ghost That's Haunting You"       
6.     "Pull Me from the Void"       
7.     "Until the World Goes Cold"       
8.     "Rise Above the Tides"       
9.     "The Thing That's Killing Me"       
10.     "Beneath the Sun"       
11.     "Breathe in the Flames" 

Les autres chroniques