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dimanche 24 mai 2026

Obsidian Dust - 2026

Botanique - Bruxelles

Team Horns Up

Compte groupé de la Team Horns Up, pour les écrits en commun.

En 2025, Horns Up avait couvert l'acte de naissance du petit dernier des festivals belges : l'Obsidian Dust, un événement ambitieux qui mettait à profit les infrastructures fantastiques du Botanique dans le cadre des Nuits Botanique, sorte de festival polymorphe sur plusieurs semaines loin d'être consacré au seul metal. L'Obsidian Dust en était, en quelque sorte, le « jour metal » - cette fois transformé en week-end.

Comme l'année passée, un style est particulièrement mis à l'honneur : le stoner/doom et ses différentes chapelles. Le fait que l'Obsidian Dust ait, en 2026 en tout cas, globalement délaissé le black metal qui parsemait son édition inaugurale donne au tout des airs de Desert Fest – quoi de plus normal : l'organisateur est le même. Reste à, sur le moyen/long terme, éviter de faire doublon avec cette grand-messe du stoner qui a aussi son édition belge. Toujours est-il qu'avec des noms comme YOB, Red Fang, Hermano, Warning ou encore The Sword, l'Obsidian était un must pour cette deuxième édition !

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Groupes évoqués : FangeUfomammutGnodEarthless | Blackwater HolylightThe SwordJarboeYOB | WarningAcid KingNeptunian Maximalism | King Buffalo | Dope Purple | Hermano

Jour 1

Malice : J'arrive sur le site du Botanique alors que résonne sur la Fountain Stage, la scène extérieure (qui fait office de « main stage »), le set de Cult of Occult. Autant dire que le sludge lent et un peu pataud des Lyonnais ne profite pas vraiment de ce décor et d'un concert en plein jour en extérieur – la seule petite erreur de casting de la Fountain Stage, qui va se concentrer tout le week-end sur des groupes bien plus adaptés. Difficile de donner, donc, un avis constructif sur Cult of Occult, dont on ne peut pas nier la radicalité – on s'attend à plus de bonhomie de la part de gars dont les pseudos sont Henri Salvadoom ou Jean-Claude Van Doom.

J'en profite pour constater que l'organisation des lieux n'a pas changé : un bar intérieur, un bar extérieur, de la Lagunitas et de la Saison Dupont au prix de la pils (un vrai bonheur), et trois scènes, donc – la Fountain, le très « Art Nouveau » Museum et la désormais célèbre Orangerie. Dans les travées, des stands de merch' dont on ne peut que regretter les tarifs : visiblement, 35 euros le t-shirt est devenu la norme, même loin du mainstream. Heureusement que le stand des copains Emgalaï et The Doom Dad propose, en plus de sérigraphies à tomber, des t-shirts Ink To The Void dans la thème et à tarifs honnêtes. Mais il est déjà l'heure, après être passé les voir, de se diriger vers l'Orangerie pour assister au set de Fange, que Hugo vous décrira mieux que moi.


Crédits : Juliette Jacobs / @juliettej.imagery

Fange
Orangerie

Hugo : Fange, qui avait du annuler sa participation au Tumult Festival il y a quelques mois, est finalement de retour à Bruxelles en ce beau mois de mai. Et quel plaisir, franchement, que de retrouver le groupe en ouverture de l’Orangerie, la grande salle du Botanique. Il faut dire aussi que les français sortent d’une douzaine de dates en tournée avec Author & Punisher, où les galères se sont un peu multipliées (on vous renvoie au lien de leur cagnotte suite à leur vol de matos). Pour autant, et même dans une configuration réduite à trois avec l’absence de Benjamin, le groupe va livrer une véritable leçon de musique extrême à une audience encore relativement clairsemée.

Ce que j’adore avec Fange, c’est le mélange de toutes ces influences qui donnent un vrai aspect singulier à sa musique, du sludge craspec à l’indus le plus noble (l’évidence Godflesh, mais aussi des éléments qui évoquent jusqu’à Coil). En live, les musiciens incarnent vraiment leur musique : Titouan et son attitude héritée du hardcore, Matthias et Antoine entre transe et désespoir. Tout coule, s’enchaîne brillamment et avec violence, dans un moment salvateur avant le tunnel stoner-doom à venir. Un de nos meilleurs groupes extrêmes en France, vraiment.

Si vous voulez en apprendre plus sur Fange, n’hésitez pas à jeter un oeil à notre émission avec le groupe.

