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Album

08/05/20 - ZSK

...And Oceans

Cosmic World Mother

LabelSeason of Mist
styleBlack Metal symphonique
formatAlbum
paysFinlande
sortiemai 2020
La note de
ZSK
9/10


ZSK

"On est tous le boomer de quelqu'un d'autre."

Ah, la fin des années 90, le début des années 2000… C’était un âge d’or pour certains genres, comme le Black Sympho avec le succès galopant de Dimmu Borgir et Emperor. C’était aussi l’émergence, sur cette base, de groupes qui ont repoussé les frontières en agrémentant leur Metal extrême de facéties Indus voire électro, notamment en scandinavie, ce qui a fini par faire les beaux jours des catalogues comme Holy Records friands d’étiquettes singulières en tout genre, style « Eerie Cyber Extreme Metal ». The Kovenant, parti d’un Black Sympho classieux sous le nom Covenant, pour faire du Metal Electro-Indus dès 1999 avec Animatronic, a peut-être montré la voie. Toujours est-il qu’on a ensuite vu émerger des Diablerie, Cynicon, Ensoph, Thee Maldoror Kollective, Scorngrain… des groupes avec un passé Black avant-garde ou sympho qui se sont mis à faire des trucs futuristes, à l’instar d’un Forlorn par exemple. Des noms qui ont ravi les amateurs de ce genre de bizarreries Cyber/Electro au début des années 2000, dont peu de formations existent encore aujourd’hui. En Finlande, un autre groupe a choisi cette étrange transition. Un groupe qui a finalement eu un parcours assez singulier. Au tout début, il y avait Festerday, formation de Death Metal gore et résolument Carcassienne. Des cendres de ce groupe est alors né l’étrange …And Oceans et ses points de suspension, qui après deux démos signera chez Season of Mist, dont il fut un des tout premiers groupes de leur roster. The Dynamic Gallery Of Thoughts (1998), le premier album des Finlandais, sera d’ailleurs la 8ème référence du catalogue du label marseillais - la suivante ne sera d’autre que le 3ème album d’Oxiplegatz, autre groupe de Black expérimental de l’époque. Un second album sortira bien vite, The Symmetry Of I - The Circle Of O (1999) et déjà, …And Oceans étonnera. Groupe insaisissable connu pour les accoutrements singuliers de son chanteur sur scène, …And Oceans sera plus simple à suivre en studio, malgré sa propension à brouiller les pistes, avec notamment des musiciens difficiles à tracer qui changeront régulièrement de pseudos. Musicalement, …And Oceans œuvrait donc à cette époque dans du pur Black sympho, pas spécialement moderne mais qui avait son ambiance propre, notamment au niveau des synthés ou encore du chant, se rapprochant globalement d’un Emperor mais avec un petit côté original qui faisait toute la différence, notamment dans les thèmes abordés (on pouvait notamment croiser des morceaux en suédois et même une piste nommée en français - "Je te connais Beau Masque", sur The Dynamic Gallery Of Thoughts). Un groupe qui se distinguait sur certains aspects tout en proposant un Black sympho de qualité. Mais…

