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Album

21 mars 2026 - ZSK

Enshine

Elevation

LabelAutoproduction
styleDoom/death mélodique
formatAlbum
paysSuède / France
sortiejanvier 2026
La note de
ZSK
7.5/10


ZSK

"On est tous le boomer de quelqu'un d'autre."

Dans la catégorie des « one hit », ces groupes qui n’ont sorti qu’un seul album avant de disparaître dans des parcours chaotiques, j’aime souvent citer Fallout, l’unique album de Slumber sorti en 2004. Son doom/death ultra mélodique et particulièrement raffiné avait marqué son époque, et récupérer l’édition originale du CD fut pendant longtemps un parcours du combattant, entre deux prix délirants sur Discogs (avant que les pressages russes ne viennent sauver tout le monde – gloups). Après cet unique album retentissant, Slumber a donc bien vite implosé. Si la majorité du line-up a poursuivi l’aventure avec AtomAResonance, la dernière démo de Slumber sortie en 2010, présentait en réalité des morceaux qui figureront sur Skylight – Jari Lindholm, guitariste soliste et principal compositeur de la formation suédoise, continuera son parcours seul, bien qu’il ait participé à AtomA au tout début. S’il s’est surtout distingué dans le milieu en tant qu’ingé son, on aura attendu longtemps que ses mélodies si inspirantes trouvent un nouveau cocon. Outre Seas of Years, son projet de post-rock qui a existé dès 2012, Lindholm ne reviendra vraiment dans le metal qu’en 2013 avec un nouveau projet du nom d’Enshine. Où il s’associera avec le Français Sébastien Pierre, vocaliste/claviériste de Fractal Gates et également claviériste chez Inborn Suffering. Le goût pour les mélodies mirifiques du Suédois et l’univers de science-fiction porté par le Français accoucheront alors d’un groupe particulièrement astral, fusionnant l’héritage de Slumber et le futurisme porté par Fractal Gates et Cold Insight, l’autre projet solo de Sébastien qui proposera le fantastique Further Nowhere en 2017. Avant cela, Enshine aura sorti deux albums, Origin en 2013 et Singularity en 2015. Si Jari Lindholm explorera d’autres voies, mais toujours sous le signe de son goût pour les mélodies enlevées, avec Exgenesis en 2020 (Solve et Coagula) puis un album solo en 2021 (Trajectories), on attendait bien évidemment le retour d’Enshine qui en fait, n’a plus sorti d’album depuis… 11 ans.

On pensait d’ailleurs que 2021 allait être l’année du retour d’Enshine, avec l’EP Transcending Fire qui annonçait l’arrivée imminente d’un troisième album. Il aura finalement fallu attendre fin 2025 pour découvrir de nouveaux singles, et Elevation suivra ainsi au tout début 2026. Et l’on est reparti pour 49 minutes de doom/death mélodique des étoiles. La production reste relativement vaporeuse, bien qu’un peu moins grasse que celle de Singularity, Sébastien Pierre nous abreuve encore de ses growls bien sentis (avec quelques vocalises plus « claires » et retenues) tandis que Jari Lindholm nous propose encore une fois son catalogue de leads enlevés, entre quelques riffs plus appuyés vu qu’il y a tout de même « death » dans « doom/death ». Pas de vraie nouveauté ici, Enshine fait du Enshine mais l’alchimie de l’ensemble continue à fonctionner parfaitement malgré des éléments finalement classiques pour le genre – l’inspiration et le touché des deux musiciens faisant vraiment la différence. Quoique « Shimmering » qui ouvre l’album ouvrirait peut-être un champ des possibles plus ambitieux pour Enshine, avec une emphase plus symphonique, presque… à la AtomA. Mais dès « Heartbliss », ce sont bien les mélodies si chères à Jari Lindholm qui mènent la danse, avec des leads incessants qui nous emmènent vraiment très loin. Avec une telle piste de sept minutes, Enshine confirme aussi qu’il se pose comme une formation résolument atmosphérique. Mais le duo a su par le passé composer de vrais tubes et c’est ainsi qu’intervient l’excellent et plus mordant « When the Sunrise Is Felt », ultra entraînant et touchant déjà la perfection avec des mélodies et des rythmiques (et aussi des lignes vocales) de premier choix. Il succède magistralement aux « Cinders » et « Resurgence », Enshine semblant même désormais créer un gimmick de garder son morceau le plus accrocheur en troisième position dans la tracklist de ses albums. Ce troisième voyage dans le cosmos s’annonce alors à nouveau passionnant…

La suite du trip se fera d’abord au son de la transition qu’est « Distant Glow », instrumental porté par les délicieux synthés futuristes de Sébastien Pierre que l’on avait pu entendre sur les derniers Fractal Gates – ou sur son projet solo Sebdoom qui s’inspire de Mass Effect ou Cyberpunk 2077. Mais un voyage interstellaire étant long, attention à la lassitude. Si « The Moment » continue à proposer des atmosphères épiques et que des solos partent très haut, certaines compos mélodiques tournent quand même un peu en rond. Enshine développe alors sur la deuxième partie d’Elevation un côté très languissant, dans le bon et le mauvais sens du terme, plus ou moins malgré lui. Tel un Ison, il faudra alors se laisser porter et être dans ce mood si particulier, la tête dans les étoiles. « The Purity of Emptiness » peut donc tout autant vous emporter dans un monde cosmique onirique (avec de bien belles grattes semi-acoustiques) qu’il peut vous faire bailler par ses menues longueurs. Elevation est alors un album assez paradoxal, finalement nettement plus atmosphérique que ses deux prédécesseurs, quitte à perdre ceux qui voulaient comme on l’a déjà dit aussi du « death » dans leur « doom/death ». Malgré tout, Jari Lindholm a toujours des éclairs d’inspiration assez stupéfiants (le final de « The Purity of Emptiness » est assez incroyable) mais cela reste inégal : « Soar to Fall » est assez redondant malgré de splendides partitions de chant (ici clair comme growlé), tandis que le final qu’est « Reignite » se montre plus riffant et prenant et termine Elevation sur une très bonne note. Certes, avec le recul les deux précédents albums d’Enshine étaient déjà assez hétérogènes, mais en l’état je trouve que Singularity reste un peu au-dessus. Dommage donc qu’Elevation se tasse un peu après un départ assez formidable, on avait certes attendu 11 ans pour ce full-length malgré l’activité des deux musiciens sur d’autres projets parfois dans le même esprit, mais il ne faut pas bouder. Loin de là même : Enshine nous livre à nouveau une belle pièce de doom/death mélodique taillée pour plaire à tout ceux qui aiment que leur metal se laisse inspirer par la science-fiction, dans le fond comme dans la forme. Pour ça, Enshine est un métal rare et précieux, qu’il faut apprécier à sa juste valeur. Pour tous les metalleux qui petits, disaient bien évidemment qu’ils rêvaient d’être astronautes… des formations comme Enshine, c’est pour vous.

 

Tracklist de Elevation :

1. Shimmering (5:38)
2. Heartbliss (7:26)
3. When the Sunrise Is Felt (6:16)
4. Distant Glow (4:21)
5. The Moment (5:51)
6. The Purity of Emptiness (6:36)
7. Soar to Fall (5:33)
8. Reignite (7:36)