Interviews Retour
dimanche 1 mars 2026

In Theatrum Denonium, clap Xe : l'organisation répond à nos questions !

Clément

Malice

L'autre belge de la rédac'. Passé par Spirit of Metal et Shoot Me Again.

Le In Theatrum Denonium est désormais une valeur sûre parmi les festivals de France. Organisé par l'association Nord Forge qui a fêté ses 25 ans l'année passée, ce rendez-vous est devenu un incontournable pour bien des amateurs de musiques extrêmes de par sa sélection, bien souvent pointue et de qualité, mais aussi et surtout pour le contexte bien spécial dans lequel il se tient. Le In Theatrum Denonium, comme son nom l'indique, se tient en effet bien sûr dans le théâtre de Denain depuis bientôt 10 éditions maintenant.

Et après quelques années de galère, notamment marquées par des annulations de groupes édition après édition, le rythme de croisière a repris à Denain, où se produiront des noms tels que Tormentor, Darvaza, Psychonaut 4 ou encore Nubivagant dans une semaine d'ici désormais. Nous avons eu l'occasion d'échanger avec Clément, membre de l'organisation Nord Forge, pour préfacer ce Xe acte ! 

Bonjour Clément ! La dernière fois que nous nous étions parlé, c'était en amont de l'édition 2023 du festival. Trois ans plus tard, comment se porte le In Theatrum Denonium ?

Bonjour à l’équipe Horns Up ! Très heureux de vous retrouver à Denain pour l’acte X du festival ! C’est toujours un plaisir de lire vos live reports et vos chroniques. D’ailleurs, c’est grâce à vous que j’avais découvert Uada… et c’est ce qui m’avait donné envie de les faire venir à Denain en 2017 pour leur toute première date en France !

Concernant le festival depuis 2023 : ca va plutôt bien ! L’association Nord Forge a fêté ses 20 ans en 2025. On a toujours une super équipe de bénévoles motivés, malgré nos vies de famille et nos projets professionnels. On a eu la chance d’accueillir de chouettes artistes comme Dodheimsgard, ThyLight, Desaster, Inferno… et plein de souvenirs viennent s’ajouter aux éditions précédentes.  On arrive déjà à l’Acte X puisque le premier festival date de 2016 ! Même si le contexte économique est compliqué pour tout le monde — et qu’on le ressent très fortement depuis le covid, sans vraie amélioration sur les dépenses — on est fiers d’avoir programmé sur les planches du théâtre des groupes qui nous faisaient rêver (Amenra, Darkened Nocturn Slaughtercult, Enthroned, The Great Old Ones, Mysticum…).

Revenons brièvement sur l'édition 2025, si vous le voulez bien. Quel en avait été le bilan global ?

Musicalement, je ne vais pas être objectif… j’ai adoré ! Imha Tarikat pour ouvrir le bal — mes petits chouchous —, Maudits dans la salle du fumoir avec le violoncelle de Raphaël Verguin sous le lustre en cristal : ça fait toujours son petit effet. La première fois en France de ThyLight, et le show ultra théâtral de Fleshgod Apocalypse avec leur chanteuse d’opéra… c’était assez dingue.

Et côté organisation, on a aussi vécu une très belle année : une équipe d’environ 40 bénévoles au top, des partenaires fidèles, une équipe (renouvelée) du théâtre qui a assuré aussi. C’est peut-être la première fois qu’on a pu souffler un peu (2-3 heures) avant le festival, parce que tout était prêt à l’avance !

Certaines années sont plus « théâtrales » que d'autres ; avec Fleshgod Apocalypse, vous y aviez été franco l'année passée. C'est un groupe qui m'a toujours paru « évident », comme pouvait l'être Septicflesh plus tôt, pour un ITD !

Oui, clairement. Et en plus c’était un “one shot” parfait : par chance, l’album Opera est sorti en août 2024. Veronica Bordacchini avait totalement sa place sur les planches du théâtre. Ça nous a forcément rappelé Septicflesh : les costumes, le décor, l’identité scénique… tout s’intégrait parfaitement au théâtre de Denain. Mais à côté de ça, le show ultra moderne et très visuel des Norvégiens de Mysticum a aussi donné une autre dimension au lieu : un monument historique qui, ce soir-là, a pris de plein fouet des flashs contemporains d’un groupe OVNI. Et au final, les deux approches ne sont pas incompatibles !

