
Children of Bodom @Tavastia, Helsinki
Tavastia Klubi - Helsinki

Avocat le jour, rédacteur sur Horns Up la nuit et photographe à mes heures perdues.
Quand Children of Bodom a annoncé, presque 7 ans après son split et 4 ans après le décès du regretté Alexi Laiho, la tenue d’un concert de réunion avec son line up des premiers albums et le chanteur / guitariste Samy Elbanna de Lost Society, l’hésitation à prendre une place a été de courte durée. D’autant plus lorsque l’on a su que le concert aurait lieu au Tavastia Klubi à Helsinki, salle de concert historique de la scène metal finlandaise, d’une capacité limitée de 700 personnes.
Children of Bodom est une histoire malheureusement assez classique. Un groupe qui vit, évolue et donne tout pendant près de 25 ans, avant de se séparer lorsque les visions artistiques deviennent différentes en son sein. Un déchirement pour tous les fans du groupe, renforcé lors du décès brutal de la légende Alexi Laiho tout juste un an plus tard, emporté par la maladie alors qu’il venait de fonder un nouveau groupe prometteur (ndlr : Bodom After Midnight).
Après un dernier concert de Children of Bodom en décembre 2019, qui avait laissé un goût amer en bouche, il y avait une attente légitime des fans : celle de pouvoir réentendre les classiques du groupe sur scène, mais également et surtout de rendre un ultime hommage à un acteur majeur de la scène metal finlandaise et européenne. Sans que l’on sache, pour l’heure, si le groupe en restera là ou si des tournées seront envisagées, l’engouement pour ces deux dates a été colossal avec des sold out en moins de 5 minutes.


La longue attente sur le trottoir froid, humide et neigeux devant le Tavastia Klubi a vite été récompensée par la découverte d’une salle originale, chaleureuse et confortable. Le cadre absolument parfait pour deux dates qui prenaient l’air d’une volonté des membres du groupe – dont certains ne sont du reste plus actifs musicalement – de retrouver le contact avec le public.
Pas de première partie, mais une longue et jolie introduction où ont été projetées des vidéos du groupe et d’Alexi Laiho sur un grand drap tiré sur la scène. Extraits d’interviews, vidéos de backstage, vidéos de concerts ; tout y est passé sans jamais sombrer dans le pathos. Parler pathos avec des Finlandais, que l’on sait particulièrement réservés, peut surprendre. Mais quand on imagine un concert hommage, une direction artistique toute autre aurait pu être retenue ; j’ai d’ailleurs tendance à croire que s’il s’agissait d’un groupe américain, nous aurions sûrement eu le droit à un tout autre spectacle. Ce soir, tout aura été dans la retenue ; pas de longs discours, pas de moments forcés. Tout au plus quelques mots de chaque membre du groupe au beau milieu du concert pour remercier le public pour leur amour continu. Seul Jaska Raatikainen (batteur) aura pris le micro un peu plus longtemps, en finnois (merci à ma voisine du soir, pour la traduction en temps réel), pour évoquer la genèse de cette date et leur volonté d’honorer Alexi et l’héritage de Bodom.
Un moment fort, beau et intense. A fortiori quand le manifestement ému Janne Wirman invite le public à ne pas trop malmener un slammeur intrépide qui n’est autre que son père, qu’il annonce être atteint d’un cancer incurable. Cette date avait tout l’air d’un ultime plaisir plein d’émotions pour les Janne, Raska, Alexander et Henkka, même si l’appel de la scène et d’un marché alléchant des reformations les fera peut-être changer d’avis.

