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Rubrique nécro #21 : Immolation, Phasma, Exhumed, Tanork, Reeking Aura...

vendredi 1 mai 2026
Team Horns Up

Compte groupé de la Team Horns Up, pour les écrits en commun.

Rendez-vous trimestriel des amoureuses et amoureux du raffinement et de la tendresse, la rubrique nécro en est désormais à son 21ème épisode. Une fois de plus l'équipe a sélectionné pour vous le meilleur du death metal sorti ces trois derniers mois : des étoiles montantes, de chez nous ou d'ailleurs, des vétérans qui s'accrochent, du old-school et du mélo, bref il y a forcément un album fait pour vous dans cette 21ème rubrique nécro. Bonne lecture !

Immolation | Fossilization | PhasmaTanork | Mors Verum | Exhumed | Damnatio Ad BestiasReeking AuraInferiCryptworm | Coscradh | Gadget

 

Immolation – Descent
Death metal – USA (Nuclear Blast)

Sleap : Cette affirmation est devenue un lieu commun, mais il est toujours bon de rappeler qu’Immolation est l’un des seuls groupes de death metal (pour ne pas dire le seul) à n’avoir jamais sorti de mauvais album, et ce malgré une carrière de quarante ans ! Je vais cependant tenter de nuancer le propos, en dépit du fait qu’il s’agisse là d’un de mes groupes préférés tous styles confondus. On peut discerner deux périodes dans la carrière des New-yorkais : le premier « perfect run » 1991-2002 – contenant à lui seul certains des meilleurs albums de metal extrême de tous les temps –, et la vingtaine d’année suivante faite de hauts (Shadows in the Light, Majesty & Decay, Providence, Atonement, Acts of God) et de bas (Harnessing Ruin, Kingdom of Conspiracy et… Descent). Ne vous méprenez pas, le jour de sortie d’un mauvais disque d’Immolation est encore loin d’être arrivé. Mais il faut savoir prendre un minimum de recul, même lorsqu’on vénère un tel groupe.

Là où Acts of God avait surpris par son incroyable foisonnement d’idées, qui plus est à un stade si avancé de leur carrière (je vous renvoie à ma chronique dans la Rubrique nécro' #4), Descent parait presque déceptif en comparaison. Tout comme sur d’autres albums de la seconde période, les parties de batterie sont assez discutables. Il ne s’agit pas vraiment du jeu de Steve Shalaty au demeurant très bon – même s’il n’égalera jamais la vitesse et la richesse de celui d’Alex Hernandez sur la sainte trilogie 1999-2000-2002 – mais plutôt de la production. Les triggers de grosse caisse sont toujours désagréables lors des tapis de double, mais on retrouve aussi le défaut de certains albums comme Kingdom of Conspiracy sur le traitement des cymbales : tantôt trop diffus sur les rides ou les crashs, tantôt trop sec – quasi-synthétique – sur le charley. Ajoutons à cela une nouvelle pochette d’Eliran Kantor tout aussi oubliable que la précédente, et surtout un ignoble clip vidéo en IA pour l’un des singles, même si ce n’est pas vraiment à mettre sur le compte des musiciens.

Mais cessons de râler, ce cru 2026 renferme à nouveau tout le savoir-faire d’Immolation, à commencer par les compos de Bob Vigna. Même si les midtempi sont ici trop nombreux à mon goût, je suis toujours désarmé par son jeu profondément idiosyncrasique. Mais ce qui impressionne le plus sur ce nouvel album est assurément la voix de Ross Dolan. Rarement le grunt de l’iconique frontman n’aura été aussi menaçant et intense (« Bend towards the Dark »), surtout au vu de son âge ! À ce titre, le featuring vocal blackisant de Dan Lilker sur la fin de « Host » parait totalement inutile, voire ridicule, tant les terrifiants vocaux de Dolan se suffisent à eux-mêmes. Enfin, il faut de nouveau souligner à quel point Immolation travaille toujours aussi bien la structure de ses albums. Des intros et interludes en clean (« These Vengeful Winds » ; « Banished ») jusqu’au riff circulaire final nous emmenant littéralement dans les tréfonds au fil du fed out (« Descent »), tout est parfaitement construit. Et même si je disais plus haut qu’il ne s’agit pas là d’une pierre angulaire dans la discographie d’Immolation, ce genre d’album reste tout de même largement au-dessus de la mêlée. Si tous les groupes de death metal pouvaient pondre des œuvres de cette trempe après une aussi longue carrière, la moyenne du genre tout entier serait considérablement revue à la hausse !

