Articles Retour

Série Noire #22 : Galibot, Riley Lynch, Final Dose, Hagzissa, Martröd, Gorrch...

samedi 28 février 2026
Team Horns Up

Compte groupé de la Team Horns Up, pour les écrits en commun.

Comme à chaque nouvelle Série Noire, l'équipe s'est attardée sur les dernières sorties gravitant autour des scènes black metal, tous horizons confondus, pour vous présenter une petite sélection des coups de cœur et des sorties dont il est difficile de ne pas parler en nos pages. Bonne lecture !

Groupes évoqués : Martröð | Feudal Illness | ZakazGalibot | HagzissaArgus Megere | Final DoseGorrch | Winselmutter | Bronze Hall 

 

Martröð – Draumsýnir eldsins
Black metal – Islande/USA (Debemur Morti Productions)

ZSK : Apparu en 2016 avec l’EP Transmutation of Wounds, Martröð avait tout du all-star band qui allait réussir son coup. Wrest de Leviathan et MkM d’Antaeus avaient notamment été conviés. Depuis, le super-groupe s’est réduit au duo américano-islandais constitué de Alex Poole (Krieg, Chaos Moon, Häxanu, Ringarë et bien d’autres) et H.V. Lyngdal (Osgraef, Vörnir entre autres et aussi passé par Sól án Varma). Mais Martröð perdure pour autant et c’est Debemur Morti qui récupère le combo pour un premier full-length, Draumsýnir eldsins (« Visions du feu »).

Alors Martröð, Américain, Islandais, ou les deux ? Niveau production et intensité, on penche plutôt du côté islandais, avec ce style bouillonnant tel les flots de lave reconnaissable entre mille. On est pas vraiment sans la saleté dépressive de l’USBM mais plutôt dans l’occultisme glaçant de la scène insulaire, avec des dissonances et surtout des trémolos incessants. En sus très blastant, Draumsýnir eldsins ne débande que très peu en 37 minutes quand il fait du black metal d’un point de vue instrumental, mais s’offre tout de même quelques moments d’ambiance bienvenus, et ce dès le break très caverneux de « Sköpunin ». Ou son surprenant final avec chœurs et violoncelles…

Si « Líkaminn » et « Tíminn » s’offrent quelques soubresauts épiques et atmosphériques, c’est tout de même le chaos metallique qui prime, avec des guitares qui occupent constamment l’espace grâce à un mur de dissonances. « Dauðinn » s’offre une ouverture plus psychédélique qui affirme légèrement les derniers relents de Leviathan là-dedans, pour repartir aussi sec dans son black metal constamment au bord de la rupture, ponctué par un final apocalyptique. Avec ses quatre longs morceaux, Draumsýnir eldsins ne se distingue pas par sa variété, mais son côté très intense et aliénant vaut le détour. La moitié américaine du duo aurait pu amener plus de singularité à cette formation finalement très islando-islandaise, mais pour peu que vous ne soyez pas lassé du style, cet album a tout de même un sacré souffle. Etouffant, mais prenant.

 

Feudal Illness – Dying Earth
Black atmosphérique – USA (Autoproduction)

Rodolphe : Quel heureux hasard qu’après avoir analysé l’influence du cinéma de David Lynch au sein des musiques extrêmes, son fils Riley concrétise ce parallèle à travers un EP de black metal atmosphérique ! Les peaksien·nes confirmé·es le savaient musicien ; le jeune homme a joué sur la scène du Roadhouse dans la 3e saison The Return (Part 5), aux côtés de Dean Hurley, sound designer émérite de feu Judas Booth. Aujourd’hui, le cowboy de Brooklyn présente Dying Earth, trois morceaux d’ambiance, sans surprise basés sur le riff, la guitare étant l’instrument de prédilection de Lynch Jr.

La qualité des enregistrements est très étudiée, mais le processus visant à les « encrasser » l’est tout autant, eu égard à l’ajout de double-pédales, de petits sons qui râpent et à la transition acoustique/électrique de « Under Hell », dont le côté ampoulé tient moins lieu d'intention véritable que de maladresse. Hormis « Anchor of Nemi » répétant des schémas et des effets très attendus, Riley convainc ; cet EP concentre quelques-unes de ses influences, des mélodies black mélo de « Vermin Helm » aux deux passages de doom acoustique automnaux. Une balade entre les tombes. En outre, « Under Hell » constitue le point d’ancrage de sa démonstration. Pour nous autres, il est touchant de sentir la fierté de Vile Rile devant sa trouvaille guitaristique de mi-morceau, ou ces notes hypnotiques d’un hiver maudit par le froid, dont la dureté s’exprime par le biais d'un chant crié épars – le sien ?? Attention, « les hiboux ne sont pas ce que l'on pense.»