Est-ce que vous constatez plus d'engouement de la part du public quand l'affiche « correspond » au contexte, à savoir le théâtre de Denain, ou est-ce que c'est accessoire selon vous ?

Difficile à dire. Septicflesh et Fleshgod Apocalypse font partie des groupes les plus “mainstream” qu’on ait eus, donc oui, ça attire forcément plus de monde. Mais en 2019, quand on a annoncé Darkspace, Amenra, DNS et Au Champ des Morts, on avait fait sold out trois mois avant le festival ! Mais c'était avant le Covid, une autre époque en terme d'achats de billetterie en amont. Je pense que notre public vient surtout pour l’esprit convivial et pour le côté pointu de la programmation, dans un cadre historique qui est unique.

Vous avez quand même pendant un bon bout de temps connu une sacrée poisse, il faut bien le dire (annulations de Chapel of Disease, Bölzer, Carpathian Forest...)... Ca semble s'être dissipé, non ?

Jusqu’à l’acte V en 2019, on a plutôt touché du bois niveau programmation, aucun souci ! Mais l’événementiel reste un secteur très humain, avec ses aléas : maladie, Covid, séparation de groupe, avion loupé… Ce n’est jamais simple de rebondir après une annulation (surtout à quelques jours ou quelques heures du festival), mais avec passion et motivation, on sait s’adapter. Je ne souhaite ça à aucun organisateur… même si, malheureusement, ça fait partie du job ! (rires).

Parlons donc de l'affiche 2026. En l'occurrence, Attila Csihar (Tormentor) est un personnage de théâtre à part entière... Une évidence aussi ?

Attila, c’est une légende vivante de la scène black metal. C’est un peu fou, pour moi, de l’accueillir dans ce théâtre ! Je suis vraiment curieux d’échanger avec lui le 7 mars. Je l’ai déjà vu en live avec Tormentor, et c’est vrai que son chant est souvent décrit comme théâtral, parfois même proche de l’opéra… donc oui : c’est peut-être le meilleur endroit possible pour le voir pour la première fois.

Psychonaut 4 est une annonce particulièrement excitante. C'est assez rare de les voir chez nous... du DSBM au théâtre, ça peut le faire ? Comment leur profil vous est-il venu en tête ?

On a accueilli ThyLight l’an dernier, qui est aussi dans ce registre DSBM. Et perso, je suis un grand fan de ce style de black metal. Psychonaut 4 fait clairement partie de mes groupes préférés dans le genre. Je pensais que ce serait très compliqué de les faire venir, surtout depuis la Géorgie, mais au final les échanges ont été plutôt rapides et très positifs : le groupe était motivé par notre projet, et de notre coté, on a mis la gomme pour les accueillir. Donc oui : trop cool. Je suis vraiment super content de les recevoir ! Et je t’avoue que j’ai été surpris par l’engouement à l’annonce… je pensais être un peu seul dans mon délire de fan !

Le « package » Darvaza-Nubivagant est superbe également. L'annonce de Nubivagant est arrivée assez tard : est-ce que c'est en quelque sorte une « opportunité », 50% du line-up étant là avec Darvaza ?

Ça fait un moment qu’on échange avec Gionata (Omega) de Darvaza. Et au fil des discussions, j’avais découvert son autre projet Nubivagant, que j’ai beaucoup aimé. Concomitamment à l'éventuelle programmation de Darvaza, je lui ai parlé de la scène atypique du fumoir, où Déhà, Jeff Grimal ou Raphael Verguin s'étaient déjà produits. L’idée lui a plu tout de suite ! Pour être honnête, c’était prévu depuis un bon moment… mais on voulait garder une surprise, pour prolonger un peu Noël, et clôturer l’annonce des groupes de l’affiche, avec ce bonus inattendu. L'Acte X comptera donc une prestation artistique de plus !

Déhà était déjà présent en 2023 pour ce show spécial dans les travées du théâtre. Il revient dans un contexte particulier, Oscar « Asgeir Amort » qui l'accompagnait la dernière fois étant tragiquement décédé. Était-il prévu avant ce drame que Déhà fasse son retour ? Si oui, cela a forcément changé l'approche du concert...

Toute l’équipe de Nord Forge a été très touchée par l’annonce du décès d’Oscar. On garde tous en mémoire le show qu’il avait donné avec Déhà ce soir-là… c’était très intimiste et marquant. On a donc eu envie de redonner carte blanche au talentueux Déhà et à ses multiples projets. Je pense que ce sera un moment particulièrement intense pour lui. Il sera accompagné de guests pour cet hommage — je n’en dis pas plus — mais oui, on est vraiment très heureux de le revoir. C'est un gars extraordinaire.