 

Fossilization – Advent of Wounds
Death-doom – Brésil (Everlasting Spew Records)

Pingouin : Le deuxième album de Fossilization contient tout ce qu’on attendait de la part des Brésiliens, depuis leur premier full-length sorti il y a trois ans (Leprous Daylight). Advent of Wounds est sorti chez Everlasting Spew Records le 13 février dernier, et figure d’ores et déjà au top des sorties DM de l’année.

Le duo de Sao Paulo a fait son trou dans cet abscond créneau du death metal, où la nuance entre death et black est si fine qu’on peine à la voir. Fossilization travaille ses riffs, épais et préhistoriques (la référence à Antediluvian est évidente), mais surtout la texture qui les enrobe, à la façon d’un Teitanblood (peut-être le mètre-étalon dans ce domaine). Les riffs des Brésiliens bourdonnent et saturent jusqu’à former un mur du son épais et presque infranchissable.

Grands anciens, figures mythologiques ancestrales, tableaux eschatologiques : les thèmes du groupe sont standard dans le genre, mais la méchanceté et l’odeur de grimoire ancien qui se dégage de la musique de Fossilization les accompagnent parfaitement. Ajoutez à cela la tendance qu’a le duo à insérer des breaks doom assez jouissifs au climax de leurs chansons (« Servo », « While the Light Lasts »), et vous avez là une des plus belles sorties metal extrême de ce début d’année.

 

Phasma – Purgatory
Blackened death metal – Grèce (Transcending Obscurity)

S.A.D.E : Venu de Grèce, Phasma propose son troisième album chez Transcending Obscurity. Les deux premiers efforts étaient sortis en indépendant et, s'ils n'étaient pas inintéressants, ils manquaient de maturité. Voulant associer brutal death metal et des éléments de black metal, le groupe ne parvenait pas à un équilibre satisfaisant, en partie à cause d'une production trop moderne. Un défaut que le duo Jason Athanasiadis (Kawir) / Luise Ferre (Gravecarver) est parvenu à corriger sur Purgatory. Le son n'est pas devenu old-school et raw, mais il est moins compressé et compact que précédemment. Avec pour résultat que le riffing death metal à la Dying Fetus sonne toujours aussi bien, tandis que les passages où l'intention black metal prime ne présentent plus l'aspect aseptisé qu'ils avaient auparavant. Comme souvent lorsque'il s'agit de blackened (brutal) death metal, l'album est du genre plutôt dense, sans vraiment le temps de souffler, même si Phasma ralentit parfois un peu le temps - mais souvent pour mieux nous prendre à la gorge sur le plan suivant.

Avec ce trosième effort, Phasma parvient à se rendre plus sérieux et tranchant. Concentré de brutalité, Purgatory reste néanmoins très digeste, avec une belle qualité dans les riffs et une nette amélioration dans la production.

 

Tanork – Diskar
Death old-school – Bretagne (MusikÖ_Eye)

Pingouin : Un synthé sorti tout droit d’un vieil épisode de Scooby-Doo... un artwork bleu pastel qui sent bon la nuit de pleine lune… et puis un blast : bienvenue dans le 2e album de Tanork, combo rennais qui nous fait le plaisir de chanter dans la langue d’Alan Stivell et de Paul Le Guen. Leur deuxième album, Diskar, est sorti le 20 mars dernier sur le label de l'association rennaise MusikÖ_Eye.

Le groupe revendique de façon permanente et appuyée son identité bretonnante : une fierté qui fait gage d’authenticité et de sincérité dans la démarche du trio. Heureusement pour vous mon papa m’a offert il y a plus de vingt ans un dictionnaire français-breton (afin que je n’oublie pas des racines dans lesquelles je n’ai jamais vécu mais bref) : je peux donc vous dire avec une certitude peu élevée que Diskar signifie  "la chute", "le déclin", « Gwad an Diaoul » le "sang du diable", « Argad » "l’attaque", et « Sklaved an Doueed », les "esclaves des Dieux". Notons d’ailleurs que sur le premier album du groupe (Destined to Die, 2023), seules 3 chansons sur 7 étaient en breton.

