Live reports Retour
vendredi 22 mars 2024

Cynic + Obscura + Cryptosis @Paris

Petit Bain - Paris

Varulven

"The sound of falling, when the pictures are moving"

C’est une tournée que l’on espérait plus. Après une date parisienne annulée en 2015 suite à des tensions internes, puis les décès successifs de Sean Reinert et Sean Malone, il paraissait inconcevable que Paul Masvidal continue Cynic. Pourtant, les Floridiens sont bel et bien à l’affiche du Petit Bain ce soir, accompagnés de la valeur sûre Obscura et des jeunots de Cryptosis. De quoi offrir au public une vraie rétrospective de metal technique et progressif : un pionnier du genre, un leader de la scène actuelle et un nouveau groupe prometteur. Une seule question se pose alors : cette soirée, prestigieuse sur le papier, saura-t-elle tenir toutes ces promesses ?

Cryptosis

S’il y a bien une chose qui rend Paris invivable, ce sont les transports. C’est à cause d’eux que je rate la quasi totalité du set de Cryptosis, ne parvenant à assister qu’aux deux derniers morceaux des Néerlandais. Difficile donc de juger leur prestation sur ces quelques miettes de musique. Mais du peu que j’entends, c’est loin d’être indigne. Au contraire, on a affaire à un thrash véloce et technique, qui renvoit directement aux pontes que sont Voivod et Vektor. Les mélodies tarabiscotées sont jouées avec précision, et parfaitement retranscrites grâce à une mise en son impeccable. Petit bémol cependant, le clip de « Flux Divergence » passé en arrière plan, et dont les extraits où l’on aperçoit le chanteur, sont exactement calés sur son intérprétation en live. Au-delà de l’inutilité de la chose, je ne peux m’empêcher d’y voir une surenchère d’ego trip, un défaut que l’on reproche d’ailleurs souvent aux jeunes formations du genre. Mais retenons avant tout l’aspect musical qui, bien que tronqué par mon retard, fut globalement assez plaisant pour débuter la soirée.

Setlist :
Overture 2149
Decypher
Death Technology 
Prospect of Immortality
Transcendence
Conjuring the Egoist 
The Silent Call 
Flux Divergence

 

Obscura

Cela fait quelques années que j’ai lâché l’affaire en matière de death metal technique. Les groupes les plus récents ne m’intéressent pas, tous se complaisent dans une surenchère de brutalité et de branlette de manche de plus en plus indigeste (coucou Archspire), et cela au détriment d’une vraie musicalité. Même l’exception Obscura a fini par avoir raison de moi, après un Dilluvium trop enfermé dans ce carcan techdeath moderne, bien loin de la fluidité et de la créativité de la doublette Cosmogenesis/Omnivium. Autant vous dire que la sortie de A Valediction fut une sacrée surprise, au point de figurer parmi mes albums préférés de 2021. Tant par ses clins d’oeil évidents à la paire d’albums susmentionnés que par sa fraîcheur mélodique digne du meilleur de la scène mélodeath suédoise.

C’est d’ailleurs sur l’introduction acoustique de « Forsaken », morceau qui introduit l’album, que Steffen Kummerer et ses musiciens font leur entrée, avant d’enchaîner directement sur le riff d’ouverture. Bien qu’assez peu mobiles, les Allemands déploient une belle énergie, enfilant leurs neufs morceaux pourtant si alambiqués avec une facilité déconcertante. Et si le mix n’est pas toujours clair sur les passages les plus brutaux, on peut malgré tout profiter des nombreux riffs sophistiqués et des superbes leads, notamment ceux extraits du dernier album.

L’aspect plus mélodique, omniprésent sur A Valediction, finit d'ailleurs par imprégner la plupart des autres titres, au point de rappeler la touche néo-classique d’un certain Necrophagist. Aux côtés de leurs sempiternels classiques (« The Anticosmic Overload », toujours aussi ultime), le groupe s’autorise aussi quelques originalités qui dénotent dans leur magma de shreds et de sweeping. La monolithique « Devoured Usurper » l’illustre parfaitement, avec sa rythmique Morbid Angel-ienne, mais aussi la très catchy « When Stars Collide ». On regrettera cependant que le refrain chanté en clair, véritable climax emphatique, soit absent de la version live. Malgré un son parfois brouillon lors des instants les plus extrêmes, Obscura aura démontré toute l’étendue de sa maîtrise à jouer une musique aussi complexe, tout en demeurant acrrocheur et digeste. Et ça, dans le death technique actuel, c’est suffisamment rare pour être souligné.