 

Zakaz – Merki Sólar
Post-black atmosphérique – Islande (Gymnocal Industries)

Malice : Si le volcan du black metal islandais, autrefois en éruption constante, s'est endormi ces dernières années, il offre encore de temps à autre une nouvelle coulée de lave rappelant le particularisme de sa scène. Une scène souvent un peu consanguine, emmenée naturellement par les incontournables Misthyrming. La curiosité est donc bien là quand un one-man band apparemment pas lié au inner circle habituel islandais se fait remarquer. C'est le cas de Zakaz, avec ce troisième album qui déboule cinq ans après le précédent, dix ans après le premier. 

Et quelle réussite que ce Merki Sólar, bien plus aéré dans son approche que les torrents incandescents que propose habituellement l'Islande du black metal. Un chant clair incantatoire apparaît dès "Dáleiðing Og Tálmar", puis l'album déploie ses ailes et impose sa personnalité, ose alterner les ambiances - le riffu et hargneux "Endalausi Vitahringur" et son final aérien - afin de ne jamais lasser l'auditeur. Zakaz tente même, avec grand succès, une incursion sur les terres de Sólstafir ("Í Tómum Veruleika"), dont les débuts sont une influence perceptible au long de l'album. Ce titre si différent du reste lance le grand final de Merki Sólar, qui brûle comme jamais sur « Í Trojuhesti Samvizkunnar », revenant au black metal avant un titre éponyme épique et splendide. Malheureusement sorti en novembre 2025, Merki Sólar ne pourra pas prétendre à mes honneurs de fin d'année 2026, mais l'eus-je découvert plus tôt qu'il aurait fait partie de mes albums de l'année passée. 

 

Galibot – Euch'Mau Noir bis
Black metal des profondeurs – France (Les Acteurs de l'Ombre Productions)

Matthias : Galibot : « Un jeune manœuvre dans les mines de charbon », nous dit le Larousse. « Ch’est un infant qui étot imbauché à l'fosse », aurait répondu l'un des concernés. Si le terme est picard, il résonne encore bien au-delà du nord de la France, dans les autres régions marquées par le charbon dans leur paysage comme dans leur langage. Ce premier album du groupe de Wallers-Arenberg était techniquement déjà sorti en 2024, mais c'est une nouvelle version, réenregistrée et enrichie de quelques minutes de plus que nous ont offert Les Acteurs de l'Ombre en décembre dernier. Et cela s'entend : Euch’Mau Noir bis bénéficie d'un son très propre pour son black metal moderne mais âpre, dont l'aspect mélodique souligne encore l'horreur de l'enfer industriel creusé par des mains humaines. Les textes sont à l'avenant, et même si les références de Galibot sont très spécifiques, sur un « Terre d’euch mau » par exemple, elles gardent bien assez de puissance évocatrice pour quiconque a encore dans le sang un peu de la suie issue des milliers de tonnes de houilles arrachées à la terre. Le chant de Diffamie n'est d'ailleurs pas dénué d'une touche punk, du genre qui se scande le poing levé sur « Les Nords ». Le style, et surtout le registre de l'impuissance humaine face à une fureur élémentaire, peuvent rappeler Houle par moments, mais j'admets que la comparaison est un peu facile. Euch’Mau Noir bis est en tout cas un premier album intéressant, sur un thème qui, personnellement, me parle, et où le black metal s'était encore bien peu aventuré. On ne peut que souhaiter à Galibot de continuer sur cette veine.


 

Hagzissa – Revelry of a Maltreated Jade
Black metal vampirique – Autriche (Iron Bonehead Productions)

Matthias : Si, sur la carte du monde du black metal, l'Autriche rime pour moi avec Kringa (et un autre groupe de fanatiques de Tolkien aussi, oui, bon d'accord), la scène de Linz a aussi donné naissance à Hagzissa. Un groupe qui a d'ailleurs deux membres en commun avec le précédent, et qui officie peu ou prou dans le même registre vampirique, éthylique et furieux, mais dont je n'avais plus entendu parler depuis le festival Thousand Lost Civilizations de 2019, et son unique album sorti dans la foulée. Nos spectres des alpages font donc leur grand retour, avec quatre pistes seulement, mais avec une volonté intacte de faire du tapage. Hagzissa pratique un black metal sans fioritures ni volonté lyrique ; juste une sarabande punkisante et très communicative sur « A Single Feather Coiling », suivi d'un « Kingly Daughters of the Alder-Wisp » de vampire insomniaque dont les hululements troglodytes s'enrichissent d'un bon vieux clavier de film d'horreur gothique. Qui était réceptif aux dissonances chaotiques des stryges en plein délirium tremens de Kringa se retrouvera ici en terrain connu. Hagzissa revient, le corbillard à toute berzingue, et on regrettera juste que le cauchemar soit si court.


