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Album

24/03/22 - ZSK

In Mourning

The Bleeding Veil

LabelDalapop
styleDoom/Death Metal progressif & mélodique
formatAlbum
paysSuède
sortienovembre 2021
La note de
ZSK
8/10


ZSK

"On est tous le boomer de quelqu'un d'autre."

Seulement deux ans après Garden Of Storms, les Suédois d’In Mourning signent déjà un nouvel album, leur sixième. On ne les attendait peut-être pas aussi tôt, mais on peut supposer que la formation fait partie de celles qui ont profité du confinement pour produire de la nouvelle musique plus rapidement. Mais en seulement deux ans, des choses ont bougé. Pas au niveau du line-up qui reste inchangé par rapport à Garden Of Storms, bien que depuis la publication de ce nouvel album, le bassiste Sebastian Svalland a pris la poudre d’escampette. La chose notable est qu’après être passé par Aftermath Music, Spinefarm puis Agonia Records, In Mourning n’a désormais plus de label attitré. Enfin, la version CD de The Bleeding Veil a été sortie par le label suédois Dalapop - dont le roster n’est pas du tout Metal - mais pour le reste, In Mourning se débrouille tout seul. Une tendance qui risque bien de se multiplier, même si sortir du « circuit » est souvent un choix bien assumé de la part des groupes, qui savent souvent très bien gérer leur affaire avec leurs propres réseaux et moyens de promotion. In Mourning aurait peut-être du siéger aux plus hautes sphères Metal aux côtés de Opeth et compagnie au fil du temps, surtout quand on se remémore son début de carrière absolument irréprochable avec des albums comme Shrouded Divine (2008), Monolith (2010) et The Weight Of Oceans (2012). Mais alors que Afterglow (2016) avait été un tournant pour le groupe, optant dès lors pour un son plus rugueux et moins « produit », In Mourning continue donc à tracer sa route, sans finalement se soucier du reste et presque sans prétention. Se faire plaisir et faire plaisir à l’auditeur, c’est un chemin pour le moins honorable. Et après un très satisfaisant Garden Of Storms (2019) qui entérinait la voie prise par Afterglow sur la forme tout en remettant le fond de ses 3 premiers albums, In Mourning nous livre ici un The Bleeding Veil qui va avant tout poursuivre sa grandiose œuvre.

Rien ne va donc foncièrement changer tant dans le fond que la forme, avec un son plus traditionnel que puissant, et un style qui ne bouge pas d’un pouce, toujours niché entre un Death progressif léché et un (Doom/)Death mélodique typiquement scandinave. La prise de risque est inexistante et il ne faudra rien chercher d’autre que sept nouvelles compositions d’In Mourning. Et l’inspiration sera au rendez-vous, The Bleeding Veil nous happant dès les premières écoutes avec une belle panoplie de somptueuses mélodies. Les rythmiques ne sont pas en reste même si par rapport à Garden Of Storms qui était relativement direct, c’est ici le raffinement mélancolique qui prime la majeure partie du temps. Tobias Netzell excelle dans tous les types de vocaux, son chant clair fait preuve de plus en plus de maîtrise et son growl retrouve de plus en plus de verve même si l’on est pas encore revenu à l’efficacité de Monolith. Dans la lignée de Garden Of Storms, The Bleeding Veil est à nouveau un album très homogène, voire même un peu trop car il sera ici aussi difficile de trouver de vrais morceaux de référence, immédiats et vraiment tubesques, à la "Below Rise to the Above". Mais qu’importe, quand on parle d’un album homogène, si la qualité est là, c’est qu’il n’y aura rien à jeter. Cela commence d’ailleurs par "Sovereign", un opener digne des "For You to Know" et "Colossus" d’antan. Il y a déjà tout, en plus de riffs bien croustillants dès le départ, témoins d’un album qui sera particulièrement inspiré et va essayer de tutoyer les disques de référence passés, tout en nous repassant en bloc toute la palette d’In Mourning.

The Bleeding Veil se distinguera bien malgré tout par un paysage mélodique très enivrant de bout en bout, ce que l’on constate en bien dès le très mélancolique "At the Behest of Night" puis sur "Solitude and Silence" qui nous emporte facilement avec des mélopées tournoyantes et flamboyantes. In Mourning n’en reste pas moins un groupe de Metal extrême, le plus direct "Thornwalker" sera là pour le prouver avec des compos dynamiques, de même que le plus incisif et efficace "Lights on the Mire" qui fait également étalage de super leads. In Mourning a définitivement trouvé son équilibre sur la base du complet Garden Of Storms, et semble finalement se lâcher. Dans toutes les composantes vu qu’un "Blood in the Furrows" sera plus lent et aéré, l’occasion de nous proposer un magnifique solo prog’. "Beyond Thunder" clôture ces 46 très belles minutes de Death/Doom progressif, de manière classique mais classieuse, avec des dernières mélodies plaquées or. The Bleeding Veil est donc le nouvel avatar d’une discographie sans faille jusqu’ici (même s’il a fallu un temps d’adaptation à la période démarrant à Afterglow), et se pose même comme l’album le plus émotionnel et épique d’In Mourning. Le meilleur album, ou même un album sur le podium du groupe, seul le temps le dira vraiment, sachant que des Shrouded Divine ou Monolith sont quand même sacrément intouchables et bénéficient encore de leur aura d’époque. The Bleeding Veil ne propose malgré tout aucune surprise, juste un groupe au top de sa forme, même si on peut dire qu’il a été à son firmament dès le début et n’a cessé d’être constant depuis (malgré des équilibrages différents d’un album à l’autre, sur le fond et sur la forme). Dommage que ce qui aurait du être un grand groupe en son sous-genre n’a jamais percé plus que de raison, sortant donc son 6ème album dans la discrétion, hors des radars des labels habituels, et presque destiné aux connaisseurs finalement. Pas grave, on continuera à les suivre peu importe les moyens, car In Mourning c’est quand même un bien beau groupe, qui n’a probablement pas la renommée qu’il mérite réellement.

 

Tracklist de The Bleeding Veil :

1. Sovereign (6:14)
2. At the Behest of Night (5:03)
3. Solitude and Silence (6:15)
4. Thornwalker (6:15)
5. Blood in the Furrows (7:48)
6. Lights on the Mire (7:12)
7. Beyond Thunder (7:03)

 

 

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