Les années 2000, le nouveau millénaire, le turfu tout ça, et …And Oceans a donc pris le fameux virage vers un Metal plus expérimental fortement teinté d’électronique. Nouveau logo, nouveau label (Century Media), pochette avec un robot, et A.M. G.O.D. (2001) marquera une nouvelle ère pour le groupe, qui l’emmènera bien loin. Si des touches de ses deux premiers albums persistent, …And Oceans pratiquera sur son 3ème album une sorte d’Electro-Black efficace et gracieux, avec un chant plus grave par moments, de nombreuses sonorités électro dépaysantes et des morceaux marquants comme l’énorme hit qu’était "Tears Have No Name". Le nouveau …And Oceans était né et il enfoncera le clou un an plus tard, déjà, avec Cypher. Un album encore bien mystérieux, avec des noms de morceaux triplés et même parfois à franche rallonge ("Picturesque : Cataclysm Savour : And the Little Things That Make Us Smile", oufff), qui poursuivait l’effort de A.M. G.O.D. mais en assombrissant le propos, en le rendant plus direct, presque plus purement Metal-Indus, se détachant désormais clairement des deux premiers albums malgré quelques lointains vestiges. Un album un peu mal reçu à l’époque, mais qui regorge de tubes et de compos plus originales à l’image de l’incroyablement prenant "Debris : The Magenta Harvest : Liquid Flesh". …And Oceans entérinait avec brio ses capacités dans toute la scène de Metal Cyber/Electro/Indus de l’époque. Mais se fera bien discret par la suite… avant de revenir de manière bien particulière en 2007, par le biais de derniers inédits croisés avec du matériel d’un nouveau groupe nommé Havoc Unit, qui ne sera d’autre que la nouvelle incarnation de …And Oceans. Toujours dans un style Metal-Indus, mais désormais franchement assumé et appuyé. En résultera h.IV+, un album bien offensif, sale et vindicatif, sorti en 2008. Du Cypher poussé à l’extrême dans un futur dystopique et révolutionnaire, où les finlandais pousseront à bout toutes leurs expérimentations, livrant un dernier effort original et franchement excellent. Un « dernier » car Havoc Unit ne se montrera hélas plus par la suite. Le cycle se clôturera ainsi en 2013 avec la reformation de Festerday. Mais l’histoire assez particulière de …And Oceans ne pouvait pas s’arrêter là. C’est ainsi que nous avons appris discrètement en 2017 la reformation, de son côté, d’…And Oceans ! Ce qui a fini par complètement dissocier Festerday de …And Oceans, les premiers ayant sorti en 2019 l’excellent Iihtallan, toujours dans leur style de Death-Metal à la Carcass. Et ainsi, …And Oceans peut désormais revivre, pour le plus grand bonheur de leurs fans d’antan. Un nouveau cycle commence…

La question qui allait donc se poser était évidente. Quel style ce « nouveau » …And Oceans allait-il pratiquer, première ou deuxième période ? Il aurait été aisé de penser que si le groupe était revenu pour faire la suite de Cypher, il aurait pu poursuivre l’aventure de Havoc Unit. Après le retour au Death-Metal du côté de Festerday, …And Oceans va lui, logiquement, reprendre aussi les choses depuis le début avec du Black Sympho. Les premiers concerts donnés, centrés sur les deux premiers albums, ne laissaient alors plus de place au doute, en plus de l’utilisation du premier logo plutôt que celui plus futuriste de la période « Century Media », et en sus le retour chez leur premier label Season of Mist… 2019 fut l’année où la sauce à commencé à monter avec les annonces d’enregistrement d’un nouvel album. Toutefois, des remous ont eu lieu, avec le départ du chanteur historique Kena Strömsholm. Rapidement, c’est une des figures du Metal extrême finlandais qui fut appelée à tenir le micro, à savoir Mathias Lillmåns de Finntroll (et Magenta Harvest, The Iniquity Descent entre autres), ajoutant un peu à l’échelle du « culte » ce qui nous attend. Le line-up s’articule toujours autour de la paire de guitaristes Teemu Saari (de retour après son départ suivant A.M. G.O.D.) - Timo Kontio (tenant tous deux le même poste chez Festerday), accompagnée de Petri Seikkula qui avait repris la guitare de Teemu sur Cypher et repasse ici à la basse. Le batteur Kauko Kuusisalo (Gloria Morti) et le claviériste Antti Simonen (ex-Obscurant) complètent la bande qui va avoir charge de pondre le 5ème album d’…And Oceans, 18 ans après Cypher. Autant dire que l’affaire était attendue, et si les premières indications suivant la reformation du groupe répondaient à quelques questions, il en reste d’autres en suspens. Comment va sonner le style d’…And Oceans des années 1990 en 2020 ? La formation ne va-t-elle pas être tentée de déborder un peu vers sa période 2000 ? Cosmic World Mother sera-t-il le genre d’album anachronique comme on a pu en voir ces derniers temps ? Va-t-il se distinguer en claquant des doigts au sein d’une scène Black Sympho quand même très moribonde ? Le premier extrait dévoilé, le morceau d’ouverture "The Dissolution of Mind and Matter", amènera déjà quelques doutes. Ça blaste pas mal dès le début, normal avec le batteur de Gloria Morti, mais sinon... Les riffs sont presque plus proches de ceux de Cypher que ceux de The Dynamic Gallery Of Thoughts. Le chant de Mathias, plus grave mais aussi plus varié que celui de Kena, est très différent. Les claviers ou synthés sont quand même très discrets pour l’instant, ce sont surtout les trémolos qui se distinguent. On ne reconnaît presque pas …And Oceans là-dedans ! Pas en tout cas celui des deux premiers albums. …And Oceans va donc finalement moderniser son style, avec une prod abrasive mais dans l’air du temps ? Voyons voir…

