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Album

03/06/15 - Dolorès

Pallbearer

Foundations Of Burden

LabelProfound Lore Records
styleDoom Metal
formatAlbum
paysEtats-Unis
sortieaoût 2014
La note de
Dolorès
8/10


Dolorès

Non.

C'est un bâton de dynamite que le tout jeune groupe Pallbearer a balancé sur la scène Doom. Passage au Roadburn, au Hellfest, tournée en compagnie de Yob, voilà que l'Europe se retrouve imprégnée de la bombe américaine, et il semble qu'ils aient trouvé un public déjà entièrement conquis en nos terres. C'est ainsi que, seulement deux ans après leur premier album, le quatuor nous propose ce "Foundations Of Burden" en 2014, toujours chez Profound Lore Records.

D'ores et déjà hors des sentiers battus, ayant créé leur petite niche impensable, il se trouve que le second album réussit encore une fois à créer de l'originalité. Au premier abord, à travers le style de la pochette et l'idée générale qui se dégage des compositions, on reste sur la continuité évidente du précédent opus, mais celui-ci propose tout de même de nombreuses différences.
Ce qui saute aux oreilles est que "Foundations Of Burden" est clairement plus varié, dans les rythmes notamment, plus mélodieux, et il contient une aura tout à fait nouvelle. Bien que l'ensemble soit bien évidemment toujours dans l'extrême mélancolie typique du groupe, l'album semble plus ouvert vers l'extérieur, tant dans la forme que le fond. De nouvelles influences s'installent, plus Rock et Heavy, et il s'agit également beaucoup moins d'une petite bulle intimiste comme l'était "Sorrow And Extinction".

Dans la composition même des titres, Pallbearer semble moins timide. Cela passe en premier lieu par le chant, plus assumé et puissant, plus valorisé dans le mix, et presque omniprésent au sein de chaque titre. Les constructions plus rythmées et mélodieuses donnent à l'ensemble un aspect largement plus mature, moins adolescent. Les Américains auraient-il grandi, ou gagné en sagesse ? En imaginant que ce soit le cas, on peut à la fois le voir comme un défaut et une qualité, puisque nombreux sont ceux qui considèrent que les compositions encore tâtonnantes, hésitantes, remplies es émotions vives et nouvelles de la jeunesse donnaient son caractère unique à "Sorrow And Extinction".
Le problème de Pallbearer, c'est qu'on a tout de suite envie de comparer les deux albums, mais que s'ils n'avaient sorti que "Foundations Of Burden" il serait difficile de ne pas crier au chef-d'oeuvre tout de même.

Que reprocher à cet opus ? Peut-être est-il légèrement moins cohérent et un peu plus inégal dans son ensemble. On trouve finalement trois grands piliers, deux morceaux aux mélodies simples et entêtantes, aux paroles dont on a tendance à se souvenir sans s'en rendre compte ("Words Apart" et "The Ghost I Used To Be") auxquels s'ajoute le final à l'intensité crescendo de "Vanished". Les titres intermédiaires semblent manquer de force pour pouvoir prétendre à la concurrence, donnant un résultat global assez hétérogène. Cela n'est pas qu'une question de qualité de composition, ou de titres plus extravagants que d'autres. Cela donne également une atmosphère en montagnes russes, passant de formules plus Heavy à celles qui tentent de valoriser l'aspect émotionnel et mélancolique, là où "Sorrow And Extinction" semblait garder un fil conducteur, une histoire qui s'élaborait de A à Z, ne manquait de rien et se suffisait à elle-même.

Pour parler plus concrètement, on passe du tube de "Words Apart" à un "Foundations" bien plus lourd, un enchaînement assez maladroit. Sur ce second titre, si le chant ne venait pas s'installer progressivement de manière complexe, assumée, étonnante venant de Brett finalement, on aurait du mal à garder toute notre attention sur l'écoute, tant les deux moitiés du morceau sont inégales et contrastées. Il donne clairement l'impression que le groupe essaie de sonner plus lourd et violent dans une première partie, puis ne peut se retenir de revenir à ses mélodies éthérées dans un second temps, ce qui fait sa particularité et lui correspond.
Il s'agit finalement de la petite parenthèse d'expérimentation bancale de l'album, puisqu'en effet, le groupe se trouve plus mature et sûr de lui sur le reste. Cela se voit directement au titre suivant, "Watcher In The Dark", où les transitions sont plus maîtrisées, les contrastes plus subtils. Je parlais également d'influences plus variées qui tendent à s'infiltrer dans l'album, "Ashes" ressemble bien plus à un titre de Post-Rock ou de Dream Pop qu'à un interlude de Doom. Sans être gênant, cette petite pause pour respirer reste assez surprenante, placée comme cela, en fin d'album.

Finalement, si le groupe garde un son identifiable à des kilomètres, ce "Foundations Of Burden" marque un nouveau temps pour le groupe, de la production plus propre et plus équilibrée à la nouvelle voie empruntée, celle d'un groupe de Doom plus dynamique, plus Rock tout en gardant ses caractéristiques précédentes. Les deux albums semblent, pour l'instant, correspondre aux deux facettes que le groupe peut arborer, une première assez noire, adolescente, creusant les possibilités des émotions négatives, tandis que la seconde émerge ici, lumineuse, forte, confiante.

1. Words Apart
2. Foundations
3. Watcher In The Dark
4. The Ghost I Used To Be
5. Ashes
6. Vanished

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