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ALV #3 : 10 morceaux qui sonnent mieux sur la démo que sur l'album

jeudi 13 janvier 2022
Sleap

Benjamin. Live reporter et chroniqueur occasionnel dans divers genres (principalement extrême).

Apprécie La Violence #3

10 morceaux qui sonnent mieux sur la démo que sur l'album

Sleap : 2022 marque le retour de la rubrique ALV, eh oui, ça m'étonne moi-même. Dans cette série d'articles sur le Metal extrême, je reviens sous différents angles sur 10 morceaux ou albums marquants. Vous pouvez retrouver le numéro 1 sur les breaks ici et le numéro 2 sur les reprises ici. Maintenant place au numéro 3 qui aborde un sujet auquel vous avez tous été plus ou moins confrontés...
Au sein de la scène Metal extrême mais aussi du milieu underground en général, il est souvent de bon ton de dire que, pour tel ou tel groupe, « la démo est mieux ». Or, bien que cette affirmation soit juste dans certains cas, elle n’est souvent employée que pour se la jouer et ses utilisateurs se retrouvent très vite à court d’arguments pour l’étayer. Par pur altruisme, je me dévoue donc pour rédiger quelques lignes que les plus démunis pourront reprendre à leur compte afin de continuer leurs débats de « passionnés » par commentaires facebook interposés. Voici donc une sélection de dix morceaux – enregistrés sur démo puis sur full-length – qui sonnent effectivement bien mieux dans leur première version que sur leur réenregistrement pour album.

 

BathoryThe Return of Darkness and Evil

Demo : Scandinavian Metal Attack (1984) / Album : The Return… (1985)

 

 

 

 

 

 

Alors certes, ce n’est pas à proprement parler une « démo » puisque que le fameux sampler Scandinavian Metal Attack est plutôt une sorte de split (avec entre autres les excellents Oz). Mais on ne va pas chipoter, les deux titres de Bathory qui y figurent sont des versions démos qui seront retravaillées pour les full-lengths de 84 et 85.

Cette première entrée est de loin la plus personnelle de cette sélection tant les critères sont arbitraires. En effet, d’un point de vue compo et enregistrement, ces deux titres de Black première vague sont absolument impeccables pour l’époque, et ce quelle que soit leur version. Mais je dois dire que, bien que ce ne soit pas le cas pour Sacrifice – dont j’apprécie bien plus le caractère tranchant de la version LP –, je reviens en revanche de plus en plus souvent sur la version The Return… estampillée ’84. La monstruosité des vocaux y est pour beaucoup, mais pas que ! J’étais au départ subjugué par la vitesse du riffing de la version album, mais avec le recul, l’apparente lenteur de cette première mouture rend le tout bien plus vicieux et « evil ». Vous me direz ça tombe bien, c’est justement ce dont cause le titre et le texte du morceau !

 

Morbid AngelThy Kingdom Come / Abominations

Demo : Thy Kingdom Come (1987) / Album : Blessed are the Sick (1991)

 

 

 

 

 

 

On entend souvent des pluies de louanges sur la période 1989-2000 de Morbid Angel – à très juste titre – mais leurs démos sont parfois un peu oubliées. Pourtant certaines d’entre elles sont presque aussi incroyables que les full-lengths suivants, et notamment la troisième parue en 1987. C’est son titre éponyme (Thy Kingdom Come) mais aussi le suivant (Abominations) qui nous intéressent ici. Bien que le système de production soit très standardisé par Earache Records à la grande époque du Death Metal (entre 1987 et 1993 tout le monde passe chez les deux Burns en Floride, chez Colin Richardson pour l’Angleterre ou chez Thomas Skogsberg pour la Suède), les prod’ de tous ces immenses albums ne me dérangent pas le moins du monde. Et je dirais même que si certaines sorties actuelles pouvaient aussi bien sonner que ces classiques du genre, la scène Death Metal ne s’en porterait que mieux.