 

Ufommamut
Fountain

Malice Au beau milieu de volutes au parfum typique qui flotteront à chaque concert en extérieur, le marathon de musiques fuzzées commence en force : Ufomammut, c'est bien sûr loin d'être un nouveau venu sur la scène, et ça se sent. Les Italiens vont livrer un set tout bonnement impeccable, et imparable, basé en très grande partie (4 extraits) sur leur petit dernier Hidden (2024). Mais là où, sur album, Ufomammut est plus lourd que véritablement psychédélique, leur performance live se fait moins écrasante, presque plus aérienne – même si le riff de « Kismet » fait des ravages. Un aspect psyché renforcé par cette reprise assez extraordinaire du « Welcome to the Machine » de Pink Floyd, forcément alourdie, mais l'exercice est difficile et réussi. « Stigma », qu'on peut qualifier de classique du groupe, conclut en beauté un concert qui fait office d'apéritif idéal pour YOB. On a déjà compris que finir ce live report sans utiliser le mot « pachydermique » sera difficile.


Crédits : Jessy Snels / @CherishTheMemoriesFotografie

 

Gnod
Orangerie

Hugo : J’ai un peu menti en parlant de tunnel stoner-doom plus tôt. En fait, ce qui est cool avec l’Obsidian Dust (et ce que le festival pourrait exploiter davantage encore), c’est ce petit côté Roadburn-like qui permet d’assister à des concerts finalement assez variés. La musique de Gnod est d’ailleurs difficilement qualifiable, protéiforme selon les périodes et les albums, et s’incarne aussi dans sa dimension collective. Six personnes sur scène, et quasiment autant de styles joués ce soir-là, du drone au krautrock, en passant par des choses plus noise ou psychédéliques.

Difficile de s’y retrouver dans la (dense) discographie du groupe, remplie à ras-bord. Découvrir tout cela en live semble avoir pas mal de sens. On a là un show assez généreux et beaucoup moins linéaire que les autres concerts du festival, ce qui n’est pas forcément au goût de tous les spectateurs. De mon côté, j’accroche ici beaucoup plus à la proposition live du groupe qu’en studio. Un vrai bon moment, comme à l’écoute de leur album live de 2022… au Roadburn justement.

 

Earthless
Fountain 

Malice Comment décrire ce qui s'est passé pendant une heure durant ce concert de Earthless ? On a quitté terre, tout simplement. Si le trio (quasi) instrumental californien offre chaque soir une performance de ce niveau durant sa tournée commune avec The Sword, on se demande bien comment ces derniers peuvent assumer de monter sur scène derrière. La formule est, au final, assez simple : un guitariste qui, pendant une heure, va aller d'improvisation en improvisation, en une sorte de solo interminable à la fois fuzzy, technique mais sans jamais tomber dans le démonstratif. La façon dont l'immense Mario Rubalcaba donne le tempo à la batterie, alternant les tempos avec une fluidité sidérante, mérite les éloges mais c'est bien sûr ce doux dingue d'Isaiah Mitchell qui attire tous les regards.

Deux titres du monstrueux From The Ages sont interprétés, même si la notion de morceaux est assez abstraite au vu du format. Reste ce « Violence of the Red Sea » et son riff si reconnaissable, qui déclenche une véritable ovation, et revient entre de véritables marées de notes. Une heure de concert, deux « vrais » titres, une petite improvisation autour du « Ides of March » d'Iron Maiden et une drôle de reprise de « Cherry Red » (The Groundhogs) lors de laquelle Mitchell s'empare pour la première fois de son micro : son chant haut perché après un tel voyage en fait retomber quelques-uns et n'est pas forcément le meilleur moment du set. Qu'à cela ne tienne, Earthless a atteint sur ce concert un niveau que j'ai rarement pu voir en live. Sidérant !


Crédits : Jessy Snels / @CherishTheMemoriesFotografie

 

Blackwater Holylight
Orangerie

Malice : Drastique changement d'ambiance en repartant pour l'Orangerie : le concert de Blackwater Holylight était une de mes grosses attentes du week-end. Not Here Not Gone, le nouvel album du trio 100% féminin de l'Oregon, est jusqu'à présent l'un de mes coups de coeur de 2026, s'éloignant nettement du stoner/psyché des débuts pour proposer une sorte de shoegaze aux accents grungy et « arty ». Malheureusement, la magie ne prendra pas du tout en live. La faute à quoi ? À pas mal de choses en somme. La première est cette setlist un peu bizarre, qui commence sur « Fade », l'un des titres les plus ternes du dernier album... avant que le son vienne gâcher le très grunge (l'Oregon n'est pas loin de Seattle, après tout...) « Involuntary Haze ».

