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mardi 26 mai 2026

Licorne Fest 2026

Brasserie Skumenn - Cesson-Sévigné

Team Horns Up

Compte groupé de la Team Horns Up, pour les écrits en commun.

Simon : La licorne évoque l'imaginaire, le légendaire, l'onirique romantique, plus cucul dans l'imagerie populaire récente, devenant un symbole à l'instar de l'arc-en-ciel. L'association d'autant de couleurs à une musique extrême davantage tournée vers l'exploration des nuances de noir crée une nouvelle chimère en soi, jouant sur les contrastes. Dans une scène ​qui se prend souvent au sérieux, d'autres initiatives s'amusent à casser les codes. L'esthétique revendiquée du Licorne Fest s'inscrit dans cette démarche tout en gardant sa ligne exigeante avec une programmation de groupes émergeants et underground.

Pour sa 7e édition, sold-out le samedi et quasi complète le vendredi, le festival affiche une sélection sludge/doom le premier jour et death/hardcore/slam-bagarre le lendemain, réunissant des groupes de toute la France (plus un groupe belge), dont quelques locaux. La scène est disposée à l’intérieur de la brasserie Skumenn, implantée en zone industrielle à la frontière entre Rennes et Cesson-Sevigné, et les festivalier.ères peuvent faire leurs dégustations de houblon brassé dans les cuves visibles depuis la salle. En périphérie des concerts, le Licorne Fest accueille des exposants et une partie salon de coiffure et de tatouage dans un cadre associatif.

Vendredi : Lowlife | Nvage | Subterraen | Verdun

Samedi : Tanork | Damnatio Ad Bestias | Mrwl | Who I Am | Volière | Glassbone | Kanine

 

Vendredi 10 avril - Jour 1

Lowlife

Sorti de terre en 2025 et composé de membres de l'association organisatrice, Lowlife est le candidat idéal pour ouvrir le bal sludge du Licorne Fest. Ce concert liminaire est d'ailleurs la seconde prestation pour ce groupe inspiré par la scène de NOLA. Sans surprise, les basses engouffrent toutes les autres fréquences avec des compositions monolithiques qui prennent plus de souffle à partir de la moitié du set. Le titre « Obsolete » offre même un break trippy stoner, bouffée d'oxygène avant un morceau final cathartique. La pression se relâche contagieusement. Le batteur Lelio déjà remonté avec une frappe d'ours tabasse son kit tel un Mérovingien qui réclame sa dîme. Agrippé au micro comme à une bouée, le chanteur Bouk ancre une interprétation à cœur ouvert. La soirée s'annonce sous les meilleurs auspices après ce premier bain de boue des tauliers.

 

 

Nvage

Retour à Rennes pour le duo parisien de Nvage après un concert au Melody Maker en novembre dernier dans des conditions sonores sans commune mesure. Dans cette configuration, il est plus facile d'apprécier l'orfèvrerie du groupe dans ses compositions, peaufinant de nouveaux titres à l'épreuve du live parmi ceux de leur EP récemment inauguré en vinyle. La polyvalence de Clément Decuypere est tout aussi captivante, en chef d'orchestre suivi de près par le batteur Jérémy Hourdoir en alerte sur les moments flottants. L'instrument du chanteur intrigue également : une basse aux allures de guitare baryton avec un signal divisé et travaillé pour sortir sur un ampli de basse et de guitare avec son flot de nappes d'effets. Toute l'architecture technique manifeste la recherche du son atypique et identifiable du duo.

Les passages atmosphériques froids et les transitions planantes sont abruptement enchaînées par des retours tonitruants par surprise, comme sur le sixième titre qui dévoile une belle exécution de gros riffs sludgy groovy. Naviguant entre chant clair et hurlé, « In Here » termine en suspension avec sa complainte vaporeuse et chuchotante perdue dans un environnement sonore hostile. Dans l'attente d'une nouvelle sortie, on replonge avec plaisir dans l'exploration curieuse de Nvage.

 

 

Subterraen

L'air dans la pièce se vide petit à petit à chaque riff des Nantais de Subterraen à la prestance radicalement sérieuse. Une froideur totale dans l'exécution, entamée par la batterie martiale de « In the Aftermath of Blight » qui opère très bien ses changements de rythme pour nous happer dans son tourbillon doom apocalyptique et défaitiste. Même les mélodies de « Paving the Way to Oblivion » ne brillent plus dans ce flot opaque accablant, où seule la rythmique atmosphérique du titre nous offre une respiration au milieu de l'esthétique asphyxiée du groupe.

Noyé dans le mixage sur disque, le chant hurlé intense s'apprécie davantage grâce à sa place prédominante dans cette configuration live, mais semble manquer de souffle sur la lourdeur de « Blood for the Blood Gods », après « For A Fistful of Silver » interprété dans sa version revisitée avec plus de nappes mélodiques ternes par rapport à l'album Rotten Human Kingdom, sans pitié.