Setlist :
Forsaken
Emergent Evolution
Mortification of  the Vulgar Sun
Devoured Usurper
Orbital Elements 
Akroasis
The Anticosmic Overload
Septuagint
​When Stars Collide

 

Cynic

Il est difficile de croire ce que l’on s'apprête à voir. C'est pourtant une réalité. Cynic, légende américaine du death prog, est enfin de retour en Europe. Paul Masvidal et consorts sont très attendus, et cela se sent, à la vue de la difficulté à ne pas se sentir légérement oppressé tant la fosse est pleine à craquer. On est d’office immergé dans l’univers éthéré des Américains avec les vidéos de planètes, galaxies et autres nébuleuses projetées sur grand écran, les photos d’archives nous permettant de comprendre ce qui va suivre. Le concert comprend en effet deux parties, la dernière étant axée sur une sélection issue des dernières sorties plus axées prog rock. Mais c’est surtout ce premier set qui fait office d’événement, puisque c’est l’album Focus, pierre angulaire du genre, qui est joué dans l’ordre et en intégralité. Après un faux départ qui suscite l’hilarité générale, la première phrase vocodée de « Veil of Maya » est prononcée, sous la ferveur électrique de l’audience.

Difficile de ne pas être pris dans l’ambiance spatiale et futuriste de l’album, avec les intonations robotiques du chant de Masvidal. Les titres de Focus s’enchaînent, et l’on se laisse porter par les nombreux tricotages prog et jazzy qui parsèment les compos, et contrastent avec cette intensité rythmique typique du death old school. C’est cette dichotomie entre metal extrême et incursions jazz/fusion qui rendait ce disque si avant-gardiste à l’époque. Et c’est ce même mélange des contraires que l’on ressent en live, et qui fait de ce premier set un moment hors du temps, aussi sincère que captivant.

Après un « How Could I » des plus poignants, Paul Masvidal nous invite à respecter une minute de silence, pendant que sur fond de musique relaxante sont projetées les photos de Sean Reinert et Sean Malone. La disparition de la section rythmique historique de Cynic a suscité beaucoup d’émoi. A tel point que certains (moi y compris) ne comprenaient pas comment le leader pouvait continuer sans ses deux amis. Mais comme ce dernier nous le dira avant d’introduire le morceau « Integral », ce n’est qu’en continuant que la mémoire des deux musiciens sera honorée. En témoigne ce fameux titre, qui joué dans sa version acoustique, retranscrit cette notion d’hommage spirituel.

La suite des morceaux s’inscrit dans cette même veine, avec cette vibe aérienne et progy. Intéressante certes, très immersive, mais qui n’a pas la même couleur protéiforme que celle du premier album. Heureusement, c’est sur deux titres de Traced in Air, album riche en envolées séraphiques et en accroches mélodiques, que Cynic termine, sous les applaudissements, les cris et les clameurs d'un public encore en émoi, près de 1h30 de metal prog et tech de haute volée. Un belle rétrospective pour les 30 ans d’un groupe culte, et un merveilleux hommage aux deux Sean. Une belle preuve que leur esprit et leur héritage continueront de vivre quoi qu'il arrive. Dans la musique de Paul Masvidal comme dans nos coeurs. Légendaire. 

Setlist :
Veil of Maya
Celestial Voyage
The Eagle Nature
Sentiment
I'm but a Wave to...
Uroboric Forms
Textures
How Could I ?
​Integral
Kindly Bent to Free Us
In a Multiverse Where Atoms Sing
Carboned-Based Anatomy
Adam's Murmur
Evolutionary Sleeper
 

 

Un grand merci à Garmonbozia pour l'organisation de cette belle soirée et pour l'accréditation. Et aux groupes pour leur prestations.