En revanche, lorsqu’on compare certains titres de Blessed are the Sick avec ces versions de ’87, il y a de quoi hésiter. Outre le caractère « raw » imputable à bon nombre de démos de Metal extrême, la simple façon de laisser sonner et respirer les lignes de guitare est bien plus juste que sur Blessed are the Sick. En effet, sur ce deuxième album (pourtant génial), tout est joué staccato, les cordes sont perpétuellement étouffées et le riffing ne peut donc se déployer autant que sur la démo. Ajoutons à cela les vocaux de David Vincent qui sonnent bien plus démoniaques et possédés sur les titres de Thy Kingdom Come. Il gagnera certes en profondeur par la suite mais perdra néanmoins en agressivité. Alors ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : Morbid Angel reste un de mes groupes préférés (tous genres confondus) et l’entièreté de sa discographie reste intouchable… bon ok jusqu’aux années 2000. Mais même si je vénère Blessed are the Sick, il faut parfois faire preuve de recul, aussi douloureux que cela puisse être.

 

VenomAngel Dust

Demo : Demon (1980) / Album : Welcome to Hell (1981)

 

 

 

 

 

 

Dans le monde de la musique, Venom fait partie du club très fermé des groupes dont la première démo est mieux produite que le premier album. Chose assez rare pour être soulignée. Et en écoutant la justement bien nommée Demon parue un an avant le séminal Welcome to Hell, le constat est sans appel : l’ingé’ son a pris congé entre les deux sorties, ce n’est pas possible autrement. J’ai choisi Angel Dust qui est à mon sens le meilleur titre des trois, mais c’est également valable pour Red Light Fever et Raise the Dead – qui lui sortira deux ans plus tard sur Black Metal. Alors certes, pour du Venom, la prod’ importe peu, certains dirons même que plus elle est crade mieux c’est ; mais là encore il faut savoir raison garder (et oreilles nettoyer). De plus, la tessiture et l’intonation du premier vocaliste Clive Archer – eh non Cronos n’était pas encore là – sonnent comme une sorte de Paul Di’Anno blackisant. Faites écouter la version démo d’Angel Dust à vos amis en soirée, je vous garantis que les têtes remueront bien plus que sur la version album pourtant cultissime. De rien pour l’ambiance !

 

Napalm DeathInstinct of Survival

Demo : From Enslavement to Obliteration (1986) / Album : Scum (1987)

 

 

 

 

 

 

Là encore un choix très personnel. En effet, beaucoup de personnes citeront sans hésiter Hatred Surge (à juste titre) s’ils devaient ne garder qu’une démo de Napalm Death. Mais dans le cas du morceau Instinct of Survival, je trouve la version FETO supérieure aux autres. Alors ne vous méprenez pas, ici on parle de From Enslavement to Obliteration de 1986, la sixième démo du groupe, et non pas de l’album (que dis-je, le chef-d’œuvre !) de 1988. Cette version d’Instinct of Survival se situe idéalement entre la précédente mouture Punk de la cinquième démo Hatred Surge et la version déjà totalement Grind du premier album Scum (et non pas la septième démo 1986 du même nom, vous suivez ?). Je veux dire par là qu’elle conserve tout le caractère « roots » et virulent de la période Hardcore Punk initiale de Napalm Death tout en annonçant la folie Grindcore vers laquelle va définitivement s’orienter le groupe l’année suivante. Mention spéciale à la surabondance de cymbale china et aux énormes « UGH ! » en double vocaux qui ponctuent la compo’ à la perfection. Encore très marqué par Discharge, ce Instinct of Survival ’86 se fait plus rapide et violent que la version d’Hatred Surge mais moins foutraque et vrombissant que sa version définitive. Un entre deux qui est parfaitement résumé par un random hispanophone en commentaire youtube : « Crust Punk a la velocidad del Thrashcore », bien dit amigo !

 

VaderFinal Massacre

Demo : Morbid Reich (1990) / Album : The Ultimate Incantation (1992)

 

 

 

 

 

 