Sera-ce un « vrai » concert, sur la scène principale, cette fois ? Ou l'idée de cette scène « secondaire » dans les travées reste-t-elle d'actualité ?

Déhà sera bien dans la seconde salle, le “fumoir”, avec son parquet, son lustre et ses sublimes peintures murales. C’est une scène parfaite pour des artistes “one-man band” comme lui : un format plus court, mais très proche du public, très intimiste. On a envisagé de lui proposer la grande scène, mais je pense que, dans ce contexte précis, le souvenir d’Oscar et ce qu’ils ont vécu dans cette salle donne un sens particulier à ce choix. Et la scène de cet ancien fumoir s'est particulièrement enjolivée depuis les premiers "Surprise Act".

Nous avions parlé à l'époque d'une éventualité de faire passer le festival sur deux jours. L'idée a-t-elle été abandonnée définitivement ?

(rires)… oui, c’est toujours dans un coin de nos têtes ! Je ne dirais pas que c’est abandonné définitivement, mais aujourd’hui, concrètement, le temps nécessaire ne nous le permet pas. Nous ne sommes qu'une petite association de passionnés, sans aucun salarié ni rétribution quelconque, et on se donne déjà à fond.

Par le passé, des prestations artistiques, notamment de danse, avaient été intégrées au programme du festival. Est-ce toujours au programme, et d'autres façons d'aborder l'aspect « théâtral » du lieu sont-elles prévues ou en étude pour l'avenir ?

Oui, on a déjà eu ces envies, et je pense que c’est toujours une excellente idée. Le metal ne se limite pas au headbang et aux riffs bourrins ! On a tenté des choses : la performance dont tu parles était unique, parce que c’était une collaboration entre NKRT et les filles du Cœur Fendu — un spectacle préparé à distance, sans vraie répétition… (rires).  Le lieu se prête aussi à l’expérimentation. La scène du fumoir permet justement d’inviter des artistes proches du metal, mais avec un pas de côté, comme Raphaël Verguin au violoncelle.

Et puis il y a eu Path of Memory, et leur incroyable prestation de dernière minute, alors que nous subissions un retard involontaire sur les balances du groupe Taake en 2020, ils ont carrément créé un groupe en live appelé “RIEN”… (rires). Un moment totalement fou, une improvisation totale mais de qualité !

Comment jugez-vous la vitalité de la scène black metal, notamment des concerts et festivals, en France ?

La scène black metal française a énormément évolué ces dix dernières années. Avant, on ne parlait pas vraiment de “French touch BM”. Moi-même, j’avais tendance à me tourner vers les pays nordiques, l’Est ou l’Amérique… mais j’ai adoré ce que la scène française a proposé ces dernières années. Ça a permis le développement de pas mal d’événements en France : je pense notamment à nos voisins du Tyrant Fest , du Battle in the Nord, du Metabler et beaucoup d'autres... Et on a de la chance d’avoir beaucoup de projets dans les Hauts-de-France.

Après, je pense aussi qu’on est à un tournant en ce moment : est-ce que la vibe "trve black" est en train de passer ? L’aspect politique a aussi fortement bousculé la scène. Le black metal a connu un renouveau, mais c’est un univers qui fait couler beaucoup d’encre (pas toujours dans le bon sens), donc soyons prudents pour éviter les dérives en ces temps troublés.

Avez-vous des groupes « de rêve » pour l'avenir au ITD ? Je ne pense pas forcément à de très grands noms mais peut-être aussi des groupes cultes, rares... je pense par exemple de mon côté que des groupes comme Mesarthim ou Midnight Odyssey, qui commencent à faire des dates, sont taillés pour le théâtre de Denain.

Figure-toi que Mesarthim et Midnight Odyssey étaient sur la liste de l’acte X ! Mais malheureusement, ils étaient indisponibles le 7 mars. Notre président te dirait : Satyricon. Moi, je dirais plutôt : Ulver… ou Anorexia Nervosa

Je vous laisse le mot de la fin et vous souhaite bonne m**, comme on dit au théâtre, avant cette édition 2026 ! 

Merci à vous, Horns Up, de soutenir la musique et les événements alternatifs ! Ça fait vraiment du bien en ce moment.

Merci à nos partenaires, au Théâtre et à la ville de Denain pour leur confiance constante.