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mardi 5 décembre 2006

Opeth + Amplifier

L'Elysée Montmartre - Paris

U-Zine

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La pluie tombe à torrent sur le pavé de l’avenue Barbès. Les voitures transforment les gouttes d’eau en projectiles douteux, les passants courent dans l’ombre aqueuse des rues grises, la fumée des stands embrume l’atmosphère noirâtre…Ce soir, la ville est un vrai jardin d’eaux noires…

Quelques êtres s’entrelacent, discutent ou patientent calmement devant l’Elysée Montmartre. La chaleur se fait rare…Pourtant, derrière les vitres embuées de la porte d’entrée, émanent des sonorités chaleureuses, un chant savoureux, un air connu…Le sens d’un groupe unique…Ils sont là, juste de l’autre coté de cet escalier. Dans l’ombre de la salle, il prépare ce que j’attends depuis 2 heures. Mais le temps devient insignifiant face à ce qu’on a de précieux…

18h30. Les portes s’ouvrent, tout le monde rentre dans le calme. Le temps de faire contrôler mon sac, de présenter mon billet et me voilà accoudée à la barrière, au premier rang. Le gris fait place aux lumières verdâtres et nuancées. La scène arbore le drap de « Ghost Reveries » et le mystère règne encore. Hormis le matériel du groupe d’ouverture, tout est drapé de noir et de marron. La salle se remplit au fur et à mesure. Encore une petite heure à attendre…

Enfin, le groupe Amplifier entre en scène. Trois jeunes hommes se lancent dans une sorte de post-rock planant, alternant passages aériens, mélodies aquatiques et élancements puissants. Le batteur bat pleinement la cadence et le bassiste, complètement dedans, virevolte, se risque à des aventures d’équilibriste périlleuses. Je suis particulièrement surprise par la performance du guitariste/chanteur, Sel Balamir, qui possède une trentaine de pédales à effet à ses pieds. L’anglais caché derrière ses cheveux gère avec habilité chant gracieux, jeu guitaristique acrobatique et la gestion de tous ses effets. Si la maîtrise est certaine, l’aisance aussi puisqu’il n’hésite pas dans ses mouvements et dans son jeu de scène. Un groupe vraiment agréable à découvrir et qui nous a offert une prestation sympa, le tout se terminant en un lancé de basse à la manière « grunge » sur la batterie.

Retour aux lumières. Le matériel d’Amplifier est retiré et celui de notre tête d’affiche se révèle. Les draps sont levés, les pédales branchées, la batterie scintille ! Le monde est déjà plus conséquent, l’impatience se fait sentir. Noir…

Les portes d’un monde bleu s’ouvrent. Guidés par la lumière centrale et le mysticisme d’un son, nos yeux découvrent les hommes de la lune, ces chevelus au pas tranquille et assuré. Le sourire au bord des lèvres, la musique retentit. « Ghost of Mother/ Lingering death/ Ghost on Mother’s bed/ Black strands on the pillow/ Contour of her health/ Twisted face upon the head. » hurle une voix écorchée. Le concert commence dans le monde des rêveries fantomatiques avec “Ghost of perdition”. Il suffit de quelques secondes pour comprendre que les cinq suédois vont une fois de plus nous offrir du grandiose. Mikaël Akerfeldt m’impressionne toujours plus. Sa voix est exceptionnelle et représente, pour ma part, une des plus belles du métal. Tantôt agressive, écorchée, tantôt mélodieuse, douce, elle ne peut que donner des frissons. Une telle sincérité dans le chant ne laisse pas indifférente et le cœur mis dans l’interprétation de « Face of Melinda » (une chanson écrite pour sa fille) m’a laissée des larmes au coin des yeux. En plus d’une voix d’or, ce musicien a également un touché à la guitare remarquable. Entre violence des riffs, harmonies des arpèges et lignes de soli envoûtantes, le talent de Mikaël n’est plus à démontrer. Magnifiquement épaulé par Peter Lindgren (qui n’était, je pense, pas assez fort et un peu couvert par l’autre guitare), tout aussi doué, le duo nous livre un ensemble remarquable. Le jeune homme est d’une tranquillité passionnante mais se mêle avec plaisir aux passages les plus mouvementés. Le bassiste, quant à lui, est toujours fidèle à lui-même, se décrochant la tête de droite à gauche comme s’il n’existait plus que pour sa musique. La basse nous entraîne, les guitares nous fauchent ou nous apaisent tandis que le synthé de Per Wiberg diffuse l’ambiance, colore l’atmosphère de ses sonorités atmosphériques ou mystiques. Son rôle est exécuté avec merveille et enchantement. Cependant, que serait cet ensemble sans le petit dernier ? Le nouveau batteur a de la puissance et de la frappe à revendre. Martin Axenrot, désormais remplaçant du grand Martin Lopez, assure sans problème sa position derrière les fûts. Même s’il n’a pas toute la finesse de Lopez sur les parties acoustiques, il s’en sort tout de même très honorablement et se rattrape largement lors des envolées extrêmes. Le tout nous offre une performance superbe, talentueuse et indéniable. Si la playlist a été maintenue autour des classiques des différents albums, elle demeure tout de même hétérogène et efficace. Entre les morceaux, Mikaël partage des moments d’humour, de gentillesse et de remerciements. Si ce groupe est un ensemble de dieux, il incarne aussi l’approche humaine. L’art divin est d’autant plus appréciable qu’il est modeste et humble.

Les suédois du monde lunaire m’ont donc une fois de plus touchée. Deux heures dans leur univers plonge dans une autre réalité. C’est fusionner avec les illuminations bleues, rouges, vertes, se fondre dans le mystère et côtoyer les étoiles. Respirer des effluves musicales, transcender le quotidien, oublier ce que nous sommes, découvrir d’autres sphères, pleurer la beauté, tout simplement entendre, écouter, se laisser aller dans l’ailleurs, apprendre à se nier pour mieux ressentir … Un concert d’Opeth, c’est tout ça à la fois…

Un dernier au revoir, un dernier sourire échangé, la salle se vide…
Je retrouve mon pavé gris et l’odeur de l’humidité. Tout le monde s’agite sur le trottoir : on rit, on s’exclame, on boit, on rentre chez soi… Je regarde autour de moi. J’ai retrouvé mes illusions et mes certitudes désolées mais quelque chose a changé car j’ai pu atteindre le temps d’un soir la Beauté.

« Sick liaisons raised this monumental mark
The sun sets forever over Blackwater Park


Playlist:

Ghost of Perdition
When
Bleak
Face of Melinda
The Night and the Silent Water
The Grand Conjuration
Windowpane
Blackwater Park

Rappel: Deliverance