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Album

13 février 2023 - ZSK

...And Oceans

As In Gardens, So In Tombs

LabelSeason of Mist
styleBlack metal symphonique
formatAlbum
paysFinlande
sortiejanvier 2023
La note de
ZSK
7.5/10


ZSK

"On est tous le boomer de quelqu'un d'autre."

Quand un groupe revient avec panache d’une très longue absence (reformations comprises, cela va de soi), et quand en plus il se remet sur le devant de la scène avec un album magistral, il se pose toujours la même question : quid de la suite ? Comment repartir sur un schéma de carrière somme toute banal une fois qu’on est revenu en fanfare avec un album qui a satisfait tout le monde ? C’est à cette épineuse question que va devoir répondre …And Oceans. Lui qui a signé un « retour » un peu particulier en 2020 avec Cosmic World Mother. Certes après 18 ans de delta entre cet opus et Cypher (2002). Certes un peu moins si on compte h.IV+ de Havoc Unit (2008) en tant qu’entité propre de …And Oceans. Certes un peu plus si on prend en compte le fait que ce come-back s’était fait avec le style de black sympho en vigueur sur les 2 premiers albums des Finlandais, donc le décompte s’était fait réellement à partir de The Symmetry Of I - The Circle Of O (1999). …And Oceans n’a rien fait comme les autres et n’est pas un groupe comme les autres. On peut donc s’attendre à tout mais pour le coup, il n’y aura aucune surprise. Trois ans après Cosmic World Mother, …And Oceans revient se montrer avec un As In Gardens, So In Tombs en plein dans la lignée de son prédécesseur. Et après un formidable Cosmic World Mother, il va donc falloir voir si …And Oceans peut continuer à suivre une cadence de discographie classique. Avec un seul changement de personnel, le bassiste Petri « Syphon » Seikkula (guitariste à l’époque de Cypher) laissant sa place à Pyry Hanski et son sacré CV (Before The Dawn, Gloria Morti, Red Moon Architect…). Mathias Lillmåns est toujours derrière le micro, la paire historique de guitaristes bien présente, est-ce que tout est réuni pour que …And Oceans réussisse l’exploit et se pose comme un des groupes de black sympho déjà emblématiques du début des années 2020 ?

As In Gardens, So In Tombs s’ouvre par son morceau-titre et on constate donc bien qu’en 3 ans, la recette n’a pas changé. …And Oceans pratique toujours un black « à synthés » relativement frénétique mais qui laisse pas mal de place aux mélodies. On est donc toujours bien dans le registre d’un The Dynamic Gallery Of Thoughts remis au goût du jour, sans autres aspérités si ce n’est quelques synthés tendant légèrement vers l’électro mais rien qui nous évoquera sciemment A.M. G.O.D.. Le morceau d’ouverture est donc tout à fait excellent, avec des compos efficaces ; il est suivi par le très accrocheur « The Collector and His Construct » et on se dit que …And Oceans est tout à fait capable d’enchaîner deux masterclass et qu’on avait eu tort de douter. Quoique. A l’écoute de « Within Fire and Crystal », et malgré les belles mélodies omniprésentes, on trouve déjà qu’on est quand même une petite classe en-dessous de Cosmic World Mother. Les bonnes idées sont répétées, ce qui ne serait pas dérangeant dans l’absolu, mais As In Gardens, So In Tombs sonne parfois comme étant constitué de chutes de Cosmic World Mother et on grimace un peu. A l’image d’un « Carried on Lead Wings » : c’est peu inspiré et ça sent le réchauffé. C’est tout de même du bon (le break est savoureux par exemple), mais on ne peut s’empêcher de penser que l’album précédent était plus classieux et avait de meilleurs morceaux. Si « Wine into Water » (avec de beaux effets sympho et un refrain épique à souhait) et « Inverse Magnification Matrix » (plus intense avec un Mathias Lillmåns qui donne tout) tirent leur épingle du jeu, on a quand même du mal à égaler des « Five of Swords », « Helminthiasis » et autre « Oscillator Epitaph ». Des franches longueurs font même leur apparition : « Likt Törnen Genom Kött », l’interminable et assez vain final « Ambivalent God » aux mélodies peu inspirées… « Cloud Heads » ou « The Earth Canvas » passent mieux, mais on trouve ça au pire correct et de toute façon un brin trop classique, alors qu’il y a 3 ans la même chose était présentée comme absolument fantastique. Gloups.

Il faut aussi dire que As In Gardens, So In Tombs n’est pas aidé par sa sonorisation également un peu en deçà de celle du précédent album : déjà que le mastering ne s’est pas amélioré, les instruments (et même le chant) sonnent un peu plus rustres et l’ensemble devient assez brouillon dès que la batterie blaste de trop, laissant surtout sortir les nombreux trémolos pas toujours en verve. Il se dégage toutefois de As In Gardens, So In Tombs un aspect plus désenchanté, avec pas mal de mélodies plus tristes, tempérant la furie cosmique de Cosmic World Mother. On s’y fait au fur et à mesure, car aux premières écoutes c’était presque la grosse déception qui était de mise. Des morceaux intéressants finissent par se dégager, mais il faut bien avouer que passé le duo d’ouverture, ce n’est pas byzance. Le constat est donc simple : As In Gardens, So In Tombs ne transforme pas l’essai de Cosmic World Mother, et ce sixième album de …And Oceans n’est au bilan final pas déplaisant, mais un peu trop banal comparé à son illustre prédécesseur. La recette fonctionne toujours, le groupe possède toujours son propre touché de synthés assez rafraîchissant, mais on l’a connu plus inspiré sur le fond et même la forme, notamment pour les mélodies qui il y a 3 ans avaient franchement renouvelé leur fonds de commerce avec une grande classe. On va donc devoir s’en contenter (et les fans qui auront opté pour l’édition limitée auront deux bonus sympathiques pour prolonger le plaisir), et relativiser aussi, car malgré l’apparition de formations de black sympho un peu plus trve (comme Moonlight Sorcery récemment), …And Oceans reste dans le haut du panier du genre. Après, c’est toujours une question de contexte, il ne fait nul doute que si As In Gardens, So In Tombs était sorti à la place de Cosmic World Mother en son temps, on aurait franchement applaudi. Mais voilà, le temps et l’ordre des sorties sont immuables. On est probablement encore loin d’une dégringolade à la At The Gates, mais il va falloir surveiller ça et …And Oceans a encore de la marge pour se trouver un nouveau souffle, même dans la lignée de ce style plus traditionnel. A moins qu’on entame un nouveau cycle en revenant vers du A.M. G.O.D./Cypher, qui sait… ?

 

Tracklist de As In Gardens, So In Tombs :

1. As in Gardens, So in Tombs (4:17)
2. The Collector and His Construct (4:36)
3. Within Fire and Crystal (5:52)
4. Carried on Lead Wings (5:14)
5. Likt Törnen Genom Kött (5:10)
6. Cloud Heads (4:19)
7. Wine into Water (3:57)
8. Inverse Magnification Matrix (4:50)
9. The Earth Canvas (4:11)
10. Ambivalent God (7:44)
11. Samlarens Valv (3:49)
12. Third Eye Catalyst (4:28)

 

 

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