Comme pour Morbid Angel – avec qui Vader partage de nombreux points communs –, je suis avant tout un afficionado des albums, et surtout des deux premiers dans ce cas précis. Mais il est un point sur lequel je reconnais que les « Jean-Michel Démos » n’ont pas tout à fait tort : la démo Morbid Reich, et en particulier l’enregistrement de Final Massacre. Comment peut-on passer d’un rendu aussi puissant et organique à une version aussi aseptisée… Il y a pourtant un second guitariste sur le premier full-length, mais c’est comme s’il était inexistant. Alors qu’à l’inverse, la version démo sonne comme si Peter avait quatre mains. Entre ça et ses vocaux, le bougre est tout simplement en feu ! Ici on ne se soucie pas d’être accordé plus bas que terre pour sonner plus lourd et sombre, on martyrise littéralement son instrument et il en ressort une méchanceté et une brutalité incroyable. La batterie se fait d’ailleurs bien plus rapide mais aussi étonnamment plus précise sur cette démo Morbid Reich que sur Ultimate Incantation, un comble ! Mais au-delà de ces proto-blasts hyper véloces et de ce riffing incisif, c’est surtout le break de ce Final Massacre qui change du tout au tout. Ce passage surpuissant – qui arrive initialement vers 3:05 au lieu de 2:45 – aurait clairement pu figurer dans mon premier numéro d’ALV tant il retourne absolument tout (votre mobilier inclus). J’aime pourtant énormément le premier album de Vader, mais je ne peux décemment plus écouter cette version inoffensive de Final Massacre tant celle de la démo l’expédie six pieds sous terre…

 

BlasphemyRitual

Demo : Blood upon theAltar (1989) / Album : Fallen Angel of Doom (1990)

 

 

 

 

 

 

Certains vont me lancer des fleurs, d’autres des gadins. Les fans de Blasphemy sont effectivement assez divisés lorsque vient le moment de choisir leur sortie préférée. Entre la démo ’89 et le premier full-length de ’90, les cœurs balancent. Mais pour ne pas prendre aussi facilement parti (je tiens à ma peau), j’admets apprécier les deux équitablement. L’album pour les vocaux de Jerry (oui j’ai la flemme d’écrire son pseudo), la démo pour sa prod. Car oui, à l’instar de Venom, cet autre titan du Black première vague qu’est Blasphemy fait également partie du club de la démo mieux mixée que le LP. Et, à ce titre, l’exemple de Ritual est plus que frappant. Même si le jeu de batterie se fait moins carré (pourtant c’est pas si compliqué…), le reste des instruments est égalisé correctement. Là où la rythmique et les vocaux surmixés de l’album prennent trop d’importance, Blood upon the Altar nous permet de parfaitement apprécier chaque élément. J’aurais également pu prendre le terrible Weltering in Blood, mais le caractère iconique (pour ne pas dire « mainstream ») de Ritual parlera je pense à bien plus de monde !

 

PentagramForever my Queen

Demo : Bias Recordings Studio (1973) / Album : Review your Choices (1999)

 

 

 

 

 

 

Normalement, rien qu’en lisant les dates, vous l’avez. Au-delà de leurs trois premiers LPs, Pentagram sont également réputés pour leurs enregistrements démos datant du début des années 70, alors que la grande époque du Heavy Psych n’était pas encore tout à fait terminée ! Cela en fait non seulement un pionnier du Doom Metal mais aussi un excellent « jeune » groupe de Heavy Rock 70’s. Alors certes, il aura fallu attendre les années 2000 pour enfin retrouver sur disque toutes ces pépites de l’époque, mais était-ce une raison pour les actualiser sur album ?

À l’écoute de ce Forever my Queen cru ’99 c’est la dégringolade. Cette version est littéralement étouffée sous une pile d’amplis Orange à peine digne de traîner dans la file des innombrables suiveurs de Kyuss… Pas de doute, nous sommes bien à la fin des années 90. Je n’en dis pas plus et vous enjoins de prestement délaisser ce « re-take » à la prod’ balourde et de vous repasser l’authentique version ’73 présente sur First Daze Here. Pour ma part, je m’en vais méditer cette affirmation (que vous pourrez évidemment reprendre à votre compte en soirée) : « une bonne compo’ de la grande époque, même mal mixée, sonnera toujours mieux qu’un réenregistrement opportuniste pour coller avec les standards du moment » – Socrate.

 

Goat SemenWarfare Noise

Demo : Goat Semen (2003) / Album : Ego Svm Satana (2015)

 

 

 

 

 

 

