Chronique Retour

Album

09 mars 2026 - S.A.D.E

Mayhem

Liturgy of Death

LabelCentury Media Records
styleBlack metal
formatAlbum
paysNorvège
sortiefévrier 2026
La note de
S.A.D.E
7.5/10


S.A.D.E

Chroniqueur doom, black, postcore, stoner, death, indus, expérimental et avant-garde. Podcast : Apocalypse

Le départ de Blasphemer après la sortie d'Ordo ad Chao a obligé Mayhem à opérer une nouvelle mue. Les nouvelles recrues aux guitares Teloch et Ghul avaient pour lourde charge de continuer l'art noir de la légende norvégienne. L'option prise sur leur premier essai, Esoteric Warfare, a été de poursuivre dans la voie labyrinthique ouverte par Ordo ad Chao : l'effort était louable, le résultat loin d'être ridicule mais également loin d'égaler la maîtrise et la singularité de son modèle. Avec Daemon, c'est l'ombre d'Euronymous qu'avaient convoqué les deux guitaristes, mais sans en avoir la portée. Si Esoteric Warfare retenait mon attention, Daemon me semblait bien trop générique pour un album estampillé Mayhem. Nous voilà donc, avec Liturgy of Death, au troisième volet proposé par ce line-up de Mayhem, le plus stable sur la durée jusqu'à présent.

Liturgy of Death s'ouvre sur une ambiance sonore noire et menaçante sur quelques dizaines de secondes avant que n'arrivent les instruments saturés. Et dès ce premier titre, il se passe quelque chose du côté des guitares : Teloch et Ghul semblent avoir fusionné les apports d'Euronymous et de Blasphemer (période Chimera). On se retrouve face à des riffs majestueux et amples que l'homme par qui tout arriva ne renierait pas, assaisonnés d'une pointe de dissonance et d'inconfort qui marquaient la manière de faire de son successeur. Si l'on ajoute à cela un Hellhammer qui demeure intouchable dans son rôle de distributeur de blastbeat et un Attila toujours aussi habité et fascinant, il semble que l'on retrouve un Mayhem en pleine possession de ses moyens. Sur ce premier titre se greffe également la voix de Garm (Ulver) qui, avec sa voix claire, donne un souffle inattendu à « Ephemeral Eternity ». La magie va opérer avec le même niveau d'intensité sur les deux titres suivants, « Despair » et « Weep for Nothing ». Attila lancera ses premières incantations quasi-opératiques et on retrouve la saveur des ambiances si uniques que sa voix parvient à distiller, quelque part entre la sagesse et la folie, la voix d'un sorcier s'étant trop plongé dans les forces noires pour pouvoir s'en extirper. Il est à ce titre impérial sur l'album complet.

Dans le traitement du son, Mayhem a suivi son instinct au cours de sa carrière, et sur cet album, on peut dire que la production est bien amenée. Hellhammer (sa batterie s'entend) est triggué de manière mesurée, les guitares sont bien sculptées, agressives tout en gardant une lisibilité certaine. Le perdant du mix est Necrobutcher dont on perçoit la basse plus qu'on ne l'entend, et qui a peu l'occasion d'être particulièrement mis en avant comme cela été souvent le cas sur quelques séquences à chaque album. Si Liturgy of Death débute sur d'excellentes bases, il y a un creux en milieu d'album, avec un « Aeon's End » tout en violence mais sans véritable relief (retour au syndrome Daemon), et « Funeral of Existence » qui ressemble un peu trop à un exercice scolaire d'hommage à Euronymous. C'est là tout le paradoxe de cette partie de carrière ouverte avec le recrutement de Teloch et Ghul : Mayhem qui s'était forgé comme entité d'avant-garde, repoussant les bornes du musical, est hanté par sa propre histoire et lorgne désormais vers son passé. Le résultat peut être brillant comme sur les premiers titres, mais aussi malheureusement d'intérêt moyen. Néanmois, Liturgy of Death déploie une qualité au-delà de sa première moitié : « Realm of Endless Misery » est excellent également, alternant brutalité et noirceur plus subtile (et où Necrobutcher se dévoile enfin, l'espace de quelques mesures). Et surtout, Mayhem sait rester maître de son mystère : « The Sentence of Absolution », dernier titre de l'album, se termine sur une transition vers des percussions aux rythmes tribaux, une fin d'album qui ouvre un champ d'interprétation immense.

Liturgy of Death est sans doute l'album le plus réussi de Mayhem depuis Ordo ad Chao. La paire de compositeurs est parvenue à faire une synthèse du passé du groupe pour l'actualiser. Il y a un peu de déchet mais rien de fondamentalement mauvais, loin d'un Daemon qui restait tristement plat. Liturgy of Death jongle habilement avec les différentes périodes de la carrière du groupe, sans être une (vaine) tentative de faire revivre des temps définitivement éteints. 

Tracklist de Liturgy of Death :
01.Ephemeral Eternity
02.Despair
03.Weep of Nothing
04.Aeon's End
05.Funeral of Existence
06.Realm of Endless Misery
07.Proprious Death
08.The Sentence of Absolution  

Les autres chroniques