 

Setlist :
In the Aftermath of Blight
Paving the Way to Oblivion
For a Fistful of Silver 2025
Blood for the Blood Gods

 

Verdun

Voir un ampli Sovtek sur scène, c’est la garantie d’avoir du lourd. Cela ne manque pas avec Verdun qui sort la grosse artillerie pour son sludge costaud et présente son prochain album Abyssal Womb, à commencer par les deux premiers extraits « Funeral of the Cosmic Knight » et « Silent Witness » en début de set. Le chanteur tatoué David Samok investit la scène pour nous prendre à la gorge avec son chant saturé gras, en contraste avec ses remerciements de nounours entre les morceaux. Les Montpelliérains se concentrent sur leurs nouveaux titres et explorent leurs précédents disques uniquement pour balancer la lourdeur immédiatement imprimable de « Last Man Standing » et la narration mélodique angoissante de « Narconaut » à la guitare clean fébrile. Pas le temps de respirer sous l’écrasement des riffs dissonants et des structures déroutantes. Abyssal Womb s’annonce déjà comme un retour pugnace sur le front pour Verdun.

 

 

***

Samedi 11 avril - Jour 2

Les jours se suivent et ne se ressemblent pas. Le doom du vendredi laisse la place à des tempos plus cadencés et des parterres agités sur un programme death-slam-hc. Merci les intellos en dépression, place à celles et ceux qui canalisent leur morosité vers le défouloir bas du front.

 

Tanork

Pour ouvrir le bal, Tanork est le chauffeur de salle de choix avec sa section rythmique redoutable sur du death old-school mâtiné de hardcore. Si l'ambiance du pogo est moins festive en ouverture qu'au Brewklyn au Deathfest en février dernier, les Rennais bretonnants sont carrés as fuck, propulsés par la batterie de Morgann Lavaux qui file des coups d'adrénaline à chaque blast. On viendra davantage pour profiter du son impeccable que pour se tabasser ce coup-ci, car le trio se charge de mettre les coups sur les titres du nouvel albumDiskar sorti quelques semaines plus tôt, interprété en plus rapide du début à la fin pour composer l’intégralité du set. Eflam Castrec et Melaine Gautier aux cordes se répartissent le chant et alternent d'un côté à l'autre de la petite scène en veillant à corriger les pédales de l'autre. Tout un travail d'équipe qui s'étend jusqu'au final avec la reprise sur pile de « Slave New World » avec DBA, le batteur de Damnatio Ad Bestias au chant.

 

Setlist :
Gwad An Diaoul
Enteuzet Get Trenk
Diskar
Distrojour Hor Bed
Argad
An Ankoù àr e Varc'h
Sklaved An Doueed
Slave New World

 

Damnatio Ad Bestias

Un vent old-school souffle sur la capitale bretonne. On reste à domicile et dans le death nineties avec ce second trio rennais, sans la vigueur juvénile de Tanork. Difficile de passer après une telle démonstration de batterie, mais le groupe tient la barre avec ses guitares tentaculaires sur le titre « Blood Feast ». Tirée du dernier album Martyr Incipit fraîchement sorti et marquant un renouveau pour le groupe avec un line-up tourné vers le live, « Abominations of the One God » est un véritable hommage à la scène floridienne et nous embarque dans ses méandres labyrinthiques vertigineux. Même statique, le chanteur-bassiste Morg sue à grosses gouttes pour donner tout ce qu'il a dans ses beuglements et supporter l'enchaînement des tempos intenses. Combinant leurs influences communes, Damnatio Ad Bestias invite Eflam de Tanork pour une nouvelle reprise de Sepultura. « Inner Self » ne dépareille pas dans ce set cru et marque un bel échange de bons compromis entre les deux groupes locaux de death thrash.

 

 

Setlist :
Tentacles of Doom
Mass Apostasy
Blood Feast
Abominations of the One God
Punished Into Submission
Inner Self

 

MRWL

Quelle punchline régionaliste vais-je utiliser pour introduire ce phénomène qui a littéralement retourné la brasserie ? J'en ai quelques unes en tête, toutes trop faciles, je vous les épargne. On arrive déjà au moment dans la journée où on ne se prend plus la tête, et MRWL opère admirablement la bascule. Prononcez le nom "maroilles" et vous aurez saisi l'univers du gourmetalcore des Ch'tis multipliant les références à la gastronomie du Nord-Pas-de-Calais et citant aussi bien Philippe Etchebest que Kublai Khan Tx. Ici, on se fait un wall of death avec des sabres laser gonflables entre ceux qui mettent des ananas ou non sur la pizza (« Vulgar Display of Pineapple »). Ultra réceptive, la salle est conquise et adhère au jeu, portée par l'énergie communicative de Charlotte, au chant guttural avec Gaetan dans un duo motivé, qui vient jusqu'au fond de la brasserie pour nous faire bouger.

Les deux guitares sans bassiste étalent un son gras comme un welsh avec des samples EDM et un beat rap qui génère une chenille de mariage dans la fosse. Excellent choix de programmation dans l'esprit décalé du Licorne Fest et solide exécution parodique décomplexée qui trouve son écho à Rennes. Les Ch'tis sont les bienvenus en Bretagne.