 

Argus Megere – Cerburea Apusului
Black/folk atmosphérique – Roumanie (Loud Rage Music)

ZSK : Après la fin définitive de Negură Bunget, on sait que son héritage s’est notamment retrouvé chez Sur Austru – outre Dordeduh bien sûr. Mais c’était sans compter sur Argus Megere. Le groupe de Timișoara a également sa légitimité vu que trois de ses membres actuels ont participé à l’album Vîrstele pamîntului en 2010, aux côtés de membres du groupe de black sympho Syn Ze Șase Tri. Quand bien même Argus Megere existe depuis 1996, presque aussi longtemps que… Negură Bunget. Après, ce n’est réellement qu’à partir de l’album A treia cale (2012) que le groupe a fait parler de lui au-delà de l’underground roumain. Deux albums plus tard, Argus Megere va-t-il enfin avoir la cote ?

Si A treia cale puis VEII (2017) semblaient plus embrasser le côté black metal de Negură Bunget – soit ses débuts jusqu’à Măiastru sfetnic, remis au goût du jour – les choses vont évoluer avec Cerburea apusului vu qu’Argus Megere va maintenant basculer dans les aspirations folk forcément transyvalniennes. La présence de la claviériste Inia Dinia, qui avait aussi participé au projet 100% folk Din Brad, et de l’instrumentiste Andrei Oltean que l’on a retrouvé chez Dordeduh (et… Thy Catafalque) n’y est pas étrangère. Si « Volvura » débute l’album dans une frénésie black metal tout juste plus atmosphérique que les albums précédents du groupe, Cerburea apusului va vraiment montrer son potentiel dès « Iarba-fiarelor » (qui emprunte son nom à un morceau du… dernier album de Negură Bunget, eh oui).

Instrumentations acoustiques et folkloriques, chants clairs prenants, ambiance résolument forestière, passages ultra épiques, nous sommes revenus au temps de Om l’espace de 17 (!) minutes, et Argus Megere va même plus loin que Sur Austru avec une certaine classe et beaucoup d’inspiration. Plutôt que le côté black metal qui reste classique et très cloisonné (même si du flûtiau passe par-dessus ici et là), le côté folk de Cerburea apusului est vraiment resplendissant. On s’arrêtera donc surtout sur le magnifique final de « Cărvunele vieții », et le somptueux break central de « Soma » avec son flûtiau divin. Rien de surprenant, mais Argus Megere se positionne bien par rapport au dernier album différent et plus moderne de Dordeduh et le dernier Sur Austru un peu plus anecdotique. Si vous êtes nostalgiques de l’apogée du microcosme roumain de Negură Bunget, Cerburea apusului est un album à posséder, c’est assurément un nouveau voyage sympathique dans les Carpates.


 

Final Dose – Endless Woe
Black punk – Royaume-Uni (Wolves of Hades)

Dolorès : Je parlais du deuxième album de Final Dose dans la Série Noire de mai 2025, il n'y a même pas un an. En si peu de temps, le nom a pourtant bien tourné et le projet de black punk anglais ressort déjà un EP, intitulé Endless Woe. Cinq titres, environ 15 minutes, mais il y a clairement du changement dans l'air.

L'agressivité du punk continue de rencontrer les mélodies perçantes du black plus old school : on savoure clairement le riff de « Frio » qui donne envie de repasser le titre en boucle, tandis que « Forsaken Armor » me laisse penser qu'une tournée avec Spectral Wound ne serait pas si déconnante vu les ponts qui peuvent se créer. Mais c'est aussi l'occasion de tester quelques petites choses. Des morceaux à ambiance (« Floresta Hostil », « Tumba Vazia ») ainsi que le parti pris d'utiliser l'italien un peu partout, donnent ici une teinte clairement différente de Under the Eternal Shadow. Si le punk s'atténue un peu chez Final Dose, tant dans le son que dans la construction des titres, il ne reste tout de même pas loin mais le groupe, en tournant la tête du côté de l'innovation, aura peut-être l'occasion de faire adhérer encore un peu plus de monde à son univers.


