
Hermano @ Paris
La Maroquinerine - Paris
Il y a un an et quelques mois, un créneau était laissé vacant au cœur de la prestigieuse affiche du Hellfest 2025, en tête d’affiche de la Valley. Destiné en toute probabilité à Acid Bath, il a finalement été proposé et occupé par Hermano, un des nombreux projets post-Kyuss de John Garcia. Et en juin dernier, les quatre Américains ont donné un concert en tout point excellent eux qui ne s’étaient pas produits depuis 10 ans. Je suppose qu’après ce live, le groupe a cru, à raison, en son potentiel et les promoteurs ont vu dans le groupe une tête d’affiche crédible pour les évènements stoner/doom du printemps. Et de là à du se monter cette tournée, regroupant deux noms périphériques mais expérimentés du stoner rock américain du début XXIe siècle : Hermano et Solace.
Solace
Je dois l’intégralité du début de ma culture stoner / rock (et même metal au sens plus large) aux live-report du Hellfest de Rockhard des années 2009 – 2013. Solace est un nom que j’avais découvert comme cela et que je ne pensais jamais voir de mes propres yeux tant les groupes jouant du stoner en ouverture de la « Rock Hard tent » il y a 15 ans sont soit devenus des grands noms soit ont splitté. Solace semblait avoir la même destinée qu’Hermano : ni actif ni mort, le groupe du New Jersey sortait son album par décennie et donnait ses 3 concerts avant de se rendormir pendant quelques années. Un contrat avec Magnetic Eyes Records semble avoir revitalisé le groupe qui va peut-être gagner en régularité lors des prochaines années.
Musicalement parlant, Solace coche toutes les cases du stoner début 2000. Issus des scènes hardcore de la fin des 90, les riffs sont durs sur l’homme, le son est rugueux et particulièrement frontal. A l’instar d’Hermano, la musique de Solace ne comporte que peu d’éléments psychédéliques. Quelques accélérations par ci par là pour faire remuer une Maroquinerie bien blindée, un chanteur qui ressemble trait pour trait à Neil Fallon (Clutch) sous Ozempic le résultat est hyper carré. A souligner également l’attitude assez raccord avec la destinée un peu à l’arrache du groupe « Venez nous acheter des trucs au merch pour qu’on puisse payer l’essence pour aller à la prochaine date, tout coûte putain de cher ». Un concert hyper honnête d’un groupe dont les phénomènes de modes et les tractations commerciales n’ont eu aucun effet sur leurs créations. Brut et cool.
Hermano
Entre le 18 juin 2016 et le 7 mai 2026, Hermano a donné 3 concerts. Les trois étaient en France. Au-delà du nom de John Garcia, le répertoire du groupe, du fait de sa faible activité, reste relativement confidentiel. La Valley de 2025 était d’ailleurs loin d’être compacte pour les accueillir mais le bouche à oreille ainsi que la publication de ce live exceptionnel a permis à Hermano de bénéficier de l’exposition qui lui est due. Des mois avant, la Maroquinerie affichait complet, remplie en majorité de quarantenaires en trucker hat fans de Desert Rock mais aussi de personnes plus jeunes qui voyait peut-être Garcia pour la première fois. En effet, depuis la fin du Covid et après avoir publié une paire d’albums dispensables, le frontman n’a pas mis les pieds en Europe.
Ceux qui étaient au Hellfest ou qui ont déjà eu l’occasion de le voir savent à quel point celui-ci est une valeur sûre en live. Pour ma part, c’était la première fois que je le voyais dans un cadre si intimiste et malgré les premiers titres n’ayant pas bénéficié d’un son optimal, encore une fois, le concert fut mémorable. La setlist fut un peu remaniée par rapport au Hellfest mais, petite discographie oblige, globalement similaire. Si je devais vraiment chipoter je soulignerais le fait que le concert démarre vraiment sur les chapeaux de roue avec très rapidement « The Bottle » / « My Boy » et « 5 to 5 » qui sont des titres emblématiques avant un ralentissement constitué de titres moins marquants (le set étant par ailleurs exclusivement centré sur la discographie du groupe et ne comportait aucune reprise à l’inverse des shows solo de Garcia). Mais au-delà de ce détail, tout était parfait et conforme à ce que devait être un concert d’Hermano. La voix de Garcia ne bouge pas avec l’âge les musiciens sont hyper impliqués et totalement en place, eux qui, du fait de l’éloignement géographique, ne répètent que peu et ne se produisent pas tant. D’ailleurs, cette inquiétude a été verbalisée par John Garcia qui explique assez honnêtement ne pas tellement savoir à quoi s’attendre en s’embarquant dans cette grande tournée. Plus tard, au sein du concert, et comme souvent par le passé, il rappelle également que tous sont employés, pères de famille et que leur carrière musicale est périphérique au sein de leur existence. Et ce contraste entre le fait que le public leur mange dans la main et la surprise et la reconnaissance du groupe rend le show encore plus touchant.
Au terme d’un concert qui confirme encore une fois que Garcia est l’un des plus grand frontman de sa génération, nous sommes en droit de nous interroger : Hermano semble avoir du matériel de disponible (notamment la chanson « Love » qui n’a pas de version studio) mais en parallèle, les rumeurs de reformations de Kyuss se font de plus en plus persistantes. Quoiqu’il en soit, il convient de rappeler que Garcia n’est pas un musicien professionnel (économiquement parlant), que ses apparitions en Europe sont fluctuantes et d’autant plus précieuses. Précipitez vous pour le voir si vous en avez l’occasion et quelque soit le projet qui l’accompagne !
Setlist :
Cowboys Suck
The Bottle
My Boy
5 to 5
Senor Moreno's Plan
Love
Is This OK?
Breathe
Kentucky
Out of Key, But In the Mood
Alone Jeffe
Quite Fucked
Murder One
Adoption Boy
Life
Left Side Bleeding
Angry American
Manager's Special
Landetta (Motherload)
Our Desert Home
[Merci à Garmonbozia pour l'organisation et l'invitation, à la Maroquinerie pour les conditions du concert et à Hermano pour les travaux]