Mais est-ce vraiment un problème de son ? Je serais tenté de répondre oui, et de laisser le bénéfice du doute à ces dames. Cependant, la mollesse du chant d'Allison Faris me paraît indépendante de tout souci de son, et empêche le plus extrême (quasi blackgaze) « Poppyfields » de frapper aussi fort qu'il le devrait. Mon titre préféré, « Void to Be », et sa progression mélancolique, est presque méconnaissable et c'est franchement déçu que je battrai en retraite devant un concert loin, très loin non seulement de mes attentes mais aussi du niveau général du week-end. Seul moment frisson : entendre cette reprise assez inattendue du « All I Need » de Radiohead, dont la ligne de basse reconnaissable entre mille m'aura immédiatement ramené au bonheur ressenti quand je l'ai entendue en live à Madrid il y a quelques mois (oui, ceci est un flex discret).


Crédits : Jessy Snels / @CherishTheMemoriesFotografie

 

The Sword
Fountain

Malice : C'est le retour que personne n'attendait... et on va être honnête, pas dans le bon sens du terme. Ce n'est en effet pas que le retour de The Sword était une espèce de rêve inaccessible qui a pris tout le monde par surprise, mais plutôt que la carrière du groupe s'était terminée dans une sorte d'indifférence générale après des albums loin des standards de Age of Winters et Warp Riders. Je ne boudais cependant pas mon plaisir, n'ayant pas eu l'occasion de voir les Texans à l'époque.

Mais alors, ça vaut quoi, ce retour de The Sword ? Hé bien, autant dire que ce sera un peu mitigé. Le début de concert est franchement mollasson, avec un « Empty Temples » bluesy loin d'être représentatif de ce que le groupe a fait de mieux – et de ce que le public de l'Obsidian a envie de voir. « Tears Like Diamond » et son refrain accrocheur font un peu monter la sauce ; le tout reste un peu absent, un peu lisse. L'avantage de The Sword, c'est que de toute façon, la qualité est là. Comme un footballeur pro retraité qui a claqué des centaines de buts en D1 à la grande époque et revient tâter le ballon à l'agora, The Sword peut ne pas forcer son talent et enfiler les perles : c'est « Barael's Blade » qui allume vraiment la mèche, l'extraordinaire « Mother, Maiden & Crone » enchaîne, et le culte « Freya » aux accents Leviathanesque achève de convaincre. Putain, quel riff. C'est bon, là, on y est : The Sword a le catalogue pour faire le job en se grattant le ventre. Bien sûr, on aimerait qu'ils suent un peu plus, qu'ils se donnent, qu'on sorte du concert essoré par autre chose que la pluie qui hésite à venir gâcher la fête (ce sera pour le lendemain). Peut-être que c'est le cas en salle. Mais en l'état, je suis reparti en sifflotant « Tres Brujas » et en ayant globalement eu ce que j'attendais. Je suis peut-être bon public.


Crédits : Jessy Snels / @CherishTheMemoriesFotografie

 

Jarboe
Museum

Hugo : Les amateurs de musique expérimentale (au sens large) des années 80/90 connaissent sans aucun doute le nom de Jarboe. Pour sa carrière solo et sous le nom de Skin, d’une part, mais aussi (et surtout) pour sa participation avec Michael Gira au groupe légendaire Swans, jusqu’au premier split à la fin des années 90. Quelques années justement après avoir vu les New-Yorkais à l’Orangerie, je suis donc ravi de retrouver l’une des autres figures majeures de cette musique au milieu du festival, dans la salle plutôt intimiste du Museum.

Petit disclaimer, d’emblée : à l’exception de quelques morceaux et de sa collaboration avec Neurosis, je ne suis pas le plus gros connaisseur de la musique de Jarboe en solo. Pourtant, j’ai beaucoup aimé son concert, résolument darkwave, style dont elle est pionnière. Déstabilisant, le concert l’est aussi (volontairement ?), où les visuels gothiques se mêlent à des éléments d’inspiration new age, le spoken word au bird song et à des choses plus lyriques, avec comme un gros côté victorien qui enrobe le concert. Jarboe était d’ailleurs accompagnée ce jour-là de la chanteuse/pianiste Joy Von Spain, et venue principalement pour défendre son dernier disque solo, le très plaisant Sightings sorti chez… ConSouling, label belge ! Donc à bientôt, on l’espère ?