 

Gorrch – Stillamentum
Black dissonant – Italie (Avantgarde Music)

S.A.D.E : Venu d'Italie, Gorrch est un projet rare et exigent. Nera Estasi, leur premier album sorti en 2015, était passé sous mes radars à l'époque, mais leur signature chez Avangarde Music permet au projet une meilleure visibilité pour cette seconde proposition en long format. Stillamentum reste dans un registre black metal dissonant, descendant en droite ligne de Deathspell Omega. Mais les deux frères derrière le projet (Chimsicrin et Droich) ont leur approche personnelle du registre : si les lignes de guitare ont bien cet aspect instable et strident, côté batterie le propos est plus conventionnel, avec une large place faite aux blasts rectilignes ou aux tapis de double pédale. La production bien équilibrée permet d'obtenir une lisibilité bienvenue, sans perdre l'aura de méchanceté et de sauvagerie qui fait toute la saveur de la musique. Il y a parfois également un rapprochement à faire avec Tantifaxath, avec par exemple la première séquence de « Larvæ » et son riff tournoyant jouant dans les aigus. Stillamentum fait converger plusieurs chapelles de la niche dissonante du black metal et s'approprie à merveille ces différentes influences pour aboutir un résultat aussi dense que jouissif.


 

Winselmutter – Ketzergeyst
Black à harpies – Allemagne (Fucking Kill Records)

Dolorès : Winselmutter a commencé à sortir de l'ombre en 2025, lorsque le premier album Schattentod in der Leibeswelt est sorti en mai. Si le projet allemand reste encore assez confidentiel, son bout de chemin se remarque sans doute un peu plus dans les milieux politisés tant la ligne directrice est assumée.

Toujours est-il que Winselmutter est déjà de retour avec l'EP Ketzergeyst, dans la pure continuité de son prédécesseur. Un black tout à fait glacial qui ne cesse d'emprunter aux codes des groupes où règnent les visuels en noir & blanc et les titres à rallonge évoquant ténèbres et désolation éternelle. Personnellement, mon gros coup de cœur est pour « Where Once Was Our Heart », dont certains passages me donnent envie de taper du poing.

Je regrette peut-être juste que, du côté du chant, le contraste énorme entre les aigus de harpie et les aboiements d'outre-tombe soit un peu plus réduit et harmonisé sur ces quatre nouveaux titres. Si le chant semble plus maîtrisé, il perd un peu de son grain de folie mais continuera de ravir les fans de hurlements perçants. Dans la même continuité, le son s'est clairement lissé sur ce nouvel EP alors, à voir quelle tournure prendra Winselmutter dans le futur.

 

Bronze Hall – Embers of the Dawn
Black épiquo-bathoresque – Finlande (Indépendant)

Matthias : Il y a un an tout pile, le one-man band finlandais se révélait avec Honor & Steel, un premier album à l'influence de Bathory période Hammerheart plus que tangible. Bronze Hall est déjà de retour avec ce second opus qui poursuit dans la même veine, ce qui ne laissera certainement pas indifférent – tout dépend en fait du rapport que l'on entretient avec l’œuvre de Quorthon. Mais si les braises du bûcher funéraire du pionnier suédois du protoblack rougeoient toujours, cet Embers of the Dawn pioche quand même un peu plus loin pour entretenir sa flamme. Quelques touches de clavier viennent enrichir l'intro de « Call of Steel », puis donnent même une petite touche black ambient – comme on disait à l'époque – à « Galloping in the Sunlight's Embrace ». On reste dans un registre proche de l'hommage, c'est vraiment flagrant par moments, mais Bronze Hall mène sa barque à bon port, et nous apporte un black mélodique à la suédoise qui réussit plutôt bien ses passages épiques, sans jamais se perdre dans les fioritures inutiles. Quelques riffs efficaces (celui de « Ravaging Flames » !) et une voix caverneuse, en retrait, même un peu plus raw - plus finlandaise aussi - que le qualificatif de black épique pourrait le suggérer, et cela fonctionne plutôt bien. Un projet à suivre à l'avenir, au moins pour observer comment il évoluera. 

Également dans le radar de la Série Noire :

  • Nostalgique du label Kaotoxin Records? Un de leurs poulains de l'époque, les Anglais de Sidious, ont sorti leur quatrième album, Malefic Necropolis. Moins sympho qu'à l'époque de Revealed in Profane Splendour, mais toujours dynamique.

  • Dans un registre de black plus « brutal » à la Marduk, Enthroned, Negator... les Italiens de Handful of Hate se défendent toujours bien et ont signé un huitième album, Soulless Abominations. Pas aussi bien qu'un To Perdition, mais bien sale et cru.

  • L'année passée, Old Sorcery sortait un album de synth presque "comfy", tout ce qu'il y a de plus mélodique et champêtre. Rien à voir avec les sorties parfois très sombres du projet jusque là. C'était un piège : en réponse à The Escapist, voilà The Outsider, et cette fois, on parle black metal. Après une longue introduction dungeon synth très sombre, place en effet à un black symphonique particulièrement inspiré, dans la veine d'un Vargrav - à écouter au casque. Raw, ensorcelant, absolument fantastique.