 

 

 

Who I Am

Sur cette journée du Licorne Fest, le hardcore est dans l'ADN de tous les groupes, mais Who I Am est celui qui l'incarne de manière frontale. Autant dire que le public était dans les starting-blocks et n'attendait qu'un simple prétexte pour se lâcher dans le mosh. Le public rennais a pu déguster un avant-goût de Superbowl avec les Angoumoisins pour inciter à la baston à la faveur d'un chant vindicatif. Certains festivaliers ont pris l'exercice un peu trop littéralement et se sont mis sur la gueule à force de se prendre des coups, sous les yeux impuissants du groupe qui a tenté de calmer le jeu entre deux passages incendiaires. C'est surtout l'intervention des collègues pour séparer les agités qui a pu éteindre la situation. À grand renfort de riffs hardcore efficacement assenés, Who I Am a marqué la soirée sans redite.

 

 

Volière

OK, est-ce qu’on m’a perdu ? Je savais que le slam des Flamands ne volait pas haut, mais force est de constater que Volière va à fond dans son concept ornithologique « for fans of » Chicken Run, Loué et carpophages. Une prestation en costume de coqs et d’éleveurs à bretelles lumineuses qui s’inscrit directement dans l’esthétique colorée décalée du Licorne Fest, avec les organisateurs qui sortent le Twister dans la fosse pour alimenter le grand n’importe quoi dans l’esprit d’Archspire. Niveau technique, on ne retrouvera pas de batterie déflagratrice sur le death à la lisière du grind, car un bonhomme habillé en poulet s’occupe de la boîte à rythme, ce qui peut leur mettre du plomb dans l’aile. La folie aviaire ne se répand pas autant dans le public que l’appétit pour le maroilles, mais la fosse capte l’ambiance et trouve son bonheur en lâchant des cris de volaille entre deux samples de noot-noot. On ne sait pas comment l’orga a été les chercher, mais le premier concert des Belges en France se fait dans les meilleures conditions.

 

 

Glassbone

N’ayant pas pu les voir à la soirée hardcore du Frozen Frozen Fest cette année, le Licorne Fest était un moyen de me rattraper. Entre deux groupes WTF, Glassbone vient remettre du sérieux à coup de massue dans une tornade de brutalité death. À la guitare, Pierre Cantin aux allures de héros de Deus Ex avec ses lunettes noires enfoncées, montre d’emblée qu’on ne rigole plus. Tapant du poing sur la table figurativement avec son bracelet à clous, Hadrien Besson domine l’espace avec sa présence imposante, mais semble perdre de son aura dans la configuration de scène basse, que tous les excités au syndrome du personnage principal peuvent arpenter et occuper sans la moindre gêne arrivée la fin du concert. L’effet de débordement anarchique met à mal la démonstration de domination qu’évoque la musique de Glassbone.

Les titres des deux EP, dont le dernier Ruthless Savagery que nous présentait Pierre et Hadrien dans l'émission Horns Up, alternent pour nous prendre en tenaille. « Apostasy Imperium » déroule la machine en intercalant ses mélodies death décharnées entre chaque coup de pression. Les Parisiens glissent un extrait hommage à Obituary (« Redneck Stomp ») en intro de « E.K.F.I.V » pour mieux nous charcuter dans la foulée. À la basse, Alain Poirier prend également le micro sur le dernier titre pour trancher avec le chant caverneux d’Hadrien. Je me note de revoir Glassbone dans des conditions où le groupe aura davantage la main sur son spectacle.

 

Setlist :
Testimony of Death
Sanctified by the Blade
Apostasy Imperium
Post Mortem Declaration
Power Through Decay
Drying Up of their Blood
Deaf to Suffering
E.K.F.I.V.
In Your Guts

 

 

Kanine

Les crocs sont sortis, les bass drop aussi, sans muselière. Kanine réunit le tranchant deathcore lourd et la débauche festive pour terminer littéralement le fest. Le gimmick des effets de basses est toujours surabusé, et ils le savent, tout le monde le sait, tout le monde vient pour ça : ça n’arrête jamais. Les Strasbourgeois teasent leur dernier album Khaos en balançant de nouveaux titres à tour de bras. Animée par Jason (chant) et Alex (guitare), l'effervescence ne faiblit jamais sur les sales riffs, avec un pic de communion sur « Gangrene », rejoint par toute la fosse.

Du slam sur la scène, du slam dans les airs : tout le monde y passe péniblement, le chanteur, un membre de l'orga la jambe dans le plâtre avec ses béquilles, les relous qui prennent la plateforme surélevée du groupe pour leur propre podium, et l'énorme licorne gonflable qui se mange les structures du plafond dans une vision de joyeux foutoir. À ce titre, le final en chenille sur « Everytime We Touch » conclut le festival sur un délire à son image, décomplexé et fun en parallèle de la violence sonore.

 

 

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Merci à l'organisation du Licorne Fest et à Prod n' Roll avec qui Horns Up était partenaire sur cet événement.

Merci à Mémé Migou (J1) et Indie Anna (J2) pour l'utilisation des photographies.