Crédits : Jessy Snels / @CherishTheMemoriesFotografie

 

Yob
Fountain

Malice L'Obsidian Fest a frappé fort en dégainant cette année ce qui est peut-être, à l'heure actuelle, la tête d'affiche ultime de tout festival de stoner/doom de cette envergure : YOB n'est pas très fréquent de ce côté de l'Atlantique, et les voir en live est une véritable expérience. Le terme « power trio » n'est généralement pas utilisé pour ce style de musique, mais c'est le premier qui me vient : comment trois hommes peuvent-ils proposer un tel mur de son ? Dès « Quantum Mystic », entame de set assez inhabituelle, on est terrassé. La voix de Mike Scheidt surgit de la poix, protéiforme, capable d'aller de ces parties aiguës à la Ozzy (ou à la Troy Sanders) à ces hurlements possédés bien plus extrêmes sans faiblir une seconde. « Burning the Altar » frappe encore plus fort : la setlist est indécente, et surtout, elle a le bon goût rare de ne proposer... aucun titre en commun avec celle du Desert Rock Anvers de 2025.

De toute façon, YOB n'a pas composé un seul mauvais morceau, et je passe donc même outre l'absence regrettable du monument « Prepare the Ground » ; un autre, « Ball of Molten Lead » est bien présent. Le monstre de l'Oregon nous offre une respiration bienvenue avec la ballade « Beauty in Falling Leaves » : j'entends que ce morceau puisse ne pas être le préféré de certains, mais quelle finesse, quelle qualité d'écriture, quel titre déchirant. Quel plaisir, aussi, de voir Mike Scheidt dans une telle forme quand on sait les ennuis de santé par lesquels il est passé (et qui ont inspiré l'écriture de Our Raw Heart en 2018). L'enchaînement zinzin « Upon the Sight of the Other Shore » – « Adrift in the Ocean » tiré d'Atma achève le Botanique : l'ovation est à la hauteur de la prestation, les lumières de Bruxelles se mêlent à celles de la scène et aux couleurs du ciel qui menace pour un tableau saisissant. YOB is love.


Crédits : Jessy Snels / @CherishTheMemoriesFotografie

 

Warning
Orangerie

Hugo Les fans de Warning le savent bien : chacun de leurs concerts en Europe est un petit évènement, et l’annonce (tardive, quelques semaines seulement avant le festival) de l’ajout du groupe anglais à l’affiche en a sûrement motivé plus d’un à acheter un pass. Le contexte aide pas mal, aussi, car le groupe sortira son deuxième album Ritual of Shame le 19 juin prochain, 20 ans (!!) après le désormais culte Watching From a Distance. Deux singles du nouvel album sont d’ailleurs joués ce soir, au milieu d’une setlist qui couvre tout le premier album à l’exception de « Faces ».

Warning, c’est aussi un groupe qui cristallise les passions, Watching étant un album très important pour un paquet de gens de la scène. Il est aussi puissant que déprimant, profondément triste d’un bout à l’autre, sur un créneau particulièrement singulier entre funeral et epic doom metal. C’est aussi un disque, je dois bien l’avouer, qui me fait beaucoup moins d’effet avec le temps. Sa qualité n’a pas baissé, j’en suis persuadé, mais la magie s’est pour moi peu à peu évaporée. Je le ressens largement sur cette expérience live, malheureusement. Tout est carré pourtant, le groupe sonne très tight, rien ne dépasse.

Difficile de savoir ce qu’il manque… Le cadre ? Le fait de passer après le rouleau compresseur YOB ? On a là un concert finalement très monolithique et (trop ?) sobre dans lequel je ne rentre pas, plutôt réservé aux die hard qu’aux quelques curieux qui passent là. Patrick Walker, qu’on a davantage vu avec 40 Watt Sun ces dernières années, est toujours super vocalement comme dans ses interventions. Avec un peu de chance, chacun pourra se faire son propre avis prochainement, à l’occasion par exemple d’une grande tournée européenne pour le nouvel album ?

 

Jour 2

Acid King
Fountain

Hugo Quelle belle surprise, en arrivant sur le festival, d’entendre résonner les notes de « Warszawa », magnifique morceau issu de la collaboration entre David Bowie et Brian Eno. On se rend vite compte que le son provient de la scène principale sur laquelle Acid King s’apprête à faire son entrée. Pour beaucoup, c’est l’un des concerts les plus attendus du festival, car le groupe est aussi programmé dans le cadre d’une tournée axée spécialement autour du monument Busse Woods, classique stoner-doom incontesté. L’album est joué en entier cet après-midi, d’abord en plein soleil, puis dans la pluie et la boue lors de la fin du set.