Si elle est efficace (c’est le moins que l’on puisse dire quand ça commence à 100 à l’heure), l’introduction de Cosmic World Mother avec "The Dissolution of Mind and Matter" n’est pas forcément représentative. En tout cas, nous n’aurons pas totalement affaire à un simple The Dynamic Gallery Of Thoughts / The Symmetry Of I - The Circle Of O version 2020. …And Oceans ne se réinvente pas totalement, mais il va choisir d’opter pour du Black Sympho remis au goût du jour et renforcé par l’expérience acquise depuis 20 ans, albums des années 2000 et Havoc Unit compris. Les riffs sont certes plus durs, et la vitesse d’exécution est globalement élevée - même plus qu’à l’époque, mais si des touches guitaristiques de la période A.M. G.O.D. / Cypher se ressentent - il y en avait même déjà dans Iihtallan de Festerday ! - c’est bien du pur Black Sympho que l’on entendra tout du long de Cosmic World Mother. Et dès "Vigilance and Atrophy", il distille ses pleines capacités. Au travers de synthés éthérés qui renvoient effectivement à certaines ambiances de la première période - même si de l’eau a coulé sous les ponts et que l’« expérimentation » n’est plus de mise - mais aussi de nombreuses mélodies, finalement bien plus marquantes qu’à l’époque ici. On le ressent d’ailleurs dès "Five of Swords", qui s’émaille bien vite de leads gracieux après un déluge de blasts et de synthés monumentaux en fond, ce qui marque d’ailleurs le véritable départ de l’album malgré un "Vigilance and Atrophy" déjà très inspiré. Très en voix, Mathias Lillmåns se donne à fond, et même si on peut regretter les vocaux aigus si particuliers de Kenny, on s’y fait assez vite même si c’est vrai que cela marque une nette différence pour qu’on raccroche l’ensemble à 100% à du « vieux » …And Oceans. Cosmic World Mother sera donc un album globalement efficace, qui blaste quand même une bonne partie du temps (rien que le très véloce "As the After Becomes the Before" le confirme encore), nous avons bien affaire à du « Black-Metal » même s’il ne sera pas très trve. Mais du Black à tendance symphonique (comprendre par « à tendance » du « Black à synthés »), au moins mélodique et même, donc, plus encore que sur les deux premiers albums. Cosmic World Mother en sera donc également raffiné et gracieux, ce qui va au bout nous donner un album totalement complet et même assez jouissif. On s’attendait à un retour peut-être un peu bateau, juste sympathique, nous aurons le droit à un retour tout bonnement fantastique.

