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dimanche 1 février 2009 - U-Zine

Gojira

Joe

U-Zine

U-zine.org, webzine musical metal actif entre 2004 et 2015. Fermé en 2015 suite à sa fusion avec 2Guys1TV, ses articles (chroniques, live-report, interview, dossiers, ...) sont désormais disponibles directement sur Horns Up via ce compte !

Le phénomène Gojira est bel et bien là, plus puissant que jamais ! Nous avons profité du passage du monstre à Lyon pour dialoguer avec le leader du groupe. Interview avec un Joe aussi sympathique que loquace et enthousiaste !

U-Zine : Comment s'est passé cette tournée avec In Flames ?

Joe : Super bien ! Pour nous ça correspondait au début du nouvel album, la première fois qu'on allait jouer des nouveaux morceaux sur scène. Ça correspondait aussi à une première vraie tournée Européenne, en dehors des festivals puisqu'on en a fait beaucoup en Europe, de l'Angleterre à la République Tchèque, même au Maroc et en Islande. Donc on avait déjà fait des festivals, mais une vrai tournée comme ça, dans un tour bus en tournée régulière, les gens qui viennent voir un groupe, donc ici In Flames plus le support, c'était vraiment la première fois. Donc pour nous c'est ça que ça représente en premier, cette nouvelle étape. Sinon c'était génial, les mecs d'In Flames étaient adorables : le premier jour ils sont tous venus nous voir en nous disant qu'ils étaient honorés qu'on soit sur le tour, donc c'est bien ! On a joué dans des pays ou eux étaient très connus et nous pas du tout, genre l'Allemagne, l'Autriche, après dans d'autres pays ça a très bien marché, par exemple l'Italie ou la Norvège. Donc c'était génial !

Vous disiez avoir été contraints de vous mettre à composer, après votre tournée aux Etats-Unis. Ne regrettez-vous pas avec le recul de ne pas avoir pu travailler plus de 4 mois sur les nouvelles compos et explorer des nouvelles idées ?

On a pas été contraint en fait, je pense pas que ce soit exactement ce qu'on a dit. Tu vois on prend des décisions en amont, on s'est dit qu'avec l'album From Mars To Sirius ça a commencé à marcher à l'étranger, la sortie a été décalée par rapport à la sortie française, un an après. Donc pour nous plutôt que de faire deux ans de tournées ça a été plutôt trois ans, une tournée assez intensive. On a eu une double fatigue intense : beaucoup tourner, ne jamais être chez nous et près des gens qu'on aime, et jouer toujours les mêmes morceaux. On a eu un gros désir de faire un nouvel album donc c'est venu d'abord d'un désir de continuer et on avait des idées en tête, des atmosphères, et on avait envie de repartir sur de nouvelles bases avec des nouveaux morceaux, ça part surtout de là. Après on s'est rendu compte que la date de sortie qu'on s'était fixée était un peu courte au final puisqu'on a eu une tournée qui s'est rajoutée avec Behemoth et Job For a Cowboy, qui n'était pas prévue à la base, mais entre temps on avait déjà commencé à travailler avec le label sur une sortie. Du coup, à un moment, on se retrouve engagé dans un truc, qu'on a créé, mais des fois on peut se retrouver un peu « à la bourre », ou un peu stressé sur la composition d'un album et ça c'est quelque chose que tous les groupes connaissent. On aimerait tout dire « Ouais, printemps prochain on sort un album ! » et quand le printemps arrive « heuuu plutôt celui d'après ! » mais c'est pas possible. Puisque les labels font des avances d'argent, pour qu'on puisse vivre pendant qu'on enregistre, ou acheter du matos, on en fait ce qu'on veut. Y'a aussi un manager qui bosse sur la promotion, tout ça. Donc c'est vrai qu'on a eu ce sentiment d'être un peu pressé, mais moi j'aime bien quand ça se fait un peu dans l'urgence. Moi c'est mon album préféré de Gojira, c'est vraiment celui que je préfère, il n'y a pas du tout de frustration. Mario n'a pas vraiment le même discours que moi, on l'a fait à deux, lui aurait voulu prendre plus le temps. Je comprends pourquoi il dit ça mais en même temps ça s'est toujours fait comme ça nos albums. Avec le recul je dirais donc que je suis très satisfait !