Musicalement les rennais font dans le death old-school biberonné à Leprosy (c’est frappant) et aux premiers Morbid Angel. Zéro fioritures dans cet album d’un poil plus d’une demi-heure où les riffs s’enchaînent sans temps morts pour notre plus grand plaisir. La reprise de Sepultura (« Slave New World », classique) clôture à merveille ce deuxième jalon d’une discographie qu’on espère longue et riche pour Tanork, aux côtés d’une scène rennaise foisonnante (si vous en redemandez après Diskar, allez écouter le premier EP de Gruesome Pledge par exemple).

 

Mors Verum – Canvas
Death metal progressif et dissonant – Canada / Inde (Transcending Obscurity)

S.A.D.E : Les groupes de death metal dissonant sont généreux : là où les groupes de hardcore sortent des albums de vingt minutes, Mors Verum appelle EP une sortie de trente minutes. Et Canvas, c'est son petit nom, en plus d'être un EP gourmand s'avère particulièrement savoureux. Basé entre l'Ontario et Bombay (!) et signé chez Transcending Obscurity (oui, encore), Mors Verum nous sert un death metal dissonant et progressif rappelant Gorguts ou Ulcerate. La production un peu crue est sans doute plus proche de celle des patrons canadiens, mais le riffing et surtout certains plans de batterie rappellent l'approche des néo-zélandais. L'intensité des compositions et la qualité de leur construction donnent à entendre un groupe déjà accompli, capable de développer des titres sinuants et pleins de bonnes idées. Et surtout, Canvas reste très digeste, la recherche d'atmosphères primant sur la volonté de violence - sans que celle-ci soit absente, loin s'en faut. A la fois tourbillonante et ancrée, la musique de Mors Verum invite à se laisser porter le long d'un tracé loin d'être linéaire sans être pleinement déstabilisant non plus.

Toute en tension, la proposition de Mors Verum invite à la nuance voire à l'oxymore, et surtout brille par sa maîtrise. Sans doute une des pépites de ce trimestre. 

 

Exhumed – Red Asphalt
Death old-school – États-Unis (Relapse Records)

Pingouin : Vétérans du death old-school et du deathgrind américain, les Floridiens d’Exhumed ont sorti le 20 février dernier Red Asphalt, leur onzième album, chez Relapse Records. 35 ans après le début d’Exhumed, et 26 ans après la sortie de l’exceptionnel Slaughtercult, où en est le groupe ?

La première chose à dire, c’est qu’Exhumed n’a pas mal vieilli. Je n’ai pas suivi l’intégralité de leur discographie ces dix dernières années, mais globalement l’esthétique rétro-slasher qu’ils entretiennent colle bien à l’énergie dépouillée qu’ils dégagent dans leur musique. Les leads mélo rappellent clairement le Surgical Steel de Carcass, et créent un contraste plutôt sympa avec certains breaks qui sentent toujours bon le grindcore. Red Asphalt finit par osciller entre deathgrind et death'n'roll, en traînant un peu en longueur ... mais avec quelques fulgurances de groove et de violence (« Red Asphalt », « Shovelhead »).

 

Damnatio Ad Bestias – Martyr Incipit
Death old-school – France (Witches Brew)

Simon : Après une démo prometteuse partagée en 2020, Damnatio Ad Bestias ressuscite son équipe pour sortir son premier album et sauter dans le grand bain d’acide. Avec Martyr Incipit, les Rennais (décidément) tournent une nouvelle page avec l’arrivée de DBA (Corium) à la batterie, rejoignant Morg (basse/voix) et Boar (guitare) pour redonner une deuxième vie aux titres « Blood Feast » et « The Beheading » qui sentent malgré tout fort le ranci à la Deicide. Le death thrash de la vieille école s’entend dans les tricotages Morbid Angelesques de « Abominations of the One God », véritable délice pour les mordus de la scène floridienne qui trouveront leur zone de confort dès les premières notes.

Condensé sur une bonne vingtaine de minutes, le disque magnifiquement illustré par Morkh (Nethertemple Design) ne retient pas ses coups vicieux en enchaînant avec l’infernal « Mass Apostasy », porté par un son cru trouvant un juste équilibre pour entendre chaque fioriture sans lécher sa production. Homogène jusqu’au final cinématographique sur « The Beheading » avec une guitare triomphante sur un tempo mis au pas, Martyr Incipit déroule sa came putréfiée qu’on avale d’une bouchée sans se pincer le nez. Les riffs châtiés sont lâchés sur nos carcasses condamnées aux bêtes, mais avec un tel premier disque, le trio ne devrait subir aucune damnatio memoriae.