"As the After Becomes the Before" met donc déjà la blinde au niveau des trémolos et synthés épiques, et les blasts et riffs rangés ajoutent encore de l’intensité à tout ça, en plus de vocaux parfaitement pertinents. Cosmic World Mother est donc définitivement lancé et va nous offrir une partie centrale anthologique. Avec déjà un morceau-titre assez fabuleux, aux mélodies émotionnelles tout autant que le chant arraché de Mathias Lilmåns, une piste encore très intense où l’originalité est de mise vu que nous avons le droit à des synthés singuliers qui prennent même une tournure électro, presque à la A.M. G.O.D., avec a la clé un break savoureux et un final majestueux. "Helminthiasis" prolonge le plaisir avec des riffs ultra incisifs, finalement typiques de …And Oceans, et encore des splendides mélodies et des synthés libérateurs, se mettant encore en valeur lors d’un formidable break. …And Oceans est au top de son inspiration et finit de le prouver avec l’excellent "Oscillator Epitaph", peut-être le tube du disque avec ses mélodies imparables, ses compos accrocheuses, ses synthés stellaires, et un Mathias Lilmåns plus agressif que jamais et qui se fait vraiment plaisir au sein de cette formation culte. Quel retour jusqu’ici ! Le joli interlude "In Abhorrence Upon Meadows" nous permet de reprendre nos esprits avant une fin d’album plus classique, maintenant que le style …And Oceans v.2020 est posé, mais toujours très inspiré. Le groupe se lâche encore sur le très salvateur "Apokatastasis", toujours émaillé de trémolos et d’un fond de synthés, pour un ensemble qui pour le coup sent quand même bien bon le Black Sympho des 90’s. Tout comme l’un peu plus sombre "One of Light, One of Soil", avant que le final "The Flickering Lights" nous emmène dans un dernier voyage avec des trémolos épiques et des synthés oniriques, une conclusion de toute beauté pour un retour absolument magistral de …And Oceans dans le petit univers du Black Sympho. Il est clair que plus de 20 après, il est dur de faire une comparaison avec la doublette The Dynamic Gallery Of Thoughts / The Symmetry Of I - The Circle Of O ; Cosmic World Mother prenant clairement un nouveau départ, utilisant des éléments d’époque et même des compos lorgnant vers la période Electro/Indus, mais proposant une mixture assez inédite pour le groupe avec au bout un Black Sympho parfaitement équilibré entre tradition et modernité. On s’attendait à un retour classique, on a le droit à une véritable bombe. Et cela fait doubler le plaisir, le grand retour d’…And Oceans d’une part, et d’autre part que ça soit lui qui livre cette pépite. On peut peut-être reprocher à Cosmic World Mother d’être trop « bourrin » par moments, la formation finlandaise étant bien décidée à montrer qu’elle est en forme, d'avoir un chant déroutant par rapport à celui de Kenny, voire de ne jamais dévier plus que de raison, mais cet album s’avère être parfaitement fignolé et totalement pertinent, en plus de livrer quelques bijoux alors que ses premiers albums étaient plus homogènes. Que l’on attendait du pur Black Sympho 90’s avec un peu d’originalité, que l’on attendait de …And Oceans qu’il refasse du Metal Electro/Indus même si ça n’a jamais été au programme, ou que l’on découvre maintenant le groupe, on ne peut que s’incliner devant ce fantastique album qu’est Cosmic World Mother, géniale pièce de Black Sympho qui ne laisse rien au hasard, compos agressives comme mélodies léchées. Un retour incroyable, et un plaisir total !

 

Tracklist de Cosmic World Mother :

1. The Dissolution of Mind and Matter (4:09)
2. Vigilance and Atrophy (4:38)
3. Five of Swords (5:02)
4. As the After Becomes the Before (5:13)
5. Cosmic World Mother (4:37)
6. Helminthiasis (4:26)
7. Oscillator Epitaph (3:54)
8. In Abhorrence Upon Meadows (2:29)
9. Apokatastasis (4:21)
10. One of Light, One of Soil (3:17)
11. The Flickering Lights (5:24)