Acid King est un groupe impressionnant. Le son du concert est absolument dantesque, de loin le plus lourd et écrasant du week-end. Chaque corps ressent les vibrations, et le public semble ne faire qu’un dans les moments les plus hypnotiques, comme lorsque les riffs de « 39 Lashes » semblent se répéter à l’infini. Le pluie se met à tomber d’un coup, et Lori, la chanteuse/guitariste, nous demande de rester pour le dernier morceau. Pas la peine d’insister, car même sous la tempête, on aurait pu rester une heure de plus.


Crédits : Juliette Jacobs / @juliettej.imagery

 

Neptunian Maximalism
Museum

Hugo Neptunian Maximalism est un collectif bruxellois que j’avais connu à l’époque du très remarqué Éons, sorti chez I, Voidhanger en 2020. Depuis, j’ai eu la chance de voir le groupe à plusieurs occasions, sur des concerts aux configurations similaires (généralement trois/quatre personnes) mais soniquement toujours assez différents. Cela tient au fait que les Bruxellois axent leurs performances majoritairement autour d’improvisations, en se fixant à l’avance des contraintes plutôt nerdy, mais toujours cohérentes avec l’univers du groupe. Ce soir, on a visiblement un aperçu des prochaines productions de Neptunian Maximalism, avec un concert fondé entièrement sur les rytmes « Teental », structure fondamentale de la musique classique indienne.

Le concert débute ainsi pour un long jam drone et psychédélique, qui s’étend une quinzaine de minutes durant avant que le batteur ne rentre également dans la danse. De là, le show alterne entre moments incantatoires et passages massifs plus proches du metal. Chaque concert du groupe est une expérience singulière et prenante, qui fait du tri dans la salle mais récompense ceux qui restent. Les montées en puissance sont jouissives, on se perd dans nos pensées et dans le backdrop, cette projection d’un soleil sur lequel se reflètent des images mythologiques et des extraits des films de Kenneth Anger. Une vraie fierté locale, dont on ne se lasse pas !


Crédits : Juliette Jacobs / @juliettej.imagery

 

King Buffalo
Fountain

Malice Retenu par des obligations professionnelles (hé oui, un dimanche), j'arrive sous une drache bien bruxelloise pour le concert de King Buffalo, qui aurait tout de même plus de gueule avec un rayon de soleil vu son propos. Sean McVay, le pied dans le plâtre, s'assied côté gauche de la scène : chapeau à lui qui va donner un concert impeccable malgré cet état diminué. Il faut dire que la musique psychédélique et très progressive de King Buffalo peut s'écouter, et donc probablement se jouer, assis. Ce n'est pas une critique, mais un constat : on est loin de la déflagration des YOB et consorts la veille.

Il y a presque du Tool dans les progressions lentes d'un « Drinking from the River Rising ». Les moments de hargne sont peu nombreux : le trio de Rochester lance plutôt une ode à la beauté des grands espaces américains, le tout face à un public trempé jusqu'à l'os. « Merci de braver la pluie pour venir », nous lance McVay : il faut dire que l'audience n'est pas aussi clairsemée que la météo le laisserait penser. Le fantastique « Cerberus », tout en ambiances et en soli de guitare qui puent la classe, clôt un concert de très bonne facture, mais que j'aimerais revivre au sec voire sous un soleil de plomb.


Crédits : Juliette Jacobs / @juliettej.imagery

 

Dope Purple
Museum

Malice Le nom et la police d'écriture laissaient augurer d'un groupe plutôt dans le thème du week-end, mais c'était un piège : Dope Purple en a certainement décontenancé plus d'un au Museum. Le quintet de Taïwan pratique en effet une espèce de space rock psychédélique et progressif, certes rehaussé de riffs assez stoner mais baignant dans une ambiance très bizarre – et au « freak » profondément asiatique. Le chant possédé de K.P. Liu, assez crié, a des allures de Yoko Ono qui aurait eu du talent. Le saxophone, strident plutôt que jazzy, est peut-être un peu sous-mixé, à l'exception d'un titre justement bien plus ambiancé qui nous plonge dans une atmosphère lynchienne très prenante. Ai-je tout compris au concert de Dope Purple ? Certainement pas. Mais c'était une respiration – si on peut l'appeler comme ça – plutôt bienvenue.