 

Reeking Aura – On the Promise of the Moon
Death metal – USA (Profound Lore)

Michaël : Dès la première écoute de ce troisième opus des Américains de Reeking Aura, le constat est assez évident : le groupe a franchi un cap. On the Promise of the Moon est un petit bijou de death metal, à la fois captivant et passionnant. Reprenant les schémas classiques du genre - fast picking, harmoniques, batterie martiale à souhait -, le groupe parvient dans ce nouvel album à trouver le juste équilibre entre des riffs assassins (« A Forlorn and Frozen Vapor » en tête) et un soin particulier apporté à la mélodie ; sans pour autant faire glisser la musique du groupe vers du mélodeath.

En prenant le parti d'un album assez ramassé (32 minutes) et aux influences multiples (relents doom, mélodeath voire atmosphériques par moments), le combo américain a trouvé la recette gagnante, celle d'un death metal efficace, juste assez brutal et jamais convenu. Décidement, cette cuvée 2026 de death metal s'annonce de qualité !

 

Inferi – Heaven Wept
Tech death – USA (The Artisan Era)

Storyteller : Inferi, dont la notoriété a explosé après l’OPA lancée sur leur batteur par Archspire, nous propose un nouvel album à la pochette improbable : Heaven Wept. Mine de rien, il s’agit là de leur septième opus et le premier depuis Vile Genesis en 2021. Et nous voilà parti pour un voyage de huit titres et un peu moins de quarante minutes, dans un style qui vient à la rencontre du tech death, du deathcore, et quelques touches de claviers sans approcher le symphonique tout de même. 

Cet album est sans conteste un recueil de chansons solides comme « Atonement Denied » et le riff de son refrain aussi lourd qu’il est heavy. Mais on  retrouve aussi des touches de la singularité d’Inferi comme les guitares qui sonnent comme des échos dissonants (spécialité d’Anata pour les plus anciens d’entre nous) dès les premières notes de « Feed Me Your Fear » par exemple. Un vrai parti pris qui donne une identité marquante. Mais on ne cachera pas le fait que cet album est avant tout une pépite de densité, de blasts et de growls, on le sent avec l’agression de « Master of Nothing » : Steve Boiser prend une grande respiration avant de nous claquer les premières paroles dans la face et c’est parti pour une dose de riffs.

Vous aurez à peine le temps de comprendre ce qui vous arrive avec Heaven Wept, mais ce serait dommage de passer à côté de cette collection d'idées, d'ambiances (des touches légères de claviers donnent des atmosphères inquiétantes ou épiques parfois) et surtout de death metal comme on l'aime dans cette rubrique.

 

 

Cryptworm – Infectious Pathological Waste
Death metal – Royaume-uni (Me Saco Un Ojo/Extremely Rotten Production)

Caacrinolas : Cela fait maintenant un petit moment que Cryptworm s'est fait une place dans le milieu du death à tendance poisseux, emmené par le très prolifique Tibor Hanyi (Tyrant Goatgaldrakona, Coffinborn ou encore Rothadàs), les britanniques nous reviennent là avec leur troisième album en quatre ans.

Et vu la pochette vous devinerez assez allégrement que ça n'est pas encore avec ce méfait qu'ils se mettront au prog, encore mieux ils ont décidé de renforcer la violence avec laquelle ils exécutent les morceaux, grâce entre autres à une production aux petits oignons pour ce genre de style.

Ce « Infectious Pathological Waste » n'est clairement pas à un album qui révolutionnera quoi que ce soit mais ça tombe très bien ça n'est en aucun cas son but. Non l'album est plutôt là pour te montrer ce que ça donne quand on te mélange le groove d'un Undergang avec la technicité (et le chant de crapaud) d'un Demilich non sans un once de lourdeur que ne renierait pas un Mortician.
Si ses deux premiers méfaits avait permis à Cryptworm de faire connaître son nom, ce troisième album est celui qui confirme que le groupe fait définitivement partie du haut du panier du style.
Cryptworm c'est tout simplement le triple cheese du death, ça bouche les artères, c'est potentiellement dangereux pour la santé mais bordel qu'est ce que c'est bon.