Quoi qu’il en soit, comme nombre d’entre vous aura pu le constater sur les vidéos qui ont inondé les réseaux sociaux après la première date, le concert de Children of Bodom a été d’une rare intensité et, surtout, d’une propreté sans faille. On le sait, on l’a dit, le jeu de Laiho s’est peu à peu détérioré au fil des années, pour de multiples raisons ; les prestations du groupe s’en ressentaient parfois. Pour autant, prendre la suite de Laiho, même ponctuellement, n’est pas une mince affaire, tant le leader de Children of Bodom était charismatique et extrêmement talentueux. Il était même tout simplement le visage du groupe ; son pilier central. Samy Elbanna a toutefois relevé le défi avec brio : voix juste bien que différente, bonne présence scénique, jeu de guitare absolument clean, jusque dans les moindres détails. Il n’en a jamais trop fait, même s’il a parfois repris quelques mimiques de son idole, sans pour autant arborer l’apparat d’une pâle copie.
Et que dire du reste du groupe ? Un Alexander Kuoppala exceptionnel, lui qui a été de toutes les excellentes sorties du groupe avant de le quitter en 2003. Un Jaska Raatikainen clinique ; un Henkka Blacksmith toujours aussi discret mais efficace et un Janne Wirman un peu en dedans, vu le contexte, mais qui demeure le cœur de ce groupe aujourd’hui. Avec un son vraiment exceptionnel et un jeu de lumière précis sans être extravagant, j’ai tout simplement assisté à un des concerts les plus propres de Children of Bodom depuis au moins 15 ans. Cela me fait un peu mal de le dire, mais c’est en tous cas mon ressenti en sortant du Tavastia Klubi.
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Cette impression a surement été renforcée par une setlist sensationnelle : imaginez-vous, un seul titre post-2005 ! Et encore, ce titre est « Blooddrunk », qui reste agréable en live ! Pour le reste, on a eu le droit à un best of de Something Wild, Hatebreeder, Follow The Reaper, Hate Crew Deathroll et Are You Dead Yet? Pas de grandes surprises pour autant : le groupe a joué les meilleurs titres de ces albums ou, en tous cas, ceux qu’il a toujours privilégiés. Pas de petites pépites rarissimes comme des « Hatebreeder », « Children of Bodom » ou « Mask of Sanity », mais une sélection parfaite pour ce qui était attendu de la soirée. On aura même eu, pour mon plus grand plaisir, un « Bodom After Midnight » joué en entier, lui qui était souvent coupé dans des medleys ces dernières années.
On regrettera peut-être simplement, si l’on veut chipoter, un final sur « In Your Face » que j’ai toujours trouvé un peu lourdaud. J’aurais bien troqué ce titre pour un final sur « Downfall » et inséré un petit « Kissing the Shadows » plus haut dans la setlist…
C'est en tous cas après presque 2 heures de show que les Finlandais ont quitté la scène, manifestement émus et surpris d’un engouement sans faille du public, qui aura été ultra réactif. La conclusion est assez évidente : la magie Children of Bodom opère toujours. Reste à savoir, maintenant, si cette réussite et les retours dithyrambiques inviteront les acteurs de la soirée à remettre le couvert dans le futur. Sans vouloir faire de l’égoïsme de bas étage, moi qui ai eu la chance d’assister à l’un de ces deux concerts, j’espère que le groupe s’arrêtera là. La boucle est bouclée, l’hommage mérité à l’une des figures de la scène death a été rendu ; je craindrais trop d’être déçu à l’avenir. En attendant d’en savoir plus, c’est avec des étoiles plein les yeux que le public a quitté le Tavastia Klubi, tout juste surpris par une pluie mêlée de neige comme seule la capitale finlandaise sait en offrir en février.
Setlist :
Living Dead Beat
Sixpounder
Bodom Beach Terror
Silent Night, Bodom Night
Deadnight Warrior
Towards Dead End
Everytime I Die
Bodom After Midnight
Lake Bodom
Bed of Razors
Needled 24/7
Angel’s Don’t Kill
Blooddrunk
Warheart
Follow the Reaper
Downfall
Are You Dead Yet ?
Hate Me !
Hate Crew Deathroll
In Your Face
Crédits photo d'illustration : page Facebook de Children of Bodom.














