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Album

09/12/14 - U-Zine

TesseracT

One

LabelCentury Media
styleDjent
formatAlbum
paysAngleterre
sortiemars 2010
La note de
U-Zine
6.5/10


U-Zine

U-zine.org, webzine musical metal actif entre 2004 et 2015. Fermé en 2015 suite à sa fusion avec 2Guys1TV, ses articles (chroniques, live-report, interview, dossiers, ...) sont désormais disponibles directement sur Horns Up via ce compte !

Depuis quelques temps déjà, on ressent comme une effervescence, une montée en puissance et une adrénaline de jeunes auteurs, de jeunes musiciens avides de reconnaissances et non avares de talents techniques revendiquant une nouvelle approche musicale.
Comme majoritairement lorsque l’on sent poindre une nouvelle vague, les détracteurs et les fans se veulent aussi acharnés l’un que l’autre pour défendre ou porter au pinacle un nouveau style dont on ne sait s’il sera pérennité ou simple fétu de paille éphémère.

C’est ainsi que depuis quelques temps, les oreilles les plus attentives et notamment les plus jeunes, entendent parler d’un terme revenant bien souvent : le djent.
Particulièrement inappropriée et caricaturale, cette nouvelle appellation se veut avant tout la création de nombrilistes revendiquant une identité musicale fortement inspirée par de grands artistes actuels, et non pas aussi expérimentale et novatrice qu’ils veulent bien le croire. Car lorsque l’on parle de Periphery, Protest the Hero, Bulb ou encore Animals as Leaders, on pense particulièrement à de très grands artistes réellement expérimentaux tels que Meshuggah et The Dillinger Escape Plan en tête.
Se caractérisant par des fréquences de guitares très graves et saturées, étonnamment lourdes, syncopées et dépendantes de la fameuse huit-cordes (créée par les guitaristes de Meshuggah), le djent n’est en réalité qu’une nouvelle branche d’un métal fortement progressif et technique, saccadé et jouant sur la pluralité vocale.

Il n’est donc pas étonnant d’apercevoir, au détour d’une page web, un nouveau groupe labellisé de la sorte pour apparaître du bon côté de la vague.
Fortement médiatisé avant même leur premier opus (une généralité dans le genre), Tesseract voit enfin arriver son premier opus après un premier mini-ep "Concealing Fate" qui avait énormément fait parler de lui, notamment car il leur avait permis de faire la première partie de Devin Townsend. Rien que cela.
Beaucoup plus mélancolique et émotionnel que les nombreux groupes s’évertuant à surfer sur cette nouvelle source de succès, les britanniques distillent un métal progressif d’une pureté incroyable à laquelle se marie invariablement les éléments propres aux groupes suscités : à savoir des vocaux très variés, des riffs syncopées, une production chirurgicale très grave.

Tesseract pourtant, au concept tout aussi intellectuel que son patronyme (le Tesseracte étant, en mathématique, un cube quadridimensionnel), tire sa différence de son émotion à fleur de peau et de capacité à développer une atmosphère emplie d’humanité, très charnelle et à l’antinomie d’une production mathématique et glaciale. Mos, le bassiste, contribue fortement à offrir une dimension très jazzy à l’ensemble, très mouvante qui donne à la musique un aspect aventureux, complexe et se créant au fur et à mesure de l’écoute. On ressent une évolution naturelle dans la musique, que ce soit dans "Lament" ou "Nascent", les deux premières compositions de "One".

Afin de mettre en avant de manière encore plus grande son premier ep, Tesseract a inclus, au milieu du disque, la suite "Concealing Fate", long morceau divisé en six parties. L’hallucinant "Acceptance" dévoile les multiples possibilités du groupe, passant de riffs à la Periphery (les bons) à des envolées acoustiques de toute beauté, en passant par des lignes vocales à pleurer de Julien Perier, passant d’un clair limpide et sublime à un chant arraché et viscéral frissonnant. Largement plus beau et émotionnel que les autres groupes Tesseract n’oublie pour autant jamais une certaine brutalité dans la tristesse. Parfois affreusement technique ("Epiphany– Part Five"), les anglais montrent une maitrise technique impressionnante pour de si jeunes musiciens.

Malheureusement, si tout semble aussi parfait sur le papier et dans la forme, il manque encore à Tesseract une réelle identité, un mordant propre, un sens mélodique qui ferait que le groupe soit reconnaissable entre mille et non pas un assemblage, certes habile, mais encore relativement impersonnel. Le groupe a un potentiel incroyable indéniable mais se fourvoie parfois dans des morceaux formatés et prévisibles ("Sunrise"), ressemblant dès lors à un groupe de métal moderne comme un autre.
De même, à force de technicité et de ressemblance avec les icônes bien connues, les anglais peinent à passionner sur l’ensemble de l’heure proposée sur ce premier jet.
Il est certain que les plus jeunes ou les plus crédules y verront l’album de l’année (qui changera dans deux semaines) mais il reste néanmoins simple, trop simple, de déceler des influences encore partiellement digérées (particulièrement les parties syncopées ou brutales). Tesseract, même s’ils ont une longueur d’avance, reste encore ancré dans une certaine masse, où chaque groupe semble tellement vouloir être unique qu’ils en deviennent paradoxalement une masse uniforme, car au final très ressemblant les uns des autres.
"One" restera une demi-réussite, totalement à l’image d’une nouvelle vague se cherchant encore, créant des automatismes et luttant pour ne pas déjà sombrer sous son propre poids. La décadence semble toute proche…gare à l’overdose…

1. Lament
2. Nascent
3. Acceptance - Concealing Fate Part One
4. Deception - Concealing Fate Part Two
5. The Impossible - Concealing Fate Part Three
6. Perfection - Concealing Fate Part Four
7. Epiphany - Concealing Fate Part Five
8. Origin - Concealing Fate Part Six
9. Sunrise
10. April
11. Eden

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