 

Coscradh – Carving the Causeway to the Otherworld
Death metal – Irlande (20 Buck Spin)

Caacrinolas :  Qu'il est loin le temps où 10 ans en arrière au hasard d'une discussion lors du Prague Death Mass je découvrais l'existence d'un groupe avec sa première démo éponyme au curieux nom de « Coscradh ». Plutôt intrigué par le nom (qui signifie Massacre en vieil irlandais) je découvrais là un groupe qui proposait un style déjà existant mais qui possédait déjà une identité très prononcée.

Nous voici donc une décennie plus tard, Coscradh à depuis sorti 2 EPs, un premier album plutot réussi et nous propose désormais Carving the Causeway of the Otherworld.
Quid de l'évolution du groupe ? Si les irlandais restent fièrement attachés à leur racine (comme le prouve le titre « Adhradh Dé Ghoac ») ils n'en oublient pas d'évoluer encore un peu plus dans la noirceur et la folie progressive qui a caractérisé leur discographie jusqu'à présent. Cet album n'est ni plus ni moins qu'une version plus aboutie de Nahaghan Stadial leur précédent méfait, tout est plus méchant, plus viscéral, plus diabolique. A commencer par le chant qui n'est pas sans rappeler des formations tel que Cultes des Ghoules ou Katharsis dans le côté jusqu'au-boutiste.

Dans un laps de temps de 12 mois où sont sortis progressivement les albums de Teitanblood et de Qrixkuor, Coscradh s'inscrit directement comme le troisième larron de la sainte trinité du malin.
A noter encore une fois le très bon travail de Stefan Todorovic pour l'artwork qui nous dépeint comme à son habitude une illustration qui représente parfaitement l'état d'esprit de l'album. Du chaos et de la destruction naît toujours la création.

 

Gadget – Coerced
Grindcore – Suède (De:Nihil Records)

ZSK :  En termes de grindcore scandinave, Gadget aurait pu à l’aise rivaliser avec Nasum et Rotten Sound s’il avait été un peu plus productif (seulement trois albums en 12 ans). Il a quand même pu se faire un petit nom avec notamment The Funeral March en 2006, qui arrivait il faut le dire peu après la fin tragique de Nasum. Seulement voilà, son troisième album, The Great Destroyer, arrivera… 10 ans après. Le même laps de temps qui nous sépare maintenant de son grand retour, discrètement entrecoupé d’un split avec Retaliation en 2021. Entre temps, Rotten Sound a quand même lui sorti quatre albums et quatre EPs. Gloups.

Et puis ce retour sur Coerced ne se fera que sous la forme… d’un EP de 14 minutes, même huit s’il on exclut le morceau ambiant et bruitiste « False Pulse » de cinq minutes et 30 secondes. Mais on ne va pas bouder notre plaisir quand même car ce nouveau stuff de Gadget DÉFONCE. Revenu avec deux seuls changements de line-up à savoir l’arrivée de deux nouveaux vocalistes, en les personnes de Kristofer Jankarls passé par Axis of Despair (et qui tient aussi une guitare) et surtout la hurleuse Emilia Henriksson, Gadget n’est pas venu pour trier des petites fleurs mais pour balancer du grindcore digne des plus grands et qui lui permet de re-rivaliser avec ses deux voisins de palier susnommés.

Si The Great Destroyer comprenait quelques relents de Napalm Death, ici on est vraiment dans le pur terrain Rotten Sound et Nasum remis au goût du jour, avec une production bien rasoir et remuante comme il faut. De « Nonsense » à « Flatline », soit les six premiers morceaux, c’est une déferlante absolue de grindcore ultra énervé qui fait du bien par où il passe et vous permettra en même pas six minutes de vous défausser de n’importe quelle journée pourrie. Rien de bien neuf pour le genre mais Gadget a tout compris et on se demande vraiment pourquoi on ne l’a pas vu plus souvent pour qu’il nous dise de bien nous défouler. Un final plus poisseux sur « Violently Silent » qui a même quelques relents de Nails et il n’y a plus qu’à espérer que le quatrième album de Gadget ne sorte pas en 2036, parce que putain là on a bien besoin de lui quand même.

Coerced sortira le 8 mai 2026 sous format vinyle limité à 500 exemplaires.

 

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