Tu avais déclaré que la technique de tapping te donnait une impression de fluidité comme de l'eau qui coule. Est-ce qu'on peut faire un parallèle entre le cycle de l'eau avec l'évaporation etc, et la vie avec ce concept de réincarnation que tu exprimes dans Oroborus ?

Ah complètement oui ! Je n'y avais pas pensé comme ça en fait, mais effectivement on peut faire un parallèle avec le cycle de l'eau, la notion de cycle en général. C'est quelque chose qu'on retrouve dans tout, dans toute chose. Donc ouais complètement, ouais c'est intéressant !

Sur The Art of Dying, chaque grande partie est séparée par un espèce de silence qui arrive assez brutalement. Est-ce que ces silences peuvent signifier que la mort peut arriver brutalement et n'importe quand ?

Oui oui ! Bah si tu veux y'a certaines choses qui sont orientées dans les morceaux comme ça. Comme par exemple le morceau caché qui pourrait représenter ce qui peut rester de vie, après ce qu'on appelle la mort. Et finalement on peut être surpris qu'il y ait encore quelque chose ! Ça c'était mon interprétation au moment de le faire. Après l'interprétation que tu viens de donner est intéressante et je ne peux pas répondre autre que oui, on peut l'interpréter comme ça ! C'est ce que j'aime bien avec la musique, c'est que même quand on compose, qu'on y met toute son attention dessus, il y a encore des choses qui nous échappent, des significations qu'on ne voit qu'après, ce que tu viens de dire en fait partie !

On a également l'impression que ce morceau est au centre de l'album à cause de parties jouées à l'envers après ce titre (la fin de Esoteric Surgery ou celle de Wolf Down The Earth avec cette partie basse à l'envers). Est-ce que c'était voulu ?

Non ce n'était pas voulu, mais encore une fois... C'est intéressant ton point de vue. C'est peut-être voulu inconsciemment !

Qu'entends-tu par « Art of dying, is the way to let all go » ? (l'art de mourir est la façon de tout laisser aller)

C'est la façon de lâcher en fait. Quand je dis The Art of Dying, c'est pas de faire de la mort un art, c'est plutôt l'art de vivre, et donc d'accepter que la mort soit présente. Elle est présente de toute façon, autour de nous, en nous, on a des cellules qui meurent, d'autres qui se génèrent, on meurt tous les jours ! On passe des étapes, on grandit ! Je pense que si on se laisse aller à la vie de façon fluide et qu'on attend pas trop des choses et qu'on peut accepter d'être dans l' « impermanence » et dans un monde qui change constamment. C'est à dire qu'il n'y a rien sur lequel on peut se reposer vraiment, aucune certitude, aucun être. Tu peux tout miser sur quelqu'un et il peut mourir demain, tu aura misé sur quelqu'un d'autre que toi-même. La chose dont je parle dans ce morceau, c'est toujours très imagé de toute façon donc il y a toujours pleins d'interprétations possibles, parfois deux, parfois cent ! Donc quand je dis ça, je pense à quelqu'un qui a vécu une vie heureuse, dans le partage, qui a pas tout gardé pour lui, trois, quatre maisons avec des voitures, la technologie, les comptes en banque. Mais quand il meurt il emporte pas ça avec lui. C'est de ça que le parle dans le morceau, c'est de la façon de laisser aller les choses, de les laisser aller au monde, de les partager, d'accepter de laisser partir les gens, les gens qu'on aime, un parent, un ami, un amour. Quand je parle de ça, je parle du fait d'être centré et de prendre soin de soi. Ça peut être ambiguë, on peut penser que c'est une apologie de la mort ou de la destruction alors que c'est pas ça du tout. Mais j'aime bien les ambivalences dans les paroles, les choses à double sens, puis prendre à contre pied aussi. Comme A Sight to Behold, par exemple, ça veut dire « une vue qui vaut le coup d'oeil », qui vaut la peine d'être vue, et en fait je parle des abus de l'homme sur la Terre. J'imagine un champ de destruction, d'animaux morts, c'est un vue qui vaut le coup d'oeil ! C'est ironique finalement.

J'aimerais parler de Wolf Down The Earth, on a vraiment l'impression que c'est un mélange entre From The Sky, avec le riff du début, et Death of Me avec la fin qui y ressemble. Est-ce que c'est le passé qui vous rattrape ou c'était voulu que ça ressemble à des choses faites auparavant ?