 

Hermano
Fountain

Malice C'est un peu le Graal pour tout festival de stoner : que peut-on rêver de mieux qu'avoir sur scène le légendaire John Garcia ? Et en attendant que ce soit possible avec Kyuss, la meilleure option disponible est probablement Hermano. Un projet bien plus rock, accrocheur, peut-être selon les puristes le moins « intéressant » musicalement du roi de Palm Springs, mais pour autant, quelle classe. Un premier album plein d'urgence, 8 titres, moins d'une demi-heure, un deuxième (Dare I Say) peut-être moins percutant mais que je confesse même préférer à son prédécesseur : c'est dans cette doublette certes pas aussi fondatrice que l'oeuvre de Kyuss mais supérieure à peu près à tout ce qui se fait ailleurs dans le game que Hermano puisera ce soir pour mettre la Fountain Stage à genoux. Du moins après un faux départ, puisqu'en plein premier titre, le son pète, peut-être par la faute des trombes d'eau tombées aujourd'hui.

Si la voix de John Garcia est toujours bien présente et peut-être même plus maîtrisée qu'à l'époque, c'est la présence de l'ex-frontman de Kyuss qui fascine : alors que c'est son très sympathique compère David Angstrom qui s'adresse le plus souvent au public, tout le monde n'a d'yeux que pour Garcia dès « Cowboys Suck ». Hermano grille quelques-unes de ses meilleures cartouches d'entrée de jeu avec « The Bottle » et le très catchy « My Boy », et sera le premier groupe du week-end à vraiment faire bouger la fosse. Avec une élégance rare, magnétique mais aussi une sorte de simplicité qui se confirmera après le set quand Garcia prendra le temps de signer autographe sur autographe au stand avec un mot pour chacun et que ses compères iront boire des verres au bar en festivaliers « normaux », Hermano donne une leçon. Di Sab' vous en parlait suite au concert à la Maroquinerie: ni John Garcia ni le reste du groupe ne sont 100% professionnels, et pourtant, c'est une leçon de professionnalisme qu'ont conclu des scuds comme « Angry American » ou « Landetta (Motherload) ».

Hugo : Pas grand chose à ajouter aux propos du collègue. Ce concert d'Hermano aurait été une conclusion parfaite à ces deux jours de musique. Pendant une heure, revenir aux fondamentaux, à ce qui fait l'essence d'un concert de rock. Aussi, et surtout, l'émotion de voir enfin John Garcia sur scène. 


Crédits : Juliette Jacobs / @juliettej.imagery

 

Malice Je ne vais pas vous le cacher : après un tel week-end, et surtout après un tel concert, difficile pour moi de m'intéresser au set d'un Red Fang que j'ai trouvé efficace à ses débuts mais qui est franchement devenu tout nul sur album. C'est énergique, le refrain de « Blood Like Ice Cream » est imparable (« Turn it up, turn it up, turn it up! ») et le succès commercial du groupe justifie, j'imagine, leur statut de tête d'affiche. Mais c'est dans une indifférence assez complète me concernant que le concert défile devant mes yeux pendant que la fosse se termine avec joie dans la gadoue d'un jour de drache. Je quitte les lieux après avoir tenté de m'intéresser au concert de Gnome, qui souffre probablement de son public coiffé de bonnets Chouffe à la con mais dont les riffs gentiment accrocheurs ne suffiront pas à me faire sortir un mot de la tête : un peu surcoté. Faut dire que j'aime pas quand c'est rigolo. Non, décidément, Hermano, indirectement, m'aura pourri la fin de soirée.

C'est donc l'heure de repartir et de laisser derrière nous cette superbe deuxième édition de l'Obsidian Dust, dont la pluie n'aura on l'espère pas réussi à gâcher le succès. Car un tel festival, dans un tel cadre, a tout pour devenir un rendez-vous incontournable qui peut trouver "son" créneau indépendamment du Desert Fest, tout en évitant on l'espère l'écueil d'un Roadburn devenu beaucoup trop niche au fil des années. Longue vie à l'Obsidian Dust ! 


Crédits : Juliette Jacobs / @juliettej.imagery

 

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Merci aux organisateurs de l'Obsidian Dust, à toute l'équipe du Botanique, à Jessy Snels (CherishTheMemoriesFotografie) pour les photos du premier jour, et à Juliette Jacobs (@juliettej.imagery) pour celles du deuxième jours !