Goat Semen est, aux côtés d’Anal Vomit, l’un des plus dignes héritiers sud-américains du Sarcofago d’I.N.R.I. Malheureusement, leur full-length de 2015 ne s’est pas révélé à la hauteur de leurs premières sorties, contrairement à celui de leurs compatriotes péruviens susnommés. Noyé dans une purée de reverb’ qui se superpose aux instruments plutôt que de les envelopper, ce premier album Ego Svm Satana m’a personnellement assez déçu, surtout en entendant les morceaux réenregistrés. J’aurais pu parler de Madre Muerte mais Warfare Noise est un titre qui me tient plus à cœur. Les screams en falsetto sont heureusement toujours d’actualité, mais les vocaux Black Metal sont bien trop pitchés à mon gout et sont même parfois doublés pour aucune raison. Des grognements et bruitages divers viennent finir d’emmurer cette excellente compo’ derrière un fatras d’artifices qui, loin de lui conférer une bestialité supplémentaire, la rendent juste bordélique. Vous l’aurez compris, préférons écouter la démo ’03. Et pour plus de contenu de qualité, l’astuce du chef c’est de se faire le split Devotos del Diablo où elle figure en entier, avec en prime la face Anal Vomit – qui eux ne déçoivent quasiment jamais !

 

Necros ChristosBaptized by the Black Urine of the Deceased

Demo : Baptized by the Black Urine of the Deceased (2004) / Album : Nine Graves (2014)

 

 

 

 

 

 

Certes, il est vrai que Nine Graves est techniquement un EP, mais à 40 minutes l’EP vous n’allez quand même pas pinailler ! Une chose est sûre, le réenregistrement 2014 de Baptized… est certainement l’une de mes plus grosses déceptions de cet article. Absolument tout y est aseptisé. Les vocaux pourtant si profonds et caverneux de Mors Dalos Ra se font plus hauts et communs, les grattes sont doublées et leur rendu est léché au possible. Mais surtout, en plus de s’accorder à l’octave au dessus, le jeu des guitaristes est extrêmement staccato ce qui diminue fortement l’ampleur des riffs pourtant géniaux. Tout est propret et on rajoute même des fioritures lors des soli. Et je ne parle même pas du kick de grosse caisse insupportable… Bref, je serais vous, je rangerais vite cette version sur l’étagère et ressortirais la démo ’04, ou mieux : le split avec Teitanblood où le morceau figure à l’identique, en plus de l’énorme titre des Espagnols suscités, eh oui c’est la foire aux pro-tips, ne me remerciez pas !

 

Megadeth / MetallicaMechanix / The Four Horsemen

Demo : Last Rites (1984) / Album : Kill ‘em All (1983)

 

 

 

 

 

 

Et on termine évidemment avec LE classico : le sempiternel clash Megadeth / Metallica. Mais on termine aussi avec un cas particulier : un full-length antérieur à la démo ! Alors je vous arrête tout de suite, je préfère de très loin ce que fait Metallica à ce que fait Megadeth, mais je respecte tout autant les deux groupes pour leurs trois premiers albums (quatre dans le cas de Megadeth). Cependant, il faut tout de même rendre à César ce qui est à César. Et dans le cas qui nous occupe, il s’agit du sieur Mustaine. J’ai beau détester sa voix, le bonhomme est un riffeur absolument hors pair. Et il n’y a qu’à écouter le rendu de ce Mechanix – qui aurait dû figurer sous ce nom-là sur le mythique Kill ‘em All – pour s’en rendre compte. Quelle vitesse ! Pour la première entrée de cet article (Bathory) je disais préférer le rendu plus lent et sombre de la version compil’, mais ici on est en plein bigbang du Thrash Metal nom de dieu, ça doit cavaler ! Et ça me fait presque mal de le dire, mais ici ça cavale bien plus chez Mustaine que chez Hetfield. Et je parle autant du riffing que de la durée du morceau… Ai-je besoin d’en dire plus ? Au bout d’un moment vous avez des oreilles… Allez conclusion !

***

Et voilà pour cette petite sélection faite à l’arrache (vous l’aurez remarqué au vu du style plus oral), vous m’en excuserez. J’aurais effectivement pu en choisir bien d’autres comme le terrible In Utter Darkness de Wrathprayer (Ritualization, Devourers of Light), la tape Defixio de Venefixion (Aghori’s Ashes of the Damned) ou même toute la démo Fukkin’ Death de Death Strike (en comparaison à Master), mais ces 10 entrées sont les premières qui me sont venues ce matin en rédigeant. Oui, j’ai fait un petit écart avec Pentagram par rapport à l’extrême en général mais je sais que vous avez bon goût et que vous saurez me pardonner. On se retrouve… un jour… pour un prochain numéro d’Apprécie La Violence ! Et pour patienter vous pouvez retrouver les deux précédents volets ici et ici.