Je pense que c'est juste des sonorités qui nous font plaisir ! Tu trouve qu'il innove pas à 100% c'est ça que tu veux dire ?

Hum non je voulais plutôt dire qu'il ne colle pas avec le reste de l'album et que ça fait un peu une réédite de ce qui a déjà été fait.

Bah oui c'est ton point de vue. Ouais le début fait un peu death-metal cliché. Ce n'était pas vraiment voulu. Comment dire... Je ne le vis pas comme ça. On aime bien des fois être impertinent dans les albums, provoquer même un peu en faisant un truc un peu cliché. Dans ce morceau c'est vrai qu'il y a un coté comme si on faisait du Gojira quoi ! Pour moi c'est pas grave ! C'est agréable, nous on aime bien le jouer, quand on le joue on a une sensation qui est plaisante !

Vous avez beaucoup évolué depuis Terra Incognita. Vous êtes toujours aussi fiers de vos premiers albums ?

Non pas vraiment. Terra Incognita quand il est sorti, on était excités et fiers d'avoir un album. Je l'écoutais dans ma voiture je n'en revenais pas qu'on ait un album qui sonne et tout. C'est à dire fait dans un studio, etc. Pour moi ça correspondait à certaines choses. Maintenant je ne le vis plus pareillement, je commence à être habitué, je cherche autre chose, je cherche plus à faire juste un CD qui a été fait dans studio ! Donc pour moi, affectivement il n'est plus pareil ! Je le renie pas, ça fait partie de nous de toute façon, mais je dirais pas que j'en suis fier, je dirais juste que ça fait partie de moi et de ma structure en tant que personne. Après The Link c'était un album un peu particulier, c'était un virage vers un autonomie forte, ou on a commencé à faire nos propres albums. On a fait un studio, on a fait un empreint à la banque, on a acheté du matos, on a mis cinq ans à le rembourser, une galère incroyable. Trois ans à le construire, cinq à le rembourser, une histoire de 8 ans. Donc The Link correspond à cette période, on savait pas très bien se servir de notre table de mix, donc le son je ne suis pas fan, j'ai jamais été très fier de cet album.

Il avait d'ailleurs été remixé en 2005...

Ouais, on l'avait remixé, encore nous-même, juste un petit plus ! Mais voilà, les deux premiers, on expérimentait. Moi je considère From Mars to Sirius comme notre vrai premier album en fait ! Ou plutôt comme notre premier vrai album.

L'album de la maturité comme on dit ?

Ouais un peu, ou là ça commence à sonner, ça commence à être cohérent, on commence à être satisfait du son, avec un vrai démarche au niveau de l'enregistrement. Pour le premier on est juste allé en studio « bon on se branche ou on se branche là ? », on savait pas ce qui se passait ! Le deuxième on tâtonnait c'était la panique, on a reçu la table le jour des prises, on était avec le mode d'emploi en train de faire les prises, 'fin n'importe quoi ! Et From Mars to Sirius, on était installé dans une vraie démarche !

Est-ce qu'un nouveau DVD est en projet ?

Oui effectivement, mais on en parle juste sur le papier. On a envie, on sait pas si on va filmer des bouts de cette tournée, bon on sait qu'on va filmer un petit peu de toute façon. Mais maintenant on est toujours un groupe Français mais aussi international ! Alors qu'à l'époque de The Link ce n'était pas le cas, et même avec From Mars to Sirius ça commençait tout juste. Là quand je dis qu'on est un groupe international c'est pas qu'on joue mieux qu'avant ou quoi que ce soit, c'est que cette fois la sortie est mondiale au lieu d'être Française, ce qui est quand même énorme ! Ce n'est pas juste une sortie en import, là c'est une vraie sortie avec des labels, des distributeurs, des gens qui font la promo là-bas. On fait énormément d'interview à l'étranger, presque tous les jours. Donc maintenant ça a pris une autre ampleur, et on s'est dit que pour le prochain DVD ce serait peut-être bien de marquer le coup et de le faire à l'étranger. Mais on n'est pas encore suffisamment stable à l'étranger par rapport à la France, ou on est plus implanté, pour pouvoir envisager de faire un truc avec des moyens, un gros public, etc. Donc on a un peu le cul entre deux chaises. Mais on y pense, je pense qu'il y a un DVD qui sortira de cet album ouais.

Est-ce que ton autre projet avec Mario, Empalot, à des chances de redevenir d'actualité ?

Oui, il y a des chances, mais ce ne sera jamais quelque chose qu'on mêlera avec le business de la musique, c'est un truc comme ça, un délire quoi ! Pour se faire plaisir, pour le coup c'est vraiment ça ! Gojira aussi c'est pour se faire plaisir évidemment, mais on met tellement tout là-dedans, qu'on ne peut pas juste dire que c'est pour se faire plaisir. « Ah bah non j'vais pas faire cette interview, on ne va pas faire la photo parce qu'on s'en fout, fuck ! Non on ne va pas jouer dans cette salle ». Non on joue le jeu on est obligé, il faut qu'on vive, on a fait le choix de vivre de notre musique donc avec Gojira il y a une démarche professionnelle. Par contre il y a une espèce de bulle autour de l'artistique qui sera jamais touchée, sinon ça nous intéresse pas. On nous a déjà dit « bon les gars vous voulez pas faire un album un peu plus accessible ? » et on a eu des propositions de labels, mais dès que ça touche à l'artistique c'est non, tous nos contrats sont blindés, vérouillés à double tour pour que ce ne soit que nous qui décidions de ça. Par contre Empalot, c'est zéro compromis, ce n'est que du délire, et du coup c'est vrai que c'est difficile à inclure dans un planning, pour tout le monde. Même les autres membres d'Empalot t'en a un qui bosse à l'hôpital, un autre qui bosse à la ville, un qui est artiste aux beaux-arts, un autre qui est prof, un autre qui est cuisto, on est neuf tu sais ! C'est un vrai bordel à réunir tout le monde !

Que pensez-vous de Trepalium qui vous accompagne sur votre tournée ?

On les adore ! Je suis fan de ces mecs, humainement, musicalement, ils ont une touche particulière, un truc inexplicable, un grain de folie. C'est des tarés moi j'adore ! Sur scène ils sont incroyables, ils sont complètement dédiés dans leur musique. C'est des mecs qui vivent en collocation dans une maison, ils font que ça. J'aime bien leur démarche, ils y vont à fond, et ça j'adore, je trouve ça hyper respectable. Mais tout le monde est respectable de toute façon à partir du moment où il vit dans le respect. Mais eux, il y a un truc. On est ravi qu'ils soient sur notre tournée, c'est vraiment le mot, on est ravi ! En plus c'est des super potes, on les connaist depuis longtemps, ça fait 10 ans maintenant qu'on se connaît, même avant qu'ils commencent on les connaissaient déjà, ils venaient nous voir en concert. Donc c'est bien de faire cette tournée avec eux, c'est la première fois qu'on fait ça. Puis eux c'est leur première vraie tournée de plus de 4 dates, là il y en a vingt donc c'est bien pour eux !

Alors finalement vous avez pu rencontrer les Metallica à Arras ?

Oui, enfin je dirais pas rencontrer, on les a croisés, on s'est dit bonjour vite fait. On n'avait pas le coeur pour se foutre dans leurs pattes « ouaaaais ». Ils ont un certain âge maintenant, ils ne sont plus en train de boire des bières sur le trottoir avec des mecs, ils arrivent dans leur voiture vitre teintée, ils vont dans leur loge, ils vont sur scène et puis ils se barrent. Donc on n'a pas traîné avec eux. On aurait vachement aimé échanger quelques mots, rien que leur dire merci et leur serrer la main, mais c'était juste un petit signe et c'est tout. Par contre j'ai entendu dire après qu'ils avaient eu une super impression du concert qu'on avait donné, qu'ils avaient entendu de derrière la scène, donc ça a suffit à mon bonheur ! Mais c'est affectif pour le coup, je n'adhère pas à ce qu'ils font en ce moment, musicalement, ça ne m'intéresse pas. Par contre ça a été une période de ma vie qui m'a aidé, au lycée ça m'aidait à aller de l'avant. L'école ça a faillit me tuer tellement c'était dur, c'était vraiment horrible, j'ai détesté, je me sentais mal, et Metallica ça m'aidait. Je me mettais ça sur les oreilles et voilà ! Après il y a eu Sepultura, Death, Morbid Angel. A la fac c'était Death avec ma prof d'art plastique !

Un mot de la fin ?

Merci beaucoup ! Merci de vous intéresser à nous et de faire ce que vous faites. Et merci à toi !

Et nous, on remercie Joe et Gojira pour cette interview, ainsi que Rachel et Listenable Records !